Condition des femmes dans l’islam : quelle équité?

Au Maroc, le texte sacré sert de base à la législation relative à la femme. L'héritage, la polygamie, le divorce, l'obéissance conjugale, le voile et le mariage mixte sont des thématiques qui nous concernent. Asma Lamrabet, directrice du centre des études féminines en Islam et Abdelbari Zemzmi, alem et prédicateur, nous présentent leur vision...

FDM De nos jours, la question de l’héritage ne cesse de faire débat. Que dit l’islam ?

A.Lamrabet : Je suis partisane de l’égalité dans l’héritage. Il est vrai qu’il existe un verset qui dit que la femme hérite de la moitié de la part de l’homme ; c’est un verset parmi d’autres, mais je pense qu’il faut faire une lecture contextualisée. Le Coran a été révélé pour qu’il y ait une justice sur terre. Donc quand le Coran a réparti l’héritage, ca s’est fait selon les modalités parentales et familiales. Il existe des versets où les femmes reçoivent la même part égalitaires et d’autres où elles héritent plus que les hommes. Mais on a ce verset où le frère hérite le double de la fille, la finalité de ceci étant que ce dernier devrait subvenir aux besoins de sa soeur. Le Coran a fait un constat de l’époque: les hommes devaient subvenir aux besoins des femmes, c’est pour cette raison qu’ils bénéficiaient d’une plus grande part. Ce verset est ouvert et nous montre que dans le contexte actuel où les femmes participent aux charges du foyer et souvent prennent en charge leur famille, il serait injuste de leur donner une demi-part.

A.Zemzmi : Le verset de Coran sur lequel on se base précise que la femme hérite de la moitié de la part de son frère. C’est clair, irréformable et n’accepte aucune contestation. La finalité de ce verset est que la femme est censée être dispensée des charges financières de son foyer et c’est plutôt son époux, frère ou père qui devrait subvenir à ses besoins. Ce verset coranique est scrupuleusement détaillé et démontre que, dans certains cas, une femme peut hériter d’une part supérieure ou égale à l’homme. Mais pour palier à cette injustice, certains parents lèguent leurs biens à leurs enfants de manière juste et équitable avant de décéder.

Dans le code de la famille, la polygamie est conditionnée et non abolie. Est-ce un droit de l’homme dans l’Islam ?

A.lamrabet : Il faut préciser que le Coran a été révélé dans un contexte où la polygamie était la norme. Le Coran est donc venu pour changer les choses de façon provisoire. Il a été justement révélé à un peuple pour qui se marier avec 20 femmes était quelque chose de tout à fait anodin et normal. Il est question de 4 femmes dans un premier verset. Puis il y a eu 2 autres versets qui ont stipulé que pour le faire, il fallait être juste envers elles toutes, et que les hommes ne peuvent jamais être justes. Aussi, la compréhension réformiste et contextualisée ferait de la monogamie la norme. Le Coran préfère la monogamie et accepte, provisoirement, la polygamie à condition de respecter des critères impossibles à remplir.

A.Zemzmi : Le Coran précise que l’homme a la possibilité d’épouser 4 femmes. Ceci dit, c’est un texte réformable et contextualisable. Il ne faut pas oublier que la polygamie est la solution fournie par l’islam pour régler quelques problèmes conjugaux. Quand la femme est incapable de subvenir aux besoins de son époux, celui-ci a la possibilité d’épouser une deuxième femme. L’idée est de garder la première au nom de la loyauté, et d’épouser une autre capable de le satisfaire. Par ailleurs, la polygamie est une bonne solution quand le nombre de femmes dépasse celui des hommes ; la polygamie résout ce problème afin que certaines femmes ne soient pas lésées.

Que pense l’Islam du divorce ?

A.lamrabet : Le divorce dans le Coran est un divorce égalitaire. Déjà, le concept de répudiation n’existe pas. Dans le Coran on parle de talak, ce qui veut dire rupture d’un contrat entre deux partenaires, donc d’égal à égal. Les interprétations du fkih ont une fois encore donné la main à l’homme ; lui seul a en effet le droit de divorcer ou de “répudier” son épouse. Dans le Coran, il y a 3 types de talak : celui demandé par l’homme, celui demandé par la femme (al kholaâ) et le talak à l’amiable. Actuellement, la notion d’al idda (période de viduité) devrait être abolie car si la finalité de celle-ci est la filiation, aujourd’hui grâce à la médecine, il est possible de savoir si la femme est enceinte très tôt. Donc, je ne vois pas pourquoi la idda devrait encore avoir lieu d’être.

A.Zemzmi : Dans l’islam, les deux partenaires ont le droit de demander le divorce en cas de mésentente. Ceci dit, ce divorce doit respecter certaines conditions. Quand l’époux souhaite répudier son épouse, celle-ci ne doit pas être en période de menstruation, et il ne doit pas avoir eu avec elle des rapports sexuels. La notion de la idda est irréfutable, et ce pour deux raisons : avant tout, la femme doit attendre pour être sûre qu’elle n’est pas enceinte. Ensuite, elle doit respecter l’honneur du couple et ne devrait pas fréquenter d’autres hommes, au risque d’être perçue comme une fille de joie. L’homme, quant à lui, ne court pas ce risque et peut fréquenter d’autres femmes sans qu’il ne soit jugé par la société. La idda est pensée spécialement pour conserver la dignité de la femme.

L’obligation ou non du voile n’est toujours pas claire. Qu’en pensez-vous ?

A.lamrabet : Le concept du hijab comme il est utilisé est un concept faux et erroné. Le hijab dans le Coran ne signifie pas “mettre le voile”, il signifie “la séparation”. Le terme hijab comme il a été utilisé est un terme à connotation politique. Le voile que portent les femmes musulmanes par spiritualité s’appelle plutôt le khimar. Le Coran y fait référence dans un seul verset. Pour moi et pour certains penseurs réformistes, c’est une recommandation et non une prescription ou une obligation. Dans le Coran, quand il y a une obligation, il y a généralement un châtiment qui l’accompagne. Le verset qui fait référence au khimar ne comporte aucun châtiment, preuve que celui-ci n’est pas obligatoire.

A.Zemzmi : A travers le Coran, Dieu a ordonné aux femmes musulmanes de cacher leur corps et de ne laisser paraître que les mains et le visage afin de se protéger du regard pervers des hommes. C’est donc une obligation. Le khimar sert à protéger les femmes des agressions et à empêcher les hommes de les désirer.

Il est généralement permis à l’homme, musulman, d’épouser une femme de confession juive ou chrétienne. La femme musulmane jouit-elle du même droit ?

A.lamrabet : Les femmes musulmanes ont le droit, comme les hommes, d’épouser un non musulman. Dans le Coran c’est égalitaire. Si on permet à l’homme de se marier à une femme de confession chrétienne ou juive, la femme peut également épouser un chrétien ou un juif. Le verset coranique stipule qu’il est permis aux hommes musulmans et aux femmes musulmanes d’épouser des croyants (mouminine) et d’éviter de se marier avec les polythéistes (mouchrikine). Donc, ce qui vaut pour les femmes vaut pour les hommes.

A.Zemzmi : Dans le Coran, l’homme musulman peut épouser une femme non-musulmane, à condition que celle-ci soit croyante, donc chrétienne ou juive. Par contre, il est intolérable qu’une femme musulmane épouse un nonmusulman car ce dernier ne respectera pas sa religion. Une femme ne peut s’unir avec un non croyant, les chrétiens et les juifs sont des polythéistes

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