Concubine clandestine

Malika, selon la norme sociale marocaine, vit dans le péché. Elle cohabite en union libre avec son chéri, dans une grande ville. Ce choix librement assumé lui a pourtant valu bien des ennuis avec son entourage... jusqu'à ce qu'elle arrête de le crier sur les toits et aprenne à composer avec les contraintes.

J’ai aujourd’hui 32 ans, mais juste après mon bac, je suis partie de la maison pour poursuivre des études de communication en France. Mes parents m’y ont accompagnée et m’ont loué un petit studio dans une ville tranquille de province. En réalité, ils étaient un peu anxieux de me lâcher comme ça dans la nature, toute jeune que j’étais ; alors que moi, au fond, je me sentais enfin libre… Pas de m’adonner à tous les vices du monde, mais indépendante et sans comptes à rendre à personne sur mes sorties ou les gens que je fréquentais. Car mon père était du style à poser trop de questions et à limiter la mixité au maximum ; tandis que mon grand frère jouissait, lui, d’une totale impunité. Je pense que cette donne familiale m’a toujours agacée aussi, contribuant également à forger mes futures convictions.

JE ME PLAISAIS donc beaucoup dans mon environnement estudiantin, et tout en me consacrant à mes études,
j’attendais qu’un bel amoureux débarque dans le paysage. En troisième année, j’ai fait la connaissance de
Firas, un Syrien qui préparait son doctorat, et au bout d’un an de relation intense, j’ai emménagé avec lui.
C’était ma première grande histoire d’amour passionnelle, et j’avais besoin d’être avec lui tout le temps : le
retrouver le soir, lui concocter des bons petits plats, dormir dans ses bras, voyager avec lui…

DANS MON GROUPE d’amies marocaines, certaines m’avaient mise en garde : “Tu vas trop vite ! Il ne t’épousera jamais si tu mâches toutes les étapes comme ça !”. Mais je leur riais au nez : “Qui vous parle de mariage pour l’instant ? Je suis encore jeune, je ne fais pas de projections dans le futur. Qui vivra, verra…”. Elles m’énervaient un peu avec leur pruderie à géométrie variable. Elles ne menaient pas des vies de nonnes, loin de là, tout en s’astreignant à ne pas franchir ce qu’elles considéraient comme une ligne rouge : le concubinage au vu et au su de tout le monde. Dans leur petite tête à idée fixe, un homme arabe à qui tu donnes la liberté de cohabiter avec toi ne te respecte pas. Or, Firas était un bijou de garçon, hyper attentionné
et extrêmement poli. Je l’avais même présenté à ma mère qui m’avait rendu visite à l’occasion, et elle l’avait beaucoup apprécié. Firas, malgré mes protestations véhémentes, avait fait montre de beaucoup de délicatesse, insistant pour loger chez son copain pendant cette période pour ne pas me compromettre avec ma génitrice. Si ma relation avec mon beau Syrien n’a pas abouti, c’est parce que la vie en a décidé autrement : la fougue des débuts s’est tarie et on a fini par faire le tour de notre histoire. Il était temps pour moi de voler vers d’autres horizons…

DE RETOUR AU MAROC, à 28 ans, j’ai entamé ma nouvelle vie active et ai décidé, en dépit du veto paternel, de m’installer dans mes propres murs. A travers l’agence de communication dans laquelle je travaillais, j’ai rencontré N., qui était un client et pour qui on devait préparer une manifestation. Nos rapports étaient très professionnels, et ce n’est que l’événement conclu qu’il m’a invitée à prendre un café, pour fêter ça. Chemin   faisant, il a commencé à se livrer à quelques confidences, et j’ai appris qu’il sortait d’un divorce douloureux et qu’il n’était pas prêt de remettre le couvert. Je pense qu’il me testait avant de sortir le grand jeu de la séduction, style “candidate au mariage, s’abstenir” ! Pfff… s’il savait ! Avec N., on est vite devenus si complices qu’il m’a demandé de ramener ma brosse à dents et mes petites affaires chez lui. Il m’a présenté la chose avec beaucoup d’humour : “Une colocation amoureuse, tu serais partante ?”. C’était nettement plus pratique que de passer la nuit à tour de rôle chez l’un ou l’autre. En plus, ça nous arrangeait bien financièrement d’avoir
un grand appartement et de partager les frais.

J’AI FINI PAR EN TOUCHER un mot à ma mère, que j’ai toujours considérée comme ouverte d’esprit. Or, elle m’a fait une crise de larmes et a menacé de le dire à mon père. Elle semblait obsédée par le qu’en-dira-t-on et a même brandi, en dernier recours, l’argument religieux. Je suis à mon tour montée sur mes grands chevaux et lui ai rappelé tous les échecs conjugaux de mes cousines. Je n’avais aucune envie de me mettre la corde au
cou avant d’avoir partagé le quotidien de quelqu’un. C’était mon choix de vie mais je commençais à me
rendre compte que prêcher ce genre de discours passait nettement mieux à l’étranger qu’au Maroc, même
si la réalité sociale du concubinage se développe de plus en plus dans les grandes villes.

J’AI DONC PRIS MES QUARTIERS chez N., et le concierge me voyant arriver avec mes bagages m’a gratifiée d’un “Mabrouk aâlikoum a lalla” surprenant. J’ai très vite compris qu’il me félicitait pour mon supposé mariage
avec N. et, puriste, je me suis dépêchée de corriger le tir volontairement : “Hna ma mzouwjinch a sidi” (“Nous
ne sommes pas mariés”). Il en est resté coi, puis a foudroyé du regard la mécréante que j’étais. N. m’a passé
un savon : “Pourquoi tu te crois obligée de mettre les points sur les “i” ? Tu vas nous attirer des ennuis, à la fin…”. Il avait raison. Le concierge, qui n’avait pas sa langue dans sa poche, avait informé tout l’immeuble et plus personne ne répondait à mes “salam”. Pire : nous avons reçu la visite du président du syndic de l’immeuble, venu nous enjoindre purement et simplement d’aller louer ailleurs, dans l’intérêt moral des “familles ici présentes”, selon sa propre expression. Dégoûtée, j’ai eu l’impression que nous représentions les chantres de la débauche. N., qui m’avait interdit de prendre la parole, s’est fait très conciliant et a expliqué que j’étais juste sa jeune cousine, de passage à Casa. Je pense qu’il n’en a pas cru un mot, mais au vu de son changement d’attitude, nous pensions l’affaire réglée.

JUSQU’AU JOUR OÙ MON PÈRE, hors de lui, a débarqué dans notre petit nid douillet. Comme mes parents faisaient suivre mon courrier à mon nouveau domicile, le président du syndic avait retrouvé leur adresse sur le dos des lettres et les avait dûment prévenus. Je n’oublierai jamais la scène apocalyptique qui a eu lieu entre N. et mon père. Ce dernier l’a traité de tous les noms d’oiseaux possibles et imaginables, tandis que N. ne cessait de répéter que j’étais majeure et vaccinée et qu’il ne m’avait contrainte à rien. Papa hurlait : “C’est de la fornication ! Vous tombez sous le coup de la loi si on vous dénonce ! Et vous risquez la prison, tous les deux !”. La prison, comme les trafiquants de drogue et les voleurs ? J’étais ahurie, parce que j’ignorais  complètement l’existence de telles sanctions. Pendant que ma mère tentait d’apaiser la situation, je ne pensais qu’à une chose : il était clair que N., après cette scène honteuse, ne voudrait plus être avec moi. Mon coeur se fendait en deux à cette perspective…

J’AI PRIS LA FUITE et ai trouvé refuge chez ma meilleure amie. Heureusement, le soir même, N. m’a appelée et a trouvé les mots justes pour me rassurer. Rien ne changeait entre nous, mais pour l’heure, il valait
mieux la mettre en veilleuse. Il comptait déménager le mois suivant. Aujourd’hui, je suis toujours fâchée
avec mon père… Je vis avec N. dans un autre appartement et j’ai bien appris la leçon. A partir de là, une
bague style alliance trône sur mon annulaire gauche, et quand on me dit “votre mari” en parlant de N., je ne démens pas. Pour vivre heureux, vivons cachés…

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