Bouchra Marmoul Cendrillon des temps modernes

à tout juste 23 ans, Bouchra Marmoul a un parcours hors du commun. Rien ne prédestinait cette petite fille employée de maison à devenir un jour la première femme jockey au Maroc...

Celle qui murmurait à l’oreille des chevaux…

Encore petite, elle n’osait imaginer un tel destin… Originaire d’El Jadida, elle cumule les petits boulots à l’heure où d’autres sont tout à leurs études. Puis, un jour, il y a quatre ans, c’est le déclic. “Tout a commencé lorsque j’étais employée dans une ferme à El Jadida en tant que femme de ménage. Cette propriété appartenait à un éleveur de chevaux et comme j’aime les animaux, je me suis rapidement familiarisée avec cet environnement. Je n’avais alors qu’une obsession : en savoir davantage”, nous raconte-t-elle, nostalgique.

La première pierre à l’édifice de sa carrière sportive est ainsi posée. Son employeur décèle rapidement sa dextérité et ses facultés d’apprentissage, et décide de lui donner une chance en l’initiant à l’équitation. “J’ai demandé au propriétaire de la ferme, Christian, de m’apprendre à apprivoiser et à dresser les chevaux. Non seulement il m’a aidée à me familiariser avec eux, mais il m’a également appris à les monter. Lorsque Christian a remarqué que j’apprenais vite, il m’a dispensée des tâches ménagères et m’a chargée de m’occuper des écuries. J’en ai profité pour m’améliorer et faire des exercices d’entrainement quotidiens.”

Jockey… un métier d’homme fait pour elle

Bouchra commence donc à s’entraîner en montant trois chevaux le matin, tout en s’occupant de leur entretien l’après-midi.

Un jour, elle décide d’en faire un métier en devenant jockey. Elle se précipite donc pour en faire la demande à la SOREC (Société Royale d’Encouragement du Cheval) mais elle ne reçoit pas la réponse espérée… “J’ai contacté la SOREC pour connaître la procédure à suivre et on m’a expliqué que ce métier était dangereux pour une femme. On m’a tout de même invitée à envoyer ma demande par courrier, ce que j’ai fait sans me faire prier, en précisant dans ma lettre que je ne comptais pas baisser les bras”, explique notre jeune jockey. Et ça a marché ! Quelques jours plus tard, la SOREC la convoque à son siège à Rabat afin de lui faire passer un entretien avec le responsable technique des courses. Celui-ci la soumet à un test d’aptitude, lequel s’est avéré concluant pour la jeune championne qui obtient ainsi sa licence.

Première course, premier succès

Elle commence alors à s’entraîner rigoureusement, mettant les bouchées doubles pour gravir les échelons. Ce n’est que récemment, au début de l’année, qu’elle participe à sa première course de plat sur un pur-sang arabe à Rabat où elle termine sixième. Pour Bouchra, c’est un deuxième déclic… Elle enchaîne alors quelques compétitions, avant qu’on ne lui annonce qu’elle participera à l’étape marocaine du championnat féminin H.H. Sheikha Fatima Bint Mubarak, organisée en avril dernier à l’hippodrome de Casablanca. “Plusieurs jockeys ont participé à cette course, dont de gros calibres des courses de plat ayant fait des centaines de courses auparavant. A vrai dire, j’étais peu confiante, mais j’ai tout de même pris mon courage à deux mains”, insiste-t-elle. Au final, elle se classera troisième. Pas mal du tout pour un début !

London calling

Impressionnée par son talent et sa volonté de réussir, Lara Sawaya, présidente du prix H.H Sheikha Fatima Bint Mubarak, la contacte alors pour lui annoncer qu’elle est invitée à participer à l’étape londonienne du championnat. “J’étais à la fois excitée et angoissée à l’idée de partir pour Londres. C’est la première fois que je quitte le Maroc, que je prends l’avion, et que je participe à une compétition aussi prestigieuse”, nous confie Bouchra.

Jour J

Bouchra prend son petit-déjeuner, un tantinet angoissée. “J’ai peur de ne pas être à la hauteur”, nous lance-t-elle entre deux bouchées. Elle s’apprête à représenter le Maroc pour sa première course internationale, et elle réalise le poids de cette responsabilité. Mais notre cavalière est une battante… Après avoir fait le plein de vitamines, elle se prépare à se rendre à l’hippodrome de Newbury, à quelques kilomètres de la capitale, pour faire connaissance avec le cheval qu’elle montera plus tard, dans l’après-midi.

16 heures. Confortablement installées dans les tribunes, on cherche Bouchra des yeux quand on l’aperçoit enfin ! Elle a fière allure avec sa casaque jaune et blanche, montant un magnifique pur-sang arabe.

Les chevaux sont sur les starting-blocks, quand les stalles de départ s’ouvrent au coup d’envoi général. Pendant plusieurs minutes, qui nous semblent interminables, le suspense est à son comble. Oubliant toute retenue, quitte à faire entorse aux british bonnes manières, on l’acclame aussi fort qu’on le peut. Et qu’elle n’est pas notre joie en voyant arriver sur la ligne d’arrivée notre Bouchra nationale, en troisième position. She dit it !

“Au début, j’ai eu du mal à me familiariser avec ce cheval. Mais au final, j’ai choisi de lui faire confiance et je me suis contentée de lui donner quelques coups de pouce quand c’était nécessaire”, nous confie-t-elle après la course. La jeune cavalière émérite vient de porter haut les couleurs du Maroc lors de cette prestigieuse course réservée aux meilleurs jockeys du monde. Mais pour Bouchra, c’est le début d’un long et riche parcours. Dans sa visée, d’autres courses se profilent en Californie, en Belgique et en Pologne, avec pour objectif une qualification en finale, le 9 novembre, à Abu Dhabi. Nous, on y croit !

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