Plus belle, la vie ?

La crise est bel et bien là, mais les Marocains semblent garder le moral. Selon une étude récente sur le bien-être, menée par le Haut Commissariat au Plan, 54% de nos concitoyens seraient satisfaits de leur vie. Si, à première vue, l'optimisme est de mise, un malaise persiste. Le sociologue Jamal Khalil nous aide à y voir plus clair.

Jamais contents, les Marocains ? Pas tant que ça… Le Haut Commissariat au Plan a mené une vaste étude, sondant  les citoyens sur le degré de satisfaction que leur procure leur vie, et 54 % d’entre eux vivraient dans le bienêtre. L’enquête nationale, réalisée en 2012, révèle ainsi qu’un Marocain sur trois serait satisfait ou très satisfait de sa vie, et un peu moins du quart ne le serait que moyennement. L’insatisfaction serait le lot d’une petite moitié, soit 46 %. Une bonne note, finalement, qui va à l'encontre des idées reçues. Logement, revenu, emploi, santé ou encore vie culturelle, spirituelle et familiale, le HCP s’est penché sur des indicateurs objectifs, mais aussi subjectifs, de la vie quotidienne ; lesquels ont permis de donner un aperçu de la qualité de la vie.“Pendant longtemps, on s’est contenté de mesurer ce que les gens possédaient. Maintenant, on commence à essayer de s’intéresser à ce que les gens  ressentent. Nous ne sommes plus dans le registre de l’avoir, mais dans celui de l’être. C’est plus compliqué parce que c’est très qualitatif”, tient à préciser Jamal Khalil.

Paradoxes
Sans grande surprise, la satisfaction augmente systématiquement avec le revenu, le niveau d’instruction et l’échelle socioprofessionnelle. Alors, plus belle la vie ? Rien n’est moins sûr. Et c’est là où le paradoxe marocain arrive à son  apogée. On se dit nageant dans le bien-être alors que l’insatisfaction frôle des degrés vertigineux dès qu’il s’agit de mesurer les besoins les plus basiques : avoir un revenu et un toit. Selon les résultats de cette même enquête, ils seraient 64 % à trouver leurs revenus insuffisants. A peine un Marocain sur dix, soit 8,5 %, s’est déclaré satisfait ou très satisfait à ce niveau. De quoi voir tout son optimisme s’envoler d’un coup. “Ces chiffres ne sont pas étonnants, tempère  cependant Jamal Khalil. Personne n’est jamais satisfait de son salaire. Cette non-satisfaction est généralement liée aux autres. Chaque individu se compare à son voisin et veut avoir plus que lui. C’est tout à fait humain. Un des moyens de se distinguer par rapport à ses proches, c’est d’avoir un revenu supérieur qui permettrait d’acheter une voiture plus grande, une plus belle maison… et de passer ainsi à la catégorie sociale supérieure”.

Les femmes dans la tourmente
Dans le domaine de l’emploi, les chiffres nous remettent encore plus les pieds sur terre : plus de la moitié de la population active occupée dit ne pas être satisfaite de son emploi. A noter par ailleurs que “le fait d’être une femme, toutes choses égales par ailleurs, diminue très significativement le degré de satisfaction dans le domaine de l’emploi”, précise le HCP. Eloquent ! Et il n’y a pas qu’en matière de revenu et d’emploi que les Marocains galèrent…Le domaine du  logement engendre lui aussi son lot de mécontents qui représente plus de la moitié des personnes sondées. Elles sont par ailleurs 60 % à estimer que posséder un toit est source de bien-être. “Nous avons un rapport avec la pierre qui est très particulier. Le fait de dire que la priorité des priorités pour un Marocain est d’avoir son propre logement est tout à fait compréhensible. C’est quelque chose qui reste fortement ancré. Il s’agit d’un investissement qui nous rassure quant à l’avenir”, précise notre sociologue.

On va mal… très mal !
Après les finances, les difficultés dans le travail et la nécessité de posséder ses propres murs, la santé et l’éducation pèsent  aussi sur la qualité de vie. Parmi les dimensions sociales du bien-être, c’est en effet la santé qui semble faire le moins d’heureux : 72 % de citoyens insatisfaits, contre 8 % à peine qui se disent satisfaits ou très satisfaits. Pour ce  qui est de l’éducation, la situation est encore plus alarmante. Très peu de citoyens la considèrent comme source de bien-être (24 %). “C’est dramatique, s’empresse de commenter Jamal Khalil. C’est très complexe parce que les gens sont perdus. Ils ne savent plus à quoi ça sert. Mais sans éducation, il n’y a rien à espérer. Maintenant, s’il y a un  travail à entamer d’urgence au Maroc, c’est celui de la sensibilisation à l’éducation. Il y a un effort pédagogique  à faire pour que les gens comprennent, à un moment ou un autre, que c’est grâce à l’éducation qu’on s’en sort. Il
faut que les Marocains saisissent que sans une population qui a un certain niveau culturel, on ne s’en sortira pas.” Autre signe d’une défaillance certaine de nos politiques publiques : sept Marocains sur dix jugent la vie culturelle insatisfaisante. “C’est clairement un signe de sous-développement. Là, ils ont tout à fait raison car chez nos décideurs, l’activité culturelle passe toujours au dernier plan. La culture n’est toujours pas perçue comme un vecteur de développement. Et c’est un des gros blocages au Maroc”, s’indigne notre expert. Certes, plus de la moitié des Marocains sont satisfaits de leur vie, mais n’est-ce pas plutôt une forme de résignation, au vu de tous les problèmes dont souffre la société ? Pour notre sociologue, “les études de satisfaction sont généralement difficiles à interpréter. A partir de quand peut-on dire qu’il y a un malaise ou pas ? C’est compliqué. Je ne pense pas que ce chiffre soit pessimiste. Ce n’est pas dramatique d’avoir 46 % de Marocains qui ne sont pas satisfaits de leur vie. Il faut rêver pour espérer que tout le monde soit heureux !”

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