Leïla Ouazry, Auteur à Femmes du Maroc https://femmesdumaroc.com/author/ouazry Le magazine leader de la presse féminine au Maroc Inspiration, Envies, Style, Beauté, Idée Fri, 05 Apr 2024 10:42:13 +0000 fr-FR hourly 1 https://femmesdumaroc.com/wp-content/uploads/2022/12/cropped-fav-fdm3-32x32.png Leïla Ouazry, Auteur à Femmes du Maroc https://femmesdumaroc.com/author/ouazry 32 32 Dr. Nadia Lamoudy : “L’attachement aux traditions varie selon les régions” https://femmesdumaroc.com/reportage/societe/dr-nadia-lamoudy-lattachement-aux-traditions-varie-selon-les-regions Fri, 05 Apr 2024 10:42:13 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=103517 Aspects traditionnels et pratiques modernes cohabitent harmonieusement pendant Ramadan. Dr Nadia Lamoudy, professeure de sociologie et psychologie sociale à l’université Hassan II à Casablanca trace pour nous dans cet entretien les évolutions et les mutations de la société marocaine au cours de cette période particulière de l’année.

L’article Dr. Nadia Lamoudy : “L’attachement aux traditions varie selon les régions” est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
On constate une évolution dans certaines habitudes des Marocains durant le mois sacré. Qu’est ce qui a changé selon vous et qu’est-ce qui est inébranlable? 

Le mois de Ramadan demeure non seulement un événement religieux mais aussi une période où la dimension culturelle domine et varie selon les régions. Puisque la société marocaine est en pleine mutation, les habitudes des Marocains pendant le mois sacré évoluent aussi. Cette évolution reflète inévitablement une alliance entre tradition et modernité. Les changements peuvent être opérés dans plusieurs champs.

En premier lieu, le régime alimentaire qui prend une tendance croissante vers des plats plus variés et sophistiqués en particulier dans les zones urbaines. Les repas traditionnels comme la “Harira” et les dattes restent populaires, mais on voit également l’introduction de plats internationaux et des desserts modernes. Même le mode de vie a changé surtout avec l’urbanisation, l’influence croissante des médias et de la technologie qui ont eu un impact sur l’évolution des habitudes de vie pendant le Ramadan. Les Marocains passent souvent plus de temps en ligne ou à regarder la télévision pendant ce mois sacré. Il y aussi l’apparition d’un nouveau rituel de Ftour, et certaines catégories de la population choisissent de rompre le jeûne dans les restaurants. D’autres catégories préfèrent le prendre dans les espaces publics ou au bord de la mer. Sans oublier que les habitudes de consommation ont également évolué, avec une augmentation des achats de produits spécifiques au Ramadan, tels que les décorations pour la maison, les vêtements traditionnels et les produits alimentaires spéciaux.

Qu’en est-il du volet religieux ?

La spiritualité reste au cœur du Ramadan. Les pratiques religieuses telles que le jeûne, la prière et la lecture du Coran demeurent des éléments inébranlables de ce mois sacré. Les célébrations communautaires, telles que les soirées de Tarawih à la mosquée et les rassemblements familiaux pour l’Iftar, demeurent des aspects essentiels du Ramadan. Ces moments de communion et de partage renforcent les liens sociaux et familiaux.

Ces rituels et ces célébrations concernent-ils toutes les régions ?

Il est important de noter que ces observations peuvent varier d’une région à l’autre au Maroc, en fonction de facteurs tels que le contexte socio-économique, culturel et géographique. Les grandes villes tendent souvent à adopter des changements plus rapides en raison de l’influence de la mondialisation et des tendances urbaines, tandis que les régions plus rurales peuvent maintenir des traditions plus ancrées dans le passé.

Ces dernières années, certaines tendances émergent comme la méditation, la détox, le sport… Que signifient ces changements ?

L’émergence de ces tendances reflète une prise de conscience croissante de l’importance de la santé physique et mentale dû à l’adaptation au mode de vie moderne. Dans un monde de plus en plus trépident, les gens cherchent des moyens de gérer le stress et de maintenir leur énergie pendant le Ramadan. La méditation et le sport sont efficaces pour cela, permettant aux pratiquants de rester concentrés, calmes et énergisés malgré les défis du jeûne.

Ces tendances peuvent également refléter l’influence de pratiques globales de bien-être qui gagnent en popularité à l’échelle mondiale. Avec l’accès facile à l’information et aux médias sociaux, l’apparition des influenceurs, les gens sont exposés à une variété de méthodes de soins de soi et cherchent à les intégrer dans leur vie quotidienne surtout pendant ce mois.

Si on considère ces nouvelles pratique d’une manière holistique. La méditation, par exemple, peut être vue comme un moyen de se connecter plus profondément avec soi-même et avec Dieu, tandis que le sport peut être considéré comme un moyen de maintenir la force physique nécessaire pour les rituels religieux et les actes de charité. Ces tendances pendant le Ramadan reflètent souvent une évolution des mentalités et des priorités, combinant les aspects traditionnels de ce mois sacré avec des pratiques modernes de bien-être et de santé.

Le culturel semble parfois prendre le dessus sur le cultuel. Jusqu’où cela est-il vrai ? 

Il est vrai que parfois, il peut sembler que le culturel prend le dessus sur le religieux dans certaines situations. Cependant, cela dépend largement des perspectives individuelles et des pratiques observées dans différentes régions et communautés du pays. Paul Pacson sociologue qui s’est beaucoup intéressé à l’étude de la société marocaine confirme cette réalité de la nature composite de la société marocaine où l’attachement aux traditions et aux normes varient selon les régions.

Pour les festivités et traditions, les Marocains célèbrent souvent avec enthousiasme les aspects culturels du mois sacré, tels que les soirées festives, les marchés nocturnes, et la préparation de plats traditionnels comme la “Harira” et les pâtisseries. Ces festivités peuvent parfois être plus visibles que les pratiques religieuses elles-mêmes. Dans certaines régions, les interactions sociales et familiales peuvent prendre une place centrale pendant le Ramadan. Les Marocains se réunissent souvent en famille ou entre amis pour la rupture du jeûne et pour partager des moments de convivialité. Ces rassemblements sociaux peuvent parfois occuper une place plus importante que les pratiques religieuses individuelles.

De plus, le Ramadan est également associé à une augmentation des activités commerciales, avec la vente de produits spécifiques au mois sacré, la promotion de produits alimentaires et la décoration des espaces publics. Cette commercialisation peut parfois donner l’impression que les aspects culturels du Ramadan sont prédominants.

Cependant, il est important de noter que pour de nombreux marocains, le Ramadan reste avant tout un mois de dévotion religieuse, de jeûne, de prière et de réflexion spirituelle. Les rituels religieux comme le jeûne quotidien, la prière nocturne (Tarawih), et la récitation du Coran restent des pratiques essentielles pour de nombreuses personnes pendant ce mois.

L’article Dr. Nadia Lamoudy : “L’attachement aux traditions varie selon les régions” est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Ramadan entre traditions et modernité https://femmesdumaroc.com/reportage/societe/ramadan-entre-traditions-et-modernite Tue, 26 Mar 2024 10:44:33 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=103184 Mois de piété et de dévotion, Ramadan se distingue par des manifestations sociétales. Solidarité, surconsommation, quête spirituelle et rituels sont les traits saillants de cette période de l’année où le cultuel et le culturel se croisent. Éclairage.

L’article Ramadan entre traditions et modernité est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Le keûne du Rmadan est l’un des cinq piliers de l’Islam les plus respectés dans le Royaume. La sacralisation de ce mois est entérinée par la loi, et la rupture publique du jeûne est punie pénalement. Aussi, et comme dans de  nombreux pays musulmans où le mois sacré revêt un aspect exclusivement religieux, au Maroc le volet culturel et cultuel est assez impressionnant. Le mois d’abstinence représente un moment unique tant au plan spirituel que familial et sociétal car il permet de renouer avec certaines traditions quasi-délaissées le reste de l’année. 

Le mois sacré est vécu de différentes manières, selon la perception et les  croyances de chacun. Privation, simple abstinence, élévation vers le divin, retour aux sources, introversion, quête du salut sont autant de ressentis qui accompagnent le jeûne. Pour ceux qui ont habituellement un haut degré de pratique religieuse, Ramadan est le mois de la spiritualité et de la purification. Ces dernières années, la tendance est à la méditation, au yoga, à la détox, au détachement de soi… “Ramadan est le moment idéal pour méditer mais également chasser toutes les toxines de notre corps”, explique Maria Sinaceur, maître de yoga à Casablanca. Ce mois est également propice à une remise en question pour se débarrasser des mauvaises habitudes et se détacher de ses vices. “Le Ramadan est l’école de la réforme par excellence”, confirme Mounia Bennani Chraibi, auteur de “Le Ramadan au Maroc : sacralisation et inversion”.

Modernisme et authenticité

Au cours de ces deux dernières décennies, de nouvelles habitudes ont émergé au sein de la société marocaine. La modernisation, les influences étrangères, le mode de vie, les nouvelles technologies ont été autant de facteurs qui ont chamboulé certaines traditions. “Le mode de vie et le digital ont une influence certaine sur nos comportements et habitudes alimentaires”, confirme Saïd Bennis, enseignant chercheur au Centre d’Études et de Recherche en sciences humaines, à l’université Mohammed V à Rabat. Cette mutation s’explique par l’arrivée sur la table du ftour de nombreux ingrédients, condiments, plats, etc. La soupe de poisson, les bouchées salées (quiches, vol-au-vent, nems…) côtoient désormais les incontournables Sellou, chebakkia et briouates aux amandes, dattes et harira. 

Le volet culinaire revêt une importance particulière durant le mois sacré, car pour beaucoup de nos concitoyens, ce mois est aussi celui des senteurs, des saveurs et des gourmandises. Outre les pâtisseries qui sont prises d’assaut, les marchands saisonniers proposent également une variété de produits prêts à la consommation. Un changement important qui a marqué la société marocaine, permettant aux femmes actives de profiter de ce temps pour s’adonner au sport, aux loisirs, … “Aujourd’hui, le consommateur marocain aspire à davantage de temps pour son travail, ses loisirs, ses études”, estime l’anthropologue Saïd Bennis. En revanche, le mois sacré a gardé son authenticité et sa simplicité dans certaines régions, surtout en milieu rural et dans les petites villes.

Consumérisme à l’excès

Les changements constatés ces dernières années concernent également le lieu de rupture du jeûne. S’il est vrai que le charme de Ramadan réside dans les retrouvailles en famille autour de la table du ftour, force est de constater que de plus en plus de personnes préfèrent rompre le jeûne à l’extérieur du foyer familial, au moins une fois par semaine au restaurant, en tête-à-tête, en famille ou entre amis…. Plusieurs restaurants et hôtels proposent des menus aussi succulents que variés pour la rupture du jeûne, pour le plus grand bonheur des ménagères, souvent épuisées par les multiples préparatifs exigés par la table du ftour. Paradoxalement, Ramadan est aussi un mois de surconsommation. “Cette consumérisation soulève de sérieuses questions. Avons-nous bien compris le sens de ce quatrième pilier de l’islam ?”, s’interroge Ismaïl Mounir, auteur de Consumérisme et valeurs de l’islam. “L’analyse sociologique des changements des habitudes et des pratiques pendant le Ramadan chez les Marocains permet de mettre en lumière les interactions complexes entre les facteurs sociaux, culturels, économiques et politiques qui façonnent toutes ces évolutions”, explique Nadia Lamoudy, sociologue et professeur universitaire.

La quête spirituelle

Pour beaucoup de nos concitoyens, Ramadan rime avec dévotion. “Sans exagérer la portée du religieux, nous pouvons dire que durant les trois dernières décennies, l’espace public a été marqué par une idéologisation accrue de la religion”, avance l’anthropologue Hassan Rachik. Les mosquées ne désemplissent pas. Davantage de personnes se rendent à la mosquée pour les Tarawihs, même s’il est possible d’accomplir ces prières surérogatoires à la maison. Les gens sont beaucoup plus ponctuels quant à l’accomplissement des autres prières de la journée. Autre fait à relever, la lecture du Coran, avec l’objectif de le clôturer avant la fin du mois sacré. “La spiritualité reste au cœur du ramadan pour de nombreux Marocains. Les pratiques religieuses telles que le jeûne, la prière et la lecture du Coran demeurent des éléments inébranlables de ce mois sacré”, rappelle Nadia Lamoudy.

Ceux qui cherchent davantage de détachement des distractions de la vie quotidienne s’envolent vers les lieux Saints. Une habitude très ancrée chez certains Marocains, qui pensent être plus proche du Divin quand ils sont à Médine ou à la Mecque. “Dieu est partout, certes. Mais quand on est là-bas, notre existence se résume aux cultes et à rien d’autre. On ne passe pas des heures en cuisine, au marché, au bureau, ni dans les réceptions, …”, raconte Saïda, la cinquantaine bien entamée. Ramadan étant un moment de partage , les réceptions font également partie des habitudes des Marocains. On invite au moins une à deux fois famille et amis pour partager un moment convivial autour du ftour.

L’autre élément saillant est l’esprit de solidarité. Car en dehors de la Zakat du fitr, les Marocains font beaucoup de dons, en nature ou en argent. Au-delà des actions individuelles, ces dernières années ont connu une “institutionnalisation de la bienfaisance.” Plusieurs associations multiplient les actions en faveur des démunis. Des chapiteaux sont montés dans de nombreux quartiers pour servir le ftour aux personnes qui sont dans le besoin. Parallèlement des actions, ciblant les familles des malades, sont menées dans plusieurs hôpitaux, et  plusieurs milliers de ftours sont servis chaque jour à travers le Royaume. “En dépit de tous les changements constatés, la spiritualité reste au cœur du Ramadan. La solidarité et la générosité restent des valeurs profondément enracinées pendant ce mois, et les actes de charité et de solidarité sont accentués”, précise la sociologue.

L’article Ramadan entre traditions et modernité est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Code de la famille : Jusqu’où peut-on aller ? https://femmesdumaroc.com/reportage/dossier/code-de-la-famille-jusquou-peut-on-aller Thu, 07 Dec 2023 15:12:25 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=99244 Très attendu, le nouveau Code de la famille devrait instaurer davantage d’égalité entre les hommes et les femmes, et introduire certaines modifications relatives au mariage des mineurs et à la filiation. Qu’en est-il dans les faits ? Et quels défis faudra-t-il relever ? Éléments de réponse.

L’article Code de la famille : Jusqu’où peut-on aller ? est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Le “Code de la famille a représenté un véritable bond en avant. Désormais, il ne suffit plus en tant que tel”, avait déclaré SM le Roi en juillet 2022 à l’occasion de la Fête du Trône. Le 26 septembre 2023, le Souverain a confié au Chef du gouvernement la mission de la révision du Code de la famille et a fixé un délai de 6 mois pour la restitution d’une nouvelle mouture, avant l’élaboration par le gouvernement d’un projet de loi et sa soumission au Parlement pour adoption. Conscient des défis importants que soulève cette réforme, le Roi a appelé à ce que plusieurs institutions soient associées à cette réforme dont le Conseil supérieur des Oulémas, le Conseil national des droits de l’Homme, l’Autorité gouvernementale chargée de la solidarité, de l’insertion sociale et de la famille, tout en s’ouvrant aux acteurs de la société civile, aux chercheurs et aux spécialistes des questions de la famille. C’est dire que le Maroc se prépare non seulement à franchir un nouveau cap dans la révision du Code de la famille, mais aussi et surtout à redéfinir les contours d’une société dans l’air du temps, en phase avec l’évolution de ses différentes composantes. Mais la question qui se pose alors est de savoir jusqu’où peut-on aller dans la refonte de ces textes de loi ? Pour les observateurs de la société marocaine, le Code de la famille sera adapté au contexte actuel, mais “il ne faudra pas s’attendre à des dispositions révolutionnaires”, nuance le sociologue Fouad Belmir. Ce que balaie d’un revers de main la Coalition féminine pour un Code de la Famille basée sur l’égalité et la dignité (CFCFDE) lors d’une conférence de presse organisée le 10 octobre dernier à Casablanca qui réclame une refonte globale du Code de la famille. Dans ce sens, quelques dispositions doivent être impérativement revues, voire abrogées. “Cela commence par une terminologie adaptée. L’actuel texte comporte d’innombrables termes qui rabaissent la femme”, dénonce l’avocate Zahia Amoummou.

Le Code de la famille doit subir une modification globale et radicale de manière à garantir sa compatibilité avec la Constitution de 2011. Cette compatibilité ne peut être obtenue qu’à travers une révision globale du Code de la famille”, assure Me Aïcha Alhiane, présidente de l’Union de l’action féminine. Le ton est donné. L’annonce d’une réforme éminente et imminente du Code de la famille ouvre la voie à tous les espoirs… et à toutes les exigences. “Le droit de la famille doit refléter le statut d’égalité, en termes de droit et d’obligation, dans tous les domaines, que ce soit au moment du mariage, pendant celui-ci ou lors de sa dissolution, de manière à éliminer d’une part, tous les concepts et termes qui insultent la dignité des femmes et les rabaissent et dévalorisent leurs rôles fondamentaux au sein de la famille. Le nouveau dispositif devra garantir le droit des femmes à la tutelle sur leurs enfants, ainsi que leur droit à l’argent acquis après le mariage, avec une révision du système de l’héritage de manière à réaliser la justice entre les femmes et les hommes tout en éliminant “Ataassib” (héritage par agnation). Il n’est plus permis d’accepter ce genre de discrimination...”, insiste la présidente de l’Union de l’action féminine. Une prise de position qui rejoint celle d’un grand nombre de militantes qui sont bien décidées à ce que la nouvelle mouture du nouveau Code de la famille réponde au mieux à leurs exigences. 

En Octobre 2003,
SM le Roi Annonce
les grandes lignes de la réforme du Code de la famille et pose pour une photo souvenir avec des parlementaires.

Des dispositions à bannir

Plusieurs dispositions doivent être supprimées. Pour Fatna Serhane, enseignante universitaire et militante féministe, les articles qui régissent la filiation, la garde et la tutelle des enfants après le divorce portent atteinte aux intérêts de l’enfant. “Il est impératif de s’attaquer aux articles qui violent les droits humains”, insiste-t-elle. Parmi les articles décriés, l’article 20 qui autorise par dérogation le mariage des mineurs. Une violation des droits de l’enfant, estime l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM). Toutefois, “depuis 2016  suite à une circulaire du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, il arrive rarement que cette dérogation soit appliquée, à quelques exceptions bien sûr : quand la fille a 17 ans et des poussières, ou que l’union est déjà consommée, ou qu’il y a un bébé en route”, explique un juge à Casablanca. 

Les articles 163, 171, 173 et 175 régissant la garde des enfants après le divorce sont également pointés du doigt. Les acteurs de la réforme devraient également se pencher sur les articles 231, 236 et 238 qui font le distinguo entre les droits du tuteur ou représentant légal et les missions de celui qui a la garde. “La loi devrait garantir l’égalité des deux parents pour la tutelle des enfants”, dit-on à l’Union des Femmes du Maroc (ADFM). Outre les problèmes administratifs du quotidien (document de voyage, liberté de mouvement hors du territoire, transfert d’école, …), seul le tuteur peut exercer des droits au nom de l’enfant et veiller sur ses biens. Un amendement favorable à davantage d’équité serait envisageable. 

La garde des enfants figure également parmi les questions soulevées par la société civile. Pour l’association Amane, la révision de l’article 175 du Code de la famille est capitale. “Cette disposition n’est pas du tout équitable. La femme perd systématiquement la garde des enfants dès lors qu’elle se marie. Ce qui peut affecter les intérêts de l’enfant”, s’indigne Me Aicha Alhiane, présidente de l’UAF. “Pourquoi la garde du père n’est pas déchue quand ce dernier se remarie ?”, s’interroge Aïcha Guellaâ, membre de la CFCFDE. “Les réformateurs sont appelés à revoir cette pension, en vue d’assurer une vie décente aux enfants”, rappellent les mouvements féministes. La question de l’héritage fait également débat. “Eu égard aux conséquences du Taassib sur la stabilité économique de la famille et en l’absence de texte le réglementant dans le Coran et la Sunna, la suppression du Taassib rentre dans le domaine du possible”, estime Fatna Sarehane. 

Le plafond de la réforme   

“Le comité en charge de la réforme du Code de la famille doit prendre en considération toutes les évolutions de la société, ainsi que la réalité des femmes marocaines devenues soutien de famille et membres actifs de la société”, soutient Me Aïcha Alhiane. Dans son discours d’ouverture du Parlement le 10 octobre 2023, le Roi n’a pas délimité le périmètre précis de la réforme, et n’a pas explicité les thématiques qui doivent être revues, laissant la voie ouverte à tout ce qui ne fait pas l’objet de textes sacrés explicites. Faut-il en conclure que l’ijtihad servira de fil conducteur à la réforme de la Moudawane et que l’égalité et la parité entre les hommes et les femmes primeront ? “Au-delà des dispositions, c’est la mise en application qui est entravée par certaines mentalités machistes, croyances rétrogrades ou mauvaises interprétations des textes”, nous confie Zhor Al Hor, ancienne présidente du Tribunal de la famille. “Il est essentiel d’avoir un système judiciaire spécialisé en Code de la Famille et en sociologie. Les juges doivent disposer d’une certaine ancienneté et une expérience qui permet de comprendre les problèmes conjugaux”, estime pour sa part Abdelali Mesbahi, président du Club des Magistrats. C’est dire l’importance du facteur humain et de la qualité des effectifs pour mener à bien cette réforme. Laquelle implique, selon plusieurs juristes toute une logistique et des conditions de travail optimales.  Car, n’oublions pas que les lois, aussi avant-gardistes qu’elles soient, pourraient subir les contre-coups de mauvaises interprétations ou d’une application injuste. “Il est également très important d’œuvrer dans le domaine culturel pour éliminer les stéréotypes sexistes et diffuser une culture d’égalité, de tolérance et de respect de la différence”, insiste Me Aïcha Alhiane

Mais quelques soient les écueils, les associations féministes sont dès à présent en ordre de marche pour obtenir des avancées réelles.

La loi doit servir l’intérêt général

Lorsque Sa Majesté le Roi a donné ses instructions pour établir la loi sur la famille, c’était dans le but de promouvoir les droits de l’Homme, l’équité envers les femmes, la protection des droits de l’enfant, et le maintien de la dignité de l’Homme, en respectant pleinement les nobles precepts de l’islam. Par conséquent, cette initiative de réforme ne doit pas se limiter à changer ou à modifier les textes régissant le mariage et la relation entre les conjoints, car la loi doit être adaptée dans une certaine mesure pour servir l’intérêt général, le bien-être public, et les intérêts supérieurs des parties impliquées. Il est essentiel de travailler en parallèle sur ce qui ne peut pas être changé, et qui constitue un obstacle à toute réforme, comme les coutumes, les traditions, la domination de la mentalité masculine, les affiliations tribales, le manque de civisme et de modernité…

Ceux qui s’opposent au changement ne progressent pas. Toutefois, on ne peut manquer de relever que la plupart des intervenants dans la question de la modification de la loi sur la famille se concentrent sur la réforme des dispositions du divorce et de ses conséquences, ce qui montre que nous avons échoué à réglementer les aspects du mariage, dont le divorce ou la dissolution en sont les résultantes. Plus nous renforçons les bases du mariage et ses règles, plus nous évitons le conflits liés au divorce (…). Les institutions constitutionnelles devraient se consacrer à servir la famille autant que la société, car la famille est le noyau de la société. La question va au-delà de la simple modification du Code de la famille, car il s’agit d’une question d’éducation, d’enseignement et de changement de la perspective du Coran et des relations au sein de l’institution du mariage.

Ce que la pratique judiciaire a accumulé au cours de vingt ans doit être évaluée, et ses erreurs corrigées, en se concentrant sur les problèmes majeurs tels que la pension alimentaire, les modes de collecte, les preuves de parenté, le recensement et les cas de recours à la justice, le divorce et ses taux exponentiels, la numérisation et son importance pour la documentation et la régulation, et l’équilibre entre la nécessité de modernisation et la préservation de la cellule familiale.

L’article Code de la famille : Jusqu’où peut-on aller ? est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Une école publique de qualité pour tous https://femmesdumaroc.com/reportage/dossier/une-ecole-publique-de-qualite-pour-tous Wed, 27 Sep 2023 15:15:17 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=96046 Érigé en priorité nationale, le système éducatif national se dote de tous les moyens pour éradiquer ses grands maux. Des ambitions légitimes et une vision claire servent de fil d’Ariane à un chantier stratégique. Décryptage.

L’article Une école publique de qualité pour tous est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
L’inefficacité de l’école marocaine a été pointée du doigt dans plusieurs discours de SM Majesté le Roi Mohammed VI. Le Souverain n’a eu de cesse d’exhorter à la nécessité de mettre en place une école publique en phase avec le nouveau modèle de développement du Maroc et les principes clairement énoncés dans l’article 31 de  la Constitution. “La qualité pour tous, l’équité et l’égalité des chances et la promotion de l’individu et de la société” seraient ainsi les fondements d’une école marocaine moderne. Et c’est justement pour garantir à tous les enfants, toutes catégories socioéconomiques confondues, le droit à une éducation de qualité que la réforme a été élaborée.

Une école novatrice et moderne

La vision stratégique 2015-2030, suivie de la loi cadre sur l’enseignement en 2019, a enclenché une nouvelle dynamique des réformes. Conformément aux Hautes Orientations Royales (discours du Trône du 30 juillet 2018), la  réforme (2019-2030) devrait consolider les acquis et mettre en œuvre de nouvelles approches pour une école novatrice et moderne.

 Le nouveau modèle de développement (avril 2021) et le programme du gouvernement attestent d’une ferme volonté de changement, voire une rupture dans le mode de mise en œuvre des réformes envisagées. La réforme n’est plus orientée vers les moyens et les procédures mais plutôt sur l’impact en classe. Le focus est ainsi mis sur l’apprenant. Le modèle d’éducation statique cède la place à un modèle interactif. L’idée étant de développer un esprit critique chez les élèves. “Il s’agit de développer une école vivante, grâce à une approche pédagogique fondée sur l’apprentissage actif, non la réception passive ; la coopération, la discussion et l’effort collectifs, non le travail individuel seul”, insiste-t-on au niveau du département de l’Éducation nationale. On mise également sur les langues et la digitalisation. “Une refonte profonde des programmes est impérative pour prétendre à une meilleure qualité des compétences”, estime Khadija Yamlahi, experte en Éducation et membre de La Coalition marocaine pour l’enseignement pour tous.

Un chantier stratégique

Dans cette optique, la feuille de route 2022-2026 pour une école publique de qualité pour tous, élaborée par le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, vise à optimiser le déploiement des réformes lancées.  

En effet, la feuille de route constitue un chantier stratégique pour la réalisation des réformes en cours et la mise en place de mesures concrètes, priorisant certaines actions. L’idée étant d’assurer un suivi permanent pour jauger l’impact des mesures et les réajuster si nécessaire à travers une démarche systémique permettant de converger les actions. Objectif ? Aboutir in fine à une refonte du système éducatif, en misant sur la qualité des acquis. 

L’enseignement des langues, l’amélioration de l’offre nationale en matière de formation professionnelle et du préscolaire sont quelques initiatives visant à améliorer le secteur dans sa globalité. 

Dès cette rentrée scolaire, l’apprentissage de l’anglais sera introduit au collège. L’intégration de la langue amazigh à partir du primaire représente également une richesse, mais surtout un symbole d’inclusion, d’équité, et d’égalité des chances.

Le capital humain prioritaire

Les 3 E, (Élève, Enseignant, Établissement), composantes fondamentales du système éducatif, sont les principaux axes de cette feuille de route. Celle-ci vise trois principaux objectifs : obligation de la scolarisation, lutte contre la déperdition scolaire et une meilleure qualité des apprentissages.

Ainsi, la généralisation de la scolarité, la révision des programmes, l’ouverture de l’école, la valorisation du capital humain … sont autant de défis pour prétendre à une école publique de qualité. 

Dans cette optique, la feuille de route prévoit 12 engagements. Cinq sont dédiés à l’Élève. Il s’agit du préscolaire, des manuels et curricula, de l’accompagnement, de l’orientation et du soutien social. Le but selon Chakib Benmoussa est “l’augmentation du taux d’acquisition des compétences de base par les apprenants à deux tiers, au lieu d’un tiers actuellement, ainsi que l’accès aux activités parallèles.” Trois engagements ciblent l’axe Enseignant, à savoir la formation, les conditions de travail, la valorisation des compétences et des carrières. 

Enfin, quatre engagements concernent le cadre de l’école. Structures accueillantes, gestion, esprit de coopération, activités parascolaires et sportives. Autant d’outils à même de favoriser l’épanouissement de l’élève et de l’enseignant. Des initiatives qui ont pour objectifs de “dépasser les défis qui freinent le développement du secteur et la mise en œuvre de programmes scolaires adaptés aux exigences du développement”. 

Des actions ciblées

Trois conditions sont toutefois nécessaires pour atteindre ces objectifs réformateurs. Une gouvernance avec une approche impact, l’engagement de tous les acteurs et un financement à même de sécuriser les ressources et pérenniser les changements. L’évaluation de l’efficacité des actions devra se faire au fur et à mesure de la mise en œuvre des réformes, à travers des mécanismes internes de contrôle qualité. Enfin, le succès de toute réforme est conditionné par un financement permettant de garantir la pérennité de la réforme. “Il faut mobiliser les fonds nécessaires en cohérence avec les réformes espérées”, avait déclaré le ministre de l’Éducation nationale devant la Commission de l’enseignement, de la culture et de la communication à la chambre des représentants. Pour rappel, l’enveloppe dédiée à l’enseignement est passée de 36 MMDH en 2013 à 46 MMDH en 2017 et 69 MMDH en 2023, c’est-à-dire qu’elle a pratiquement doublé en 15 ans. En effet, c’est la 5ème  année consécutive, que le budget de l’Éducation bénéficie d’une rallonge. “En 2023, une enveloppe supplémentaire de 6,5MMDH a été accordée au secteur, en vue d’accompagner l’élan de restructuration et assurer les impacts visés”, rappelle Chakib Benmoussa. 2,6 milliards de dirhams ont été mobilisés pour la réhabilitation des établissements scolaires programmés dans le cadre des budgets des Académies régionales d’éducation et de formation (AREF) et 2MM DH ont été affectés à la généralisation de l’enseignement préscolaire. Cela a permis un renforcement du secteur.

À terme, ces actions devraient permettre une baisse des taux du décrochage scolaire et de l’analphabétisme, ainsi qu’une améliorations des compétences et des acquis chez les apprenants. Le département de Chakib Benmoussa table sur une réduction significative de l’abandon scolaire de près d’un tiers du taux de déperdition scolaire actuel. Il devrait ainsi se limiter à près de 1% seulement à l’horizon 2024-2025 au primaire, contre près de 5% actuellement et 3% au collège.

L’encombrement des classes est également au cœur des préoccupations du département de l’Éducation, du Préscolaire et des sports qui œuvre à réduire les effectifs. Par ailleurs, les classes communes devraient être limitées à deux niveaux maximum. Et pour mener à bien ces engagements, 20 000 nouveaux postes ont été créés, portant le nombre global des enseignants à environ 250.000. 

Tout cela devrait permettre d’apporter des améliorations qualitatives et quantitatives des ressources humaines, en passant par les curricula, les infrastructures, l’appui social, l’environnement de l’école… Autant de domaines qui nécessitent un véritable challenge pour relever le défi du changement souhaité.  

Enfin, il va sans dire que la réussite de la réforme ne serait effective que si elle intègre le privé. Selon Khadija Yamlahi, le ministère devrait se pencher sur la loi 06-00 concernant le préscolaire et la loi 05-00 relative au secteur privé pour un changement efficient. Autrement, on ne pourrait prétendre à une égalité des chances et à une équité sociale.

L’article Une école publique de qualité pour tous est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Le harcèlement scolaire, un mal qui ronge nos écoles https://femmesdumaroc.com/perso/famille/le-harcelement-scolaire-un-mal-qui-ronge-nos-ecoles Thu, 14 Sep 2023 11:39:25 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=95835 Moqueries, insultes, intimidation, harcèlement, humiliation, coups, ... est le lot quotidien de bon nombre d’enfants dans l’enceinte de l’école.La violence scolaire est un phénomène inquiétant qui prend de l’ampleur mais qui reste assez méconnu.

L’article Le harcèlement scolaire, un mal qui ronge nos écoles est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
La violence à l’école peut se présenter sous différentes formes. Celle des enseignants envers les élèves, celle des élèves à l’encontre des enseignants – comme c’est le cas ces dernières années au Maroc -. Et enfin, la violence qui sévit entre les élèves intramuros et/ou extramuros (dans l’environnement de l’école et les réseaux sociaux). 

La violence scolaire est un phénomène universel. De nombreux enfants, dans diverses contrées font l’objet de maltraitance verbale et/ou physique. Au Maroc, on retrouve pratiquement les mêmes chiffres qu’à l’international. Avec une prévalence de près de 32%, le harcèlement scolaire toucherait un élève sur 3 et serait plus important dans les rangs des garçons. Par ailleurs, “aucun milieu scolaire n’est épargné”, rappelle Meriem Laraki, présidente de Sourire 2 Reda. Les écoles des missions étrangères, les établissements de l’enseignement public ou privé, toutes catégories confondues… sont concernés par cette question épineuse.

 Le harcèlement scolaire peut conduire au suicide

La violence en milieu scolaire est l’une des situations qui peut déclencher une tentative de suicide ou un suicide”, explique Meryem Laraki. ”C’est un sujet très subtil et très délicat. On peut dire que la violence est déniée. Les adultes se sentent démunis et les établissements scolaires semblent dépassés par le phénomène.” Et de poursuivre ”toutefois, on constate une volonté d’implication dans certaines écoles.” Alors que les souffrances de la violence scolaire peuvent démarrer à un âge précoce, 4 ou 5 ans, elles s’accentuent avec l’adolescence. “C’est un âge où les enfants ont du mal à communiquer. Pour lutter contre la violence à l’école, le moyen le plus efficace est de les auto-impliquer : victime, harceleur ou témoin. D’où l’intérêt de la sensibilisation”, estime la présidente de Sourire 2 Reda.

L’idée est de donner aux enfants les outils nécessaires, grâce la sensibilisation, en vue de leur permettre d’en parler. Mais qu’ils soient victimes ou auteurs de violence, les enfants estiment que “c’est normal”. Et c’est justement cela qui est grave, estime Mme Laraki. En effet, les enfants sont trop cruels entre eux. L’usage des écrans à outrance, les jeux électroniques et les réseaux sociaux, ont également tendance à aggraver la situation. Inconscients du tort qu’ils peuvent causer à leurs pairs, les élèves peuvent pousser le harcèlement trop loin. Les conséquences peuvent, hélas, être irréversibles. Abandon scolaire, repli sur soi, dépression, suicide, …sont autant de maux auxquels les harceleurs n’y pensent pas au moment où ils se moquent, humilient ou tapent un camarade.

Le cas de Reda, qui s’est suicidé, alors qu’il avait à peine 13 ans est loin d’être unique. D’autres enfants ont malheureusement dû passer à l’acte, sans que personne ne s’aperçoive de leur malaise.

Il est vrai qu’il est parfois difficile de détecter le malaise de ses enfants. Cela se passe souvent au début du collège, période coïncidant généralement avec le début de l’adolescence”, explique Julien Durant, psychologue-clinicien-psychothérapeute. De ce fait, les parents, ont souvent tendance à mettre tout sur le compte des changements liés à cette étape. D’où encore une fois, l’importance d’être extrêmement vigilant, d’être à l’écoute, d’alerter quand cela est nécessaire.

L’article Le harcèlement scolaire, un mal qui ronge nos écoles est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Les maux du tourisme interne https://femmesdumaroc.com/reportage/dossier/les-maux-du-tourisme-interne Thu, 27 Jul 2023 10:05:50 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=94673 Le tourisme interne connaît une évolution intéressante, boostée par une demande de plus en plus grandissante. Malheureusement, de multiples facteurs ralentissent l’élan du secteur. Décryptage.

L’article Les maux du tourisme interne est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
A-t-on vraiment besoin de le répéter ? Le tourisme interne représente l’épine dorsale du secteur. D’abord parce qu’il ne dépend nullement des variations conjoncturelles liées à la géopolitique et aux crises économiques internationales. Et ensuite, parce que le consommateur marocain voyage de plus en plus. La demande existe, elle est de plus en plus importante, mais qu’en est-il de l’offre ?  

Si aujourd’hui le tourisme national connaît une embellie exceptionnelle avec des taux de  croissance fort réjouissants, il convient de rappeler qu’en temps de crise, le secteur a pu faire preuve de résilience grâce à la demande interne. La crise du Golfe dans les années 90, les attentats du 16 mai, la crise financière en 2008, et tout récemment la crise sanitaire ont fortement impacté le secteur. Le nombre des touristes étrangers s’est rétréci de manière drastique. Cependant, et grâce à la dynamique du tourisme domestique, les effets de ces crises ont été estompés. 

Le tourisme interne constitue une composante importante du secteur. C’est le deuxième marché émetteur, juste après la France. Le tourisme domestique a connu une évolution exponentielle, en passant de  4 millions à 7,8 millions de nuitées entre 2010 et 2019.  Quelque 3,5 millions de touristes marocains résidents ont séjourné dans des établissements touristiques classés en 2019.  Des chiffres intéressants, mais pas suffisants.  

Selon l’opérateur hôtelier Lahcen Zelmat, le tourisme interne représente 30% de l’activité touristique, “mais ce taux reste en deçà des attentes”. Lahcen Zelmat n’hésite pas, à chaque fois que l’occasion se présente, à inciter les Marocains à consommer local. Mais encore faut-il que l’offre soit à la hauteur de la demande et que le produit soit à la hauteur des attentes! Pour Zoubir Bouhout, expert en tourisme, “le marché national est la première clientèle des établissements d’hébergement classés et il est également le segment qui affiche le taux de progression le plus élevé, dépassant même les flux internationaux”.

Toutefois, plusieurs raisons freinent le développement du tourisme local. Manque d’infrastructures compatibles avec la nature de la demande, offres inaccessibles, quasi-absence de communication dédiée, saisonnalité de la demande sont autant de facteurs qui plombent le secteur. 

Des offres inadaptées

En tête de liste des griefs des Marocains, les prix jugés, aussi bien pour l’hébergement dans les établissements classés que pour l’aérien, scandaleusement inadaptés au pouvoir d’achat du citoyen. De plus, le touriste marocain ne passe pas ses vacances en mode “solo”. Il voyage en couple, avec les enfants, voire les parents ou les beaux-parents, d’où la nécessité de répondre à cette exigence. Les structures  d’hébergement adaptées aux familles marocaines limitent de ce fait l’accès aux établissements classés. Cela se traduit par un faible taux au niveau des nuitées, limitant ainsi les recettes du tourisme domestique. En effet, le manque de produits adaptés et les prix élevés poussent de nombreuses familles, à s’adresser au secteur informel (on compte près de 50 000 lits informels à Tétouan, Marrakech, Mohammedia, El Jadida, …). Ainsi, le nombre de nuitées réalisées par les Marocains est estimé, selon le ministère du tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie Sociale à plus de 30 millions en 2019, en y incluant le marché parallèle. L’adoption des textes d’application de la loi n°80-14 relative aux établissements touristiques et autres formes d’hébergement touristique vient  donc à point nommé pour pallier cette situation. Zoubir Bouhout estime qu’il est impératif  de réfléchir à un  modèle économique propre à ce marché. En effet, la famille étant au centre du tourisme local, il importe de trouver des solutions en vue d’une offre compatible. 

Le plan Biladi devait à priori résoudre ce problème. Mais sur les 8 stations annoncées, seules 2 sont opérationnelles. Lancé en 2007, ce programme  avait pour principal but de renforcer l’offre destinée aux touristes locaux, en adaptant le produit à la nature de la demande et aux particularités socioculturelles du touriste marocain. Le plan Biladi tablait sur une capacité litière de plus de 30.000 unités, dont 11.000 en résidences hôtelières et 19 000 en campings aux normes internationales. La première station Biladi a été ouverte à Ifrane  en 2011. Elle offre une capacité d’accueil de près de 6000 lits, et devrait atteindre les 9.000 lits. La deuxième, ouverte en  2014 à Imi Ouaddar, au nord d’Agadir, dispose d’une capacité de 2300 lits. Ces deux stations qui s’étendent sur une superficie de 33 hectares se composent de produits adaptés aux besoins du touriste marocain. Sous forme de villages de vacances, elles sont équipées de toutes les commodités nécessaires. Les unités d’hébergement sont réparties entre les appart-hôtels et suite, les chalets-villas. Côté tarif, les prix varient entre 100 et 500 DH/nuitée. 

Ces offres ne sont guère suffisantes pour répondre à la demande. Aussi, de nombreux Marocains optent pour des vacances à l’étranger. “Je préfère aller à l’étranger. D’abord, cela coûte beaucoup moins cher, en plus d’une qualité de service nettement meilleure. Au Maroc, on paie le prix fort pour un service qui laisse à désirer” revient comme un leitmotiv chez de nombreux  voyageurs qui choisissent de passer leurs vacances outre-mer, motivés pas des offres alléchantes.  

C’est ainsi qu’entre 2000-2019, les Marocains ont dépensé quelque 125 MMDH pour leurs voyages à l’étranger alors que la recette du tourisme interne s’est limitée à 6,3 MMDH/an durant cette même période. Selon l’Office des Changes, les dépenses de voyages (celles liées à la scolarité comprises) à l’étranger des Marocains se sont établies à 16,27 milliards de dirhams en 2022, contre 9,86 milliards de dirhams en 2021 et 17,11 milliards de dirhams en 2018 (période avant Covid). Le tourisme représente de ce fait plus de 55% des dépenses de voyage et constitue un manque à gagner pour le tourisme interne. 

Une stratégie structurelle  

“Le tourisme interne figure parmi nos priorités, et dans notre feuille de route 2023-2026.” Cette annonce de Fatim-Zahra Ammor, ministre du tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie Sociale s’inscrit dans la nouvelle logique d’offres dédiées au tourisme interne. Deux filières sont mises en avant : le Bord de mer et Nature & Découverte. Objectif ? Développer une offre moins saisonnière. Les chèques-vacances devraient également permettre à un plus grand nombre de Marocains de voyager. Aussi, une stratégie structurelle et non conjoncturelle devrait être mise en place. Autrement dit, le tourisme interne ne devrait plus constituer une bouée de sauvetage, mais devrait s’imposer comme un marché émetteur important.

La démocratisation du voyage, grâce à une offre compétitive adaptée au budget des Marocains, s’impose. Cette offre sera articulée autour d’un produit compétitif, des services de qualité et une animation de premier choix. En effet, pour assurer le saut qualitatif tant attendu du secteur, une maîtrise de tous les maillons de la chaîne et l’implication de l’ensemble des intervenants privés ou publics, sans oublier la formation et la formation continue, gage de la qualité de service, sont une nécessité absolue.

Les nouvelles tendances de voyage 

De nouvelles tendances de tourisme se dégagent et de nouvelles destinations émergent. Si le tourisme durable ou écologique n’est pas nouveau en soi, aujourd’hui on assiste davantage à des pratiques éco-responsables dans le secteur. 

Le slow-tourisme, le tourisme déconnecté, le tourisme rural, le tourisme de bien-être, le revenge-travel, le tourisme de nature, le tourisme de proximité… sont autant de nouveaux styles de voyage. Après la crise sanitaire et les multiples confinements, on constate une grande volonté de retour à la nature. L’offre est encore timide, mais le marché évolue. Les professionnels de voyage investissent ces nouveaux segments et, au même titre, les jeunes acteurs du secteur développent de nouvelles niches plus sollicitées par une nouvelle catégorie de voyageurs. 

Selon l’ONMT, il s’agit d’une transition vers les voyages conscients, au cours desquels les touristes voient leurs voyages de manière plus holistique et surtout en dehors des hautes saisons pour échapper aux grandes affluences. 

Toutefois, et sans grande surprise, le balnéaire est toujours le premier choix des Marocains. Le tourisme vert commence également à s’immiscer dans les habitudes de voyage des Marocains en particulier les jeunes générations. 

Le nord (Mdiq, Cabo, Marina Smir, et régions ) est incontestablement la région qui séduit le plus les familles. “Vu le nombre limité d’hôtels dans la région, la location d’appartement ou de villa à proximité de la plage s’avère la solution idéale pour profiter des vacances en bord de mer”, explique un voyagiste. Agadir connaît comme d’habitude une très forte demande durant le mois d’août. 

La station balnéaire de Sâidia a également le vent en poupe depuis quelques années. Les amateurs de glisse et autres sports nautiques optent pour Essaouira, Mirleft, Dakhla… 

Destination très en vogue en ce moment, cette dernière attire de plus en plus de touristes locaux, que ce soit pour ses magnifiques plages, ses paysages à couper le souffle, ou encore ses huitres. Les amateurs de sport intenses y trouvent également leur compte. La destination bat tous les records, au risque d’en pâtir. 

Entre l’Océan Atlantique et la Méditerranée, c’est près d’une centaine de plages et 3000 km de côtes qui bordent de nombreuses villes marocaines. On trouve des plages de sable blanc, des falaises, des sites sauvages, des criques, … En effet, entre le Rif, l’Atlas, le Sud, dame nature a doté le Maroc d’un condensé de paysages, de sites et d’atouts qui offrent aux touristes locaux et étrangers de magnifiques opportunités pour des expériences de voyage authentiques. 

C’est dire que le Maroc regorge de sites touristiques variés et tellement différents à même de permette à chacun de trouver son bonheur. 

L’article Les maux du tourisme interne est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Marché du Bien-être: arnaques et dérives https://femmesdumaroc.com/plaisirs/bien-etre/marche-du-bien-etre-arnaques-et-derives Wed, 05 Jul 2023 15:14:55 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=93755 À l’approche de l’été, la chasse aux kilos superflus s’accentue. Bourrelets, peau d’orange, culotte de cheval,… doivent à tout prix disparaitre. Cette quête effrénée pour un corps filiforme fait les choux gras du secteur du bien-être. Des produits et services chers payés pour des résultats plutôt minces ! Zoom sur un secteur qui sent l’arnaque.

L’article Marché du Bien-être: arnaques et dérives est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Le marché du bien-être est très vaste. Cela va des biens alimentaires ( bio, light, naturels,…) distribués dans les grandes surfaces  aux substituts de repas, compléments, crèmes,… en passant par des offres de services et de coaching. 

Les produits et techniques sont aussi nombreux que variés. On y trouve de tout. Jus détox, gélules “brûle-graisse”, barres coupe-faim, tisanes-thés pour ventre plat, gels amincissants, poudre protéinée, … Côté services on propose des techniques telles que, l’électrostimulation, l’endermologie, le Shock-Wave, la cryothérapie, le coolsculpting, mais également de l’hypnose, du coaching, etc.

On promet tout et n’importe quoi au point qu’on a du mal à distinguer le bon du mauvais et le vrai du faux ! Les marketeurs rivalisent d’imagination pour proposer des solutions “miracles” à une clientèle mal en point. 

Produits hors de prix, résultats peu probants

Le business du bien-être est un marché florissant où l’illusion prend souvent le pas sur la réalité. “Il s’agit souvent de produits hors de prix pour des résultats très peu probants”, lance une quadragénaire, estimant qu’elle a été bernée pendant de longues années par les fabricants des produits dédiés à la minceur. “J’ai tout essayé : crèmes, gélules, huiles, collants, ceintures de sudation, …et j’en passe. Ce  sont des balivernes. J’ai perdu du poids lorsque j’ai arrêté de manger tout et n’importe quoi et quand je me suis mise au sport.” 

Alors pourquoi cette demande de plus en plus galopante pour des soins, des produits et services dont l’efficacité n’est pas toujours avérée ? 

Culte de l’image, réseaux sociaux, crise sanitaire, moral en berne, manque d’estime de soi, … sont autant de raisons qui disposent certaines personnes à être vulnérables face aux publicités des produits et services dédiés au bien-être. Aujourd’hui, les gens, toutes catégories socioéconomiques confondues, accordent davantage d’importance à leur paraître car il y va de leur bien-être. Selon les estimations des professionnels, un tiers des Marocains serait concerné par une surcharge pondérale et près de 80 % des femmes seraient insatisfaites de leur poids. Une manne pour le secteur du bien-être. Résultat, les centres de remise en forme ouvrent un peu partout et les produits minceur se multiplient. Le e-commerce n’est pas en reste. Les sites et plateformes dédiés au bien-être pullulent. 

Mais, si les attentes des personnes en quête de perte de poids semblent légitimes dans une société où l’apparence règne en maître, l’offre, en revanche n’est pas toujours irréprochable. Certains produits mettent en avant des propriétés dont ils sont dépourvus.

Perdre du poids sans contrainte, une chimère 

Pour perdre du poids, il est évident qu’il faut améliorer son hygiène de vie. Certains l’ont compris et agissent en conséquence. Cependant, cela n’est pas aussi aisé pour tous. Si certaines femmes, cœur de cible du business du bien-être et plus particulièrement le secteur de la minceur, optent pour des solutions radicales, et vont aller vers la chirurgie esthétique, d’autres ne parviennent pas à franchir le pas du bistouri. Ces dernières vont se ruer sur toutes sortes de produits et/ou techniques non invasives censés les débarrasser de leurs kilos superflus. Les départements marketing ne chôment pas. Ils sont appelés à proposer, en permanence, des nouveautés, pour séduire davantage de clientes. Chaque année, les laboratoires proposent de nouveaux produits qui promettent monts et merveilles. “C’est de la sur-promesse. On est à la limite de la publicité abusive”, estime Ouadiî Madih, président de l’association des consommateurs. 

En effet, la malbouffe, le manque d’activité physique, le stress, … sont autant de raisons derrière une surcharge pondérale. Tous ces éléments, combinés à une actualité qui met en avant la présence de métaux lourds dans notre corps pour diverses raisons font qu’on est tenté de croire au discours “pseudo-scientifique” des opérateurs de l’industrie du bien-être. Les laboratoires ont flairé le filon et adaptent leurs discours à l’ère du temps pour élargir leur cible. 

Ils vont ainsi surfer sur la vague du détox, du naturel, du bio et des suppléments, mais également du plaisir, etc. Donc, au-delà de la cible classique, on va essayer de toucher d’autres catégories de consommateurs relativement aguerris. “On mange de plus en plus mal, le marketing va jouer sur cette inquiétude pour vendre des choses très cher qui ne servent pas à grand choses”, rappelle Y. Tayi. “On va également jouer sur la tendance de de désintoxication des métaux lourds.” Ce qui explique cette montée en puissance des compléments alimentaires, qui s’accompagne d’une offre mettant en avant les meilleures compétences en thérapie alternatives, en coaching et en nutrition. 

“On veut des résultats rapides et sans efforts. D’où l’influence de la publicité face à une population vulnérable”, explique Dr Harakat, psychologue-sexologue. En effet, on s’accroche à ce qui peut sembler salvateur: la facilité et la rapidité sont des arguments, de vente sans équivoque.  Or, les miracles, n’existent pas.

Des pratiques commerciales trompeuses

Selon le psychologue Yacine Tayi, il faut user de son intelligence, en vue de sortir de cet état d’aveuglément et être capable de saisir certaines évidences. 

Même son de cloche au niveau des associations des consommateurs, “la promotion d’un produit, une technique sans explications fondées des avantages et des inconvénients n’est pas loyale et devrait alerter le consommateurs.” 

Selon Ouadie Madih, président de la Fédération Nationale des Associations du Consommateur, il faut se méfier des allégations marketing sur les produits minceur. 

Les pratiques commerciales trompeuses devraient, à priori, faire l’objet de sanctions, mais on n’en est pas encore là, au Maroc. Tant, il n y a pas de cadre juridique dédié (La loi 31-08 présente certaines limites).

Les professionnels de santé sont également sceptiques quant à l’efficacité de ces produits. Pour de nombreux praticiens, certaines techniques pourraient éventuellement aider ou compléter un régime alimentaire équilibré. En revanche, toute cette pléthore des produits  minceur est purement commerciale. “C’est du pipeau !”, lance la coach sportive et youtubeuse française Lucile Wood Wander. “On vous ment. Perdre du poids, ce n’est pas facile et ce n’est pas rapide”, dit-elle. 

Le marché du bien-être

Selon l’OMS, le bien-être repose sur un équilibre entre le physique, le psychologique, le social et le spirituel, permettant à une personne d’être épanouie. 

Ces dernières années, la notion du bien-être a connu un immense intérêt de par le monde, au grand bonheur  des opérateurs du secteur. Après quelques couacs au début des années 2000, l’industrie du bien-être a repris de plus belle. Le secteur pèse quelque 3.000 milliards d’euros au niveau international. 

Au Maroc, on constate une tendance haussière de 18% à 20% par an tous produits confondus

Une enquête réalisée auprès des ouvrières de la zone industrielle de Aïn Sebaa en 1989 avait démontré que les ouvrières dépensaient entre 10 et 30% de leur salaire dans des produits de beauté et de bien-être. C’est dire l’importance de l’image sur notre réconfort psychosocial. De même, les centres de remise en forme ouvrent de plus en plus partout au Maroc. Le marché des compléments alimentaires pèse quelque 75 MDH par an. Un complément alimentaire coûterait entre 200 et 400 DH.

L’efficacité n’est pas toujours au rendez-vous 

Une publicité d’un produit fabriqué par un laboratoire français vante ses mérites en promettant à ses utilisateurs de perdre 400 Kcal/jour, et plusieurs centimètres juste en prenant 2  petites capsules ! Vendu au Maroc à plus de 300 DH, le produit promet une perte de poids globale. Il “brûle les graisses, réduit l’absorption et l’accumulation des graisses, aide à drainer, permet de retrouver un corps sain et combattre la fatigue” . Les exemples du genre sont légion. Une autre marque française propose un soin amincissant triple action (anti-capitons, anti-relâchement, anti-eau) à environ 495 DH. Le sérum, en question serait  capable de “transformer les cellules stockeuses en cellules brûle-graisse. Pour une efficacité à partir de 14 jours.” Le fitness sérum activateur vendu à près de 500 DH aurait les même propriétés. 

Il y a également les thés, les tisanes, les jus et autres produits aux propriété drainantes, commercialisés entre 50 et 500 DH. Selon les médecins, ces boissons peuvent éventuellement avoir un effet diurétique, favorisant un léger changement sur la balance, mais de là à perdre des dizaines de kilos, il ne faut  pas se leurrer. D’ailleurs, le thé vert ordinaire a les mêmes vertus. Donc pas besoin de se ruiner !

“C’est tellement tentant, mais c’est archi-faux”, lance Pr Boukind. “Il est avéré que le paraître pèse sur le psychique et donc sur le bien-être, mais encore faut-il chercher des solutions adéquates pour atteindre cet équilibre”, estime le praticien. 

De gros débours pour de minces résultats

Les professionnels sont unanimes : peu ou prou de pratiques et de produits de bien-être sont scientifiquement fondées, mais les gens croient que c’est une solution. De nombreuses enquêtes réalisées en France sur des produits dédiés à l’amincissement attestent qu’il s’agit d’arnaque. Certains compléments et autres substituts de repas sont de plus en plus décriés en France. “Les produits destinés à la minceur servent surtout à amaigrir notre porte-monnaie plus qu’autre chose”, conclut Dr Hanfouri, médecin généraliste. En effet, il faut débourser entre 200 et 400 DH pour un complément alimentaire.

Vendus trop chers, de nombreux compléments alimentaires, soins cosmétiques, aliments light, … sont loin de garantir les qualités qu’ils promettent. Les soins cosmétiques peuvent éventuellement améliorer l’aspect de la peau, sans plus. “Certains suppléments peuvent même interférer avec certains traitements. D’où l’importance de la vigilance”, avertit Dr Hanfouri,. “Des capsules recommandées en cure de détox  vont amplifier le volume du transit intestinal. Partant, les gens pensent qu’ils évacuent des quantités importantes de toxines du corps. Or, ceci est faux”, précise la spécialiste, rappelant que cela peut même avoir des répercussions sur la santé : une perte importante de sels minéraux, ce qui peut provoquer certaines carences. “À long terme, tout le système de notre corps en pâtit.”

Est-ce dire qu’on doit condamner toutes les techniques les pratiques et leurs praticiens ? Certainement pas. Mais la vigilance s’impose. 

Les associations des consommateurs, au même titre que la tutelle doivent sensibiliser et réguler le secteur en vue d’une prise de conscience collective.

Le Maroc devrait s’inspirer de la France qui a mis en en place un système de vigilance sur les compléments alimentaires dirigé par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa).

 

Le marché du bien-être est inondé d’offres de produits et services qui peuvent induire le consommateur en erreur. Recevez-vous des doléances dans ce sens ? 

Effectivement, une sorte d’anarchie absolue règne sur ce secteur en l’absence d’une quelconque réglementation. Certains opérateurs se permettent de fournir des produits et services et autres conseils alors qu’ils ne disposent pas des outils et compétences nécessaires pour ce faire. Or, il s’agit d’un secteur sensible qui touche à la santé. En l’absence d’un cadre clair qui définit les tenants et les aboutissants de certains métiers liés au bien-être, la voie est ouverte aux dérives. Et les conséquences peuvent être lourdes. Malheureusement, le consommateur marocain porte rarement plainte. Il ne le fait que lorsque survient de graves incidents. Mais pour ce faire, il doit être en mesure d’apporter les preuves nécessaires, et c’est particulièrement difficile. 

 Et qu’en est-il du phénomène des soi-disant “coach” ?

Dans un secteur qui échappe à une certaine transparence, on peut parfaitement se déclarer coach, conseiller diététique, consultant minceur, alors qu’on n’a aucune formation

 dans le domaine. C’est une arnaque. Hélas, les gens sont bernés parce que ces prestataires sont rodés à un discours de séduction. Il est temps que le législateur fasse le nécessaire pour garantir la protection du consommateur.

Comment lutter contre ce phénomène ?

Le mouvement consumériste doit être aux aguets pour assurer une communication permanente à même d’éduquer et de sensibiliser le consommateur. Il va sans dire que la réglementation devrait permettre une mise à niveau du secteur, tant au niveau de l’octroi des licences, qu’aux autorisations pour les gens qualifiés et qui ont les compétences nécessaires. D’un autre côté, il faut contrôler les publicités sur internet, et appliquer les dispositions de la loi 18-32 qui réprimande ce genre d’agissements. Mais encore une fois, dans la pratique cela est assez compliqué, surtout quand il s’il s’agit de personnes physiques  qui utilisent les réseaux sociaux. En revanche, lorsqu’il s’agit d’entreprises et de commerces, la fédération peut intervenir, suite à la demande du consommateur. Elle peut alors porter l’affaire en justice, quand elle dispose de données et de preuves suffisantes. 

L’article Marché du Bien-être: arnaques et dérives est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Le business juteux des mariages https://femmesdumaroc.com/reportage/dossier/le-business-juteux-des-mariages Thu, 25 May 2023 13:23:16 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=91296 Réussir sa cérémonie de mariage, en faire un évènement sophistiqué, un moment unique et en garder un souvenir magique est le rêve d’un grand nombre de futurs mariés. Mais à quel prix ? Décryptage des dessous d’une cérémonie réussie.

L’article Le business juteux des mariages est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Si la symbolique de la célébration du mariage est universelle, au Maroc, où les traditions et le patrimoine culturel ont une grande valeur, cette cérémonie revêt une importance notable. Peu de gens optent pour une soirée intimiste, en comité restreint. La majorité voit grand pour le jour J.  Les futurs mariés et leurs familles respectives, toutes catégories sociales confondues, veulent que cet évènement soit une belle réussite, quitte à payer le prix fort. Selon Dr Fathi Berrada, sociologue-radiologue à Casablanca, cette cérémonie censée être un moment de convivialité devient une opportunité d’exhiber sa richesse. “Dans les familles aisées, le mariage est souvent considéré comme une occasion de montrer sa position sociale et son prestige en organisant des cérémonies somptueuses”, explique Dr Fathi Berrada, sociologue-radiologue à Casablanca.

Le coût faramineux des réceptions

Le coût global d’un mariage varie selon la région, la date et le nombre d’invités, les prestataires et les services souhaités. “Cela peut aller de 200.000 DH  à 2.000.000 DH, voire beaucoup plus”, explique Najoua Moustassir, co-fondatrice de Neggafa Tadlaouia. Même son de cloche chez Laila Boulmane, wedding planner à Marrakech. “Donner un devis pour un projet de mariage dépend de plusieurs paramètres. Le WP travaille avec les mariés pour établir un devis selon leurs besoins, leurs choix et leur budget.” 

Des espaces de mille et une nuits

Les tarifs grimpent de façon vertigineuse quand on s’adresse à des enseignes prestigieuses. C’est  le cas de plusieurs villas et riads et autres demeures luxuriantes disséminées dans le désert, cachées dans la palmeraie ou dans la médina. 

Le palais Namaskar est privatisé entre 330.000 et 380 000 DH la nuitée. Le Namaskar compte 48 unités de diverses catégories (chambres, suites, villas), ce qui signifie une capacité d’hébergement d’une centaine de personnes, en BB, alors que les espaces communs  peuvent accueillir jusqu’à 300 personnes. Les mariés auront l’embarras du choix, entre l’espace piscine, le jardin synthétique, le restaurant, …  Ce tarif dépend de la saisonnalité et des exigences des mariées. 

C’est le même principe à la Mamounia, où il n’existe pas une location à proprement dit des espaces dédiés aux cérémonies, mais des offres personnalisées. Pour cela, l’établissement exige la réservation totale ou partielle (si la saison le permet). Au moins 80% des invités à la cérémonie doivent être résidents à l’hôtel. 

Toujours à Marrakech, la Villa Taj est une adresse exceptionnelle qui séduit de nombreuses célébrités. L’espace est privatisé le temps du mariage pour une durée de 48 heures et plus. La villa compte 21 chambres et a une capacité d’accueil d’environ 150 personnes. Les prix démarrent à 650.000 DH/ nuitée pour l’intégralité de la villa. Ce prix ne comprend pas les honoraires d’organisation de la cérémonie du mariage.  Ainsi, outre les frais de location de la villa, il faut débourser en moyenne entre  200.000 et 400.000 DH, voire plus pour s’offrir la décoration et des services personnalisés. 

À Casablanca, l’offre est assez variée. Mais, les salles de fêtes des hôtels sont les plus convoitées. Les tarifs démarrent à partir de 120.000 DH pour réserver une salle de réception dans un hôtel de luxe. 

Des postes de dépenses à profusion 

Sur le budget global du mariage, celui consacré au traiteur reste de loin le plus important. La générosité conjuguée au consumérisme font que le menu des mariages marocains est toujours ultra copieux. 

Ces derniers temps, on constate une montée de gamme dans l’offre traiteur. Outre les plats traditionnels, certains mets s’invitent également dans le menu du grand jour. Sushis, Kebbah, chawarma, mini-burgers et autres canapés… sont également proposés. La tendance est d’avoir plusieurs corners avec diverses spécialités. Les foods-trucks sont également en vogue, tout comme les cocktails dînatoires. Là encore la fourchette de prix est variable, et peut atteindre 30.000 DH par table. Cela varie en fonction du menu, de la gamme du matériel (services de table, argenterie, nappes,…). 

Par ailleurs, un mariage marocain sans Neggafa n’est pas envisageable. Cette dernière a un rôle prépondérant dans l’organisation de la cérémonie puisqu’elle influe de manière importante sur l’ordonnancement de la soirée. L’enveloppe de la Neggafa est très variable et peut atteindre les 120.000 DH. “Cela dépend des tenues, des bijoux, du design la Aamaria, des accessoires, etc. Certaines neggafas ont des bijoux qui datent de plus d’un siècle. Le cachet diffère selon la ville, la réputation de la Neggafa, la qualité des tenues, la durée de la prestation…”, explique un organisateur de mariage.  

L’animation est aussi importante dans une cérémonie du mariage. On accorde ainsi une grande attention au choix de l’orchestre. “Cela dépend de la date, de la taille de l’évènement, si la cérémonie se tient en dehors de Casablanca, etc.”, explique Hadj Abdelmajid. Ce dernier réclame une enveloppe entre 50.000 et 150.000 DH pour un évènement à Casablanca. Les prix passent du simple au double selon la renommée de l’artiste. Les Tahor, Laasri, Mouline, Lamrini, Mernissi, Lebbar, Bennani, … sont assez sollicités. Leur cachet démarre à partir de 70.000 DH et peut grimper jusqu’à 150.000 DH. C’est  le cas pour Tahor (à partir de 80.000 DH), Mouline (entre 100.000 et 120.000 DH), Pour d’autres artistes plus célèbres, le cachet oscille entre 250.000 et 600.000 DH. C’est le cas pour Adil Miloudi, Hamid Mardi, etc. Les fans de la Aïta doivent débourser entre 140.000 DH et 200.000 DH pour écouter Hajja Hlima. Les cachets de Abderrahim Souiri, Bajeddoub, Raymonde Al Bidaouia, etc., sont tout aussi élevés. 

Enfin, les stars marocaines connues sur la scène internationale exigent des sommes assez conséquentes. Il faut compter pas moins de 1.200.000 DH, pour espérer avoir Saad Lamjared chanter à son mariage. Certains artistes étrangers ont également le vent en poupe. Il s’agit notamment des artistes libanais comme Ramy Ayach, Riad El Omr…. Ce dernier touche un cachet aux alentours de 8 000 $ US. D’autres artistes plus cotés exigent des cachets qui frôlent les 3 millions de DH. 

La coiffure, le make-up et les soins qui précèdent la grande soirée, ne sont pas en reste. Il faudra débourser en  moyenne entre 5.000 DH à 20.000 DH. “Il y en pour tous les budgets. C’est pareil pour les vêtements, il y a le prêt-à-porter et la haute couture”, explique Sonia Ngadi, make-up artist. Cette dernière estime que le travail de la make-up artist ne se limite pas à l’aspect technique. “Il faut être capable de gérer le stress de la marié, être à son écoute, et la mettre à l’aise”, explique-t-elle.

Le faste est trop onéreux

L’enveloppe réservée aux tenues de la mariée constitue également un débours important. Une seule tenue peut coûter jusqu’à 150.000 DH. Toutefois, les petites bourses peuvent se procurer une tenue relativement correcte entre 9.000 DH et 12.000 DH.  “Actuellement, on ne fait plus beaucoup de tenues, mais tout dépend des familles. Certaines tiennent toujours à la cérémonie du henné, à la cérémonie du grand jour et à celle du Sbohi. Alors que d’autres optent pour une seule soirée. Du coup, on ne va pas avoir besoin de plusieurs tenues. En moyenne, on a besoin de 2 à 3  tenues maximum”, explique la styliste Samira Haddouchi. Et d’ajouter:  “certaines futurs mariées exigent une seule et belle tenue, indépendamment du prix. Elles vont choisir un tissu haut de gamme qui coûte dans les 40.000 à 50.000 DH. Pour la façon, il faudra compter quelque 25.000 à 30.000 DH et plus (si on introduit le perlage, la broderie, …). Pour d’autres, ça va être un budget maximum de 15.000 DH pour le tissu et environ 15.000 DH à 20.000 DH pour la façon. On parle bien sûr de tissus de qualité, de marque et de  haute couture.” 

La décoration florale représente également un poste important dans le budget global du mariage. De nombreux fleuristes proposent un grand choix de fleurs, de design et de contenant pour donner à l’espace un aspect glamour et raffiné. On ne se contente plus des centres de tables, mais il s’agit désormais de faire une décoration florale et/végétale très élaborée, en vue de donner un cachet particulier à l’espace (selon le thème choisi). Le prix de la décoration florale dépend de plusieurs facteurs: types de fleurs, saisonnalités, produits locaux ou importés… Le design est aussi important. “Ça peut aller de quelques dizaines à des milliers de dirhams. Cela dépend du choix de l’élément de décoration :  centres de table, arches, houppa ? Pour cette dernière, il faut compter 20 000 DH et 6000 et plus pour un mur végatal”, explique Leila Boulemane

Et puis, dans ce budget qui monte en flèche, n’oublions pas la pièce montée (jusqu’à 50.000 DH), le photographe- caméramen (entre 5.000 et 25.000 DH, etc. Autant de corps de métiers qui œuvrent de concert pour faire du mariage le plus beau jour de votre vie.

Les enjeux sociétaux du mariage

Le mariage d’un point de vue sociologique est considéré comme un contrat social qui répond à un rapport de force à la fois économique, d’alliance et de positionnement social. 

Plus le mariage est somptueux et coûteux, plus on a l’impression de valoriser la mariée et de répondre aux exigences de la tradition et de respecter les représentations sociales.

Le couple est très souvent réduit à une entité ou un instrument qui a la contrainte de répondre aux exigences imposées par les familles et les coutumes.

Ainsi, on peut dire qu’il y a un rapport direct entre le coût du mariage et sa rentabilité sociale. C’est une question complexe multidimensionnelle qui intègre des considérations économiques, culturelles et sociétales.

Au final, tout cela ne doit pas éliminer le rêve construit souvent par deux jeunes où l’amour est en principe la centralité. La notion du couple existe-t-elle réellement dans notre société ? Sommes-nous capable de dépasser la pression des traditions et de perpétuer le principe du cœur ?

Pour ce faire, on doit s’écarter de la notion : “Ouled men hada, Bent men hadi” (C’est le fils de qui, c’est la fille de qui”, s’écarter de ces marqueurs sociaux d’un autre temps et de l’importance qu’on accorde au regard de l’autre.

Le coût de l’engagement par amour doit primer sur le coût de la fête.

Pensez-vous que les célébrations des mariages sont en recul ? 

Les cérémonies de mariage ont repris leurs droits après une longue période d’arrêt due à la crise sanitaire. Il n’y a pas de recul, je dirais plutôt que ces fêtes sont organisées différemment. Pendant les restrictions, les gens ont goûté à une forme de cérémonie plus intimiste, plus centrée sur les proches, très proches. L’ambiance y est plus conviviale, plus chaleureuse et donc les mariés et leurs familles prolongent ce plaisir au-delà de la période Covid.

Le mode d’organisation du mariage a beaucoup évolué. Mais qui est ce qui a changé de manière globale ?

Les cérémonies de mariage sont de plus en plus personnalisées. C’est-à-dire que chaque couple, chaque famille conçoit sa fête selon ses désirs, ses envies, ses rêves. Nous ne sommes plus dans le modèle traditionnel qui faisait que toutes les cérémonies se ressemblaient à peu près. Aujourd’hui, on voit des soirées thématiques avec une attention particulière sur la décoration. On maintient le rituel traditionnel mais on le revisite, on le modernise pour donner à chaque fête son propre cachet. Toutefois, 

l’attachement aux traditions séculaires qui forment le socle de notre identité est un élément central de toutes les cérémonies.

Quel est le coût d’un mariage marocain basique, moyen et féerique ?

Une cérémonie de mariage basique exige un budget d’environ 200 à 300 0000 DH. Et plus on va être exigeant et on va chercher à se faire plaisir, plus il faudra débourser plus. Certains mariages coûtent 2 millions de dirhams et même plus, beaucoup plus. 

Les wedding planners ont le vent en poupe. Que représente ce business dans l’économie nationale et quel serait le CA annuel d’un wedding planner ? 

Oui c’est une prestation de plus en plus sollicitée et il y en a de plus en plus. Mais  ils se comptent encore aujourd’hui sur le bout des doigts. Les préparatifs font encore partie de la fête du mariage. Les gens veulent s’occuper personnellement des détails, négocier, choisir, toucher, goûter. On le fait en famille, tout le monde est impliqué. Ceci dit, faire appel à un/e wedding planner va petit à petit s’inscrire dans les mœurs. Et là on pourra parler de CA.

(Lire le prochain article)

 

L’article Le business juteux des mariages est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Accros au bistouri : Apparences et illusions https://femmesdumaroc.com/plaisirs/bien-etre/accros-au-bistouri-apparences-et-illusions Fri, 28 Apr 2023 13:46:05 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=89662 La médecine esthétique et réparatrice connaît un “essor” sans précédent. Nouveaux diktats de la beauté, pressions sociales, quête de la perfection et réseaux sociaux accentuent le culte de l’image. Désormais sollicitée par une “patientèle” jeune, voire très jeune, cette pratique connaît un tournant surprenant. La banalisation de la chirurgie esthétique devrait-elle nous inquiéter ? Ébauche de réponse.

L’article Accros au bistouri : Apparences et illusions est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Le scandale des prothèses PIP défectueuses est loin, très loin derrière nous. La chirurgie plastique, réparatrice et la médecine esthétique connaissent une demande de plus en plus forte. Des femmes, des hommes, des jeunes filles et des jeunes garçons ont de plus en plus recours aux techniques proposées par les plasticiens.

La chirurgie plastique s’est relativement démocratisée permettant à un plus grand nombre de personnes d’y accéder. Et c’est tant mieux, si cela permet de faire le bonheur d’une personne, en particulier quand il s’agit d’un problème réel, qui peut affecter le quotidien sur le plan personnel, professionnel, familial et affectif. Aussi, si la chirurgie peut améliorer le physique et/ou le psychique d’une personne, pourquoi pas ? Hélas, ce n’est pas toujours la porte de sortie.

Pour de nombreux psychologues, il faut d’abord chercher les véritables raisons du mal-être avant de franchir le pas de la chirurgie, autrement on peut se retrouver dans un cercle vicieux. D’où l’importance de l’avis du psychologue avant le coup du bistouri. “Tout chirurgien plasticien qui se respecte ne peut pratiquer une intervention de chirurgie esthétique si sa patiente n’a pas déjà consulté un psychologue”, explique Aboubaker Harakat, psycho-sexologue à Casablanca. “Si le patient ne l’a pas fait lui-même, le praticien devrait l’orienter vers un psychologue, en particulier s’il détecte une fragilité chez la personne”, ajoute-t-il.

Alors comment peut-on user de la chirurgie sans en abuser ?  “Faire une cure de botox tous les six mois, est-ce abusif ? Injecter régulièrement de la graisse à un patient qui a une forte fonte musculaire, est-ce un abus ? Certainement pas”, estime le Pr Hassan Boukind, chirurgien-plasticien à Casablanca.  D’où l’importance de trouver un juste équilibre entre l’indispensable  et le superflu, sous peine de tomber dans des excès. La limite entre le besoin et le surplus est rapidement franchie. “Le Trouble dysmorphique du Corps (TDC), amène la personne qui en souffre, à constamment pointer les défauts dans son apparence physique et donc facilitent la tendance à l’abus de chirurgie esthétique”, rappelle la psychologue Radia Tanjaoui, Pour sa part, le Pr Boukind estime qu’“il faut faire la différence entre le normal et le pathologique.”

Le culte de l’image

De nos jours, tout concourt à modeler les femmes selon le même moule. La chasse aux rides, aux kilos et autres “imperfections” est effrénée. On assiste à un réel boom de la chirurgie esthétique, les femmes sont de plus en plus demandeuses au risque de devenir accros. Les hommes ne sont pas en reste. “De plus en plus de jeunes femmes ont recours aux techniques de rajeunissement, de réparation parce qu’elles sveulent prévenir à temps les signes de l’âge”, explique un autre professionnel.

“La chirurgie esthétique n’est plus réservée à une population aisée. Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées”, souligne A. Harakat. Cette démocratisation et cet accès facile sont l’une des raisons de cette demande à outrance. Pour rester à la page, belles et attirantes, de nombreuses femmes usent et abusent de ces techniques. Dans cette forte demande, on trouve un élément nouveau et assez surprenant : davantage de jeunes ont recours à la chirurgie esthétique. “Il s’agit d’un phénomène mondial”, précise Pr. Boukind.

Les selfies, les filtres de Snapchat, Instagram, télé-réalités, etc., sont quelques-unes des raisons derrière la banalisation de la chirurgie esthétique chez les jeunes. Plusieurs enquêtes réalisées en France, aux USA, en Suisse, etc. attestent d’une recrudescence de la demande des jeunes pour la chirurgie esthétique, toutes techniques confondues. Cela va des techniques non invasives (laser, peeling, injections, etc.) aux interventions chirurgicales lourdes et moins lourdes (rhinoplastie, nymphoplastie, réfection mammaire, lifting, etc.).

Selon des statistiques de 2019, dans le monde, les 18-34 ans recourent plus à la médecine esthétique et reconstructrice que leurs aînés.

Génération bistouri

Le livre réalisé par deux journalistes françaises, sous l’intitulé de Génération du bistouri, enquête sur les ravages de la chirurgie esthétique chez les jeunes“ illustre parfaitement cette frénésie des 18-34 ans pour améliorer leur image. Publié en février 2023, aux Éditions JC Lattes, l’ouvrage tire la sonnette d’alarme. “Depuis 2020, les 19-34 ans ont une consommation d’actes esthétiques supérieure à celle des 51-64 ans”, révèle l’enquête.

Cette transformation extraordinaire qui banalise la chirurgie esthétique, devrait nous interpeller selon les auteures du livre. Pour de nombreux observateurs, il s’agit d’un phénomène qui reflète une évolution sociale “malsaine”. À terme, on va se retrouver avec des visages standardisés à la Kardashian, estime un sociologue suisse.

Pour Aboubakr Harakat, il s’agit d’un effet de mode où l’exhibitionnisme à outrance est de mise. “Plusieurs raisons pourraient expliquer cette tendance. D’abord, la chute des prix : la chirurgie esthétique n’est plus l’apanage d’une élite. De plus, il y a les réseaux sociaux et le culte de l’image, ainsi que les canons de beauté qui changent d’une époque à une autre.”  Et de poursuivre “les jeunes sont impatients et facilement influençables, alors qu’une personne qui a la quarantaise ou la cinquantaine serait plus sage et ses décisions mûrement réfléchies.” Ce qui veut dire que les influenceurs et les influenceuses ont un impact direct ou indirect sur les jeunes.

Témoignages

Salma S., 27 ans,

“J’ai toujours eu une silhouette quasi-parfaite. Mince, élancée, pour autant, je n’aimais pas mon corps. Et pour cause, je trouvais que ma poitrine était disproportionnée. Alors que certaines filles veulent avoir une poitrine généreuse, j’ai fait la démarche contraire. La taille de mes seins me complexait. Du coup, je portais tout le temps des hauts amples, des Sweatshirt XXL pour les cacher. Résultat, je ne pouvais pas porter des vêtements qui mettent en valeur mon corps, je faisais pratiquement le contraire. Quand j’ai eu mon bac et bien sûr 18 ans, c’est la première chose que j’ai demandé à mes parents. Au début, ils étaient réticents mais ont fini par accepter. J’ai été opérée par un grand chirurgien de la place que je ne citerai, parce qu’il refuse de communiquer sur son travail, contrairement à certains de ses confrères. L’intervention s’est bien passée. Ensuite, j’ai eu une petite complication post-opératoire, qui a été très bien gérée par mon chirurgien et tout est rentrée dans l’ordre. Donc, j’ai pu entamer mes études supérieures en toute sérénité, avec davantage de confiance en moi et surtout un corps que j’aime. Cela fait maintenant 9 ans, que j’ai fait une réduction des seins et tout se passe très bien. Je ne le regrette pas. Aujourd’hui, j’ai terminé mes études, j’ai intégré le monde de professionnel et je suis zen. Donc, aucun regret.

Si j’ai un conseil à donner c’est : faites-le quand c’est vraiment nécessaire.”

Lamia B, 29 ans

“J’ai toujours fait très attention à mon image, donc à mon corps. Je traque le moindre kilo superflu, la moindre ridule, les cernes, … tout y passe. Depuis toute jeune, je consacre énormément de temps à mon physique car cela se reflète sur mon moral. J’ai fait mon premier peeling à 16 ans. La dermato avait refusé, alors je suis allée voir quelqu’un d’autre. Idem pour l’épilation au laser, je l’ai également commencé à 16 ans. À 20 ans, j’ai fait une rhinoplastie. J’étais satisfaite du résultat, mais pas mon entourage. J’ai commencé les injections d’acides hyaluroniques pour augmenter le volume de mes lèvres à cette même période. Pour mes 25 ans, j’ai fait un comblement des pommettes. Mais, je pense ralentir la cadence car l’été dernier, j’ai eu un petit souci. Le chirurgien m’a injecté ma propre graisse pour combler les rides du lion, mais quelques heures après, la partie gauche de mon visage a enflé. C’était un caillot de sang qui a été drainé en urgence par mon médecin.”

Narcissisme

En effet, cette “dictature de l’image” incite certains jeunes à chercher un paraître parfait, sans lequel leur être est mis à mal. Car pour pouvoir se montrer, et “s’exposer” sur les réseaux sociaux, il faut être impeccable. La Génération Z tient à son image. D’où cette quête permanente de la beauté. Certains jeunes sont prêts à passer des filtres, qui leur procurent une image parfaite dans le monde virtuel, au bistouri pour concrétiser cette image dans le monde réel.

Selon de nombreux observateurs, il s’agit d’une jeunesse incapable de s’aimer, telle qu’elle est.  “C’est la génération du beau, de l’exhibitionnisme”, estime Julien Durant, psychologue à Casablanca. La GEN-Z  aborde la chirurgie de manière radicalement différente de ses ainés.  Ils n’ont aucune gêne de déclarer de manière très spontanée qu’ils travaillent leur image en passant par la chirurgie esthétique (lire les témoignages). Ultra connecté(é)s, ils et elles veulent ressembler à leur image numérique, suivent toutes les tendances et veulent être in, quoi que cela puisse leur coûter. “Or, cette quête de la perfection peut cacher certains troubles, comme elle peut en provoquer”, rappelle J. Durant. À force de refaire (son nez, ses seins, ses fesses, …), on risque de perdre sa vraie image, son authenticité, voire son identité, estiment certains experts. Au final on n’est plus soi-même. “C’est le consumérisme à outrance”, lance Dr. Harakat.

Cet accès facile à la chirurgie reconstructrice et sa banalisation en dit long sur la société de consommation où les excès sont poussés à l’extrême. Aujourd’hui, on peut offrir une paire de seins à sa fille comme on lui offre des baskets ! Un collectif de chirurgiens-plasticiens de l’université de Boston, avait également publié un article pour alerter sur le phénomène. “On ne sait pas comment ces jeunes vont être dans 5-10-15 ans. Et quelle image auraient-il d’eux-mêmes ?”

Cette quête de la perfection, la standardisation des normes de beauté, ainsi que ce passage quasi spontané sur “le billard”, dans certains cas sans recul, est assez impressionnant. “Cela peut avoir de lourdes conséquences non seulement physiques, mais également psychologiques”, rappelle Harakat.

En effet, de nombreuses jeunes filles et garçons se sentent mal dans leur peau à cause des réseaux sociaux et en particulier des influenceurs et influenceuses auxquelles ils s’identifient. Ainsi, lorsqu’une influenceuse vante les mérites d’une technique, que le praticien n’hésite pas à faire un live lors d’une intervention, -Ce qui équivaut à une démarche publicitaire, plutôt réservée aux commerces- c’est presque normal que des jeunes gens veuillent faire pareil, et être pareils…

Résultat, le risque de devenir accros au bistouri, n’est pas exclu. “On peut tomber dans l’engrenage des éternels insatisfaits.” C’est le revers de la médaille de cette banalisation de la chirurgie esthétique.

Attention aux dérives

Cette forte demande peut pousser à des pratiques très peu “catholiques”, faisant fi de toute éthique. Botox party, produits non conformes, professionnels non qualifiés, etc. Des filières parallèles de botox, d’acides hyaluroniques fleurissent, au vu et au su de tous. Tout comme certains praticiens n’hésitent pas à faire de la promotion sur les réseaux sociaux. Dans cette course excessive pour obtenir une silhouette et un visage parfaits, le coût peut être fort élevé pour atteindre les idéaux du moment.

C’est dire que l’évolution de la société ne cesse de nous surprendre. “Les canons de beauté changent, La cible change et les attentes aussi”, conclut B. Harakat.

Être belle, avoir un corps harmonieux, une silhouette bien dessinée est sans aucun doute le rêve partagé par presque toutes les femmes. L’exploit serait de magnifier une beauté authentique sans jamais la dénaturer, car comme disait Platon, “la beauté est la splendeur du vrai”.

Le recours à la médecine esthétique s’est énormément démocratisé, et le nombre des actes réalisés par les chirurgiens plasticiens a augmenté de plus de 19,3% dans le monde en 2022 par rapport à 2021 avec 17,5 millions d’actes non-chirurgicaux qui eux, ont vu une augmentation de 54% sur les 4 dernières années.

Cette tendance haussière, on la retrouve également chez les jeunes. On constate que de de plus en plus de jeunes ont recours à la chirurgie esthétique aujourd’hui, à telle enseigne qu’on peut facilement l’associer au Photoshop de la vraie vie.

Si les standards de beauté, prônés par les magazines, les célébrités et les réseaux sociaux, sont parfois aberrants, les jeunes, aussi bien les hommes que les femmes, n’ont parfois pas la maturité ou la confiance en soi suffisante pour prendre de la distance, et cet aspect n’est pas propre à ces dernières décennies puisque certaines pratiques parfois barbares (pieds bandés en Chine, corsets en Europe, crèmes radioactives…) pour atteindre cet idéal ont toujours existé dans l’histoire de l’humanité.

Cette quête de la jeunesse et la beauté éternelles a d’ailleurs été, dès l’antiquité, sujet du mythe de la Fontaine de Jouvence !

Par ailleurs, certains troubles, notamment le Trouble dysmorphique du Corps (TDC), amène la personne qui en souffre, à constamment pointer les défauts dans son apparence physique et donc facilitent la tendance à l’abus de chirurgie réparatrice.

Au-delà de l’aspect “réparateur” dans la chirurgie esthétique, dans le cas de séquelles d’accident ou de malformations physiques, il s’avère indispensable, d’accompagner toute démarche par une prise en charge psychologique pour justement éviter les dérives.

Enfin, il est indispensable de rappeler que les actes de médecine esthétique ne peuvent être réalisés que par des médecins dans des locaux médicaux afin d’éviter toute complication qui pourrait avoir des conséquences dramatiques.

L’article Accros au bistouri : Apparences et illusions est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
8 Mars : Les chantiers de l’égalité https://femmesdumaroc.com/reportage/societe/8-mars-les-chantiers-de-legalite Wed, 29 Mar 2023 13:24:12 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=88265 Code de la famille, violences à l’égard des femmes, légalisation de l’avortement, mariage des mineures, plafond de verre, faible représentativité politique… sont quelques dysfonctionnements soulevés par la société civile, et que le Maroc gagnerait à régler. Revue de détails de ces chantiers prioritaires.

L’article 8 Mars : Les chantiers de l’égalité est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Le discours du 30 juillet 2022, prononcé à l’occasion de la fête du Trône  par SM le Roi Mohammed VI a constitué un signal fort pour la réforme du Code de la famille. À travers ce discours, le Roi a quasiment tracé une feuille de route pour une réforme qui se veut compatible avec l’esprit de la Constitution de 2011, ainsi que la vision de Sa Majesté d’un État moderne, sans pour autant outrepasser les fondamentaux de la Chariaa. “Nous appelons à l’opérationnalisation des institutions constitutionnelles concernées par les droits de la famille et de la femme et Nous demandons que soient mis à jour les dispositifs et les législations nationales dédiés à la promotion de ces droits.” L’objectif d’une telle réforme est d’améliorer la condition de la femme en vue de lui permettre de contribuer à la dynamique de développement sur le plan économique, politique, culturel et social, mais c’est également un moyen de promouvoir les droits des enfants et la cohésion de la famille. Cette réforme constitue un nouveau défi pour le Maroc. L’objectif étant de consolider les acquis et promouvoir les valeurs d’égalité, de justice et de démocratie.

La promulgation du Code de la famille avait indéniablement représenté  à l’époque un pas de géant dans l’histoire des droits des Femmes au Maroc. Suppression de la tutelle matrimoniale et élévation de l’âge du mariage, abolition de la répudiation, révision des modes de divorces, encadrement de la polygamie, ADN pour la recherche de la paternité… sont autant de dispositions qui vont dans le sens des valeurs de l’égalité.

Si le Code de 2004 fait aujourd’hui l’objet de multiples critiques, c’est parce qu’il est loin de garantir l’équité, pour diverses raisons. “Au-delà des dispositions, c’est la mise en application qui se trouve entravée par certaines mentalités machistes, comportements rétrogrades et mauvaises interprétation des textes”, souligne Zhor Al Hor, ancienne présidente du Tribunal de la Famille.

Des dysfonctions à la pelle

Le Code de la famille, qui a le mérite d’avoir désacralisé la Moudawana, n’est plus en phase avec l’évolution de la société et les aspirations de la femme marocaine. Les mouvements démocratiques sont unanimes. “Il faut une refonte globale du Code de la Famille”, dit-on à l’Union de l’Action Féministe (UAF). Même son de cloche dans le mouvement Parité maintenant” qui estime que “de nombreuses dispositions contrastent avec l’esprit d’équité et de dignité de la Constitution”. De son côté, Fatna Sarhane, avocate et professeure universitaire, insiste sur une refonte globale du dispositif de 2004, et particulièrement, les articles qui régissent la filiation, la garde et la tutelle des enfants après le divorce et qui portent atteinte aux intérêts de l’enfant.

Parmi les autres aberrations du Code de la famille, il y a l’article 20 qui autorise les dérogations pour le mariage des mineurs. C’est une violation des droits de l’enfant, fustige l’association démocratique des femmes du Maroc (ADFM). Il va sans dire que le mariage des mineurs est une bombe à retardement qui mine la société. Les séquelles physiques et psychiques de ce fléau impactent toute l’existence des femmes concernées. Selon le Collectif Printemps de la dignité”, le mariage des filles mineures est l’une des principales causes de divorce. Elles sont ainsi exposées à davantage de précarité et d’exploitation.

À cet égard, une étude réalisée par l’association Droits & Justice sur la période allant de 2006 à 2018 tire la sonnette d’alarme. On y apprend que 319.177 demandes de mariage déposées entre 2009 et 2018 ont été accordées, et que l’âge des demandeurs peut descendre jusqu’à 14 ans. En outre, environ 72% des mères des mariées mineures l’étaient à leur tour quand elles se sont mariées. Mais si la capacité matrimoniale s’acquiert, selon l’article 19 du Code de la famille, à 18 ans, l’article 20 permet, pourtant, au juge d’autoriser un mariage en deçà de cet âge. “Il s’agit d’un acte contre-nature qui crée un environnement propice à davantage de situations d’injustice et de vulnérabilité”, estime-t-on à l’association Droits & Justice. La même enquête fait ressortir que le mariage avec la Fatiha perdure encore. D’où l’urgence, comme le réclame cette ONG, d’une révision des articles 20, 21 et 22. 

Filiation, garde, tutelle, … le droit de l’Enfant prime

La garde des enfants figure également parmi les questions soulevées par la société civile. Pour l’ADFM, la révision de l’article 175 du Code de la famille est capitale. “Cette disposition n’est pas du tout équitable. La femme perd systématiquement la garde des enfants dès lors qu’elle se marie. Ce qui peut affecter les intérêts de l’enfant”, s’indigne Bouchra Abdou directrice de l’association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté (ATEC).

Pr. Fatna Sarehane estime, pour sa part, que le retrait de la garde ne doit pas être systématique, ni irrévocable si la mère se remarie. “La décision du juge doit être motivée par l’intérêt suprême de l’enfant. Ce sont les droits des enfants qui priment”, explique la juriste. Idem pour la filiation. Le nouveau dispositif devrait étendre le principe de “Al Iqrar”, aux enfants nés hors mariage. De surcroît, il faudrait mettre en place une disposition qui “oblige l’homme à reconnaitre la filiation de l’enfant, soit à la demande de l’enfant ou de sa mère, chaque fois que l’ADN prouve qu’il en est le géniteur.”

La future réforme devrait également se pencher sur les articles 236 et 238, car “la loi devrait garantir l’égalité des deux parents pour la tutelle des enfants”, rappelle l’ADFM.

Ainsi, les deux parents qu’ils soient en couple ou séparés devraient être en mesure d’exercer ce droit. En 2023, une Marocaine ne peut pas ouvrir un compte bancaire pour son enfant sauf en cas de décès du père. Idem pour le passeport. La mère peut faire toutes les démarches préalables pour l’octroi du document de voyage, dont le retrait est du seul ressort du père. Les témoignages de mamans qui ne peuvent pas voyager avec leurs enfants, les envoyer en vacances, leur procurer un document de voyage, un visa, un transfert d’école, etc., parce que le père refuse, sont légion. Ce qui plombe malheureusement les intérêts des enfants.

Libertés individuelles, la société est-elle prête ? 

Les libertés individuelles ne sont pas en reste. La dépénalisation des relations sexuelles ou encore de l’avortement figure également parmi les revendications des mouvements démocratiques. “D’autres combats ont émergé avec les nouvelles générations !”, lance Khadija Ryadi, militante démocratique et ancienne présidente de l’AMDH (Association marocaine des Droits de l’Homme). La militante considère la dépénalisation des relations sexuelles, tout à fait légitime, “il n y a pas de petits et grands droits !”, dit-elle.

Par ailleurs, suite aux nombreuses affaires qui ont défrayé la chronique, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer la loi régissant l’avortement et qui condamne une femme qui avorte de 6 mois à 2 ans de prison. L’objectif est de mieux encadrer les interruptions volontaires de grossesse (IVG). Selon les estimations, quelque 800 avortements clandestins sont effectués quotidiennement au Maroc. C’est dire l’ampleur et la gravité du phénomène. Un avortement effectué en dehors d’un bloc opératoire, signifie que les conditions de prise en charge médicales, d’asepsie, etc., ne sont nullement respectées et par conséquent les risques sont énormes. Hémorragie, infection, stérilité,  sans compter les dégâts psychiques. En atteste, les nombreux cas de décès, de suicide, d’emprisonnement, relayés par la presse. Cela illustre le décalage entre la réalité et les aspirations des femmes. “Une législation qui pousse à la mort”, lance une jeune militante.

Ainsi, l’objectif de la révision de la loi concernant l’avortement est de lutter contre les avortements clandestins et de préserver la santé et la dignité de la femme. L’assouplissement des articles 449 et 458 du code pénal devrait, selon les défenseurs de la dépénalisation de l’avortement, atténuer le nombre de drames. À défaut d’avorter, certaines filles se retrouvent devant un grand dilemme : Abandonner leur bébé ou assumer le rôle de mère célibataire. Un choix très difficile, qui change le cours d’une existence !

Pour Bouchra Abdou, toute femme doit pouvoir décider, en toute liberté,  car  il y va de sa vie, de son présent et de son avenir. “Il ne s’agit pas d’encourager les relations hors mariage, mais juste de permettre à une personne de décider de garder ou pas une grossesse non désirée, en particulier en cas de viol, d’inceste ou pour toute autre raison”, revendique-t-elle.

La parité, une illusion ?   

Au-delà des législations et en dépit de toutes les avancées, il est fort déconcertant de constater que la femme marocaine peine à s’affranchir de la mainmise de l’homme. “Malgré ces réformes législatives et les progrès déployés au niveau des politiques publiques, les inégalités et discriminations basées sur le genre subsistent encore aussi bien au niveau des législations en vigueur qu’au niveau des pratiques”, dénonce Amina Bouayach, présidente du CNDH (Conseil National des Droits de l’Homme).

Les Marocaines sont, en fat, pratiquement présentes dans tous les domaines, mais à quel pourcentage ? Leur représentativité aux postes de décision demeure assez faible. Pourtant, la participation politique des femmes dans cette transition amorcée par le Maroc est quasi marginale et leur potentiel est sous-exploité. “les acquis en matière de lois, de chartes éthiques, de mécanismes de suivi, etc., n’ont pas permis des progrès significatifs au niveau de l’appropriation par la société de la culture de la parité et de l’égalité des genres”, souligne Latifa Akharbache, présidente de la HACA. D’où une sous visibilité dans l’espace médiatique audiovisuel, lequel ne renvoie toujours pas une image réjouissante de la femme.

Selon le Conseil économique social et environnemental (CESE)  la part des femmes dans la création et la direction des entreprises reste minoritaire. Alors qu’il est universellement établi que la participation des femmes dans la prise de décision politique et publique est un facteur prépondérant dans la démocratie et le développement d’une société.

Dans ce sens, on note une inégalité au niveau de l’employabilité. Selon les derniers chiffres du HCP, le trend baissier du taux d’activité des femmes se poursuit. 73,1% des inactifs sont des femmes en 2022. 35,3% des femmes actives occupées sont des ouvrières, des manœuvres agricoles ou de la pêche, 8,8% des cadres supérieures et des membres des professions libérales. Ainsi, le Maroc est-il appelé à mettre en place des outils de financement durable et inclusif genrés à même de permettre aux femmes de contribuer au développement du pays. La sous-exploitation des compétences féminines représente un véritable manque à gagner dans la dynamique de développement.

Les lois ne suffisent pas

Les militantes notent également avec désolation que les violences sexistes persistent, que ce soit en milieu professionnel, familial ou conjugal. La loi 103-13 relative à la lutte contre la violence à l’égard des femmes représente une victoire pour les femmes. Toutefois, elle présente quelques lacunes pointées par les ONG. À ce titre, le dispositif ne mentionne pas le viol conjugal. Cette loi prêche par “sa non-conformité  au référentiel du droit international (non incrimination du viol conjugal et non révision de la définition du viol)”, estime Amina Bouayach. En effet, certaines femmes sont confrontées à des violences dans le lit conjugal. “Certains hommes estiment que leur statut d’époux leur donne tous les droits, même des relations sexuelles forcées et violentes”, explique la directrice de l’ATEC.

Selon les données de l’enquête nationale sur la violence à l’égard des femmes et des hommes réalisée en 2019 par le HCP, les violences physiques et sexuelles dans l’espace conjugal s’accaparent, plus  des 2/3 du coût global de la violence.

La Culture de l’égalité à l’école

Enfin, la situation est plus préoccupante en milieu rural. Souvent enclavées, les femmes doivent faire face à des conditions de vie très rudes, accentuées par un environnement culturel patriarcal, voire un peu misogyne.  Une situation, qui émane non pas d’un choix délibéré (pour les hommes) mais un cumul de stéréotypes enracinés.

Toutes ces données sont de nature à affecter le classement  du Maroc au niveau des indicateurs de développement humain et économique. Occupant le 104ème rang sur le plan de l’indice d’inégalité genre (IDG) et 123ème pour l’IDH (chiffres 2020-2021), le Maroc gagnerait à multiplier les actions pour changer cette donne. L’action effective de l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination (APALD), permettrait de passer des paroles aux actes.

L’autonomisation des femmes exige la parité dans tous les domaines. Or, cela n’est possible qu’avec l’intégration de toutes les composantes de la société dans l’approche genre. Outre les législations, l’information, la sensibilisation et l’éducation, sont autant de paramètres pour asseoir durablement une culture de l’égalité. Et cela commence à l’école.

L’article 8 Mars : Les chantiers de l’égalité est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>