Accros au bistouri : Apparences et illusions

La médecine esthétique et réparatrice connaît un “essor” sans précédent. Nouveaux diktats de la beauté, pressions sociales, quête de la perfection et réseaux sociaux accentuent le culte de l’image. Désormais sollicitée par une “patientèle” jeune, voire très jeune, cette pratique connaît un tournant surprenant. La banalisation de la chirurgie esthétique devrait-elle nous inquiéter ? Ébauche de réponse.

Le scandale des prothèses PIP défectueuses est loin, très loin derrière nous. La chirurgie plastique, réparatrice et la médecine esthétique connaissent une demande de plus en plus forte. Des femmes, des hommes, des jeunes filles et des jeunes garçons ont de plus en plus recours aux techniques proposées par les plasticiens.

La chirurgie plastique s’est relativement démocratisée permettant à un plus grand nombre de personnes d’y accéder. Et c’est tant mieux, si cela permet de faire le bonheur d’une personne, en particulier quand il s’agit d’un problème réel, qui peut affecter le quotidien sur le plan personnel, professionnel, familial et affectif. Aussi, si la chirurgie peut améliorer le physique et/ou le psychique d’une personne, pourquoi pas ? Hélas, ce n’est pas toujours la porte de sortie.

Pour de nombreux psychologues, il faut d’abord chercher les véritables raisons du mal-être avant de franchir le pas de la chirurgie, autrement on peut se retrouver dans un cercle vicieux. D’où l’importance de l’avis du psychologue avant le coup du bistouri. “Tout chirurgien plasticien qui se respecte ne peut pratiquer une intervention de chirurgie esthétique si sa patiente n’a pas déjà consulté un psychologue”, explique Aboubaker Harakat, psycho-sexologue à Casablanca. “Si le patient ne l’a pas fait lui-même, le praticien devrait l’orienter vers un psychologue, en particulier s’il détecte une fragilité chez la personne”, ajoute-t-il.

Alors comment peut-on user de la chirurgie sans en abuser ?  “Faire une cure de botox tous les six mois, est-ce abusif ? Injecter régulièrement de la graisse à un patient qui a une forte fonte musculaire, est-ce un abus ? Certainement pas”, estime le Pr Hassan Boukind, chirurgien-plasticien à Casablanca.  D’où l’importance de trouver un juste équilibre entre l’indispensable  et le superflu, sous peine de tomber dans des excès. La limite entre le besoin et le surplus est rapidement franchie. “Le Trouble dysmorphique du Corps (TDC), amène la personne qui en souffre, à constamment pointer les défauts dans son apparence physique et donc facilitent la tendance à l’abus de chirurgie esthétique”, rappelle la psychologue Radia Tanjaoui, Pour sa part, le Pr Boukind estime qu’“il faut faire la différence entre le normal et le pathologique.”

Le culte de l’image

De nos jours, tout concourt à modeler les femmes selon le même moule. La chasse aux rides, aux kilos et autres “imperfections” est effrénée. On assiste à un réel boom de la chirurgie esthétique, les femmes sont de plus en plus demandeuses au risque de devenir accros. Les hommes ne sont pas en reste. “De plus en plus de jeunes femmes ont recours aux techniques de rajeunissement, de réparation parce qu’elles sveulent prévenir à temps les signes de l’âge”, explique un autre professionnel.

“La chirurgie esthétique n’est plus réservée à une population aisée. Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées”, souligne A. Harakat. Cette démocratisation et cet accès facile sont l’une des raisons de cette demande à outrance. Pour rester à la page, belles et attirantes, de nombreuses femmes usent et abusent de ces techniques. Dans cette forte demande, on trouve un élément nouveau et assez surprenant : davantage de jeunes ont recours à la chirurgie esthétique. “Il s’agit d’un phénomène mondial”, précise Pr. Boukind.

Les selfies, les filtres de Snapchat, Instagram, télé-réalités, etc., sont quelques-unes des raisons derrière la banalisation de la chirurgie esthétique chez les jeunes. Plusieurs enquêtes réalisées en France, aux USA, en Suisse, etc. attestent d’une recrudescence de la demande des jeunes pour la chirurgie esthétique, toutes techniques confondues. Cela va des techniques non invasives (laser, peeling, injections, etc.) aux interventions chirurgicales lourdes et moins lourdes (rhinoplastie, nymphoplastie, réfection mammaire, lifting, etc.).

Selon des statistiques de 2019, dans le monde, les 18-34 ans recourent plus à la médecine esthétique et reconstructrice que leurs aînés.

Génération bistouri

Le livre réalisé par deux journalistes françaises, sous l’intitulé de Génération du bistouri, enquête sur les ravages de la chirurgie esthétique chez les jeunes“ illustre parfaitement cette frénésie des 18-34 ans pour améliorer leur image. Publié en février 2023, aux Éditions JC Lattes, l’ouvrage tire la sonnette d’alarme. “Depuis 2020, les 19-34 ans ont une consommation d’actes esthétiques supérieure à celle des 51-64 ans”, révèle l’enquête.

Cette transformation extraordinaire qui banalise la chirurgie esthétique, devrait nous interpeller selon les auteures du livre. Pour de nombreux observateurs, il s’agit d’un phénomène qui reflète une évolution sociale “malsaine”. À terme, on va se retrouver avec des visages standardisés à la Kardashian, estime un sociologue suisse.

Pour Aboubakr Harakat, il s’agit d’un effet de mode où l’exhibitionnisme à outrance est de mise. “Plusieurs raisons pourraient expliquer cette tendance. D’abord, la chute des prix : la chirurgie esthétique n’est plus l’apanage d’une élite. De plus, il y a les réseaux sociaux et le culte de l’image, ainsi que les canons de beauté qui changent d’une époque à une autre.”  Et de poursuivre “les jeunes sont impatients et facilement influençables, alors qu’une personne qui a la quarantaise ou la cinquantaine serait plus sage et ses décisions mûrement réfléchies.” Ce qui veut dire que les influenceurs et les influenceuses ont un impact direct ou indirect sur les jeunes.

Témoignages

Salma S., 27 ans,

“J’ai toujours eu une silhouette quasi-parfaite. Mince, élancée, pour autant, je n’aimais pas mon corps. Et pour cause, je trouvais que ma poitrine était disproportionnée. Alors que certaines filles veulent avoir une poitrine généreuse, j’ai fait la démarche contraire. La taille de mes seins me complexait. Du coup, je portais tout le temps des hauts amples, des Sweatshirt XXL pour les cacher. Résultat, je ne pouvais pas porter des vêtements qui mettent en valeur mon corps, je faisais pratiquement le contraire. Quand j’ai eu mon bac et bien sûr 18 ans, c’est la première chose que j’ai demandé à mes parents. Au début, ils étaient réticents mais ont fini par accepter. J’ai été opérée par un grand chirurgien de la place que je ne citerai, parce qu’il refuse de communiquer sur son travail, contrairement à certains de ses confrères. L’intervention s’est bien passée. Ensuite, j’ai eu une petite complication post-opératoire, qui a été très bien gérée par mon chirurgien et tout est rentrée dans l’ordre. Donc, j’ai pu entamer mes études supérieures en toute sérénité, avec davantage de confiance en moi et surtout un corps que j’aime. Cela fait maintenant 9 ans, que j’ai fait une réduction des seins et tout se passe très bien. Je ne le regrette pas. Aujourd’hui, j’ai terminé mes études, j’ai intégré le monde de professionnel et je suis zen. Donc, aucun regret.

Si j’ai un conseil à donner c’est : faites-le quand c’est vraiment nécessaire.”

Lamia B, 29 ans

“J’ai toujours fait très attention à mon image, donc à mon corps. Je traque le moindre kilo superflu, la moindre ridule, les cernes, … tout y passe. Depuis toute jeune, je consacre énormément de temps à mon physique car cela se reflète sur mon moral. J’ai fait mon premier peeling à 16 ans. La dermato avait refusé, alors je suis allée voir quelqu’un d’autre. Idem pour l’épilation au laser, je l’ai également commencé à 16 ans. À 20 ans, j’ai fait une rhinoplastie. J’étais satisfaite du résultat, mais pas mon entourage. J’ai commencé les injections d’acides hyaluroniques pour augmenter le volume de mes lèvres à cette même période. Pour mes 25 ans, j’ai fait un comblement des pommettes. Mais, je pense ralentir la cadence car l’été dernier, j’ai eu un petit souci. Le chirurgien m’a injecté ma propre graisse pour combler les rides du lion, mais quelques heures après, la partie gauche de mon visage a enflé. C’était un caillot de sang qui a été drainé en urgence par mon médecin.”

Narcissisme

En effet, cette “dictature de l’image” incite certains jeunes à chercher un paraître parfait, sans lequel leur être est mis à mal. Car pour pouvoir se montrer, et “s’exposer” sur les réseaux sociaux, il faut être impeccable. La Génération Z tient à son image. D’où cette quête permanente de la beauté. Certains jeunes sont prêts à passer des filtres, qui leur procurent une image parfaite dans le monde virtuel, au bistouri pour concrétiser cette image dans le monde réel.

Selon de nombreux observateurs, il s’agit d’une jeunesse incapable de s’aimer, telle qu’elle est.  “C’est la génération du beau, de l’exhibitionnisme”, estime Julien Durant, psychologue à Casablanca. La GEN-Z  aborde la chirurgie de manière radicalement différente de ses ainés.  Ils n’ont aucune gêne de déclarer de manière très spontanée qu’ils travaillent leur image en passant par la chirurgie esthétique (lire les témoignages). Ultra connecté(é)s, ils et elles veulent ressembler à leur image numérique, suivent toutes les tendances et veulent être in, quoi que cela puisse leur coûter. “Or, cette quête de la perfection peut cacher certains troubles, comme elle peut en provoquer”, rappelle J. Durant. À force de refaire (son nez, ses seins, ses fesses, …), on risque de perdre sa vraie image, son authenticité, voire son identité, estiment certains experts. Au final on n’est plus soi-même. “C’est le consumérisme à outrance”, lance Dr. Harakat.

Cet accès facile à la chirurgie reconstructrice et sa banalisation en dit long sur la société de consommation où les excès sont poussés à l’extrême. Aujourd’hui, on peut offrir une paire de seins à sa fille comme on lui offre des baskets ! Un collectif de chirurgiens-plasticiens de l’université de Boston, avait également publié un article pour alerter sur le phénomène. “On ne sait pas comment ces jeunes vont être dans 5-10-15 ans. Et quelle image auraient-il d’eux-mêmes ?”

Cette quête de la perfection, la standardisation des normes de beauté, ainsi que ce passage quasi spontané sur “le billard”, dans certains cas sans recul, est assez impressionnant. “Cela peut avoir de lourdes conséquences non seulement physiques, mais également psychologiques”, rappelle Harakat.

En effet, de nombreuses jeunes filles et garçons se sentent mal dans leur peau à cause des réseaux sociaux et en particulier des influenceurs et influenceuses auxquelles ils s’identifient. Ainsi, lorsqu’une influenceuse vante les mérites d’une technique, que le praticien n’hésite pas à faire un live lors d’une intervention, -Ce qui équivaut à une démarche publicitaire, plutôt réservée aux commerces- c’est presque normal que des jeunes gens veuillent faire pareil, et être pareils…

Résultat, le risque de devenir accros au bistouri, n’est pas exclu. “On peut tomber dans l’engrenage des éternels insatisfaits.” C’est le revers de la médaille de cette banalisation de la chirurgie esthétique.

Attention aux dérives

Cette forte demande peut pousser à des pratiques très peu “catholiques”, faisant fi de toute éthique. Botox party, produits non conformes, professionnels non qualifiés, etc. Des filières parallèles de botox, d’acides hyaluroniques fleurissent, au vu et au su de tous. Tout comme certains praticiens n’hésitent pas à faire de la promotion sur les réseaux sociaux. Dans cette course excessive pour obtenir une silhouette et un visage parfaits, le coût peut être fort élevé pour atteindre les idéaux du moment.

C’est dire que l’évolution de la société ne cesse de nous surprendre. “Les canons de beauté changent, La cible change et les attentes aussi”, conclut B. Harakat.

Être belle, avoir un corps harmonieux, une silhouette bien dessinée est sans aucun doute le rêve partagé par presque toutes les femmes. L’exploit serait de magnifier une beauté authentique sans jamais la dénaturer, car comme disait Platon, “la beauté est la splendeur du vrai”.

Le recours à la médecine esthétique s’est énormément démocratisé, et le nombre des actes réalisés par les chirurgiens plasticiens a augmenté de plus de 19,3% dans le monde en 2022 par rapport à 2021 avec 17,5 millions d’actes non-chirurgicaux qui eux, ont vu une augmentation de 54% sur les 4 dernières années.

Cette tendance haussière, on la retrouve également chez les jeunes. On constate que de de plus en plus de jeunes ont recours à la chirurgie esthétique aujourd’hui, à telle enseigne qu’on peut facilement l’associer au Photoshop de la vraie vie.

Si les standards de beauté, prônés par les magazines, les célébrités et les réseaux sociaux, sont parfois aberrants, les jeunes, aussi bien les hommes que les femmes, n’ont parfois pas la maturité ou la confiance en soi suffisante pour prendre de la distance, et cet aspect n’est pas propre à ces dernières décennies puisque certaines pratiques parfois barbares (pieds bandés en Chine, corsets en Europe, crèmes radioactives…) pour atteindre cet idéal ont toujours existé dans l’histoire de l’humanité.

Cette quête de la jeunesse et la beauté éternelles a d’ailleurs été, dès l’antiquité, sujet du mythe de la Fontaine de Jouvence !

Par ailleurs, certains troubles, notamment le Trouble dysmorphique du Corps (TDC), amène la personne qui en souffre, à constamment pointer les défauts dans son apparence physique et donc facilitent la tendance à l’abus de chirurgie réparatrice.

Au-delà de l’aspect “réparateur” dans la chirurgie esthétique, dans le cas de séquelles d’accident ou de malformations physiques, il s’avère indispensable, d’accompagner toute démarche par une prise en charge psychologique pour justement éviter les dérives.

Enfin, il est indispensable de rappeler que les actes de médecine esthétique ne peuvent être réalisés que par des médecins dans des locaux médicaux afin d’éviter toute complication qui pourrait avoir des conséquences dramatiques.

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