Les maux du tourisme interne

Le tourisme interne connaît une évolution intéressante, boostée par une demande de plus en plus grandissante. Malheureusement, de multiples facteurs ralentissent l’élan du secteur. Décryptage.

A-t-on vraiment besoin de le répéter ? Le tourisme interne représente l’épine dorsale du secteur. D’abord parce qu’il ne dépend nullement des variations conjoncturelles liées à la géopolitique et aux crises économiques internationales. Et ensuite, parce que le consommateur marocain voyage de plus en plus. La demande existe, elle est de plus en plus importante, mais qu’en est-il de l’offre ?  

Si aujourd’hui le tourisme national connaît une embellie exceptionnelle avec des taux de  croissance fort réjouissants, il convient de rappeler qu’en temps de crise, le secteur a pu faire preuve de résilience grâce à la demande interne. La crise du Golfe dans les années 90, les attentats du 16 mai, la crise financière en 2008, et tout récemment la crise sanitaire ont fortement impacté le secteur. Le nombre des touristes étrangers s’est rétréci de manière drastique. Cependant, et grâce à la dynamique du tourisme domestique, les effets de ces crises ont été estompés. 

Le tourisme interne constitue une composante importante du secteur. C’est le deuxième marché émetteur, juste après la France. Le tourisme domestique a connu une évolution exponentielle, en passant de  4 millions à 7,8 millions de nuitées entre 2010 et 2019.  Quelque 3,5 millions de touristes marocains résidents ont séjourné dans des établissements touristiques classés en 2019.  Des chiffres intéressants, mais pas suffisants.  

Selon l’opérateur hôtelier Lahcen Zelmat, le tourisme interne représente 30% de l’activité touristique, “mais ce taux reste en deçà des attentes”. Lahcen Zelmat n’hésite pas, à chaque fois que l’occasion se présente, à inciter les Marocains à consommer local. Mais encore faut-il que l’offre soit à la hauteur de la demande et que le produit soit à la hauteur des attentes! Pour Zoubir Bouhout, expert en tourisme, “le marché national est la première clientèle des établissements d’hébergement classés et il est également le segment qui affiche le taux de progression le plus élevé, dépassant même les flux internationaux”.

Toutefois, plusieurs raisons freinent le développement du tourisme local. Manque d’infrastructures compatibles avec la nature de la demande, offres inaccessibles, quasi-absence de communication dédiée, saisonnalité de la demande sont autant de facteurs qui plombent le secteur. 

Des offres inadaptées

En tête de liste des griefs des Marocains, les prix jugés, aussi bien pour l’hébergement dans les établissements classés que pour l’aérien, scandaleusement inadaptés au pouvoir d’achat du citoyen. De plus, le touriste marocain ne passe pas ses vacances en mode “solo”. Il voyage en couple, avec les enfants, voire les parents ou les beaux-parents, d’où la nécessité de répondre à cette exigence. Les structures  d’hébergement adaptées aux familles marocaines limitent de ce fait l’accès aux établissements classés. Cela se traduit par un faible taux au niveau des nuitées, limitant ainsi les recettes du tourisme domestique. En effet, le manque de produits adaptés et les prix élevés poussent de nombreuses familles, à s’adresser au secteur informel (on compte près de 50 000 lits informels à Tétouan, Marrakech, Mohammedia, El Jadida, …). Ainsi, le nombre de nuitées réalisées par les Marocains est estimé, selon le ministère du tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie Sociale à plus de 30 millions en 2019, en y incluant le marché parallèle. L’adoption des textes d’application de la loi n°80-14 relative aux établissements touristiques et autres formes d’hébergement touristique vient  donc à point nommé pour pallier cette situation. Zoubir Bouhout estime qu’il est impératif  de réfléchir à un  modèle économique propre à ce marché. En effet, la famille étant au centre du tourisme local, il importe de trouver des solutions en vue d’une offre compatible. 

Le plan Biladi devait à priori résoudre ce problème. Mais sur les 8 stations annoncées, seules 2 sont opérationnelles. Lancé en 2007, ce programme  avait pour principal but de renforcer l’offre destinée aux touristes locaux, en adaptant le produit à la nature de la demande et aux particularités socioculturelles du touriste marocain. Le plan Biladi tablait sur une capacité litière de plus de 30.000 unités, dont 11.000 en résidences hôtelières et 19 000 en campings aux normes internationales. La première station Biladi a été ouverte à Ifrane  en 2011. Elle offre une capacité d’accueil de près de 6000 lits, et devrait atteindre les 9.000 lits. La deuxième, ouverte en  2014 à Imi Ouaddar, au nord d’Agadir, dispose d’une capacité de 2300 lits. Ces deux stations qui s’étendent sur une superficie de 33 hectares se composent de produits adaptés aux besoins du touriste marocain. Sous forme de villages de vacances, elles sont équipées de toutes les commodités nécessaires. Les unités d’hébergement sont réparties entre les appart-hôtels et suite, les chalets-villas. Côté tarif, les prix varient entre 100 et 500 DH/nuitée. 

Ces offres ne sont guère suffisantes pour répondre à la demande. Aussi, de nombreux Marocains optent pour des vacances à l’étranger. “Je préfère aller à l’étranger. D’abord, cela coûte beaucoup moins cher, en plus d’une qualité de service nettement meilleure. Au Maroc, on paie le prix fort pour un service qui laisse à désirer” revient comme un leitmotiv chez de nombreux  voyageurs qui choisissent de passer leurs vacances outre-mer, motivés pas des offres alléchantes.  

C’est ainsi qu’entre 2000-2019, les Marocains ont dépensé quelque 125 MMDH pour leurs voyages à l’étranger alors que la recette du tourisme interne s’est limitée à 6,3 MMDH/an durant cette même période. Selon l’Office des Changes, les dépenses de voyages (celles liées à la scolarité comprises) à l’étranger des Marocains se sont établies à 16,27 milliards de dirhams en 2022, contre 9,86 milliards de dirhams en 2021 et 17,11 milliards de dirhams en 2018 (période avant Covid). Le tourisme représente de ce fait plus de 55% des dépenses de voyage et constitue un manque à gagner pour le tourisme interne. 

Une stratégie structurelle  

“Le tourisme interne figure parmi nos priorités, et dans notre feuille de route 2023-2026.” Cette annonce de Fatim-Zahra Ammor, ministre du tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie Sociale s’inscrit dans la nouvelle logique d’offres dédiées au tourisme interne. Deux filières sont mises en avant : le Bord de mer et Nature & Découverte. Objectif ? Développer une offre moins saisonnière. Les chèques-vacances devraient également permettre à un plus grand nombre de Marocains de voyager. Aussi, une stratégie structurelle et non conjoncturelle devrait être mise en place. Autrement dit, le tourisme interne ne devrait plus constituer une bouée de sauvetage, mais devrait s’imposer comme un marché émetteur important.

La démocratisation du voyage, grâce à une offre compétitive adaptée au budget des Marocains, s’impose. Cette offre sera articulée autour d’un produit compétitif, des services de qualité et une animation de premier choix. En effet, pour assurer le saut qualitatif tant attendu du secteur, une maîtrise de tous les maillons de la chaîne et l’implication de l’ensemble des intervenants privés ou publics, sans oublier la formation et la formation continue, gage de la qualité de service, sont une nécessité absolue.

Les nouvelles tendances de voyage 

De nouvelles tendances de tourisme se dégagent et de nouvelles destinations émergent. Si le tourisme durable ou écologique n’est pas nouveau en soi, aujourd’hui on assiste davantage à des pratiques éco-responsables dans le secteur. 

Le slow-tourisme, le tourisme déconnecté, le tourisme rural, le tourisme de bien-être, le revenge-travel, le tourisme de nature, le tourisme de proximité… sont autant de nouveaux styles de voyage. Après la crise sanitaire et les multiples confinements, on constate une grande volonté de retour à la nature. L’offre est encore timide, mais le marché évolue. Les professionnels de voyage investissent ces nouveaux segments et, au même titre, les jeunes acteurs du secteur développent de nouvelles niches plus sollicitées par une nouvelle catégorie de voyageurs. 

Selon l’ONMT, il s’agit d’une transition vers les voyages conscients, au cours desquels les touristes voient leurs voyages de manière plus holistique et surtout en dehors des hautes saisons pour échapper aux grandes affluences. 

Toutefois, et sans grande surprise, le balnéaire est toujours le premier choix des Marocains. Le tourisme vert commence également à s’immiscer dans les habitudes de voyage des Marocains en particulier les jeunes générations. 

Le nord (Mdiq, Cabo, Marina Smir, et régions ) est incontestablement la région qui séduit le plus les familles. “Vu le nombre limité d’hôtels dans la région, la location d’appartement ou de villa à proximité de la plage s’avère la solution idéale pour profiter des vacances en bord de mer”, explique un voyagiste. Agadir connaît comme d’habitude une très forte demande durant le mois d’août. 

La station balnéaire de Sâidia a également le vent en poupe depuis quelques années. Les amateurs de glisse et autres sports nautiques optent pour Essaouira, Mirleft, Dakhla… 

Destination très en vogue en ce moment, cette dernière attire de plus en plus de touristes locaux, que ce soit pour ses magnifiques plages, ses paysages à couper le souffle, ou encore ses huitres. Les amateurs de sport intenses y trouvent également leur compte. La destination bat tous les records, au risque d’en pâtir. 

Entre l’Océan Atlantique et la Méditerranée, c’est près d’une centaine de plages et 3000 km de côtes qui bordent de nombreuses villes marocaines. On trouve des plages de sable blanc, des falaises, des sites sauvages, des criques, … En effet, entre le Rif, l’Atlas, le Sud, dame nature a doté le Maroc d’un condensé de paysages, de sites et d’atouts qui offrent aux touristes locaux et étrangers de magnifiques opportunités pour des expériences de voyage authentiques. 

C’est dire que le Maroc regorge de sites touristiques variés et tellement différents à même de permette à chacun de trouver son bonheur. 

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