Dr. Nadia Lamoudy : “L’attachement aux traditions varie selon les régions”

Aspects traditionnels et pratiques modernes cohabitent harmonieusement pendant Ramadan. Dr Nadia Lamoudy, professeure de sociologie et psychologie sociale à l’université Hassan II à Casablanca trace pour nous dans cet entretien les évolutions et les mutations de la société marocaine au cours de cette période particulière de l’année.

On constate une évolution dans certaines habitudes des Marocains durant le mois sacré. Qu’est ce qui a changé selon vous et qu’est-ce qui est inébranlable? 

Le mois de Ramadan demeure non seulement un événement religieux mais aussi une période où la dimension culturelle domine et varie selon les régions. Puisque la société marocaine est en pleine mutation, les habitudes des Marocains pendant le mois sacré évoluent aussi. Cette évolution reflète inévitablement une alliance entre tradition et modernité. Les changements peuvent être opérés dans plusieurs champs.

En premier lieu, le régime alimentaire qui prend une tendance croissante vers des plats plus variés et sophistiqués en particulier dans les zones urbaines. Les repas traditionnels comme la “Harira” et les dattes restent populaires, mais on voit également l’introduction de plats internationaux et des desserts modernes. Même le mode de vie a changé surtout avec l’urbanisation, l’influence croissante des médias et de la technologie qui ont eu un impact sur l’évolution des habitudes de vie pendant le Ramadan. Les Marocains passent souvent plus de temps en ligne ou à regarder la télévision pendant ce mois sacré. Il y aussi l’apparition d’un nouveau rituel de Ftour, et certaines catégories de la population choisissent de rompre le jeûne dans les restaurants. D’autres catégories préfèrent le prendre dans les espaces publics ou au bord de la mer. Sans oublier que les habitudes de consommation ont également évolué, avec une augmentation des achats de produits spécifiques au Ramadan, tels que les décorations pour la maison, les vêtements traditionnels et les produits alimentaires spéciaux.

Qu’en est-il du volet religieux ?

La spiritualité reste au cœur du Ramadan. Les pratiques religieuses telles que le jeûne, la prière et la lecture du Coran demeurent des éléments inébranlables de ce mois sacré. Les célébrations communautaires, telles que les soirées de Tarawih à la mosquée et les rassemblements familiaux pour l’Iftar, demeurent des aspects essentiels du Ramadan. Ces moments de communion et de partage renforcent les liens sociaux et familiaux.

Ces rituels et ces célébrations concernent-ils toutes les régions ?

Il est important de noter que ces observations peuvent varier d’une région à l’autre au Maroc, en fonction de facteurs tels que le contexte socio-économique, culturel et géographique. Les grandes villes tendent souvent à adopter des changements plus rapides en raison de l’influence de la mondialisation et des tendances urbaines, tandis que les régions plus rurales peuvent maintenir des traditions plus ancrées dans le passé.

Ces dernières années, certaines tendances émergent comme la méditation, la détox, le sport… Que signifient ces changements ?

L’émergence de ces tendances reflète une prise de conscience croissante de l’importance de la santé physique et mentale dû à l’adaptation au mode de vie moderne. Dans un monde de plus en plus trépident, les gens cherchent des moyens de gérer le stress et de maintenir leur énergie pendant le Ramadan. La méditation et le sport sont efficaces pour cela, permettant aux pratiquants de rester concentrés, calmes et énergisés malgré les défis du jeûne.

Ces tendances peuvent également refléter l’influence de pratiques globales de bien-être qui gagnent en popularité à l’échelle mondiale. Avec l’accès facile à l’information et aux médias sociaux, l’apparition des influenceurs, les gens sont exposés à une variété de méthodes de soins de soi et cherchent à les intégrer dans leur vie quotidienne surtout pendant ce mois.

Si on considère ces nouvelles pratique d’une manière holistique. La méditation, par exemple, peut être vue comme un moyen de se connecter plus profondément avec soi-même et avec Dieu, tandis que le sport peut être considéré comme un moyen de maintenir la force physique nécessaire pour les rituels religieux et les actes de charité. Ces tendances pendant le Ramadan reflètent souvent une évolution des mentalités et des priorités, combinant les aspects traditionnels de ce mois sacré avec des pratiques modernes de bien-être et de santé.

Le culturel semble parfois prendre le dessus sur le cultuel. Jusqu’où cela est-il vrai ? 

Il est vrai que parfois, il peut sembler que le culturel prend le dessus sur le religieux dans certaines situations. Cependant, cela dépend largement des perspectives individuelles et des pratiques observées dans différentes régions et communautés du pays. Paul Pacson sociologue qui s’est beaucoup intéressé à l’étude de la société marocaine confirme cette réalité de la nature composite de la société marocaine où l’attachement aux traditions et aux normes varient selon les régions.

Pour les festivités et traditions, les Marocains célèbrent souvent avec enthousiasme les aspects culturels du mois sacré, tels que les soirées festives, les marchés nocturnes, et la préparation de plats traditionnels comme la “Harira” et les pâtisseries. Ces festivités peuvent parfois être plus visibles que les pratiques religieuses elles-mêmes. Dans certaines régions, les interactions sociales et familiales peuvent prendre une place centrale pendant le Ramadan. Les Marocains se réunissent souvent en famille ou entre amis pour la rupture du jeûne et pour partager des moments de convivialité. Ces rassemblements sociaux peuvent parfois occuper une place plus importante que les pratiques religieuses individuelles.

De plus, le Ramadan est également associé à une augmentation des activités commerciales, avec la vente de produits spécifiques au mois sacré, la promotion de produits alimentaires et la décoration des espaces publics. Cette commercialisation peut parfois donner l’impression que les aspects culturels du Ramadan sont prédominants.

Cependant, il est important de noter que pour de nombreux marocains, le Ramadan reste avant tout un mois de dévotion religieuse, de jeûne, de prière et de réflexion spirituelle. Les rituels religieux comme le jeûne quotidien, la prière nocturne (Tarawih), et la récitation du Coran restent des pratiques essentielles pour de nombreuses personnes pendant ce mois.

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