Khadija Alaoui, Auteur à Femmes du Maroc https://femmesdumaroc.com/author/khadija Le magazine leader de la presse féminine au Maroc Inspiration, Envies, Style, Beauté, Idée Sun, 04 Jan 2026 09:41:28 +0000 fr-FR hourly 1 https://femmesdumaroc.com/wp-content/uploads/2022/12/cropped-fav-fdm3-32x32.png Khadija Alaoui, Auteur à Femmes du Maroc https://femmesdumaroc.com/author/khadija 32 32 Rachid Benzine : “Mon livre est un acte de résistance face à la déshumanisation” https://femmesdumaroc.com/reportage/interviews/rachid-benzine-mon-livre-est-un-acte-de-resistance-face-a-la-deshumanisation Sun, 04 Jan 2026 08:00:18 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=127211 Avec L’homme qui lisait des livres*, Rachid Benzine signe un récit sur la dignité et la résistance par les mots. L’écrivain, politologue-islamologue marocai, plonge ses lecteurs dans le vécu palestinien, de la grande Nekba à 2014, une odyssée bouleversante, racontée à travers les mots de ceux qui restent debout, quand tout s’effondre autour d’eux.

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Comment est née l’idée de ce roman ?

L’idée est née au lendemain du 7 octobre 2023. Nous avions alors assisté à une réponse disproportionnée de l’État d’Israël vis-à-vis de Gaza et des Palestiniens, à une déshumanisation à travers l’invisibilisation du récit palestinien. Dans le récit international, le fait de soutenir les Gazaouis était vu pratiquement comme un crime… La déshumanisation n’était pas uniquement dans des récits, mais aussi dans la manière dont on évoquait les pertes humaines…  Il y avait aussi un décalage entre ce qu’on voyait sur les réseaux sociaux, des images de corps déchiquetés, de délabrement, de ruines et d’effondrement territorial et ce qui était véhiculé par les chaines télévisées nationales en France, par exemple. Je me suis rendu compte qu’au bout d’un moment, ces images finissent par nous anesthésier, car elles banalisent la violence. C’est pour cela que dans le roman, je mets très vite en avant ce jeune photographe qui vient chercher une image de Gaza et la proposition que lui fait le libraire en lui disant que derrière toute image, il y a une histoire et qui l’invite à écouter son histoire. La scène que je raconte au début du livre se passe en 2014.  Le texte propose une traversée  historique de 70 ans de la vie de ce palestinien dont le père est chrétien et la mère musulmane…

Faire se rencontrer ces deux identité, c’était essentiel dans votre récit ?

C’était important. On assimile généralement les Palestiniens à des Musulmans et des Arabes. C’est une espèce de réduction de la complexité du monde qui me parait dangereuse. Aussi, même s’il y a de moins en moins de Chrétiens à Gaza, on ne doit pas occulter le fait qu’ils font partie de la culture palestinienne et en même temps, c’est une invitation pour gérer la complexité du monde, là où on voudrait les réduire à une théorie simpliste.

Votre roman survole l’histoire des Palestiniens depuis la grande Nakba jusqu’à nos jours. Vous pensez que donner la parole aux Palestiniens est vital ?

Lorsqu’on est en Occident, on étudie beaucoup la Shoah, ce qui est normal, mais on connaît moins l’histoire des Palestiniens. On entend le mot Nekba, mais on ne sait pas de quoi on parle, et le fait de l’incarner à travers un personnage, une famille, permet de se rendre compte véritablement de la violence vécue par ce peuple. Les mots font que vous allez ressentir la destruction, l’anéantissement, la violence mais aussi des moments de poésie…

Vos chapitres démarrent par des citations d’auteurs. Est-ce que ce sont des auteurs chers à votre cœur ?

Ils se sont imposés à moi… Le seul récit vrai que j’avais choisi de mettre est le Livre de Job, qu’on retrouve dans la Bible et dans le Coran. C’est la question du mal qui est fait au juste. Le prophète Job perd tout : sa femme, ses enfants et il a une grave maladie de la peau… Ses amis lui disent qu’il a sûrement fait quelque chose à Dieu. Et Job pose à Dieu cette question : Pourquoi moi ? Cette question, toutes les victimes la posent. Cette même question est posée par les Palestiniens, pourquoi on nous fait ça à nous ? 

Quand Nabil Al Jaber (celui qui répare) joue Hamlet à Gaza, dire “Être ou ne pas être” n’a évidemment plus la même résonnance à Paris ou à Casablanca. Là-bas, ces mots deviennent la question de l’existence même d’un peuple : a-t-il le droit d’être ou de ne pas être ?

Les livres permettent à Nabil de créer cet espace en terme d’intériorité, alors qu’il est enfermé dans Gaza, alors qu’il y a des bombes qui tombent, des gens qui meurent… Cela lui permet de garder cet espace intérieur inviolable qu’on appelle l’âme, l’esprit.

La lecture, les livres, peuvent-ils devenir le dernier rempart contre la barbarie et un outil de résistance ? 

Il y a aujourd’hui un besoin profond de retrouver le sens des livres. Pas les livres comme objets de consommation culturelle, mais les livres comme refuges et espaces de résistance. C’est pour cela que lorsque je vois des gens lire dans un café ou ailleurs, je me dis que c’est un rapport de résistance face à ce rapport de l’immédiateté, à cette course folle, et quelqu’un qui lit va rencontrer une autre conscience que la sienne. Il pourra rencontrer la conscience de Nabil el Jaber, d’Hamlet, de Job, d’André Malraux… Autrement dit, il rencontre l’altérité, et c’est intéressant car les mots finissent par le rejoindre dans ce qu’il vit et c’est ce qui lui permet de résister. Oui, aujourd’hui, lire, c’est résister.

Vos héros sont un libraire et un journaliste. Autrement dit, les mots et l’image. En ces temps-ci, ces deux facettes sont-elles complémentaires ?

Les images  finissent pas fixer la réalité, alors que la lecture et le récit permettent de déplier le temps. Le récit c’est d’abord aujourd’hui, hier, demain, toutes les sociétés n’ont vécu que parce qu’elles étaient capables de raconter une longue histoire, mais quand une société perd cette capacité à se raconter elles-mêmes, elle disparaît… Nous sommes les histoires auxquelles nous adhérons…

Vous attendIez-vous au succès de votre livre ?

Je ne m’y attendais pas du tout. Il est en cours de traduction dans 16 langues, dont le chinois. Et cela montre que les mots malgré la destruction, peuvent voler et rejoindre les cultures qui sont complétement différentes des nôtres. Et c’est là la force de la grande littérature qui permet de créer un espace commun, puisque la littérature parle d’abord de l’humain, du sensible, de ses souffrances, de ses amours. C’est pour cela que pour moi, c’est important que les gens lisent parce que la lecture permet de grandir. F­­

(*) “L’homme qui lisait des livres” de Rachid Benzine, Roman, 128 pages Julliard, 2025

 

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Touria El Glaoui : “Marrakech s’est affirmée comme une plateforme essentielle” https://femmesdumaroc.com/reportage/interviews/touria-el-glaoui-marrakech-sest-affirmee-comme-une-plateforme-essentielle Wed, 31 Dec 2025 10:55:54 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=127152 Marrakech s’apprête à accueillir du 5 au 8 février 2026 la Foire 1-54, l’événement phare dédié à l’art contemporain africain. En amont de cette manifestation, Touria El Glaoui, sa fondatrice, nous livre quelques éléments sur ce rendez-vous artistique.

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Quelles seront les grandes nouveautés de la 7ème édition de la Foire 1-54 Marrakech, dédiée à l’art contemporain africain et à ses diasporas ?

Pour cette 7ème édition, le programme met en avant un ensemble de galeries marocaines et internationales qui présentent des artistes établis et émergents issus du continent et de ses diasporas. Plusieurs projets curatoriaux et installations spécifiques sont également prévus, renforçant le dialogue entre les pratiques artistiques du Maroc et celles venues d’autres régions d’Afrique. En parallèle, on continue de collaborer avec plusieurs institutions de la ville, qui enrichissent naturellement l’expérience des visiteurs.

Au Musée du Monde des Arts de la Parure, une exposition solo d’Elladj Lincy Deloumeaux sera présentée pendant la foire. C’est un lieu qui met en avant les savoir-faire et les traditions liés à la parure, et le travail d’Elladj s’intègre très bien dans ce contexte.

Le MACAAL proposera également un programme important, avec notamment l’exposition Seven Contours, One Collection, qui rassemble des œuvres de sa collection autour de différentes thématiques. Le musée présentera aussi plusieurs installations, dont Statues Also Breathe de Prune Nourry et une intervention de Yassine Balbzioui. Ces projets s’inscrivent dans la dynamique culturelle de Marrakech pendant la foire.

Le Mamounia est le lieu de prédilection de la Foire 1-54 Marrakech. Celle-ci se déploie dans d’autres lieux. Comment se fait le choix de ces lieux ?

La Mamounia offre des conditions d’exposition idéales et un cadre qui facilite les rencontres entre galeries, artistes, collectionneurs et institutions. Lorsque la foire se déploie dans d’autres espaces, que ce soit des lieux partenaires ou des initiatives parallèles dans la ville, le choix se fait en fonction de la pertinence artistique, de l’accessibilité et de la capacité à enrichir l’expérience globale du public. L’objectif est toujours de créer un écosystème cohérent qui met en valeur la scène artistique marocaine.

Comment voyez-vous l’évolution de cet évènement et quel bilan pouvez-vous en dresser ?

Depuis sa création, l’édition de Marrakech s’est affirmée comme une plateforme essentielle pour la scène artistique nord-africaine et pour les échanges avec d’autres régions du continent. La participation régulière de galeries marocaines, la présence croissante de collectionneurs internationaux et l’intérêt du public démontrent que la foire s’est installée dans le paysage culturel local. L’événement a permis de renforcer des liens existants, d’en créer de nouveaux et de soutenir une meilleure visibilité de la création contemporaine africaine au Maroc.

À votre avis, quel est l’apport de la Foire 1-54 Marrakech au marché de l’art marocain ?

1-54 Marrakech contribue à renforcer la visibilité internationale de la scène artistique locale, tout en soutenant les galeries marocaines dans leur développement. La foire attire des professionnels, collectionneurs et institutions qui découvrent ou redécouvrent des artistes du pays, ce qui génère de nouvelles opportunités. Elle offre également un espace de dialogue avec d’autres scènes africaines et encourage des collaborations régionales et transnationales. Cet ensemble participe à structurer davantage le marché de l’art marocain et à l’inscrire dans des dynamiques plus larges. 

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Inès Tazi : “J’ai grandi dans une famille où les femmes tenaient le leadership” https://femmesdumaroc.com/femmes/maroqueens/ines-tazi-jai-grandi-dans-une-famille-ou-les-femmes-tenaient-le-leadership Sun, 12 Oct 2025 08:00:59 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=122045 Féministe convaincue et entrepreneuse à la présence inspirante sur les réseaux sociaux, Inès Tazi incarne à merveille cette nouvelle génération de jeunes femmes qui n’hésitent pas à relever de multiples défis, à aller au bout de leurs passions et à briller à tous les coups. Entretien à cœur ouvert avec une femme bien dans sa peau.

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Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Inès Tazi, j’ai 29 ans. Je suis entrepreneuse et créatrice de contenu. Je travaille dans les médias au sens large : entrepreneuriat, écriture, télévision… Mais une grande partie de mon travail aujourd’hui, c’est la création de contenu, souvent rythmée par le calendrier de la mode et les Fashion Weekstablie. En 2017, j’ai réalisé mon premier téléfilm.

Vous portez plusieurs casquettes, mais comment aimeriez-vous que l’on vous définisse ?
Aujourd’hui et plus que jamais, les industries créatives sont interdépendantes et très complémentaires. Donc avoir plusieurs casquettes et être pluriel, c’est quelque chose de beaucoup plus accepté, voire normal. Et puis de manière générale, j’aime bien l’idée qu’on puisse cocher plusieurs cases sans s’enfermer dans une en particulier.

Veste en flanelle de laine, Bottega Veneta. Chemise en popeline, Vivienne Westwood. Cravate vintage (collection privée). Jupe en crêpe, Balenciaga. Chaussures en cuir, Saint Laurent.

De la géopolitique aux apparitions Netflix, peut-on dire qu’il n’y a qu’un pas ?
(Rires) Pas vraiment un pas… disons un chemin plein de détours. À mes 12 ans, j’ai su que je voulais étudier les sciences politiques. J’avais envie d’avoir un métier à impact, de défendre des convictions fortes, notamment concernant le droit des femmes. Je me suis donc plongée dans la géopolitique, puis l’entrepreneuriat, et finalement j’ai fini par tourner des shows pour Netflix. Ça m’est tombé dessus par hasard, sans chercher de casting. C’est une opportunité que j’ai saisie et que j’ai voulu transformer, et l’inscrire dans un projet à plus long terme qui me ressemble le mieux. Même si tout cela peut sembler décousu, pour moi le fil rouge a fini par être plutôt clair : trouver la meilleure manière de communiquer ce qui compte pour moi.

Vous vous êtes fait connaître grâce à l’édition française de l’émission “The Circle Game”. Racontez-nous cette aventure ? Qu’en avez-vous tiré comme enseignement ?
C’était une expérience sociale grandeur nature qui mettait en avant la différence entre une identité virtuelle et la réalité. Ça me rappelle la phrase de Jean Baudrillard qui dit : “Le virtuel finit par devenir plus réel que le réel.” Même si c’est un jeu d’entertainment, je pense que le fond du message a beaucoup de sens.

Veste en flanelle de laine, Bottega Veneta. Chemise en popeline, Vivienne Westwood. Cravate vintage (collection privée). Jupe en crêpe, Balenciaga. Chaussures en cuir, Saint Laurent.

Vous travaillez également sur des documentaires. Que pourriez-vous nous en dire ?
Je travaille depuis un an et demi sur un projet d’écriture. C’est un docu-série, mais c’est une première pour moi car je n’avais jamais écrit ni produit par le passé. Je me suis entourée de scénaristes et de gens beaucoup plus expérimentés. Pour l’instant, c’est encore préliminaire, donc je reste discrète.

Peut-on vous qualifier de féministe ?
Oui complètement. Pour moi, être féministe, c’est avant tout du bon sens. Mais ce n’est pas venu uniquement de lectures ou de théories : j’ai grandi dans une famille où les femmes tenaient le leadership. Ma grand-mère, mes grands-tantes… elles ont toujours travaillé, elles ont guidé la famille avec autant de force que d’élégance, avec du charisme, de l’empathie et un vrai sens de l’autorité naturelle. J’ai grandi en voyant des femmes fortes qui menaient la danse, et ça a façonné ma vision du féminisme : quelque chose de très concret, très vécu. Ce n’est pas un sujet exclusivement féminin, c’est aussi un sujet profondément masculin. Dans toutes les civilisations, la plus belle vertu de l’homme a toujours été de protéger sa patrie, son foyer et sa famille. Je ne vois pas en quoi le féminisme serait différent. C’est un projet de société commun où chacun et chacune ont un rôle à jouer.

Tailleur en laine froide, Givenchy. Boucles d’oreilles Trinity, bracelet Clash, bracelet Juste un Clou et montre Santos, Cartier.

Quels sont vos combats et engagements ?
Mon engagement principal, c’est auprès des mères célibataires au Maroc, à travers l’association INSAF, avec laquelle je travaille depuis mes 15 ans. C’est une cause qui me bouleverse : une naissance, qui devrait être une joie, se transforme en condamnation sociale. Ces femmes se retrouvent rejetées de partout: famille, travail, société. C’est profondément injuste. J’invite n’importe quelle personne à agir à son échelle. Ça peut être aussi simple que de prioriser à l’embauche des personnes marginalisées – mères célibataires, personnes en situation de handicap… Je pense vraiment que c’est la responsabilité de la société civile de créer des ponts et d’aider celles et ceux qui en ont le plus besoin. On peut changer concrètement la vie d’une femme et d’un enfant avec simplement un e-mail. 

Vous êtes très active sur les réseaux sociaux. Ces médias  peuvent-ils, à votre avis, être des vecteurs de messages pour des changements positifs ?
Oui, clairement. Les réseaux sont des outils incroyables : ils peuvent donner confiance, inspirer, créer du lien. Mais ils peuvent aussi être contre-productifs. On est noyés d’informations – sur la nutrition, le bien-être, la productivité – et à force de se comparer, on ne sait plus quoi en faire. Il faut être conscient et avoir une discipline dans la manière dont on interagit avec ce surplus d’informations.

Tailleur en laine froide, Givenchy. Boucles d’oreilles Trinity, bracelet Clash, bracelet Juste un Clou et montre Santos, Cartier.

Vous êtes entrepreneuse, et vous avez lancé plusieurs boîtes. Pourriez-vous nous donner plus de détails sur vos projets ? 
En effet, j’ai lancé plusieurs projets entrepreneuriaux et autres. Certains sont en stand-by, parce qu’avec les tournages et d’autres impératifs, il a fallu que je choisisse mes priorités. Aujourd’hui, le vrai centre de gravité de mon travail, ce sont mes réseaux sociaux. Je les gère comme un média à part entière, avec une équipe interne plutôt qu’une agence. Ça me donne plus d’agilité et de précision, et ça me permet de choisir mon entourage. En gros, c’est comme diriger un magazine : il y a des éditos, des collaborations, des partenariats… sauf que tout se joue en digital. Et ça demande de l’instantané, des micro-projets tous les jours.

Quel est le projet qui vous tient à cœur et que vous n’avez pas encore réalisé ?
J’aimerais tourner dans une fiction. Le théâtre m’a toujours attirée, que ce soit comme actrice ou à la mise en scène. Ce que j’aime, c’est le côté collectif : travailler longtemps sur une œuvre avec une équipe, construire quelque chose ensemble. C’est très différent des réseaux, qui demandent de l’instantanéité. Une pièce ou un film, c’est un projet long terme, profond, collectif. Et ça, c’est un rêve que j’aimerais réaliser un jour. C’est un projet que j’essaie de concrétiser : je prends du temps pour faire des stages, des entraînements, des castings. J’essaie de progresser, d’apprendre, pour, je l’espère, arriver à le réaliser un jour.

Full look en tartan et mocassins en cuir, Gucci.

Quelle empreinte aimeriez-vous laisser à la postérité ?
J’aimerais incarner une nouvelle génération de femmes qui réconcilient : tradition et modernité, ambition et douceur, féminité et indépendance. Montrer qu’on peut être tout ça à la fois. En somme, créer des ponts entre des univers, des cultures, des façons de vivre. Mais je suis au début de mon parcours. Pour l’instant, mon but est à la fois de pérenniser cette entreprise, mais aussi de pouvoir aller au bout de mes ambitions créatives (mais qui sont malheureusement souvent moins lucratives). J’essaie de trouver la discipline nécessaire pour concilier les deux.

Quel est votre rapport à la mode ?
Vivienne Westwood disait que la mode traduit notre rapport à nous-mêmes et au monde. Je suis totalement d’accord. Depuis mes 15 ans, j’ai trouvé mon style : un smoky eye et des pièces fortes, souvent structurées – un blazer masculin, ou au contraire une robe féminine corsetée. J’aime ces contrastes. L’essence de mon style reste la même, mais il peut évoluer selon les saisons, les voyages, le lieu où je vis. La mode, c’est un petit peu comme un langage que j’utilise pour jouer, pour affirmer ou parfois contredire.

Chemise en popeline, Off-White. Pantalon denim, Fendi. Chaussures en cuir, Aeyde Paris.

Racontez-nous une journée-type de Inès Tazi ?
Il n’y en a pas, et c’est ce qui me plaît. Un jour je suis en brainstorming, le lendemain en shooting, le surlendemain en voyage ou en montage. C’est un métier qui demande d’endosser beaucoup de rôles différents. La seule vraie constante, c’est que mes journées sont longues et intenses. Et je crois que je suis devenue un peu addicte à ce rythme.

Quel message aimeriez-vous adresser aux femmes du Maroc ?
Je crois qu’une des raisons pour lesquelles le Maroc rayonne autant dans le monde tient à sa culture, à son artisanat et à sa créativité. Et tout cela est largement porté par les femmes, partout dans le pays. Nous en sommes les héritières, mais aussi les garantes. Il ne faut jamais sous-estimer la force, la résilience, la beauté et le charme de la femme marocaine. On mérite toute la lumière que l’on doit prendre.­ 

 

Direction artistique et stylisme Anas Yassine

Photographe Nada Satté

Make-up Souha salah 

Coiffure Sef Nour

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Najat Mokhtar, Une scientifique exceptionnelle https://femmesdumaroc.com/femmes/femme-inspirante/najat-mokhtar-une-scientifique-exceptionnelle Fri, 29 Aug 2025 08:00:54 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=120050 Najat Mokhtar est la première femme à occuper le poste de Directrice générale adjointe de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L’excellence de son parcours scientifique et son engagement en faveur de la promotion de la science et de l'autonomisation des femmes dans le monde arabe ont été récompensés, début mai à Londres, par le prix Arab Women of the Year 2025. Portrait.

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Najat Mokhtar a puisé son implacable volonté de se dépasser au contact des femmes de sa ville natale, Qariat Ba Mohamed, dans la région de Taounate. “Là-bas, j’ai vu des femmes combattantes, silencieuses mais puissantes, qui m’ont appris, avant même mes cours de biologie, la valeur de l’endurance et de la dignité… Mes étés passés à Qariat Ba Mohamed ont profondément marqué ma vision du monde. En voyant la souffrance silencieuse de certaines femmes, et la force inouïe de celles qui luttaient sans jamais se plaindre, j’ai su que je devais construire mon avenir sur la connaissance”, se souvient-elle. À Rabat, ville où elle grandit et effectue sa scolarité, elle garde à l’esprit les paroles de sa grand-mère: “va de l’avant et compte sur toi-même. Tout est possible.” Et tout devient possible pour Najat Mokhtar qui opte très tôt pour une carrière scientifique. Derrière ce choix, confie-t-elle, trois influences majeures, celles de “professeurs inspirants au lycée, ensuite, les lacunes en recherche nutritionnelle au Maroc, particulièrement sur la santé des femmes et des enfants. Enfin, le modèle d’une professeure d’endocrinologie à l’université Mohammed V à Rabat. Elle m’a montré que l’excellence scientifique et la féminité n’étaient pas incompatibles”, énumère-t-elle. 

Najat Mokhtar pose les jalons de son parcours en optant pour un domaine exigeant : la nutrition et la science des aliments. Son solide cursus universitaire démarre à l’Université Mohammed V de Rabat et se poursuit à l’Université de Dijon, puis à l’Université Laval au Canada où elle décroche un doctorat en nutrition et en endocrinologie, et enfin aux États-Unis, à l’Université Johns Hopkins, où elle effectue un post-doctorat. Elle entame dans la foulée une riche carrière universitaire académique de près de 20 ans en tant que professeur des universités et directrice de recherche. “Créer les premiers masters et PhD en nutrition au Maroc, et voir mes étudiants rayonner dans la recherche ou la santé publique, a été une immense source d’accomplissement”, se réjouit l’experte onusienne.

Une aventure transformatrice

En 2001, elle opère un virage à 360° dans une carrière académique toute tracée. “C’est presque par hasard que j’ai découvert l’univers onusien. Mon mari a repéré une offre de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) liant nutrition et technologies nucléaires,  une association improbable à mes yeux ! Poussée par la curiosité, j’ai postulé… sans imaginer à quel point ce choix allait redessiner ma trajectoire… À Vienne, j’ai dû tout réapprendre : les sciences appliquées, les dynamiques multilatérales… Ce fut un défi immense, mais incroyablement formateur”, explique-t-elle. Son mari et ses jumeaux, alors âgés de 4 ans l’accompagnent dans ce tournant majeur de sa carrière. “D’enseignante-chercheuse enracinée dans le système académique, je suis devenue une médiatrice du savoir à l’échelle internationale. J’ai appris à faire dialoguer science et terrain, disciplines et cultures. Ce qui a commencé comme un geste de curiosité est devenu une aventure transformatrice. Ce poste m’a poussée hors de ma zone de confort, et c’est précisément là que j’ai trouvé une nouvelle manière de contribuer au monde”, précise Najat Mokhtar qui revient au Maroc en 2007 pour occuper le poste de directrice des sciences à l’Académie Hassan II des sciences et des techniques, contribuant à coordonner la stratégie nationale sur l’éducation et la recherche. 

De retour à Vienne en 2011, Najat Mokhtar dirige la section des études écologiques liées à la nutrition et la santé. Les missions et les responsabilités au sein de l’AIEA s’enchaînent pour cette battante qui accède en 2019 au poste de Directrice générale adjointe. “En tant que première femme à occuper ce poste de Directrice Générale Adjointe du département des application Nucléaires à l’AIEA, j’ai dû faire face à plusieurs obstacles… L’un des défis les plus insidieux fut l’autocensure. Dans un environnement technique et très masculin, j’ai douté, au début, de ma place et de ma légitimité. Mais j’ai transformé ce doute en moteur pour apprendre, progresser, et m’affirmer…Les structures institutionnelles rigides exigeaient que je prouve deux fois plus pour que mes idées soient reconnues. Pourtant, ces défis m’ont rendue plus forte. Ma double culture m’a permis de jouer un rôle de trait d’union entre le Nord et le Sud”, assure Najat Mokhtar. Sa consécration à Londres en tant que femme arabe de l’année 2025 couronne le parcours d’une scientifique tournée vers les défis concrets du développement.

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Sophia Sebti & Nora Khiyati : “Comment être la meilleure version de soi-même” https://femmesdumaroc.com/reportage/dossier/sophia-sebti-nora-khiyati-comment-etre-la-meilleure-version-de-soi-meme Mon, 04 Aug 2025 13:44:29 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=119571 Qu'il s'agisse de prendre la décision de changer, de se fixer des objectifs ou de se défaire de ses habitudes, se réinventer est le passage obligé. Mais pour ce faire, il faudra être prêt à déterminer ce qui manque et à prendre des mesures pour obtenir ce que l'on veut vraiment. Dans cet entretien, Sophia Sebti, fondatrice, dirigeante et associée de BatenborcH International Maroc et Afrique et Nora Khiyati, Mentoach® certifiée au plus haut niveau et associée Perfilment©, nous livrent leurs conseils pour adopter ce processus avec intention et détermination.

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Pourquoi est-il si important de prendre la décision de changer ?

Sophia Sebti : Dans notre monde d’aujourd’hui, changer ou se réinventer est souvent présenté comme une quête héroïque, un parcours semé d’objectifs à atteindre et d’obstacles à surmonter. Nous sommes encouragées à planifier méticuleusement notre avenir, à définir des buts plus ambitieux, la réussite est mesurée à l’aune de la reconnaissance sociale, de l’accumulation des biens matériels, de l’atteinte de sommets… 

À mon sens, il n’est pas tant question de changer, que de se trouver, découvrir sa voie et cela ne consiste pas à conquérir un territoire extérieur mais à identifier ce qui est congruent avec nos motivateurs profonds. Notre chemin authentique n’est pas à créer de toutes pièces mais à reconnaître, chercher ce qui nous motive profondément, ce qui nous fait mal réagir, aller vers notre côté obscur, et ce qui, à contrario, contribue à notre épanouissement… Notre tâche est d’éliminer les barrages artificiels que nous avons nous-même construits tels que les attentes familiales, la pression sociale, la conception limitative héritée de notre éducation, nos peurs, les désirs qui ne sont pas les nôtres…

L’invitation à changer ne devient alors plus une question de ce que je dois faire de ma vie, et davantage une invitation à qui suis-je réellement. En effet, lorsque nous sommes alignés avec qui nous sommes vraiment, nos choix répondent au bon sens, et à notre épanouissement, ils indiquent notre direction véritable au-delà des ambitions fabriquées par notre égo.

Comment peut-on identifier ce qui ne fonctionne pas dans sa vie ?

Nora Khiyati : Il ne faut pas confondre le bonheur qui ne dépend pas de nous et l’épanouissement qui consiste à se mettre en congruence avec nos motivateurs profonds. Cette seconde démarche nous permet, non pas de changer vers qui nous ne serions pas mais de nous rapprocher de la meilleure version de nous-même. Ainsi, identifier ce qui ne fonctionne pas dans sa vie pourrait consister à développer notre discernement sur ce qui nous mine profondément, nous démotive, nous fait “sortir de nous-même”, être en Shadow (terme de notre système Perfilment® qui permet de découvrir nos motivateurs inconscients) et ce qui semble en contradiction avec nos valeurs, notre vision du monde…

Quels sont les objectifs clairs et réalistes ?

N.K. : Il faut partir de quelques fondamentaux. Pour citer un des ancêtres de notre système Perfilment ® le Dr Deming “L’important n’est pas de faire de son mieux, l’important est de savoir quoi faire puis faire de son mieux.” Je rappelle aussi que 80% de la réussite est émotionnelle, et en amont de cela nous trouvons l’importance de la physiologie. Cela met en lumière qu’il faut d’abord prendre soin de sa santé, par une alimentation saine énergisante, de l’exercice physique, un bon niveau de repos/ récupération… En parallèle, il faut travailler la gestion de ses émotions, chercher à être le plus souvent alignés avec ses motivateurs inconscients, dans notre système cela s’appelle le Best Self. Enfin, je recommande de prendre le temps, seule, régulièrement dans un endroit qui nous inspire, pour se pencher sur ce qui nous motive, nous anime, nous nourrit… Une manière de trouver des réponses à ces questions, est de faire un bilan sur sa carrière, sa vie, comprendre les leviers de nos décisions, en quoi consistaient les périodes où tout nous semblait fluides, les anglophones parlent d’être dans le “flow”, ou encore se souvenir de ce qui nous faisait rêver enfant, nous réjouissait…

Pourquoi est-il important de prendre soin de soi pendant la réinvention ?

N.K. : Il est important de prendre soin de soi pour avoir les idées claires, être bien quand on se pose ces questions profondes évoquées plus haut, ne pas être influencée par les attentes des autres ou par nos peurs… et prendre soin de soi en prenant le temps de le faire.

Comment amener son entourage à accepter ce changement ?

S.S. : Je ne crois pas qu’il soit question d’amener son entourage à accepter ce changement. Les autres aussi proches soient-ils, ne sont pas dans notre cercle de contrôle. Ainsi, il ressort plutôt que lorsque nous sommes alignées avec nous même, dans notre voie, nous sommes plus rassurants quant à nos choix, car nous sommes profondément convaincues. Aussi, dans la meilleure version de nous-mêmes, nous exprimons naturellement nos qualités comportementales, ce qui se traduit dans notre communication, ce qui va être plus agréable et apprécié par notre entourage.

À quelle fréquence doit-on faire le point sur ses progrès ?

S.S. : Comme évoqué au début de cet échange, le succès est un chemin non pas une destination, et il consiste à être le plus souvent la meilleure version de soi-même. Il s’agit donc d’une sorte de process d’amélioration continue, d’efforts constants entre notre voie et les écarts pour y parvenir. La fréquence pour faire le point est très personnelle, elle peut être quotidienne, hebdomadaire, l’essentielle est que cela devienne une pratique.

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Rachida Alaoui : “Le Caftan est le gardien de notre patrimoine vestimentaire” https://femmesdumaroc.com/reportage/interviews/rachida-alaoui-le-caftan-est-le-gardien-de-notre-patrimoine-vestimentaire Thu, 19 Jun 2025 14:10:08 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=118075 Spécialiste du costume marocain, historienne de l'art et de la mode, plasticienne, Rachida Alaoui est une experte reconnue en matière de mode dans le monde arabe. Rencontre avec une passionnée...

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Vous avez écrit des ouvrages de référence sur le costume et la broderie. D’où vous vient cette passion pour le costume arabe en général et marocain en particulier ?
La passion pour le costume arabe en général et marocain en particulier remonte à mon enfance. En effet, étant originaire du nord, j’ai grandi dans une famille attachée à l’art vestimentaire codé par un goût de l’élégance au quotidien et lors des grandes occasions : fêtes, mariages…

En tant qu’historienne et spécialist du vêtement, comment voyez-vous l’évolution du caftan marocain au cours de ces dernières décennies ?
Le caftan marocain occupe une place importante dans notre société, chargé d’une histoire riche et lointaine, il joue un rôle culturel enraciné dans chaque foyer. Certes, il a beaucoup évolué ces dernières décennies et a subi des changements radicaux mais il demeure assurément le gardien de notre patrimoine vestimentaire par excellence.

Les akads, petits boutons en fils de soie et d’or tressés pour fermer le caftan.

À votre avis, trop de modernité peut-elle venir à bout de l’essence du caftan ?
Nous vivons une époque en mutation où tout bouge. Les jeunes veulent un caftan moderne mais attachent beaucoup d’intérêt au travail artisanal traditionnel marocain tels que le travail des maalem et des broderies.

Des broderies réalisées avec un grand soin pour embellir le caftan.

Comment serait, selon vous, le caftan idéal ?
Peut-on parler de caftan idéal ? pour moi, il y a une multitude de caftans, selon les envies de chacune de nous. Il est le miroir de l’âme et de l’identité de celle qui le porte : simple ou sophistiqué, il doit raconter une histoire à travers son tissu et la richesse de ses motifs qui le composent.

Des caftans somptueux, témoins du savoir-faire des maîtres artisans.

Certains métiers, en lien avec le caftan, sont en voie de disparition. Que faire pour les préserver et les perpétuer ?
L’artisanat lié au caftan fait partie de notre patrimoine marocain. On assiste à une régression des techniques ancestrales. e meilleur moyen de préserver des emplois dans le secteur et de valoriser des savoir-faire voué à l’oubli, il faudrait une politique d’apprentissage des jeunes génération et leur donner les moyens de découvrir notre histoire riche et variée. Créer des écoles des métiers d’art et d’artisanat afin de redonner un nouveau souffle à notre caftan marocain. N’est-ce pas là le meilleur témoignage pour la préservation de l’un des vêtements les plus envoûtants au monde qu’est le Caftan.

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Touria El Glaoui, La guerrière de l’art https://femmesdumaroc.com/femmes/femme-inspirante/touria-el-glaoui-la-guerriere-de-lart Sat, 01 Mar 2025 08:00:50 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=114109 Fondatrice et directrice de la foire internationale d’art contemporain africain 1-54 (un continent, cinquante-quatre pays), Touria El Glaoui met en lumière la scène artistique africaine sur l’échiquier mondial. Portrait d’une dynamique promotrice de la créativité du continent.

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À Marrakech où elle a installé en 2018 la foire internationale d’art contemporain africain 1-54, Touria El Glaoui évolue en terrain connu. C’est dans cette ville dont est originaire sa famille qu’elle s’est éveillée à l’art. “J’ai grandi dans un véritable écrin artistique, grâce à mon père, le grand peintre Hassan El Glaoui. Dès l’enfance, j’ai pu l’observer dans son atelier et voir ses œuvres prendre forme sous mes yeux. Cet environnement privilégié a éveillé ma curiosité et mon goût pour l’exploration artistique. À la maison, la peinture faisait partie du quotidien, nous recevions régulièrement des galeristes, des collectionneurs ou des amateurs d’art. C’était une immersion totale dans la création, durant laquelle mon père a su me transmettre sa passion pour l’art”, se souvient avec émotion Touria El Glaoui. Une éducation artistique qui laisse une empreinte indélébile dans le parcours de la fondatrice de l’Art Fair, que ce soit lors de ses études aux États-Unis, de ses voyages en Europe et en Afrique. Touria El Glaoui ne suivra pourtant pas les traces de son illustre père. “J’ai bien sûr expérimenté la peinture, surtout enfant, ne serait-ce que par jeu, pour imiter mon père. Cependant, je n’ai jamais eu l’ambition d’en faire un métier ou d’adopter une pratique artistique”. Encouragée par son père qui souhaitait la voir choisir une carrière en dehors de l’art, elle suit des études de finances à New York, et démarre dans la foulée un parcours professionnel dans le secteur bancaire en tant que consultante en gestion de patrimoine. Parallèlement à cette activité, elle organise des expositions internationales dédiées à l’œuvre de son père. 

Une plateforme internationale de l’art africain

Une décennie plus tard, Touria décide de quitter son travail, de déménager à Londres et de lancer un projet entrepreneurial en phase avec sa passion pour l’art contemporain. “Cette transition n’a pas été simple, mais l’envie de partager une autre vision de l’art africain a été plus forte que mes peurs…”, explique-t-elle. Touria El Glaoui met à profit ses compétences pour structurer la foire, et puise dans ses fonds personnels pour concrétiser ce projet. Un travail titanesque s’en suit : Touria écume les foires et les salons pour mieux maîtriser les rouages de cet univers et son mode de fonctionnement. La première édition du 1-54 Contemporary African Art Fair voit le jour en 2013, au même moment que la Frieze Art Fair, une des grandes foires anglaises. “L’idée est née d’un constat, malgré la vitalité et la diversité de la création artistique contemporaine en Afrique et sa diaspora, il n’existait pas de plateforme internationale dédiée à cette scène. J’ai ressenti le besoin de créer un espace professionnel, inspirant et accessible, où galeries, artistes, collectionneurs et curateurs pourraient se rencontrer, échanger et collaborer.”  Entourée de ses collaborateurs, Touria El Glaoui dote Marrakech de sa première foire d’art contemporain tout en offrant aux artistes africains la possibilité de rayonner et de partager leur vision avec le plus grand nombre. “L’un de mes plus beaux souvenirs est certainement la première fois où j’ai accompagné mon père lors du montage d’une exposition. Assister à la mise en scène des œuvres, au soin avec lequel elles étaient accrochées, m’a fait comprendre à quel point la présentation d’une œuvre contribue à son récit et à l’émotion qu’elle procure. J’ai gardé en tête l’importance de l’environnement dans lequel on découvre un tableau ou une sculpture, et cet apprentissage me guide encore aujourd’hui dans l’organisation de 1-54, que ce soit à Londres, à New York ou à Marrakech”, assure Touria, un sourire accroché aux lèvres.

Énergique et battante, Touria El Glaoui compte aujourd’hui parmi les plus dynamiques promotrices de la créativité du continent africain. Celle qui a été classée par Forbes parmi les 100 femmes les plus influentes en Afrique poursuit sans relâche la tâche qu’elle s’est assignée : accroître la visibilité des artistes et des pays africains sur la scène internationale et mettre en lumière des femmes au parcours inspirant. Pari réussi.

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Touria El Glaoui : “1-54 s’attache à mettre en lumière des femmes au parcours inspirant” https://femmesdumaroc.com/inspiration/culture/touria-el-glaoui-1-54-sattache-a-mettre-en-lumiere-des-femmes-au-parcours-inspirant Thu, 30 Jan 2025 10:32:23 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=112163 Evénement incontournable de la scène artistique africaine, la Foire 1-54 pose pour la sixième année ses valises à Marrakech. Le rendez-vous place désormais la ville ocre en tant que plateforme et destination de choix de l’art au niveau local et international. Touria El Glaoui, fondatrice de la Foire 1-54 nous en parle.

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Touria El Glaoui, Fondatrice de 1-54 Contemporary African Art Fair

 Quels challenges avez-vous relevés pour installer la Foire d’art contemporain africain 1-54 au Maroc ?
Lorsque nous avons décidé d’implanter 1-54 à Marrakech en 2018, le principal défi était de convaincre nos partenaires et les professionnels du secteur que le Maroc pouvait accueillir un événement international d’une telle envergure. Il a fallu mettre en place une logistique solide pour transporter les œuvres, aménager des espaces adaptés et mobiliser les publics locaux et internationaux. Marrakech dispose d’une belle énergie artistique, soutenue par des institutions, des fondations et des espaces d’art indépendants, comme en témoigne le dynamisme des galeries marocaines. Cette synergie nous a permis de grandir ensemble. Aujourd’hui, le public marocain est au rendez-vous, et nous avons la chance d’investir des lieux emblématiques comme La Mamounia et l’espace DaDa, au cœur de la Médina, où nous collaborons notamment avec des espaces incroyables comme MACAAL, MAP, Fondation Montresso et d’autres acteurs culturels marocains.

Quelle évolution avez-vous constatée depuis le lancement de l’Art Fair au Maroc ?
Depuis 2018, nous avons constaté un enthousiasme croissant pour l’art contemporain africain au Maroc. Le nombre de galeries locales s’est accru, et la reconnaissance des artistes marocains et, plus largement, africains, s’est renforcée. À 1-54, près de la moitié des galeries sont désormais originaires du continent, dont dix basées au Maroc pour l’édition 2025, ce qui illustre un véritable ancrage.

 Qu’en est-il de la place des femmes artistes au sein de cet évènement ?
En ce qui concerne la place des femmes artistes, je suis ravie de voir de plus en plus de créatrices occuper le devant de la scène. C’est un enjeu qui me tient particulièrement à cœur et 1-54 s’attache à mettre en lumière des femmes au parcours inspirant : qu’elles soient peintres, sculptrices, photographes ou performeuses. Nous travaillons également avec des fondations et des espaces d’art qui valorisent le travail des femmes, comme la Fondation TGCC avec son Prix Mustaqbal, afin de continuer à soutenir la diversité et la parité dans la création artistique marocaine et africaine.

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Cinéma : Simone Bitton, À la mémoire de Hajj Edmond https://femmesdumaroc.com/inspiration/culture/cinema-simone-bitton-a-la-memoire-de-hajj-edmond Mon, 06 Jan 2025 09:21:31 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=110827 Engagée contre toute forme de domination, la réalisatrice franco-marocaine Simone Bitton mène depuis plus de quatre décennies un travail rigoureux de mémorialiste. Son dernier documentaire “Les 1001 jours du Hajj Edmond”, présenté en avant-première mondiale à Marrakech, ne déroge pas à cette règle.

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Les documentaires signés par Simone Bitton mêlent presque toujours archives et récits personnels. C’est cette approche qui est privilégiée dans “Les 1001  jours du Hajj Edmond”. Cet hommage posthume à l’écrivain marocain Edmond Amran Elmaleh adopte un ton intime et nous invite à (re)découvrir un homme de principes et de conviction, droit dans ses “babouches” jusqu’à son dernier souffle. “Il aurait été scandalisé par la situation actuelle en Palestine, et tout ce qui se passe à Gaza”, insiste Simone Bitton lors de la projection du documentaire, en avant-première mondiale au Festival international du film de Marrakech.

La réalisatrice franco-marocaine nous invite à plonger dans l’âme d’un érudit, “un patriote, un homme de conviction, épris de justice et de dialogue”, comme elle nous le confie. Le film célèbre la mémoire de cette figure essentielle de la culture marocaine, qui n’a pas été reconnu à sa juste valeur, mais dont les combats pour la diversité culturelle, la justice et le dialogue sont plus que jamais d’actualité. “Dans ce film, où je parle à la première personne, je dis que j’ai découvert Edmond lorsque j’étais étudiante à Paris, par son premier livre, “Parcours immobile”. La couverture de livre comportait un dessin qui ressemble beaucoup au goudron sur les poteries amazighes. L’illustration, le nom juif très répandu au Maroc, ont attiré mon regard et j’ai acheté l’ouvrage. J’ai eu ensuite l’occasion de le rencontrer personnellement grâce à Leïla Shahid qui m’a amenée chez lui pour me le présenter… Depuis, nous ne nous sommes jamais vraiment quittés, étant tous les deux marocains, attachés à la cause palestinienne, tout en ayant des attaches juives très fortes, que non seulement nous ne renions pas, mais que nous assumons. Nous disons les vrais Juifs, ce sont nous et non pas ceux qui tuent soi-disant en notre nom. Nous sommes les gens du livre, de la sagesse, de l’écriture, de la justice, pas de la guerre et du commerce des armes”, insiste-t-elle.

Edmond Amran El Maleh a vécu les dernières années de sa vie entouré d’amis.

Hajj Edmond raconté par les siens

Le documentaire fait appel à 17 protagonistes qui ont connu et côtoyé “Hajj Edmond”, surnom qui lui a été donné par ses proches. “Edmond était très sociable. Il se créait facilement des amitiés fortes et sincères partout. Bien qu’il soit parti il y a plus de dix ans, beaucoup de ses amis sont encore de ce monde, et voulaient participer au documentaire, parce que tout le monde aimait Edmond et avait des choses à raconter. Mon regret est d’en avoir filmé beaucoup sans pouvoir les intégrer dans le documentaire…”, explique la réalisatrice. Né à Safi en 1917, et mort à Rabat en 2010, à un âge bien avancé, Edmond Amran Elmaleh a vécu mille et une vies. Militant communiste engagé dans la lutte pour l’indépendance du Maroc, témoin d’un siècle marqué par l’exil des Juifs marocains et l’exode des Palestiniens, professeur de philosophie au Maroc puis à Paris, Edmond Amran Elmaleh a incarné une mémoire vibrante, tissée de récits  et empreints de sa propre histoire. 

Connue pour ses œuvres marquantes comme Le Mur (2004) ou Rachel (2009), Simone Bitton continue de poser un regard lucide et sensible sur les questions identitaires et mémorielles. Le documentaire dédié à Edmond Amran Elmaleh, interroge avec une finesse non dénuée d’émotion, les liens entre mémoire et transmission. Il s’inscrit en droite ligne de cette exigence artistique que la cinéaste, forte d’une identité riche et complexe, a faite sienne.

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Aicha Abouhaj : “Je raconte des histoires authentiques ancrée dans la réalité féminine” https://femmesdumaroc.com/femmes/maroqueens/aicha-abouhaj-je-raconte-des-histoires-authentiques-ancree-dans-la-realite-feminine Mon, 29 Jul 2024 14:36:58 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=105338 Passionnée par la recherche d’identité et la culture d’origine amazigh, Aicha Aboulhaj est une artiste multidisciplinaire qui utilise différentes techniques modernes. Plongée dans l’univers symbolique et profondément ancré dans la réalité féminine d’une artiste douée.

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 Parlez-nous de votre parcours et de vos aspirations ?
Je suis une graphiste et illustratrice autodidacte originaire de Casablanca. Après avoir obtenu mon diplôme en design graphique, j’ai entrepris de m’immerger dans le monde de l’art, explorant progressivement différents médiums et techniques. Mes créations mettent en scène des personnages dont les lignes rappellent les motifs des tatouages et l’esthétique amazighe, tout en étant influencées par les grands maîtres Picasso et Farid Belkahia

Comment pourriez-vous décrire votre univers?
Je pourrais décrire mon univers comme étant un univers symbolique et profondément ancré dans la réalité féminine. Je m’inspire des contes amazighs pour mettre en lumière les femmes qui ont eu un impact significatif dans la vie, mettant en avant leur force, et leur contribution à la société.
En parallèle, je raconte des histoires authentiques qui résonnent avec les expériences des femmes, tirant mon inspiration de ma propre vie et de mon vécu personnel.

 ⁠Quels sont vos sujets de prédilection ?
Je souhaite mettre en évidence les pressions et les attentes contradictoires auxquelles les femmes sont confrontées dans leur vie quotidienne. En dénonçant ces normes sociales restrictives, pour plus de liberté de choix et de contrôle sur leur propre corps sans être limitées par des conventions ou des jugements extérieurs.

Quelle illustratrice ou bédéiste vous inspire ou vous a influencée ?
Dima Nachawi une illustratrice Syrienne, une féministe engagée socialement et politiquement dans son art 

 ⁠Quels sont vos aspirations ou projet pour l’avenir ?
J’ai plusieurs projets, mais celui qui me tient particulièrement à cœur est de créer un livre regroupant les histoires personnelles et les combats de plusieurs femmes à travers différents pays. Je souhaite mettre en lumière les similitudes et les différences dans les défis auxquels les femmes sont confrontées, afin de sensibiliser et de contribuer à élever leurs voix, inspirant ainsi le changement.

Que vous a apporté la résidence Hiba ?
C’est ma première expérience dans le domaine de la bande dessinée, et j’ai appris énormément sur la façon de raconter une histoire, depuis la conception des personnages jusqu’à la mise en scène des planches. C’est le début d’un parcours à poursuivre dans le monde de la bande dessinée.

Quelle sera votre empreinte dans le projet final ?
Je contribuerai à partager mon vécu,qui résonne avec celui de nombreuses femmes. Mon objectif est de créer une connexion émotionnelle avec les lecteurs, en suscitant leur empathie et leur réflexion.

Que vous a apporté cette émulation et cette rencontre entre vous ?
Cette expérience m’a permis de remettre en question mes propres points de vue, à explorer des approches différentes pour approfondir ma compréhension des choses. En m’ouvrant aux expériences et aux connaissances des autres, j’ai pu enrichir mon propre travail 

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