Prédestinés à aimer ?

L’amour n’a jamais été aussi présent dans un monde où les applications de rencontre sont devenues la norme. Pour autant, de nombreuses questions se posent. Aujourd’hui, le hasard a-t-il toujours sa place ? L’IA peut-elle vraiment prédire l’alchimie amoureuse ? Eléments de réponse.

L’amour, ce phénomène mystérieux et envoûtant, fascine, depuis des siècles, les scientifiques, les philosophes et les artistes. Car ce sentiment, intense, nous habite autant qu’il nous abîme. Mais, comment prend-il naissance ? D’une rencontre fortuite ou, sommes-nous, d’une certaine manière, prédestinées à aimer quelqu’un ? Dans un monde où les rencontres amoureuses se passent de plus en plus sur des plateformes numériques, cette question devient omniprésente. L’amour peut-il être calculé ? C’est en tout cas le pari des applications de rencontre, telles que Tinder ou Bumble, qui utilisent des algorithmes complexes, via l’Intelligence artificielle (IA), pour “matcher” des individus en fonction de critères aussi variés que les préférences physiques ou même les comportements passés. Mais ces plateformes ne se contentent pas de nous connecter avec d’autres utilisateurs, elles cherchent à comprendre nos préférences et à prédire les personnes avec lesquelles nous serions les plus susceptibles de former une relation. “Grâce à des algorithmes sophistiqués, – et de plus en plus fins – les applications ne se limitent pas à des critères basiques comme l’âge ou la localisation, elles prennent en compte des éléments plus subtils, tels que les valeurs personnelles, les habitudes et les objectifs relationnels”, explique Jamyl Mamri, consultant et expert en IA. Selon le rapport Future of Dating 2023 de Tinder, 34% des jeunes célibataires sont heureux qu’une IA puisse les aider à élaborer un profil de rencontre, comme l’explique à Femmes du Maroc l’agence de communication de ce géant de la rencontre. “Cette optimisation peut avoir des effets inattendus, comme une homogénéité excessive des recommandations où des profils similaires se répètent, limitant ainsi la diversité des rencontres”, alerte ce spécialiste, avant de questionner : “Peut-on alors prédire la réussite amoureuse grâce à l’IA ? Cette dernière serait-elle le nouveau Cupidon ? Personnellement, je ne le crois pas.” Pour lui, si l’IA est capable d’identifier des profils compatibles sur la base de critères rationnels et d’algorithmes de plus en plus sophistiqués, elle ne pourra jamais prédire la “chimie” humaine ou la profondeur d’une connexion émotionnelle. Et de lâcher : “À mon sens, il existe un danger réel de trop mécaniser les rencontres et de réduire l’amour à des algorithmes, oubliant que l’imprévu et la spontanéité restent essentiels.”

Une rencontre moléculaire 

L’idée d’un “coup de foudre”, où deux personnes semblent instantanément connectées, va bien au-delà des contes de fées. En réalité, cette impression d’être “prédestiné” à s’aimer peut s’expliquer en grande partie par la chimie, au sens biologique du terme. L’amour, ou du moins l’attirance amoureuse, est souvent déclenché par une série de réactions chimiques dans le cerveau. Les phéromones, ces molécules que notre nez détecte sans que nous en soyons conscients, jouent un rôle clé dans l’attirance. Le corps libère aussi des molécules comme la dopamine, l’ocytocine et la vasopressine qui sont utilisées comme des messagers chimiques par les neurones. Ces neurotransmetteurs sont responsables des sensations de plaisir, de bonheur et d’attachement, ce qui pourrait expliquer pourquoi l’amour semble parfois irrésistible. “Le cerveau arrive à sa maturité lorsque nous avons 18 ans”, vulgarise le Pr Rachida Roky, professeur de l’enseignement supérieur, chercheure en neurosciences à la faculté des sciences Aïn Chock à l’Université Hassan II de Casablanca. “Ces hormones du bonheur qui ont des effets positifs sur la santé physique et mentale, ne déclinent pas avec l’âge.” En d’autres termes, avoir un coup de foudre à 60 ans est tout à fait possible. “Comprendre que l’amour repose sur des mécanismes biologiques, ne signifie pas que l’expérience subjective de l’amour perd de sa magie”, signale cette experte. “L’amour est un phénomène multidimensionnel, il n’est pas seulement une réaction chimique dans le cerveau. Il englobe également des dimensions culturelles, psychologiques et philosophiques permettant une connexion entre deux individus.” 

La force du passé

Pour Najat Kobi, thérapeute de couple, la “prédestination” amoureuse n’est pas une force qui guiderait les individus vers leur âme sœur. Selon elle, les schémas d’attachement passé jouent davantage un rôle. “L’influence du type d’attachement se fera notamment sentir dans le choix du partenaire (stable ou moins stable), le comportement au sein de la relation (distant, sécurisant, ambivalent ou désorganisé) et la manière de mettre fin à cette union (avec nostalgie, à l’amiable ou avec fracas).” Pour autant, comme elle le souligne, “qu’on se soit rencontrés via une application ou lors du mariage d’une amie, ce qui va mettre en place les bases d’un amour véritable, c’est ce qui va se passer après la rencontre, à savoir une communication ouverte et une réciprocité dans les efforts, sans surcharger l’autre de la responsabilité de combler tous nos besoins.” Aussi, l’amour semble à la fois une question de chimie et de destinée, mais aussi une question de rencontre, de hasard et de choix.

“Les téléréalités pervertissent les relations amoureuses” 

“L’amour c’est d’abord deux inconscients qui se rencontrent, chacun cherchant dans l’autre ce qui va réenchanter une figure maternelle ou paternelle, figure qui va forger des projections inconscientes sur l’autre. Les téléréalités dénient cette dimension. Cependant, cet autre n’est pas seulement un objet “interne”, c’est aussi une personne réelle qui a ses propres bagages et qui interagit avec son environnement, qui se présente à cette expérience avec tout son être. L’expérience amoureuse devient une histoire unique d’une alchimie complexe. Les téléréalités et applications de rencontre, alimentées par des algorithmes, peuvent mettre côte à côte des personnes compatibles selon des critères précis. Cependant, l’alchimie du lien d’amour ne se réduit pas à la prédiction de la technologie. Par le déni de cette complexité, les téléréalités pervertissent les relations amoureuses en parures imaginaires, souvent superficielles, où l’amour devient une compétition de séduction impétueuse et sensationnelle, à consommation rapide, manquant d’investissement affectif authentique. Par ses émissions, le choix personnel serait hypothéqué par le désir de l’autre, l’esthète, qui renforce les stéréotypes et pousse à une recherche constante de validation extérieure. Le lien amoureux ne peut être réduit à des émotions immédiates et superficielles, en témoigne la fréquence des ruptures.”

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