Grossophobie : Quand vous ne faites pas le poids du CV

Le culte de la minceur est partout y compris dans le milieu professionnel. Jugés paresseux, en mauvaise santé ou trop émotifs, les personnes en surpoids sont victimes de discrimination à l’embauche. Comment déceler la grossophobie ? Que dit la loi ? Éléments de réponse.

À l’heure où la tendance est à la diversité des corps et à l’acceptation de soi, y compris dans l’univers intransigeant de la mode, le milieu professionnel peut révéler une face insidieuse en  lien avec la morphologie corporelle. “Au Maroc, il n’existe pas vraiment de statistiques concernant la discrimination au poids dans le cadre d’un recrutement… La discrimination au poids est beaucoup plus latente chez l’employeur”, nuance Alexandra Montant, directrice générale adjointe du cabinet de recrutement RecKrute.com. Mais, il n’en demeure pas moins que l’ostracisation sur le marché du travail existe et qu’elle est impitoyable envers les personnes en surpoids. Malheureusement au Maroc, face à la grossophobie au travail, la loi du silence prévaut. 

Des préjugés souvent implicites 

Pour savoir si l’on est victime de grossophobie au travail, il est bon d’en connaitre la définition. Ainsi ce néologisme reflète une série de comportements discriminatoires qui stigmatisent les personnes en surpoids ou obèses. Cette “peur du gros” est apparente dans notre quotidien depuis les bancs de l’école jusque dans le milieu du travail. Partant de là, “les préjugés concernant l’obésité sont mondialement connus. Au Canada par exemple, on explique clairement que les stigmatisations à l’égard du poids réfèrent aux stéréotypes sociaux et aux idées fausses concernant l’obésité”,  explique Alexandra Montant. Or, tout le monde le sait, l’apparence n’a rien à voir avec les qualités humaines ou les compétences au travail. Il s’agit d’une question de préjugés et de croyances populaires encouragés par les diverses campagnes de santé pour qui les gens en surpoids souffrent nécessairement de diabète ou d’une maladie coronarienne. Un recruteur ne dira jamais que l’apparence déplaît mais il partira du postula qu’une personne en surpoids, s’absentera plus qu’une personne dite mince car elle aurait une santé fragile. “Ces stéréotypes sociaux et ces idées fausses incluent des croyances telles que les personnes obèses sont paresseuses, gênantes, négligées, peu intelligentes, sans succès et ayant un manque d’autodiscipline ou de maîtrise de soi”, souligne la directrice générale adjointe du cabinet de recrutement RecKrute.com. Il ne faut pas s’en cacher, l’apparence est primordiale lors d’un recrutement car le ou la candidat(e) représente l’image de l’entreprise. “Il faudra donc que le collaborateur réponde aux attentes de l’entreprise. L’apparence physique reste donc un atout, ou une faiblesse et cela, on ne peut pas le nier”, précise-t-elle.
Il y a donc encore cette idée d’opération séduction aussi bien au niveau des compétences, qu’au niveau physique, qui plane lors d’un recrutement.  “Autant je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire qu’il refusait ce candidat car il était gros, autant sur certains postes, j’ai vu des candidates choisies plutôt qu’une autre car elles étaient plus joli
es”, confirme-t-elle. L’employé est donc la vitrine de l’entreprise et selon le secteur d’activité, cette discrimination à l’embauche en fonction du physique sera plus importante. “Les métiers qui en front office sont clairement plus touchés que les autres. Un commercial doit bien se vêtir, être agréable et s’il est beau, cela sera un atout. Un télévendeur, commercial pourtant, ou une assistante seront clairement moins concernés par leur apparence physique car ils restent en backoffice” conclut-elle. 

Des droits face aux discriminations

Au Maroc comme en Occident, “la grossophobie est considérée comme une attitude discriminatoire envers les personnes obèses ou en surpoids. Bien entendu, le législateur marocain interdit tout acte de discrimination envers les employés d’une entreprise”, indique Maître Nezha El Azarifi, avocate au barreau de Casablanca agréée près de la cour de cassation. “Par discrimination, le législateur entend le fait d’évaluer un salarié sur la base de critères autres que ceux professionnels, qui peuvent être liés á des considérations de genre, religion, race ou même apparence physique” précise-t-elle. Ainsi la loi est du côté de la victime de discrimination mais encore faut-il le prouver, car le texte de loi n’en fait pas mention explicitement. “Le législateur ne mentionne pas explicitement le cas de grossophobie qui, néanmoins entre dans la catégorie des actes discriminatoires étant donné que cela touche à l’apparence physique du salarié et peut être qualifié de handicap qui est souligné par le texte de loi”, précise Maître El Azarifi. 

Pour se défendre, la victime de grossophobie devra “apporter la preuve de cet acte discriminatoire devant la justice, et ce par le moyen de documents versés devant le tribunal ou par des témoignages provenant  de l’entreprise et qui attestent au tribunal du caractère discriminatoire des actes subis par le salarié.” explique l’avocate. En ce 21ème siècle, l’univers de la mode s’est libéré des carcans du moule de la taille 36 et s’est ouvert à toutes les morphologies. Ce n’est toujours pas le cas dans la sphère professionnelle où il reste encore beaucoup à faire pour vaincre les comportements discriminatoires. Moquées ou ignorées, peu de victimes de grossophobie osent défendre leurs droits car elles ne les connaissent pas.

Victimes de Grossophobie : La loi vous protège ! 

Si vous subissez des comportements discriminatoires ou des critiques verbales liés à votre poids, sachez que vous pouvez agir. La loi est de votre côté : 

L’article 9 du code de travail : interdit á l’encontre des salariés toute discrimination fondée sur la race, la couleur, le sexe, le handicap, la situation conjugale, la religion, l’opinion politique, l’affiliation syndicale, l’ascendance nationale ou l’origine sociale, portant atteinte au principe d’égalité des chances ou de traitement sur un pied d’égalité en matière d’emploi, notamment á l’occasion de l’embauche, la répartition du travail, la formation professionnelle, le salaire, l’avancement, l’octroi des avantages sociaux et les mesures disciplinaires et celle relatives au licenciement.

L’article 12 du code de travail punit toute discrimination qu’un employeur peut avoir envers son employé par une amende comprise entre 15.000 et 30.000DH. L’employé peut également obtenir outre l’indemnité légale d’autres dommages et intérêts dans le cas où il est établi qu’il a été victime d’un licenciement abusif suite á un acte de discrimination.

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