Mois de piété et de dévotion, Ramadan est vécu de différentes manières, selon la perception et les croyances de chacun. Si les valeurs fondamentales de solidarité et de spiritualité restent au cœur de ce mois, les habitudes de consommation, notamment alimentaires et numériques, ont évolué. Selon la sociologue Nadia Lamoudy, les Marocains vivent aujourd’hui plus que jamais le Ramadan à la croisée de la tradition et de la modernité. “On observe une hybridation des pratiques traduite par les valeurs de solidarité et de spiritualité qui restent centrales, mais la consommation, notamment des contenus numériques et des produits alimentaires, s’intensifie”, explique-t-elle.
Une transformation des pratiques sociales et alimentaires
Selon la spécialiste, le Ramadan a connu une transformation notable au fil des années, reflétant les mutations sociales et économiques du pays. Autrefois centré sur la sphère familiale, avec des repas préparés traditionnellement à la maison et partagés en famille ou entre voisins, le ftour se diversifie aujourd’hui avec l’émergence de nouvelles habitudes de consommation. “De plus en plus de Marocains choisissent de rompre le jeûne dans des restaurants, des hôtels ou au bord de la mer, transformant ce moment de recueillement en une expérience sociale et parfois ostentatoire.”
Cette évolution s’accompagne aussi d’une diversification des types de repas. La sociologue précise : “Bien que les plats traditionnels comme la harira, la chebakia et les briouates restent populaires, de nouveaux plats, plus modernes et souvent plus rapides à préparer, ont fait leur apparition.” Les influences internationales et le rythme de vie citadin jouent un rôle dans cette transformation, reflétant une adaptation aux exigences contemporaines.
Vers la surconsommation
Le Ramadan est marqué par des valeurs humaines profondes telles que la solidarité, la spiritualité, la maîtrise de soi et le partage. Ces valeurs se manifestent notamment par une intensification des pratiques religieuses et une plus grande générosité. Pourtant, parallèlement, le Ramadan influence également les habitudes de consommation, en particulier l’alimentation. “La consommation de denrées augmente considérablement, en grande partie à cause du jeûne, qui induit un désir compensatoire. Les repas abondants sont ancrés dans une culture de la générosité et de la convivialité”, explique la sociologue.
Cependant, ce mois sacré s’accompagne également, parfois, de comportements moins vertueux. Le désir de montrer un statut social, particulièrement visible lors des repas de rupture du jeûne, peut conduire à des dépenses excessives, voire à l’endettement. “Offrir des tables garnies devient un signe de statut et d’intégration, une pression sociale qui peut entraîner une consommation ostentatoire”, observe Nadia Lamoudy. Cette dynamique est exacerbée par la publicité et les pratiques commerciales qui encouragent la surconsommation de contenus numériques durant le Ramadan, “un phénomène lié à l’importance croissante des réseaux sociaux et de la télévision dans le quotidien des Marocains”, appuie la sociologue.
Un mois de purification
En réalité, le Ramadan, mois sacré de jeûne et de spiritualité, est bien plus qu’un simple acte religieux. C’est une période marquée par une transformation intérieure profonde, tant sur le plan physique que mental. Selon Dr. Bouchra Benchekroun, nutritionniste et psychothérapeute, Ramadan permet au corps de se purifier et de se régénérer. “Ramadan est le mois où on peut nettoyer le corps”, explique-t-elle. Le jeûne prolongé permet de se débarrasser des toxines accumulées tout au long de l’année. “Le corps est doté de “5 émonctoires”, des moyens naturels pour libérer les toxines accumulées. En interrompant l’alimentation pendant plusieurs heures chaque jour, on offre au corps l’occasion de s’auto-nettoyer. Ce processus, appelé auto-phagie, permet de détoxifier l’organisme et d’augmenter sa capacité de guérison”, souligne Bouchra Benchekroun. Toutefois, pour que cette purification soit optimale, il est crucial de bien se nourrir lors de la rupture du jeûne, en privilégiant des aliments sains et équilibrés, poursuit-elle.
Manger en pleine conscience
Le mois de Ramadan est également une période où la tentation de consommer excessivement peut être forte, notamment en raison du désir de compenser les longues heures de jeûne. Selon Bouchra Benchekroun, il est essentiel de ne pas se laisser emporter par ses envies et de respecter les besoins réels du corps. “Il faut donner au corps ce dont il a besoin d’abord (80%) ensuite ce dont il a envie (20%)”, conseille-t-elle. L’un des pièges les plus courants est de céder à la tentation de manger trop rapidement ou de consommer des aliments riches en calories. Une approche plus saine consiste à se nourrir de manière équilibrée et en pleine conscience, en choisissant des aliments naturels et non transformés.
En effet, l’un des principes fondamentaux pour maintenir une bonne santé pendant le Ramadan est l’alimentation en pleine conscience. “Il faut être présent au moment où l’on mange”, affirme Bouchra Benchekroun. Cela implique de manger lentement, de savourer chaque bouchée et de respecter les signaux de faim et de satiété du corps. L’alimentation en pleine conscience permet également de mieux apprécier les aliments, de mieux digérer et de nourrir son corps de manière plus équilibrée et plus saine. “Pour cela, il est recommandé de consommer des aliments variés, riches en protéines (œufs, poisson, viande), en fibres et en antioxydants (fruits, légumes, céréales). Il ne faut pas oublier de boire beaucoup pour pallier au manque d’hydratation durant la journée, sans abuser du café qui est connu pour déshydrater le corps davantage”, recommande la nutritionniste. Selon elle, il est crucial de donner au corps les nutriments essentiels à son bon fonctionnement, notamment pour réguler les neurotransmetteurs qui influencent l’humeur et le bien-être.
Une opportunité pour faire un “reset”
Prendre soin de soi pendant le Ramadan ne se limite pas à l’alimentation et à l’hydratation. Le sommeil joue un rôle essentiel dans la santé et est particulièrement important pendant ce mois. “Notre rythme de sommeil est perturbé par le fait que nous nous réveillons pour manger avant l’aube et que nous nous couchons tard pour accomplir les prières”, explique Bouchra Benchekroun. Elle recommande de respecter un horaire de sommeil cohérent tout au long du mois et d’éviter l’utilisation d’écrans une heure avant le coucher afin de bénéficier d’un sommeil plus réparateur.
Pratiquer une activité physique légère pendant la journée est également un excellent moyen de maintenir l’énergie, d’améliorer la circulation et le flux lymphatique. “Cela vous aidera à profiter de tous les avantages du jeûne. Vous pouvez vous promener, faire des étirements ou d’autres exercices légers pour maintenir votre corps en mouvement”, précise l’experte.
Au-delà de la dimension alimentaire, le mois de Ramadan offre une occasion unique de prendre soin de soi, tant sur le plan physique que spirituel. “Poser une bonne intention et se dire : qu’est-ce que j’aimerais vivre pendant ce mois de Ramadan”, suggère Bouchra Benchekroun. Le mois de Ramadan est l’opportunité idéale pour opérer un “reset” et se réinitialiser sur le plan mental et physique. Cela passe par la prise de bonnes habitudes telles que se reconnecter avec la nature et apprendre à maîtriser ses pulsions.
C’est aussi un moment pour retrouver un équilibre intérieur. “C’est l’occasion idéale pour rétablir ses problèmes de santé, se déprogrammer des mauvaises habitudes et prendre le temps de se féliciter après une journée réussie”, conclut Bouchra Benchekroun.
Bien plus qu’un simple mois de jeûne, le Ramadan est une période propice à la réflexion, à la purification et à la reconnexion avec soi-même et avec les autres. En adoptant une approche équilibrée et consciente, il devient une véritable opportunité de renouveau et de bien-être.