Fatéma Chahid, Auteur à Femmes du Maroc https://femmesdumaroc.com/author/fatema Le magazine leader de la presse féminine au Maroc Inspiration, Envies, Style, Beauté, Idée Fri, 17 Feb 2023 14:42:14 +0000 fr-FR hourly 1 https://femmesdumaroc.com/wp-content/uploads/2022/12/cropped-fav-fdm3-32x32.png Fatéma Chahid, Auteur à Femmes du Maroc https://femmesdumaroc.com/author/fatema 32 32 Femmes de légende : Joséphine Baker, l’éternelle étoile https://femmesdumaroc.com/femmes/femme-inspirante/femmes-de-legende-josephine-baker-premiere-vedette-noire-du-music-hall Fri, 17 Feb 2023 12:53:07 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=85880 Danseuse, chanteuse de jazz, actrice et sex-symbol, Joséphine Baker est la première femme noire à accéder au rang de star, elle a mis sa notoriété au service de la Résistance française et de la lutte pour les droits civiques.

L’article Femmes de légende : Joséphine Baker, l’éternelle étoile est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
On pourrait l’appeler “La Cendrillon noire” tant sa vie ressemble à un conte de fée. Freda Josephine Mc Donald Baker voit le jour le 3 juin 1906 à Saint-Louis dans le Missouri. Fille de Carrie, première descendante libre d’une génération d’esclaves noirs et d’Eddie Carson, un musicien de rue d’origine amérindienne  qui va abandonner la famille à la naissance de Joséphine. La petite fille grandit dans la faim, le froid et la misère du ghetto.

La revue nègre

À l’inverse du conte de Perrault, il n’y a pas de fée pour transformer la petite fille pauvre en princesse. Sa bonne étoile, c’est elle-même. Armée d’un optimisme à toute épreuve et d’une incroyable force de caractère, Joséphine prend les devants et frappe seule à la porte du destin.
C’est au Théâtre des Champs-Elysées qu’elle se produit comme danseuse et meneuse de revue du spectacle “La Revue Nègre”. Elle danse nue, sur le rythme endiablé du Charleston, habillée juste d’une ceinture de bananes autour des hanches. Un style éblouissant, une sensualité débordante. Une pionnière dans son genre. On dira de nos jours qu’elle fait le buzz.

La Vénus noire

Pour les uns, c’est un scandale, pour les autres c’est le symbole de la libération du corps féminin. Elle est l’égérie des cubistes, le modèle des surréalistes. Artistes et intellectuels exultent, la mettent sur un piédestal, en font leur icône. Colette l’appelle “La panthère noire”. Croulant sous les compliments, elle a cette boutade : “J’ai appris à danser pour me réchauffer quand j’avais trop froid.”  Celle que l’on traitait avec mépris et racisme de “sale négresse” dans son enfance devient “L’idole sauvage”, “La Vénus noire”, “La perle noire” invitée sur toutes les grandes scènes du monde. Elle est tout à la fois Mariah Carey, Tina Turner et Beyoncé avant l’heure.

Après le triomphe de la Revue Nègre, Joséphine rejoint les Folies Bergères dont elle sera la vedette absolue. Les femmes copient sa coupe à la garçonne, son teint hâlé et plaquent comme elle leurs cheveux avec le gel Bakerfix. Elle lance la mode du turban. Sa silhouette androgyne et son élégance innée fascinent… Egérie de la mode, Joséphine  inspire les grands couturiers, Poiret, Balenciaga, Schiaparelli et Dior qui créent pour elle de magnifiques toilettes. Fantasque et originale, elle adopte un léopard, Chiquita qui devient son animal de compagnie, terrorisant les troupes de théâtre et les promeneurs sur la Côte d’Azur. 

En 1939, elle rejoint le Casino de Paris et détrône la grande Mistinguett. Elle y danse mais chante également un répertoire jazzy. Le cinéma la réclame, elle tourne plusieurs films comme “La sirène des Tropiques” ou “Princesse Tam Tam” avec Jean Gabin.

Une espionne de choc et de charme

Ardente militante des droits civiques, elle part aux États-Unis, participe à toutes les marches et s’engage aux côtés de Martin Luther King. Elle en revient écœurée par le racisme persistant et le Klux Klux Klan omniprésent.

Dans sa vie privée, Joséphine Baker est une croqueuse d’hommes, maîtresse notamment de Georges Simenon, de Picasso et d’Ernest Hemingway. Mariée six fois, elle n’a pourtant jamais pu être mère. Pour combler ce manque et témoigner de sa lutte contre le racisme et pour la fraternité entre les peuples, elle adopte douze enfants de nationalités différentes. Ils sont coréen, marocain, colombien, canadien, algérien, japonais, français chrétien, juif français, finnois, vénézuélien, ivoirien et brésilien.

Avec ses enfants qu’elle appelle affectueusement sa “tribu arc-en-ciel”, Joséphine Baker acquiert en 1947 le château des Milandes en Dordogne et s’y installe en famille avec le chef d’orchestre Jo Bouillon avec lequel elle se mariera, ouvrant ainsi la voie aux mariages mixtes en France. Dans le domaine, elle emploie près de 70 personnes. Elle assure aux enfants une éducation de qualité, dépense sans compter en somptueuses soirées et actes philanthropiques, si bien qu’elle finit par épuiser sa fortune.

Elle crée alors autour du château “Le village de la fraternité”, sorte de Disneyland qui attire les foules mais les revenus sont insuffisants pour éviter l’expulsion.

 

L’article Femmes de légende : Joséphine Baker, l’éternelle étoile est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
La reine Victoria : l’âge d’or de l’Empire britannique https://femmesdumaroc.com/archives/la-reine-victoria-lage-dor-de-lempire-britannique Tue, 20 Apr 2021 13:37:49 +0000 http://femmesdumaroc.com/?p=68019 Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, Impératrice des Indes, Victoria a fait de son pays la première puissance mondiale et a constitué un vaste empire “sur lequel le soleil ne se couchait jamais”. Son long règne de 63 ans a marqué l’histoire du 19ème siècle sous le nom de “L’ère victorienne”.

L’article La reine Victoria : l’âge d’or de l’Empire britannique est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Dans la nuit du 20 juin 1837, au palais de Kensington, la jeune princesse Victoria est tirée de son sommeil par sa mère à 6h du matin. Elle lui dit que l’archevêque de Canterbury et Lord Cunningham l’attendent au salon pour une affaire des plus urgentes. En robe de chambre, Victoria se présente devant les deux dignitaires. Ils lui annoncent que le roi Guillaume IV, son oncle, est mort cette nuit à 2h12 et s’inclinent devant elle, l’appelant Majesté. Unique héritière du trône, la jeune princesse deviendra à cet instant précis Victoria, reine du Royaume-Uni, de Grande -Bretagne et d’Irlande. Elle a 18 ans.

Sa première décision sera d’exiger une chambre pour elle seule, sans sa mère, la très autoritaire et possessive duchesse de Kent. Quelques heures plus tard, la nouvelle souveraine entre dans la Chambre du Conseil du palais de Kensington et lit sa déclaration officielle en tant que reine face aux lords du royaume réunis. Ce sera le début d’un long règne qui va durer près de soixante-quatre ans. Alexandrina Victoria de Hanovre est née le 24 mai 1819 au palais de Kensington à Londres. Son père est le prince Edward duc de Kent, sa mère, allemande, est la princesse Viktoria de Saxe-Cobourg.

Elle reçoit une éducation raffinée mais très stricte, sans loisirs ni distractions, ni liberté ou amis. On prépare Victoria à devenir plus tard une reine d’exception. Elle parle plusieurs langues, l’allemand, l’anglais, le français, l’italien et le latin, se passionne pour l’histoire, la musique, le dessin et suit des cours d’élocution. Victoria travaille aussi son apparence et son maintien. Pas vraiment belle, petite et menue, à peine 1,50 m, de grands yeux bleus et un teint pâle, mais avec une prestance naturelle et un charisme déjà royal.

Une reine d’exception

Le premier acte politique de la jeune souveraine sera de maintenir à son poste de Premier ministre, Lord Melbourne qui défend comme elle les valeurs d’un libéralisme mesuré. Ce gentleman de 58 ans est très influent et se révèlera vite précieux et indispensable. Pour bénéficier à tout moment de ses conseils avisés, la jeune reine l’installe près d’elle au château de Windsor. Cette promiscuité fera jaser dans les gazettes populaires qui surnomment Victoria “Mrs Melbourne”.

Le 28 juin 1838, jour de son couronnement, Victoria quitte Buckingham Palace où elle s’est installée et entre dans l’abbaye de Westminster. Son couronnement sera une grandiose cérémonie. Depuis deux jours, Londres est en liesse. Le peuple anglais est ému, heureux de voir une souveraine juvénile, pleine d’énergie et de bonne volonté.

Reine populaire et aimée d’emblée, il manque à présent à Victoria de se marier. Grâce à son oncle maternel Léopold roi des Belges, elle croise, en 1839, le chemin d’Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, son cousin germain, de belle noblesse allemande. Entre eux, c’est le coup de foudre. Très amoureuse, la jeune reine demande Albert en mariage, et, le 10 février 1840, le couple se marie dans la chapelle royale du palais de St James. Leur entente sera parfaite. Un an après, naît une petite fille. Entre 1840 et 1857, suivront huit autres enfants.

Comblée de bonheur, Victoria délègue de plus en plus de charges à son mari. Albert, devenu prince consort, se révèle efficace et impose une rigueur et une austérité jamais vues dans le royaume. La reine voyage beaucoup pour aller à la rencontre de ses sujets en Angleterre, Ecosse et Irlande.

Une reine aimée puis détestée

Victoria lance les premières Garden parties de l’histoire du pays, organise des bals de valse anglaise et de brillantes réceptions où se retrouve l’aristocratie de toute l’Europe. Elle et Albert sont des mécènes, passionnés d’art et d’architecture. Ils collectionnent des tableaux de maître et des objets rares qui vont enrichir la célèbre collection d’art des Windsor, The Royal Collection. Ils réalisent de grands travaux d’agrandissement et d’embellissement des châteaux de Balmoral et du palais de Buckingham. Une architecture nouvelle, élégante et cossue transforme le visage de Londres et crée un style de vie inédit.

Cette ère prospère, nommée “victorienne” rayonnera alors à travers l’Europe entière et atteint un sommet éclatant durant l’Exposition universelle de 1851 à Londres, qui attire plus de six millions de visiteurs. Le prince Albert y gagne en notoriété, Victoria devient une reine aimée et estimée.

Leur bonheur prend fin brutalement le 14 décembre 1861 quand Albert meurt d’une fièvre typhoïde. Dévastée par le chagrin, Victoria entame un deuil interminable, s’éloigne du pouvoir et ne s’habillera plus que de noir jusqu’à la fin de sa vie. Elle disparaît dans ses palais et s’enfonce dans la dépression. Elle songe même à abdiquer. Le peuple, se sentant négligé, se met à détester sa reine.

C’est à cette époque que Victoria rencontre à Balmoral John Brown, un grand et bel Ecossais d’une trentaine d’années, ex-premier valet de feu son mari. En sa compagnie, la jeune femme retrouve le sourire. Il devient son confident et son bras droit, Victoria se sent femme à nouveau. La rumeur enfle et se répand à Londres. On les dit secrètement mariés. Après dix ans d’absence, elle décide de réapparaître en public lors d’une messe à la cathédrale St Paul mais, preuve du rejet de son peuple, un homme tente de l’assassiner. Elle devra la vie sauve à John Brown. On la force à se séparer de son ami et confident, et cette perte affective sera pour elle un déclic pour sa reprise des affaires du royaume.

Epaulée par le brillant Premier ministre Benjamin Disraeli, Victoria va renouer avec son peuple et reprendre les rênes pour sauver la monarchie. Grâce à une marine de guerre brillante, elle entame une politique d’expansion territoriale. Seront colonisés les Indes, le Canada, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Indonésie et plusieurs îles. Le royaume devient un puissant et vaste empire sur lequel “le soleil ne se couche jamais” car il couvre tous les continents. Victoria prend le titre d’Impératrice des Indes. Elle règne alors sur 350 millions de sujets, un quart de la population mondiale.

L’ère victorienne

Un autre homme va entrer dans sa vie : Abdul Karim, un domestique indien de 24 ans. La reine en a 68. Elle l’appelle “Mon tendre enfant”. Par lui, elle tombe amoureuse de l’Inde. Malgré la vive réprobation de la famille royale, Victoria impose Abdul et le garde auprès d’elle jusqu’à la fin de sa vie.

En 1897, Victoria, acclamé par son peuple, fête ses 60 ans de règne avec un faste inégalé. Ce sera sa dernière apparition publique. Après plus de 63 ans de règne, fatiguée, usée, elle s’éteint le 22 janvier 1901, à l’âge de 81 ans. L’aîné de ses petits-fils lui succède sous le nom d’Edouard VII.

À sa demande, seront posées auprès d’elle dans son cercueil, la robe de chambre d’Albert ainsi qu’une mèche de cheveux de John Brown, mort avant elle. Ses obsèques nationales auront lieu le 2 février 1901 dans la chapelle de Windsor devant une foule immense et un grand nombre de souverains.

L’ère victorienne a marqué l’apogée de la révolution industrielle, des sciences  et de l’architecture avec des réalisations comme la machine à vapeur, le tunnel sous la Tamise, le premier métro, la gare Waterloo, le célèbre pont Tower Bridge, la fameuse cloche Big Ben, le Royal Albert Hall, sans oublier Charles Darwin et sa théorie sur l’origine des espèces.

C’est aussi l’âge d’or de la culture avec une littérature dite “victorienne” où le roman s’impose avec Charles Dickens, Sir Arthur Conan Doyle, les sœurs Brontë, Bernard Shaw ou Oscar Wilde.

La reine Victoria est appelée “la grand-mère de l’Europe” car ses descendants se retrouvent dans toutes les cours européennes.

Souveraine d’exception, elle a exigé qu’après elle, aucune autre reine ne porte le nom de Victoria. 

L’article La reine Victoria : l’âge d’or de l’Empire britannique est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Touria Chaoui, un destin aux ailes brisées https://femmesdumaroc.com/archives/touria-chaoui-un-destin-aux-ailes-brisees Tue, 12 May 2020 01:15:07 +0000 http://femmesdumaroc.com/?p=60794 Héroïne intrépide et avant-gardiste, libre et émancipée, Touria Chaoui, première aviatrice du Maroc et du monde arabe, incarnait l’avenir de la femme marocaine du 20ème siècle. L’assassinat de cette icône le 1er mars 1956, veille de l’Indépendance du Maroc, à l’âge de 20 ans, est toujours un mystère.

L’article Touria Chaoui, un destin aux ailes brisées est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Casablanca, 32 rue Bergerac, dans le quartier Mers Sultan. Nous sommes le 1er mars 1956. La date est historique, car le lendemain, le Maroc fêtait son Indépendance. Il est 18h20. Touria Chaoui, au volant de sa voiture, revient de l’Institution Lalla Amina qui œuvre à la formation de jeunes filles dans plusieurs disciplines. Assis à ses côtés, son jeune frère de 11 ans, Salah Eddine. Touria se gare en bas de l’immeuble familial, klaxonne et passe sa tête par la portière pour parler à sa mère qui apparaît au balcon. Surgi brusquement de nulle part, un homme se rue sur la voiture, tire une balle à bout portant sur Touria et disparaît comme un fantôme. Touchée à la tête, la jeune fille meurt sous les yeux hébétés et horrifiés de son frère, de sa mère, des voisins et des passants. Une scène de cauchemar qui continue de hanter les témoins survivants de ce drame.

Un meurtre jamais élucidé

La vie de Touria Chaoui, première aviatrice du Maroc et du monde arabe est ainsi foudroyée à l’âge de 20 ans. Salah Eddine Chaoui, artiste peintre aujourd’hui installé en France à Vichy, évoque le souvenir fulgurant de ce moment dans le livre hommage qu’il vient de publier “Ma sœur Touria, première aviatrice du monde arabe” et se souvient “d’un homme au profil hispanique, cheveux gominés, tenant une arme à la main”. Quelle main a donc assassiné Touria Chaoui, dans la fleur de l’âge ? Qui se cache derrière ce crime et quels en sont les commanditaires ? Aujourd’hui encore, le mystère demeure entier et on ne peut que se perdre en de nombreuses conjectures plus ou moins complexes.

La nouvelle de la mort de Touria Chaoui provoque une onde de choc et une sidération générale. À ses funérailles, le cortège s’étire sur plusieurs kilomètres. On réclame la vérité, elle ne viendra jamais.

Touria Chaoui est née le 14 décembre 1936, dans une famille bourgeoise de Fès, Elle grandit et s’épanouit dans un milieu aisé, ouvert. Son père, Abdelwahab Chaoui, un des premiers journalistes de langue française dans le Maroc colonial, écrit dans Le Courrier du Maroc, parallèlement à sa passion du théâtre dont il est considéré comme un pionnier. Avant-gardiste, il veut pour sa fille une éducation soignée et moderne et lui fait découvrir le monde du théâtre et du cinéma puisqu’en plus du journalisme, Abdelwhab Chaoui est un acteur et un metteur en scène impliqué dans la promotion de la scène marocaine émergente. À douze ans, Touria joue à ses côtés un petit rôle (Maria Casarès enfant) dans le film du cinéaste français, André Swoboda, La Septième Porte, où Abdewahab Chaoui donne la réplique à Georges Maréchal et Maria Casarès. L’apparition à l’écran de la petite Touria scandalise la société conservatrice du Maroc d’alors.

En 1946, Touria obtient son certificat d’études primaires dans un Maroc où la scolarisation des filles est balbutiante. À cette époque, elles ne sont que 23.000 à être scolarisées, et à peine une centaine à avoir obtenu le certificat d’études primaires. Elle prend des cours de sténographie arabe et poursuit ses études jusqu’à l’obtention du brevet.

À Casablanca, où la famille vit désormais, elle est engagée comme secrétaire à l’Agence marocaine d’information et de publicité. Mais son rêve depuis toujours, c’est de voler. Aussi, quand en novembre 1949 l’Agence organise un concours littéraire à l’occasion de la Fête du Trône, Touria demande à son père l’autorisation d’y participer à la condition que si elle était primée, il l’inscrive à l’école des pilotes des Ailes Chérifiennes de Tit Mellil. Parole donnée, pari gagné. Son père et elle partent sur place pour l’inscription dans cette école de pilotage réservée à l’élite européenne. Ils vont braver le mépris et les railleries du directeur de l’école, un certain Martin qui, comme le rapporte Salah Eddine Chaoui dans son livre, va les accueillir en déclarant devant une assistance hilare : “Ouvrez grand vos oreilles, vous voyez cette petite Fatma, elle prétend prendre des cours de pilotage !” 

La première femme aviatrice arabe

À la fin de son apprentissage, Touria passe son examen de vol dans des conditions météo exécrables, la mauvaise foi du directeur ne lui laissant aucun choix. Elle réussit son brevet de capacité puis sa licence de pilote et devient en 1952, la première femme aviatrice du Maroc et des pays arabes et la 3ème au monde. La plus jeune aussi car elle n’a que 16 ans. Du jour au lendemain, elle est célèbre aussi bien sur le plan national qu’international et croule sous les messages de félicitations.

Reçue par feu le sultan Mohammed V, elle pose à ses côtés en uniforme sur une photo devenue culte. Elle fréquente les princesses, devient ambassadrice de l’Institution Lalla Amina et s’implique dans diverses organisations féminines en faveur de l’éducation et de l’émancipation des jeunes filles.

Héroïne intrépide

Héroïne et gloire nationale, elle représente pour tous la figure de proue de l’émergence du féminisme marocain, alors très lié au mouvement indépendantiste mené par les partis politiques. Mais le vent de libération apporté par Touria, son exemple de femme qui s’affranchit et se distingue, dérange les conservateurs marocains et les partis coloniaux comme “Présence française”. Les membres de la famille Chaoui sont visés et échappent de peu à la mort. Prévenus par l’épicier de leur quartier, ils quittent in extremis leur villa de la rue Bonaparte pour se réfugier dans un hôtel voisin. À 4h du matin, leur maison explose.

Au retour d’exil du Sultan Mohammed V en novembre 1955, la jeune aviatrice participe à la liesse populaire : aux commandes de son monoplace, elle survole le cortège royal depuis l’aéroport jusqu’au quartier des Touarga et lâche sur la foule des tracts de bienvenue à la gloire du souverain. Elle exécute force loopings et figures acrobatiques qui expriment sa joie et ravissent le public.

Assassinée le 1er mars 1956

Or la face cachée de cette aube de l’indépendance est loin d’être idyllique : querelles intestines entre partis politiques, règlements de compte entre divers acteurs d’une société en pleine mutation, vendettas personnelles ou pour la course au pouvoir. Dans ce magma se font et se défont les alliances et les vengeances, les compromis et les meurtres. Une figure sombre illustre bien cette époque trouble : Ahmed Touil, que d’aucuns soupçonnent d’être l’auteur de l’assassinat de Touria Chaoui, sans apporter les preuves de sa culpabilité. Militant caméléon, convoyeur d’armes et homme de main d’hommes de l’ombre, il va jusqu’à exécuter plusieurs de ses anciens compagnons de résistance comme Rahal el Meskini ou Ahmed Sidki.
On sait que Touria Chaoui posait problème aux conservateurs marocains, aux obscurantistes opposés à l’émancipation de la femme marocaine, à quelques membres de Présence française, et d’autres ennemis du symbole d’un Maroc nouveau qu’incarnait la jeune fille. Son assassinat, le 1er mars 1956, juste la veille de l’Indépendance, est un acte significatif.

Soixante-deux-ans après, le mystère demeure entier. L’oubli également, car à part le récent livre publié par son frère et un documentaire de télévision, aucun hommage ne salue la mémoire de la première aviatrice marocaine, aucune rue ni avenue ne porte son nom, et encore moins un espace culturel. Et pourquoi pas un aéroport Touria Chaoui ? 

L’article Touria Chaoui, un destin aux ailes brisées est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Mririda N’aït Attik : la poétesse rebelle amazighe https://femmesdumaroc.com/archives/mririda-nait-attik-la-poetesse-rebelle-amazighe Fri, 10 Apr 2020 15:40:42 +0000 http://femmesdumaroc.com/?p=59560 Courtisane et poétesse dans le Haut Atlas des années 40, Mririda a chanté dans une langue libre et belle les tourments de l’amour, dénoncé les souffrances des femmes, les abus de pouvoir des hommes et la soumission à l’occupant français. On doit à René Euloge qui l’a aimée, d’avoir recueilli, traduit en français et publié les poèmes de Mririda dans “Les Chants de la Tassaout”.

L’article Mririda N’aït Attik : la poétesse rebelle amazighe est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Elle aurait pu être un personnage d’un roman de Zola ou de Nagib Mahfoud. Née dans la pauvreté rustique du village de Magdaz dans le Haut Atlas, région d’Azilal où coule la rivière Tassaout, celle dont on ignore le vrai nom et la date de naissance est appelée Mririda. De ce surnom, elle parle avec fierté dans un poème “On m’a surnommée Mririda, Mririda, l’agile rainette des prés/ j’ai comme elle mes zegharit/ qu’admirent les hommes et jalousent les femmes.”

Enfant précoce, elle apprend les textes qu’elle entend chanter lors des veillées d’Ahouach. Son idole était le grand poète et raïss Si Ali d’Ibaâqelioun.

Mariée très jeune et répudiée alors qu’elle attendait un enfant dont elle avortera, Mririda crie ainsi sa douleur : “Cent poignards ont lacéré mon ventre et percé mon cœur/ dents serrés et lèvres closes, j’ai combattu mes deux douleurs/ celle de ma chair et celle de mon cœur.”

Démunie, elle est contrainte de vivre de ses charmes et descend dans la vallée de la Tassaout où est installé un camp de militaires français et de goumiers. Au souk d’Azilal, elle devient une courtisane désirée de tous, mais fait rare pour l’époque, c’est elle qui choisit ses amants.

Femme libre et avant-gardiste, elle chante ses aventures sentimentales, ses joies, ses peines et ses déceptions dans une poésie originale, ardente et métaphorique. “Azrou, le bien-aimé/ si mes yeux sont pour toi le silex à étincelles/ ne vois-tu pas que la poudre est prête à s’enflammer/ et que je dénoue devant toi mes longues tresses noires ?”

Un pouvoir de séduction irrésistible

Car outre une magnifique chevelure, des yeux de jais et un sourire éclatant, Mririda possède un grand charisme, une forte personnalité et un pouvoir de séduction irrésistible. “Moi je suis belle, je sens bon et j’attire les hommes/ comme les fleurs du printemps attirent les abeilles.”

Elle est sûre de sa beauté et de son ascendant sur les hommes dont elle connaît les violences et les failles.

Plus que tout, elle est “taneddamt”, poétesse dans une culture amazigh où “l’amarg” (la poésie) est souveraine et se transmet de génération en génération par le pouvoir de l’oralité et de la mémoire commune.

Loin des siens, elle chante sa nostalgie : “Quand je suis seule, dans le silence et la paix/ souvent je songe au village où je suis née/ à cette heure que font ceux que j’ai laissés là-bas ?/ je me suis égarée malgré moi sur le chemin de la vie/ mais mon cœur est resté accroché aux rocs de ma vallée.”

Mririda ne savait ni lire ni écrire mais savait dire et improviser dans une langue simple et sensuelle, archaïque et imagée dans un rapport quasi-païen avec la nature et ses éléments, comme dans L’arc-en-ciel : “Source des forces de Fécondité et de Résurrection/ fiancée de la Pluie, Ceinture de prospérité de la Terre/ il est si vaste le Ciel, que je ne vois jamais les bords  du Tapis des Seigneurs des Monts et des Eaux.”

En avance sur son temps

Ses poèmes, elle les écrit sur la trame du vent. Elle lance dans l’espace ses chants qu’elle improvise sur les histoires du village, le combat des gens humbles pour la survie, la misérable condition des femmes comme dans Les laveuses de laine : “Si nos pauvres doigts sont ensanglantés/ demandez-en la raison aux épines qui nous lacèrent/ si nos mains sont rouges de froid/ demandez-en la raison à l’eau glacée qui nous brûle la peau /… c’est notre sort à nous, les misérables laveuses de laine/ où est celle qui oserait se plaindre ?”

En avance sur son temps, elle s’oppose à l’institution du mariage traditionnel, dénonce le machisme des hommes, l’aliénation des pouvoirs locaux à la merci de la présence française, les injustices et inégalités sociales.

Lucide sur les rapports de force elle dit : “C’est toujours ainsi en ce bas-monde/ en haut, la fortune et la force/ en bas le faible et le déshérité/ et la femme qui est toujours sans défense.”

Réfractaire à se marier avec un villageois, c’est en vers qu’elle tance ses prétendants : “Qu’as-tu donc à m’offrir contre ma liberté ?/des jours sans viande, sans sucre et sans chansons/ la sueur et la crasse des besognes pénibles/ le fumier de l’étable et l’affreuse fumée de la cuisine obscure ?/Moi je suis une fleur au parfum enivrant/ qui reçoit à son gré, la fraîcheur de la rosée et la caresse du soleil.”

Elle qui a tant chanté l’amour et ses tribulations, son amertume et ses violences, cache en secret un idéal de vie qui lui fait mépriser les hommes qu’elle côtoie : “Je les hais tous ces rustres, je les hais/  j’aurais voulu  un seul homme, un  seul qui m’aime et me respecte/  qui sente bon le savon et la lavande/ un mari qui m’aurait assuré le pain, les vêtements/ un foyer chaud avec de l’amour et des rires d’enfants…”

Cet homme entrera dans la vie de Mririda un jour de 1927. René Euloge, instituteur français à Demnate, est envoyé dans la vallée de la Tassaout pour des raisons semble-t-il d’études ethnographiques. Il a l’avantage de parler la langue du pays, le tachelhit. Alors qu’il se trouvait au souk d’Azilal avec un ami goumier, celui-ci lui promet “une rencontre mémorable” et l’emmène prendre le thé chez Mririda.

René Euloge est envoûté d’emblée par la belle courtisane, et fasciné par la personnalité et l’esprit de la jeune femme. Ainsi commencera entre eux une belle histoire d’amour. René Euloge va sauver Mririda de sa condition d’hétaïre, l’installer chez lui et la protéger du besoin et de toute agression extérieure.

Égérie et muse

Il manquait à Mririda une trace écrite de l’oralité de ses poèmes. René Euloge, ayant trouvé “son égérie et sa muse” comme il l’appelait, va combler cette lacune et l’empêcher de tomber dans l’oubli. Admiratif de la beauté et de la sensualité de la poésie de Mririda autant que par sa nature révoltée et impulsive, il recueillera au quotidien et transcrira en tachelhit toutes ses improvisations. Pour l’immortaliser également, il prendra de la jeune femme les seules photos qui soient parvenues jusqu’à nous.

L’idylle de près de 10 ans est brutalement interrompue par le rappel de René Euloge dans une France frappée par la 2ème Guerre mondiale. Là-bas, il va traduire en français les 120 poèmes de Mririda et les publier dans un ouvrage intitulé “Les Chants de la Tassaout”.

À la fin de la guerre, René Euloge retourne au Maroc pour retrouver Mririda et lui montrer l’ouvrage mais ne trouve sa trace nulle part.

Consterné et désespéré, il va sillonner longtemps les montagnes et les vallées de tout le Haut Atlas, en vain. La jeune femme a mystérieusement disparu et sa famille oppose un mutisme total.

René Euloge parcourra inlassablement le Maroc, cherchant Mririda dans les campements et les quartiers réservés, notamment celui bien connu de Casablanca mais toujours sans succès.

Toutes les hypothèses sur cette mystérieuse disparition qui ressemble à un effacement ou à une liquidation sont possibles. Se pourrait-il que juste après le départ en France de son protecteur, Mririda ait été assassinée par sa famille dans un crime de sang pour laver leur honneur ? Châtiée par un patriote comme traîtresse vendue à un français ? L’acte vengeur d’un amant éconduit ? Comment est-elle morte et où repose son corps ?

Une omerta plane toujours sur ce mystère qui fait de Mririda une légende.

Le grand public la découvre dans le film “Femme écrite” que le cinéaste marocain Lahcen Zinoun a consacré en 2012 à la rebelle qui a porté haut le verbe poétique amazigh et l’a payé de sa vie.

Dans la vallée, la rivière Tassaout qu’elle a tant aimée continue de chanter inlassablement sur ses galets, Mririda…Mririda… la taneddamt…

L’article Mririda N’aït Attik : la poétesse rebelle amazighe est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Roxalane, le joyau de de Topkapi https://femmesdumaroc.com/archives/roxalane-le-joyau-de-de-topkapi Wed, 11 Mar 2020 09:19:21 +0000 http://femmesdumaroc.com/?p=58454 C’est le destin hors du commun de Roxelane, simple esclave de harem devenue Hürrem Sultan, le grand amour et l’épouse de Soliman le Magnifique. La somptueuse série télévisée turque “Hareem Soltane” a révélé son histoire et le monde a succombé au charme ravageur de cette femme de pouvoir, intrigante et séductrice.

L’article Roxalane, le joyau de de Topkapi est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Fille de Hawrylo Lisowski, un pope orthodoxe, Aleksandra Anastazja Lisowska serait née vers 1505 à Rohatyn, en Ukraine. L’Occident la connaît sous le nom de Roxelane. Capturée par les Tatars de Crimée, la jeune fille est emmenée comme esclave à Kaffa puis vendue à Constantinople au marché de Galata.

En 1520, Soliman devient sultan et la coutume veut que l’on offre au nouveau monarque les plus belles esclaves pour son harem.

À peine adolescente, surnommée “La Rieuse” pour son caractère enjoué, Roxelane attire tous les regards. Rayonnante de beauté, de charme et de sensualité, elle serait la prétendante idéale pour Soliman.

C’est ainsi que Roxelane, âgée tout au plus de quinze ans, entre dans le sérail impérial du Vieux Palais ottoman.

Dans le harem, les esclaves et concubines d’origines diverses sont gardées par des eunuques noirs et dirigées par des gouvernantes. Elles y apprennent non seulement l’art de la séduction et des pratiques sexuelles, mais y reçoivent ausi une éducation raffinée.

Au sommet de la hiérarchie du harem, règne la sultane “Validé” (Al Walida), la toute puissante mère du sultan. C’est elle qui fait et défait le sort de chacune de ces femmes. Roxelane a la chance de lui plaire pour ses attraits et ses qualités.

Pour être distinguée par le sultan et avoir la faveur de passer la nuit avec lui, les filles, parées de leurs plus beaux atours, attendent en rang la visite du sultan. Il arrive, les passe en revue et jette son mouchoir au pied de l’élue.

Peu après son arrivée au sérail, Roxelane est remarquée lors de ce rituel par Soliman. Il tombe fou amoureux d’elle et la belle rousse passera désormais toutes les nuits avec lui. Il la rebaptise, Hürrem, (la souriante). Il ne peut plus se passer d’elle, il est subjugué, envoûté et les mauvaises langues parlent de sorcellerie. Il la couvre de bijoux et de poèmes, l’appelant “mon trésor et mon joyau, mon clair de lune et ma lumière, ma rose et mon printemps éternel, mon ornement et mon diadème, reine de toutes les beautés, mon unique amour.”

Le statut de “hasseki”, favorite du sultan bouleverse l’ordre établi du harem et suscite haines et jalousies. Rusée, Roxelane déjoue les complots contre elle en achetant à prix d’or sa sécurité et ses alliances pour se protéger de ses ennemis et les éliminer un par un. En grande stratège qui vise le pouvoir et la victoire, elle va utiliser les gens comme des pions sur un échiquier.

Femme de pouvoir-née

En premier lieu, Mahidevran, la concubine délaissée depuis l’arrivée de Roxelane et avec laquelle le sultan Soliman a un fils Mustapha, en principe l’héritier du trône. Roxelane intrigue jusqu’à la faire accuser de violences physiques envers elle. Furieux, le sultan ordonne l’exil de Mahidvran et de leur fils Mustapha.

Pour Roxelane, c’est une victoire qui va l’imposer comme la reine du harem, une Kadine. Soliman l’affranchit, faisant ainsi d’elle une femme libre.

Pour l’avoir désormais près de lui, il la fait déménager du Vieux Palais situé en ville et l’installe à Topkapi dans de somptueux appartements.

Femme de pouvoir-née, elle exerce une grande influence sur le sultan dont elle est la conseillère tout en menant sa propre politique en secret.

Après avoir écarté Mahidvra, elle vise Pargali Ibrahim Pacha, ami d’enfance et compagnon de route de Soliman. Cet ancien esclave, grec par son père et italien par sa mère, a gravi les échelons jusqu’à devenir Grand Vizir et époux de la sœur de Soliman, la princesse Hatice Sultan. En répandant des calomnies sur son compte, insinuant qu’il serait resté chrétien, Hürrem obtient sa disgrâce pour hérésie, son exécution et la confiscation de tous ses biens.

Hürrem brise les codes féminins

Poursuivant sa stratégie, Roxelane se convertit à l’Islam et part en pèlerinage à la Mecque. À son retour, elle se refuse à Soliman, arguant que c’est un péché pour une femme musulmane libre d’avoir des rapports physiques avec un homme hors mariage. Elle lui pose cet ultimatum : soit il l’épouse soit il la perd. Trop épris, Soliman le Magnifique décide de faire de sa favorite son épouse légitime, rompant de ce fait avec la tradition ottomane. Le plan de Roxelane a parfaitement réussi.

De ce mariage, naîtront cinq enfants : quatre garçons (dont le futur monarque Sélim II) et une fille. Elle la mariera le moment venu à un ancien chrétien devenu dignitaire du Palais, Rostem Pacha, et fera de lui le Premier ministre.

Au sommet de sa puissance, Hürrem brise les codes féminins : elle sort librement en ville, s’informe des besoins de la population, correspond avec les gouvernants de l’empire ottoman et les dirigeants du monde, reçoit les ambassadeurs étrangers, et des artistes et intellectuels influents.

En plus de la politique et des intrigues où elle excelle, Hürrem va se révéler bâtisseuse d’ouvrages monumentaux et désigne pour cela Sinan comme architecte officiel de l’empire ottoman. Elle fait construire des quartiers comme

Aksaray Avret Pazari, une mosquée, une médersa, des fontaines et deux magnifiques bains publics “Hasseki Hürrem Sultan Hamami”.

Elle s’engage aussi dans des œuvres caritatives et fait édifier un hôpital pour femmes, un hospice, un refuge pour les sans-abris et un orphelinat. Forte de son ascendant sur Soliman, elle fait fermer les marchés aux esclaves.

Il reste à la sultane à éliminer l’héritier du trône, Mustapha. Elle parvient à convaincre Soliman que son fils s’est allié aux Perses dans le but de le tuer et lui succéder. Aveuglé par la colère, Soliman convoque Mustapha et assiste à son assassinat en pleurant.

S’en suivront d’autres meurtres politiques, sorte de “Game of Thrones” pour assurer la succession à Sélim II un des fils de Hürrem et de Soliman.  Il sera surnommé “L’ivrogne”.

Ensorcelante Roxelane

Hürrem meurt d’une pleurésie le 18 avril 1558, à près de 60 ans. Dévasté par le chagrin, Soliman est inconsolable.

Il s’éteindra à son tour, malade et affaibli, le 7 septembre 1566, à 71 ans, à Szigetvar en Hongrie. Rapatrié à Istanbul, son corps repose dans un mausolée près de sa mosquée Sülaymaniya, non loin de la tombe de Hürrem Sultan, son épouse bien-aimée.

L’amour qui unissait Hürrem à Soliman le Magnifique a inspiré nombre de créations littéraires et artistiques : des romans, des tableaux de peinture, des ballets, des pièces de théâtre, des œuvres musicales comme la Symphonie n° 63 de Joseph Haydn ou l’opéra de Denys Sichynsky. En 2017, les musulmans de Mariupol, une ville d’Ukraine, ont érigé une mosquée à sa mémoire.

C’est le cinéma qui révèlera Roxelane avec la somptueuse série télévisée devenue culte et planétaire “Hareem Soltane”, que l’Occident a intitulée “Le Siècle magnifique”.

Diffusée de 2011 à 2014 dans 50 pays, la série turque devient virale et conquiert le monde, offrant une extraordinaire publicité pour la Turquie.

Le réalisateur turc, Meral Okay, réunit un casting de rêve avec les meilleurs acteurs du pays et, en couple vedette, la flamboyante Meryem Uzerli dans le rôle de Roxelane Hürrem et le séduisant Halit Ergenç en Soliman le Magnifique.

Intrigues, passions et complots, décors, costumes et parures dignes des Mille et une nuits, rien n’est trop beau pour faire fantasmer et tenir en haleine les téléspectateurs de toutes nationalités et cultures.

La magie du conte en images a opéré et gravé dans toutes les mémoires le nom et l’histoire de l’ensorcelante Roxelane, simple esclave du harem ottoman du 16ème siècle, devenue la puissante Hürrem, épouse de sultan et mère de sultan.

En lettres d’or, de sang et de feu, elle aura écrit chaque jour un chapitre de son fabuleux destin dans le grand livre des femmes de légende.

L’article Roxalane, le joyau de de Topkapi est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Tseu Hi, dernière impératrice de Chine https://femmesdumaroc.com/archives/tseu-hi-derniere-imperatrice-de-chine Mon, 13 Jan 2020 15:12:19 +0000 http://femmesdumaroc.com/?p=57279 C’est l’extraordinaire ascension d’une concubine, belle, cultivée et puissante intrigante qui va devenir Impératrice de la Chine du 19ème siècle. Surnommée “Le Dragon”, Tseu Hi règnera d’une main de fer sur “L’Empire céleste” dans le tumulte et le sang durant près de cinquante ans. La Révolution de Mao mettra fin à la dynastie Qing et à la Chine traditionnelle.

L’article Tseu Hi, dernière impératrice de Chine est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
La future Cixi ou Tseu Hi se nomme Yehonala quand elle naît à Pékin le 29 novembre 1835 dans une noble famille mandchoue. Orpheline dès l’enfance, elle est éduquée par son oncle. Très belle et intelligente, elle devient cultivée, sachant lire et surtout écrire, fait rare pour cette époque en Chine où les filles étaient juste bonnes à marier. Elle connaît les classiques fondamentaux en littérature et en politique et excelle dans l’art de la calligraphie.

Yehonala était destinée à épouser le capitaine des Gardes de l’Empereur, Jung Lu, à l’âge de dix-sept ans mais le destin en décida autrement. En 1852, l’empereur Xianfeng monte sur le trône à la mort de son père et se met en quête d’une épouse et de concubines parmi les jeunes filles de la noblesse mandchoue.

Soixante jeunes filles vont pénétrer quelques jours plus tard dans la salle du Trône du Dragon, à l’intérieur de la Cité Interdite de Pékin et, parmi elles, figure Yehonala. Alignées les unes derrière les autres, les jeunes filles devaient avancer à l’appel de leur nom vers le trône avec interdiction absolue de lever les yeux vers l’empereur.

Le soir, le verdict tombe : c’est Sakota, cousine de Yehonala qui  est choisie comme épouse de l’empereur sous le nom de Ci’an , alors qu’elle-même n’était prise que comme cinquième concubine.

L’ascension vers le sommet du pouvoir

Orgueilleuse et ambitieuse, Yehonala  refuse son sort et met en marche son ascension vers le sommet du pouvoir. Au même moment, un enfant des rues, Li Lin Ying, rêve à chaque fois devant la magnificence du cortège du Grand Eunuque de la Cour impériale. Prêt à tous les sacrifices pour changer son sort misérable, il se fait castrer afin de se faire engager comme eunuque dans la Cité Interdite. Leur rencontre va sceller une alliance à vie.

Li enseigne à la jeune femme les arts du corps et de la séduction. Elle lui inculque la culture et les belles manières. Tous deux ambitieux, ils vont former un duo pervers, rusé et puissant qui accèdera au pouvoir au prix de compromissions, de complots et de massacres.

Voyant que l’empereur consacre tout son temps à son épouse Ci’an, l’eunuque Li va lui vanter en aparté les charmes irrésistibles de sa concubine oubliée, Yehonala. Intéressé et intrigué, l’empereur la fait demander la nuit suivante. Si la belle est fort déçue de découvrir un jeune souverain chétif, malingre et ravagé par l’opium, elle n’en laisse rien paraître et déploie tous ses charmes et les subtilités d’une sexualité savante et raffinée.

Très vite, la faveur de Yeonola est éclatante : la courtisane devient indispensable à l’empereur qui délaisse alors épouse et autres concubines. L’orgueil de la jeune femme est au sommet quand elle tombe enceinte et donne le jour le 27 avril 1856 à un garçon, Zaichun, le futur empereur Tongzhi, alors que l’épouse Ci’an  n’a enfanté qu’une fille, naissance sans valeur dans la Chine de l’époque.

Juste après cet accouchement qui fait d’elle la mère du seul héritier du trône de Chine, Yehonala est nommée Impératrice du Palais d’Occident et prend le nom de Tseu Hi (Cixi en chinois).

Forte de son statut d’épouse officielle, Tseu Hi entreprend de compléter ses connaissances, notamment dans les stratégies du pouvoir. La jeune femme devient la conseillère de l’empereur dans la gestion des affaires de l’Empire et se mêle de politique et de gouvernance, d’autant que la Chine est objet de convoitises de la part des Occidentaux et victime de leurs nombreux assauts.

En 1860, pendant la Seconde guerre de l’opium, Français et Anglais attaquent Pékin, obligeant la cour à fuir un temps à Rehe en Mandchourie.

L’empereur Xianfeng sombre dans la dépression, l’alcool et l’opium. Il meurt presque fou le 22 août 1861. Aidé du fidèle Li, promu Chef des Ennuques, Tseu Hi s’empare du Grand Sceau Impérial et fait introniser son fils Zaichun, âgé de six ans, comme Empereur de Chine sous le nom de Tongzhi.

L’Impératrice Dragon

Tseu Hi devient impératrice douairière, et s’arrange pour détenir seule les pleins pouvoirs de la régence. Même quand son fils atteint la majorité, c’est elle qui règne dans l’ombre. Empereur incompétent, Tongzhi tombe malade en 1874 et meurt, officiellement de la syphilis.

Tseu Hi intrigue alors pour que soit désigné comme héritier du trône, le fils d’un de ses frères, un enfant de trois ans, dont elle fera l’empereur Guangxu, tout en gardant pour elle seule tout le pouvoir.

En 1898, devant l’affaiblissement de la Chine face au grondement du peuple et aux assauts occidentaux, le jeune empereur prend peur et lance seul la Réforme des Cent Jours, un mouvement de mesures sociales. Pour contrer cette tentative d’émancipation de son neveu, Tseu Hi, organise un coup d’État. Elle fait exécuter tous les conseillers de l’empereur, le décrète incapable de gouverner et le fait enfermer dans son palais. Cruelle et sanguinaire, elle n’hésite pas à faire assassiner ou jeter dans un puits, des gens de la cour impériale, parfois pour des raisons insignifiantes. Ses colères sont soudaines et terrifiantes. En secret, on l’appelle “L’Impératrice Dragon”.

En tant que femme, la belle Tseu Hi adore la mode de l’époque, arbore un maquillage pâle sur une peau de porcelaine et se laisse pousser les ongles jusqu’à ce qu’ils se recourbent comme des serres et deviennent des armes pour griffer ses servantes. Mesurant à peine un mètre cinquante mais bien faite, elle possède un charisme et une aura qui suscitent crainte et respect.

Elle  aime le luxe et organise des banquets somptueux, mange avec des baguettes en or et boit dans des coupes de jade. Insensible à la pauvreté de ses quatre cents millions de sujets, Tseu Hi mène le pays à la ruine.

En secret, elle vit une liaison passionnée avec son ancien fiancé le capitaine Jung Lu qu’elle hissera au rang de Grand Conseiller. Quand elle apprend qu’il la trompe avec une concubine du palais, elle exile son amant et fait jeter sa rivale au fond d’un puits.

Fine stratège MAIS sanguinaire

En 1900, elle lance la Chine contre les occidentaux en s’alliant au chef d’une secte fanatique, “Les Boxers”, qu’elle incite à  “massacrer tous les chiens étrangers, à manger leur chair et à s’asseoir sur leur peau.” Réfugiés dans le quartier des Légations, les ambassadeurs étrangers subissent un siège terrible dont Nicolas Ray fera un film “Les 55 jours de Pékin”. Les soldats de l’Alliance de huit nations occidentales délivrent les diplomates assiégés. Tseu Hi fuit à Xi’an, déguisée en paysanne.

Quand en 1901, un traité de paix est signé, elle revient à Pékin. Fine stratège, elle invite à une cérémonie de thé les épouses des ambassadeurs et offre à chacune une bague ornée de perles. 

Ayant pris conscience que les paysans mouraient de faim, mangeant de l’herbe et des racines, elle s’emploie à ramener au pays une certaine prospérité dans l’agriculture et le commerce.

En 1908, l’empereur Guangxu meurt empoisonné à l’arsenic, probablement sur ordre de Tseu Hi. Elle-même meurt le lendemain, d’une maladie subite du foie, mais on parle d’empoisonnement. À 73 ans, l’Impératrice laisse la Chine dans le chaos. La veille, elle avait désigné pour successeur, le petit-fils de son ancien amant, un enfant de deux ans, Puyi  dont Bertolucci portera à l’écran la vie tragique dans “Le dernier empereur”.

En effet, balayée par la révolution de Mao, la dynastie de Qing s’éteint avec Puyi qui sera détrôné, humilié et emprisonné avant de finir comme jardinier.

Dans la Cité Interdite, un fantôme continue de hanter les couloirs et les jardins du Palais, Yehonala, concubine ensorceleuse devenue Tseu Hi, la dernière impératrice de la Chine Céleste.

L’article Tseu Hi, dernière impératrice de Chine est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Marguerite Yourcenar, première académicienne française https://femmesdumaroc.com/archives/marguerite-yourcenar-premiere-academicienne-francaise Mon, 09 Dec 2019 16:42:42 +0000 http://femmesdumaroc.com/?p=56757 Cette immense écrivaine au style influencée par la culture gréco-romaine a marqué le 20ème siècle avec des romans majeurs comme “Mémoires d’Hadrien” ou “L’œuvre au noir”. Elle est entrée dans l’Histoire en 1980 comme la première femme élue à l’Académie française, provoquant un séisme dans l’univers très misogyne des Immortels.

L’article Marguerite Yourcenar, première académicienne française est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour est née le 8 juin 1903 à Bruxelles, d’un père français, Michel de Crayencour, et d’une mère belge, Fernande de Cartier de Marchienne. La famille, très bourgeoise, possède des propriétés et un château.

Orpheline de mère à sa naissance, Marguerite est élevée par sa grand-mère et par son père, homme fantasque et joueur, latiniste amateur de livres et d’antiquités. Auprès de lui, elle connaît une enfance placée sous le signe du cosmopolitisme et des voyages. Elle reçoit une formation très classique où domine l’étude du grec et du latin, ce qui influencera fortement son œuvre d’écrivaine, toute empreinte d’une Antiquité érigée en modèle de langue et de pensée. “Presque tout ce que les hommes ont fait de mieux a été dit en grec”, affirme-t-elle.

Michel de Crayencour s’installe avec sa fille à Paris. Marguerite y poursuit des études brillantes et s’instruit aussi grâce aux visites des musées, aux représentations de théâtre classique et à de longues lectures.

Marguerite commence à écrire à vingt ans et publie un essai “Denier du rêve”. Par jeu et avec l’aide de son père, elle choisit “Yourcenar”, anagramme de Crayencour, comme nom d’écriture dont elle se servira toute sa vie d’auteur.

En 1929, Marguerite Yourcenar publie son premier roman “Alexis ou le traité du vain combat” qui sera loué par les meilleurs critiques, puis “Feux” suivi de plusieurs essais, dont “Les songes et les sorts”, “Mishima ou la vision du vide” ou “Le Temps ce grand sculpteur”. Elle effectue de nombreuses traductions d’œuvres littéraires comme celles du grand poète grec Constantin Cavafy ou des romans en anglais de Virginia Wolf.

Une sexualité ambivalente

Témoin des événements qui secouent l’Europe d’avant-guerre, Marguerite Yourcenar parcourt les pays, noue des contacts avec les intellectuels exilés, amasse une foule de réflexions sur l’histoire contemporaine, observe les théoriciens du fascisme et de l’anarchie, remonte aux philosophes et poètes du siècle passé et s’engage même dans des traductions de textes de l’Inde et de l’Extrême-Orient.

De la vie sentimentale de Marguerite Yourcenar, on pourrait dire que c’est “un nomadisme du cœur et de l’esprit”. Dotée d’une grande sensualité et d’une sexualité ambivalente, l’écrivaine est attirée par les femmes mais se consume par ailleurs d’un amour impossible pendant des années pour André Fraigneau, des éditions Grasset.

C’est en 1937, à trente-quatre ans, qu’elle fait une rencontre décisive. Grace Frick, universitaire américaine de son âge deviendra la femme de sa vie, son amie, son amour, sa collaboratrice et traductrice durant quarante-deux ans et bien au-delà de la mort. De l’amour, l’écrivaine disait : “L’amour est un châtiment. Nous sommes punis de n’avoir pas pu rester seuls.”

Un bourreau du travail

Quand la guerre éclate en 1939, Marguerite Yourcenar part aux États-Unis rejoindre Grace Frick. Elle s’installe sur l’île des Monts Déserts et obtient la nationalité américaine.

Intellectuelle surdouée et infatigable, elle est un bourreau du travail à la personnalité si forte qu’on la qualifie de virile.

Marguerite Yourcenar consacre sa vie entière à l’écriture et publie un nombre impressionnant d’ouvrages : romans, nouvelles, essais, poèmes, critiques littéraires, traductions, ainsi que ses mémoires en trois volumes. Une œuvre colossale à la griffe hors du commun qui fera d’elle une figure emblématique de la littérature française à travers le monde.

Ses romans retracent, avec une belle magnificence maîtrisée, la vie de personnages réels ou fictifs, toujours reconstruite à partir d’un travail d’archiviste rigoureux et précis.

Une écrivaine hors du commun

Deux de ses ouvrages sont devenus cultes et ont marqué à jamais l’univers de la littéraire universelle : Mémoires d’Hadrien (1951) et L’œuvre au noir (1968). Ils se lisent comme de grands classiques, un exemple de perfection inégalée où l’écrivaine donne à sa passion pour le monde gréco-romaine ses plus beaux titres de noblesse.

Mémoires d’Hadrien se présente comme une lettre adressée par l’empereur Hadrien à Marc Aurèle, futur empereur et grand philosophe. Au seuil de la mort, en proie au doute comme chaque mortel, il fait le bilan de sa vie, en même temps que son examen de conscience. Une longue méditation sur le pouvoir et sur la gloire, mais aussi sur le monde des hommes simples, auquel, malgré sa condition d’empereur, il reste attaché. Dans une langue inimitable, c’est une confession ultime d’un être à l’esprit curieux de sciences et de philosophie, qui, aux portes de la mort, révèle ses rêves, ses réflexions, ses passions et ses souffrances.

À l’inverse d’Hadrien, le personnage de L’œuvre au noir est purement fictif. Dans ce roman, Marguerite Yourcenar nous emmène sur les pas de Zénon, homme érudit de la Renaissance, à la fois clerc, philosophe, médecin et surtout alchimiste. Le roman embrasse cinquante ans de sa vie, de Bruges où il naît jusqu’à Bruges où Zénon “de plus en plus hanté par une vision d’absolu”, revient mourir en une boucle savante qui caractérise le conflit entre le matérialisme et le panthéisme des alchimistes. Une aventure profondément humaine car Zénon sait que pour atteindre l’idéal qu’il poursuit, il doit passer par la dissolution des formes et du moi, que l’on appelle “œuvre au noir” en alchimie. Quant Zénon se suicide, c’est un homme serein qui meurt, convaincu que la mort est un commencement. “L’œuvre au noir” recevra le Prix Fémina.

Une immortelle

La reconnaissance de ses mérites exceptionnels d’écrivaine vaudra à Marguerite Yourcenar son entrée historique à l’Académie française.

Fondée en 1634 par le Cardinal de Richelieu sous le règne de Louis XIII, cette mythique institution, exclusivement masculine, se compose de 40 académiciens élus, appelés les Immortels et dont la fonction est la normalisation et le bon usage de la langue française. Portée par Jean d’Ormesson, la candidature de Marguerite Yourcenar provoque un tollé général parmi des misogynes qui la considèrent comme une intruse.

Malgré un carré d’irréductibles, l’écrivaine est élue le 6 mars 1980 comme la première femme dans l’Histoire à entrer à l’Académie française et à revêtir le fameux habit vert des Immortels. Détail amusant : dans ce monde masculin où il n’y avait jamais eu que des toilettes “Hommes”, on a dû en installer une pour elle, avec, sur la porte, “Madame Marguerite Yourcenar”.

Depuis cet événement historique, l’Académie française a ouvert ses portes à d’autres femmes illustres comme Jacqueline de Romilly, Hélène Carrère d’Encausse, Assia Djebar ou Simone Veil.

La force et la particularité de Marguerite Yourcenar est d’avoir été une femme d’aujourd’hui qui a su pénétrer le secret des siècles anciens, refermés sur eux-mêmes, pour en réveiller les destins singuliers, avec leurs passions, leurs amours et leur noblesse.

Ecrivaine hors du commun, elle s’est distinguée par une écriture dense, sans fioritures, sobre et épurée qui rappelle le style stoïcien grec.

Marguerite Yourcenar meurt couverte d’honneurs le 17 décembre 1987 à Bar Harbor, dans le Maine, (États-Unis).

Pour elle qui disait “Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin”, ce fut un coup de génie du sort qui fit de Marguerite Yourcenar une immense écrivaine et une icône devenue mythique car première femme entrée dans le monde très fermé des Immortels de l’Académie française.

L’article Marguerite Yourcenar, première académicienne française est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Samia Gamal, la légende de la danse orientale https://femmesdumaroc.com/archives/samia-gamal-la-legende-de-la-danse-orientale Fri, 18 Oct 2019 16:03:30 +0000 http://femmesdumaroc.com/?p=55714 Avec une grâce inimitable et un charme ensorceleur, un sourire ravageur et un corps sculptural, Samia Gamal a incarné l’art de la danse orientale dans ses beautés et ses sortilèges. Également actrice, elle a notamment tourné en 1954 à Taroudant, le film de Jacques Becker “Ali Baba et les 40 voleurs”.

L’article Samia Gamal, la légende de la danse orientale est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
De son vrai nom Zaynab Ibrahim Mahfoud, Samia Gamal naît le 22 février 1924, dans le village de Wana, en Haute Egypte. Son père, ouvrier aux champs, abandonne sa première femme pour épouser une jeune et jolie brune. De ce mariage naîtra Zaynab. Son père ne travaillant que de façon irrégulière, la petite fille va connaître la misère. À 7 ans, elle sera aussi privée d’amour quand sa mère décède. Le père retourne à sa première femme dont Zaynab subira la cruauté et la maltraitance.
À 14 ans, elle refuse le mariage que veut lui imposer sa belle-mère avec le chef du village, un homme fortuné mais âgé. Zaynab arrive à se procurer son extrait d’acte de naissance et le présente comme preuve de son jeune âge aux autorités. Le mariage n’aura pas lieu, mais par vengeance, la belle-mère redoublera de méchanceté envers l’adolescente.
Quand le père meurt, Zaynab à 15 ans. Elle fuit avec sa demi-sœur au Caire où elles s’installent près du bazar Khan-al-Khalili qui regorge de trésors. Zaynab est attirée par les articles de danse orientale.

Zaynab se métamorphose en Samia
Pour survivre, elle travaille chez une couturière. Zaynab découvre la musique à la radio et danse toute seule. Une voisine remarque son art de bouger et lui propose de devenir danseuse. Elle l’emmène au cinéma, une révélation pour la jeune campagnarde. Dans ce film “La reine des théâtres”, elle tombe en admiration devant la célèbre Badia Masabni, fondatrice syro-libanaise de la danse orientale moderne et grande organisatrice de spectacles ; connue également pour avoir lancé la carrière de nombreuses stars comme Farid al-Atrach, Mohammed Fawzi, Ismaël Yassine, la danseuse Tahiya Carioca et bien d’autres encore. Zaynab rêve d’être elle aussi un jour sous les feux des projecteurs.
Par chance, Zaynab est présentée à Badia Masabni qui l’accepte au sein de sa compagnie “Casino Badia” et lui donne comme nom d’artiste : Samia Gamal, jugeant que “Zaynab” faisait “vendeuse de pop-corn”. Cette rencontre va bouleverser sa vie.
Sous la direction de Badia Masabni, Samia travaille avec passion et cherche son style. Dans la troupe, c’est la grande Tahia Carioca qui tient le rôle-vedette, alors que Samia fait partie des danseuses chargées de la mettre en valeur. Tahia “Carioca”, surnommée ainsi car elle excellait dans la danse brésilienne, pouvait danser dans un mouchoir de poche à l’inverse de Samia qui aura besoin d’espace plus tard pour ses éblouissantes chorégraphies.

Une féminité à fleur de peau
L’occasion est donnée un jour à Samia Gamal de danser en solo mais, tétanisée et incapable de bouger, elle doit abandonner la scène sous les huées du public.
Dans une interview, où elle évoque ses débuts, elle avouera qu’à cette époque, elle ne distinguait pas sa gauche de sa droite.
Cet échec pousse Samia Gamal à devoir se perfectionner. Elle disparaît deux mois pour prendre des cours de ballet auprès d’Isaac Dickson qu’elle paiera avec ses maigres revenus. La danse classique va lui permettre la bonne maîtrise de son corps et de ses gestes. Elle acquiert légèreté et souplesse. Elle achète de vieux disques chez un marchand ambulant et, à la maison, s’entraîne sans cesse devant le miroir. Douée et créative, Samia apprend ainsi à interpréter différents styles de danses, comme la danse pharaonique, orientale, indienne, et toutes les danses modernes occidentales.
Quand elle se sent prête, elle se présente au Casino Masabni pour monter sur scène en solo. À force de recherche artistique, Samia a développé un style original, libre et expressif. Elle a enrichi l’art oriental en lui intégrant des mouvements de danse classique et latine. Conseillée par Ivana, sa professeure de ballet, Samia innove en dansant avec un voile, ce qui ajoute de la magie et du fantasme. On sent chez elle le bonheur de danser, tout son corps est habité par la musique, ondulant comme une liane, avec un déhanché lascif, une sensualité raffinée, une élégance innée. Une féminité à fleur de peau. Et ce sourire irrésistible qui fait son identité et ravit les cœurs.
Cette fois, c’est un triomphe absolu : le public est séduit, conquis par le style, la grâce et le charme de Samia dont la carrière est ainsi lancée comme grande danseuse professionnelle.

“Danseuse orientale nationale”
À seulement vingt ans, elle devient la vedette du spectacle et son salaire ne cesse d’augmenter jusqu’à faire d’elle la danseuse la mieux payée d’Egypte. Très demandée, elle va se produire dans les meilleurs clubs et cabarets du pays.
Le roi Farouk d’Egypte la consacre même “Danseuse orientale nationale”.
Le cinéma s’intéresse à elle, d’abord comme figurante dans deux films en 1939, avant de faire l’autre grande rencontre de sa vie avec Farid Al Atrach. Adolescente, elle était très fan du célèbre chanteur sans l’avoir jamais vu. Un jour, au Casino, Samia regarde un magazine, où un homme est en couverture et elle demande: “Qui est ce monsieur ?”. Derrière elle, une voix répond “C’est moi, Farid Al-Atrach !”. Samia se retourne, voit son idole et s’évanouit.
C’est le début d’une belle histoire d’amour. À la vie comme à l’écran, ils deviennent inséparables, un couple mythique qui affichera sa passion au grand jour. Farid Al-Atrach lui propose un rôle à ses côtés dans “Intissar acchabab” (Victoire de la jeunesse) en 1941, puis le duo enchaîne les films, surtout des comédies musicales comme “Ahebbak inta” (C’est toi que j’aime) de Ahmed Badrakhane, “Mat oulchi lhad” (Ne le dis à personne), “Habib al omr” (L’amour de ma vie), le pétillant “Afrita hanem” (Madame la diablesse) de Henry Barakat, et l’opérette culte “Bissat errih” (Le tapis volant). Quand elle danse, Samia crève l’écran et subjugue le spectateur.
En 1951, Samia Gamal rompt avec Farid Al Atrach qui refuse de se marier avec elle, car il est convaincu que “le mariage tue l’art”.

Des danses glamour
Au cours d’un voyage, elle rencontre le milliardaire texan Sheppard King. Ils se marient et vont vivre à Houston. Pour elle, il se convertit à l’Islam et devient son manager pour une tournée dans les meilleurs théâtres des États-Unis. Samia gagne des fortunes mais quand elle se rend compte que son mari lui vole tous ses revenus, elle divorce et rentre en Egypte en 1953.
Samia ramène avec elle un nouveau style de danse inspiré de l’art chorégraphique américain dont elle fera des arabesques orientales. Elle ajoute du glamour en dansant avec de talons hauts.
Elle tourne dans une quarantaine de films avec les plus grands acteurs de l’époque comme Abdelwahab, Farid Chawqi, Anwar Wagdi.
Sollicitée par le cinéma international, Samia joue dans “La Vallée des rois” avec Robert Taylor, et au Maroc “Ali Baba et les 40 voleurs” de Jacques Becker avec Fernandel, dans la ville de Taroudant, en 1954.
Après une liaison avec un riche député, Abdel Fatouh, puis avec le jeune compositeur Baligh Hamdi, Samia Gamal va se stabiliser en se mariant en 1960 avec le grand acteur Roshdi Abada, le Don Juan du cinéma égyptien. Il lui donne le premier rôle féminin dans tous ses films. Au bout de dix-huit ans, Samia ne supporte plus les excès de son mari et le quitte en 1978.
Elle jouera et dansera encore dans quelques films avant de se retirer complètement au début des années 80.
Elle décède le 1er décembre 1994, d’un cancer, après un coma de six jours. Elle avait 72 ans.
Comme Marylin Monroe, Samia était femme-enfant, sexy et lumineuse, incomprise et vulnérable, avec ce splendide sourire qui cache les blessures de l’âme et les écorchures du cœur.
Surnommée “le papillon dansant”, Samia Gamal continue de virevolter dans nos mémoires éblouies, à jamais marquées par celle qui incarne la grande légende de la danse orientale.

L’article Samia Gamal, la légende de la danse orientale est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Eva Peron La madone argentine https://femmesdumaroc.com/archives/eva-peron-la-madone-argentine Fri, 26 Jul 2019 15:12:40 +0000 http://femmesdumaroc.com/?p=54385 C’est le destin hors du commun d’une enfant, née illégitime, qui va connaître la misère, les humiliations et les privations avant de devenir un jour la première dame d’Argentine, l’épouse du président Juan Peron et l’idole de tout un peuple. Soixante ans après sa mort, Eva Peron demeure une icône et un mythe au pays du tango.

L’article Eva Peron La madone argentine est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
“Je me marierai avec un prince ou un président”, disait la petite Maria Eva Duarte dans sa vie de misère au fond de la campagne argentine. Aujourd’hui, on parle de la “loi de l’attraction” qui permettrait de réaliser un rêve par le pouvoir et la puissance de la pensée.

C’est dans une pauvre ferme de Los Toldos, province de Buenos Aires, qu’Eva voit le jour le 7 mai 1919. Sa mère, Juana Ibarguren, travaille comme cuisinière chez un riche éleveur, Juan Duarte qui a déjà une famille légitime. Il lui fera un garçon et quatre filles, non inscrits à l’état civil, mais implicitement reconnus. Eva souffre de son statut de bâtarde et de la condition de sa mère traitée par tous de dévergondée. À l’école, elle révèle un don certain pour les matières artistiques et littéraires.

Quand Juan Duarte meurt dans un accident de voiture, la mère Juana et ses enfants se retrouvent démunis. La famille légitime leur interdit l’accès aux funérailles et les humilie publiquement. Eva a six ans et en sort marquée à jamais. Elle dira un jour dans un discours “Aujourd’hui, chaque injustice blesse mon cœur comme si on y enfonçait un clou, car dans ma vie, chaque âge m’a déchirée au plus profond de moi-même”. Obligée d’arrêter ses études, elle refuse de trouver refuge dans le mariage comme ses sœurs.

Une pauvre fille du peuple

À quinze ans, mue par sa passion du cinéma et son désir de devenir actrice, Eva part chercher du travail à Buenos Aires, car pour elle “à la campagne, il n’y a que des gens pauvres. J’imagine cette ville comme un paradis merveilleux où tout le monde est riche et heureux.”

Elle déchante très vite : sans argent, elle connaît le froid et la faim. À force de persévérance, elle décroche des petits rôles au théâtre et vivote ainsi plusieurs années. Remarquée pour son charisme, son don de la parole autant que pour sa beauté, Eva est engagée à la radio où son talent éclate en tant que présentatrice. Elle commence à connaître le succès et à vivre de son métier. Le programme de radio-théâtre en fait une vedette auprès du public.

Elle fonde le premier syndicat des employés de radio, l’ARA. Le cinéma la sollicite, elle tourne dans plusieurs films de la série “Les grandes femmes de l’Histoire” où elle joue Elisabeth 1ère d’Angleterre ou Sarah Bernhardt. Elle devient l’une des actrices les plus en vues et les mieux payées d’Argentine. Forte de sa popularité, Eva s’engage en 1943 dans le syndicalisme politique aux côtés des ouvriers.

La vie d’Eva bascule quand elle rencontre la colonel Juan Perón lors d’une vente de charité organisée afin de récolter des fonds pour les victimes du tremblement de terre qui a frappé la région de San Juan. Elle lui dit d’emblée : “Si comme vous l’affirmez, la cause du peuple est votre cause, alors je resterai à vos côtés jusqu’au bout de mes forces.” Plus que séduit, Juan est conquis. Ils se marient le 21 octobre 1945.

Adulée par le peuple, détestée par les riches

Quand Juan Perón se présente aux élections présidentielles dans une Argentine déchirée par la lutte des classes et la corruption, Eva s’engage à ses côtés. Ses racines humbles de fille du peuple font d’elle le meilleur lien entre son mari et les travailleurs, ceux qu’elle appelle affectueusement “los descaminados” (les sans-chemises), soutien politique fondamental à son mari.

À la radio, elle enchaîne les discours où elle rappelle ses origines modestes et exhorte les pauvres à se relever. Elle accompagne partout Juan Perón dans sa campagne électorale pour les présidentielles de 1946. Elle sait parler et capter la sympathie des foules. C’est la première fois dans l’histoire de l’Argentine qu’une femme participe à des meetings politiques.

Quand Juan Perón est élu Président de l’Argentine, Eva est une des figures les plus influentes de son pays et la plus populaire par ses multiples actions sociales en faveur des classes défavorisées.

Bien que riche et puissante, la première dame d’Argentine n’oublie pas ce qu’avait été sa vie de petite fille déshéritée et illégitime. Elle créé la Fondation Eva Perón, construit des hôpitaux, des écoles, des orphelinats, des maisons pour personnes âgées, des colonies de vacances, attribue des bourses d’études. Empathique et humaine, elle invite les pauvres à la visiter dans son bureau et à lui écrire. Elle reçoit des centaines de personnes par jour.

Dorénavant, on la surnomme affectueusement “Evita”. Chacun de ses discours est acclamé par des milliers de personnes. Adulée par le peuple des humbles, elle est détestée par les riches et les machistes dans un environnement dominé par les hommes et l’argent.

Cheffe Spirituelle de la Nation

Elle conquiert le cœur des Argentines en leur parlant d’égalité, de liberté et de dignité, car elle se bat pour les droits des femmes et des enfants qu’elle considère comme les piliers essentiels de toute société juste et émancipée.

Grâce à elle, naîtra une Argentine féministe, une révolution dans une société conservatrice. Elle arrache au gouvernement de son mari le droit de vote des femmes en 1947, et l’acceptation du principe d’égalité politique et civile.

Dans un discours à la radio, elle déclare : “Femmes de ma patrie, c’est le début d’un réveil joyeux d’aurores triomphales, un événement historique qui traduit la victoire de la femme sur les incompréhensions, les refus et les intérêts des castes aujourd’hui répudiées par notre réveil national.” Evita créé en 1949, le Parti péroniste féminin, premier parti politique féminin de l’Histoire de l’Argentine. Ainsi seront élues 23 députées et 6 sénatrices.

Le jour de ses 33 ans, elle est nommée “Jefa Espiritual de la Nacion” (Cheffe Spirituelle de la Nation). À l’étranger, elle est couverte de prix et de distinctions.

Au sommet de sa gloire, Evita est fauchée par un cancer de l’utérus foudroyant. Elle meurt en pleine jeunesse, à 33 ans, le 26 juillet 1952. L’Etat organise des funérailles nationales et décrète un deuil national de trente jours. Des millions d’argentins suivent le cortège funèbre. Tous veulent embrasser le cercueil de leur idole, il y a des évanouissements et même des morts. Le corps d’Evita va connaître une série d’aventures : embaumé et conservé dans les locaux du syndicat de la CGT, il est enlevé à la chute de Juan Perón, et envoyé en Italie où il est enseveli à Milan sous une fausse identité durant 16 ans, avant d’être rapatrié en 1976 où il repose au cimetière de la Recoleta de Buenos Aires.

Une vie fabuleuse et tragique

Malgré sa courte vie, Evita Perón laisse en héritage une œuvre sociale considérable, sans oublier la féminisation de la politique en Argentine et la lutte pour les droits des femmes. Evita a tenu à léguer au peuple tous ses biens personnels, en témoignage d’amour. Elle qui n’avait jamais eu d’enfants disait que ses vrais enfants étaient les gens du peuple.

Elle raconte ses mémoires dans deux ouvrages “La razon de mi vida” (La raison de ma vie) et “Mi mensaje” (Mon message).

La vie fabuleuse et tragique d’Eva Peron a inspiré toutes les formes d’art chez les créateurs argentins et dans le monde. Le cinéma notamment, avec le célèbre film musical “Evita” d’Alan Parker où Madonna livre une interprétation inoubliable et une chanson devenue culte “Don’t cry for me Argentina”.

De nombreuses statues, effigies et images d’Evita parsèment encore à aujourd’hui Buenos Aires. On ne compte ni les écoles et institutions, ni les infrastructures publiques ou privées qui portent son nom et perpétuent la mémoire de celle qui fut le symbole absolu, l’icône de tout un peuple qui l’a élevée au rang de madone et de sainte. 

L’article Eva Peron La madone argentine est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
Cléopâtre la divine pharaonne https://femmesdumaroc.com/archives/cleopatre-la-divine-pharaonne Fri, 17 May 2019 14:30:17 +0000 http://femmesdumaroc.com/?p=52395 Elle est l’incarnation de la femme de pouvoir, séductrice, fatale et conquérante. Reine visionnaire et dirigeante de génie, elle assure la stabilité et l’indépendance de l’Egypte en mettant à ses pieds les deux hommes les plus puissants de Rome : Jules César et Marc-Antoine. Le cinéma lui a donné le visage d’Elizabeth Taylor.

L’article Cléopâtre la divine pharaonne est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>
“Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, la face de la terre aurait été changée” écrivait Pascal dans ses “Pensées”. Une simple boutade pour saluer le mythe de l’incomparable pharaonne. Cléopâtre VII, fille du pharaon Ptolémée XII naît en 68/69 avant J.C.  à Alexandrie. La dynastie lagide des Ptolémée, gréco-macédonienne, descend d’Alexandre le Grand.

Alexandrie est alors la capitale intellectuelle et culturelle du monde, centre du savoir de l’Antiquité avec sa prestigieuse Bibliothèque qui accueille les plus grands savants et penseurs de l’époque. C’est là que la jeune Cléopâtre est formée aux sciences et aux arts. Elle se révèle surdouée et avide de connaissance. Pour elle “savoir, c’est pouvoir”. Fine lettrée, poète, elle est polyglotte parlant sept langues. Elle aurait écrit des ouvrages de cosmétiques, de poésie et de magie.

Elégante et raffinée, Cléopâtre cultive la beauté comme un art suprême. Les archéologues et historiens ont découvert le Kosmètikon de Kléopatra, un papyrus contenant des fragments de recettes qui révèlent quelques secrets de beauté de Cléopâtre, comme ses bains de lait d’ânesse, indissociables de sa légende. On raconte que Cléopâtre avait son propre troupeau de 700 ânesses.

Pour parfumer son corps, la reine utilisait l’huile essentielle de néroli ainsi que l’hydrolat de fleur d’oranger.

Elle doit la jeunesse de son corps ainsi que l’éclat de son teint à des massages quotidiens de jus d’aloe vera, alterné avec l’huile de cumin noir ou nigelle, tous reconnus pour leurs propriétés hydratantes et régénérantes. Pour son fameux maquillage, elle opte pour le bleu-marine sur ses paupières supérieures et la couleur vert d’eau pour ses paupières inférieures, sans oublier le trait de khôl noir étiré sur la tempe comme une aile d’oiseau.    

Cléopâtre fascine autant par sa beauté et son charme que par sa culture, sa vivacité d’esprit et son sens de la répartie.

Amants mais aussi alliés politiques

À la mort du pharaon, Cléopâtre a dix-sept ans. Elle hérite du trône d’Egypte mais son père y a mis une condition : elle doit épouser son propre frère Ptolémée VIII, âgé de onze ans. Cet inceste est dicté par l’obligation de garder pur le sang des Ptolémée. Très vite, les relations sont difficiles entre les époux.

Quand elle se sent en danger, Cléopâtre demande secours et protection à Jules César, empereur de Rome. Arrivé à Alexandrie, César demande à voir la reine Cléopâtre mais elle est absente : son frère l’a bannie. Sachant l’importance de cette rencontre avec l’empereur romain, elle monte un stratagème pour entrer au palais, enroulée dans un tapis à livrer au souverain. C’est ainsi qu’elle va apparaître aux pieds d’un Jules César ébloui d’emblée et subjugué. Habillée d’une tunique transparente, maquillée et parfumée, Cléopâtre incarne la beauté et la séduction absolues. Elle a 21 ans, lui en a 35 de plus. L’empereur tombe amoureux, envoûté par la magie orientale dans toute sa splendeur.

Amants, Jules César et Cléopâtre deviennent aussi alliés politiques : elle va se servir de lui et de l’armée romaine pour chasser son frère/époux du trône, le faire assassiner et reconquérir le trône ; de son côté, il va consolider sa présence en Egypte, le grenier à blé de Rome. Elle possède une fortune colossale,  héritage des Ptolémée. Cléopâtre propose à César de financer ses conquêtes s’il acceptait une alliance d’égal à égal. Elle tombe enceinte de lui et quand naît le petit Césarion, elle s’affirme alors comme la grande reine d’Egypte qui a su jouer de ses atouts pour tenir en respect l’empire le plus puissant de la Méditerranée.

Jules César fait un retour triomphal à Rome, aux côtés de Cléopâtre et de leur fils, Césarion. Elle y restera deux ans. Bien qu’impressionnés par le personnage, les romains sont hostiles à Cléopâtre qu’ils accusent de pousser César à devenir un dictateur, bafouant les lois de la République. Jules César est assassiné au Sénat, lardé de plusieurs coups de glaive. Cléopâtre a juste le temps de fuir avec son fils vers l’Egypte.

Amoureux au premier regard

À Rome, Octave, le nouvel empereur, jure la perte de l’Egypte et de sa reine qui a ensorcelé César. Il confie cette mission à un général, héros de guerre, couvert de lauriers, très beau, noceur, buveur et amateur de femmes: Marc-Antoine. Celui-ci convoque Cléopâtre. Il ne sait pas qu’elle a le génie de la mise en scène. La rencontre a lieu en pleine mer. Elle arrive à bord d’un navire d’apparat aux voiles pourpres, avec un équipage de naïades, une débauche de lumières, de musique et d’effluves d’encens. Cléopâtre est couchée sous un pavillon brodé d’or, parée comme une pharaonne dans l’éclat de sa splendeur. Elle a 27 ans. Marc Antoine tombe éperdument amoureux au premier regard. Lui, l’idéal romain de beauté qui fait fantasmer toutes les femmes, le puissant maître de l’Orient abdique devant l’amour et oublie toute idée de domination et de guerre.

Cléopâtre le convie à un banquet fastueux.

Les deux amants vont vivre dès lors une passion ardente, un grand amour partagé. Psychologue et habile, elle va noyer Marc Antoine dans un tourbillon de plaisirs. Pour le bien de l’Egypte, elle fait de lui son allié. À Rome, Octave enrage de cette vie de débauche que vit son général, ensorcelé comme César par cette reine qu’il traite même de prostituée. Marc Antoine est sommé de rentrer à Rome et d’épouser Octavie, la sœur d’Octave. Il laisse Cléopâtre et leurs trois enfants Alexandre Hélios, Cléopâtre Séléné et Ptolémée Philadelphus.

La dernière reine d’Egypte

Il revient au bout de trois ans, plus amoureux que jamais, répudie Octavie et se marie avec Cléopâtre. Il commet l’irréparable en rendant à l’Egypte tous les territoires conquis par les romains en Orient et proclame Cléopâtre “Reine des rois”.  Pour Rome c’est une trahison, une déclaration de guerre. Octave part avec ses armées. À la bataille d’Actium, les deux amants sont encerclés et leurs bateaux brûlés. Ils parviennent à fuir chacun de son côté.

Cléopâtre se refugie dans le temple qu’elle avait construit pour être son tombeau. Croyant sa bien-aimée déjà morte, Marc Antoine se transperce le corps de son épée. Elle apprend son suicide, plus rien ne la retient.

Refusant d’être capturée par Octave et humiliée publiquement à Rome, elle se prépare à mourir dignement. Parée de ses atours de reine, elle se donne la mort dit-on par la morsure d’un aspic ou du poison. Elle a 39 ans.

Quand Octave et ses soldats envahissent le palais, ils découvrent Cléopâtre couchée sur un lit d’or, vêtue des ses habits royaux, plus belle que jamais. Ni son tombeau ni son corps ne seront jamais retrouvés. Elle sera la dernière reine d’Egypte.

Sa vie comme sa mort ont fait de Cléopâtre une légende. L’art sous toutes ses formes s’est emparé de cette figure mythique, en particulier le cinéma, où, dans le film culte “Cléopâtre” de Joseph Mankiewicz, Elizabeth Taylor la fait revivre dans toute sa splendeur, aux côtés d’un Richard Burton aussi séduisant que Marc Antoine et Rex Harrison en Jules César.

Un monument égyptien, Abdelwahab, a célébré la pharaonne dans sa chanson “Cléopatra”.

Ô Cléopâtre, quel rêve de tes belles nuits

A plané sur les vagues et fait chanter les deux rivages

Ô Sirène des mers, ô rêve imaginaire !

L’article Cléopâtre la divine pharaonne est apparu en premier sur Femmes du Maroc.

]]>