Lalla Aïcha, la fin d’un mythe

Le 4 septembre dernier, Lalla Aïcha a fermé les yeux pour toujours, à l'âge de 81 ans. Si les jeunes générations ne voyaient peut-être en elle qu'une vieille dame jouant au golf et n'ayant aucune fonction officielle, Lalla Aïcha a pourtant longtemps été une véritable icône pour les Marocains.

Avant-gardiste, féministe de la première heure, la fille aînée de Mohammed V à qui son père faisait une confiance quasi aveugle, a été une figure de proue de l’indépendance marocaine. Et pour cause, c’est à elle que son père demande de faire un discours au peuple marocain en 1947, au lendemain de l’allocution de Mohamed V à Tanger dans laquelle le souverain réclame l’indépendance du Maroc. C’est la première fois qu’une princesse, et une femme, prendra la parole en public. A sa fille de 17 ans, il confie ainsi la tâche d’apporter sa pierre à l’édifice du nationalisme naissant. A la surprise de tous, et en particulier des milieux conservateurs et des islamistes, elle apparaît vêtue à l’occidentale, en tailleur Lanvin de soie bleue, les cheveux au vent, sans voile… Quelle audace ! Mais Lalla Aïcha ne s’arrête pas là et joignant la parole au geste, elle demande la scolarisation des femmes. Et pour donner encore plus d’impact à ses propos, elle cite en exemple son père qui l’a encouragée à étudier l’arabe et les langues étrangères. Son discours fait l’effet d’une bombe et à peine la princesse et son père ont-ils quitté Tanger que le mendoub de la ville ordonne l’arrestation des marocaines qui oseraient imiter la princesse en s’habillant à l’occidentale. Les résistantes voient leurs habits déchirés en public. Mais pour les Marocaines, Lalla Aïcha fait maintenant figure de mythe vivant et c’est fièrement qu’elles portent une khmissate où sont représentés Mohammed V et sa fille, figure du nationalisme féminin. Dans les années 50, les médias étrangers, dont le célèbre “Time” dont elle fait la une, adulent quant à eux cette princesse qui fume des cigarettes Kool, est fan de Louis Armstrong, se maquille, conduit sa voiture et se baigne en public. En accédant au pouvoir, son frère, le roi Hassan II, l’éloigne pourtant de sa terre en la nommant ambassadrice du Maroc à Londres où elle se liera d’amitié avec la princesse Margaret, soeur de la reine Elisabeth II, puis en Italie. Elle devient ainsi la première femme ambassadeur du monde arabe. Sur ses vieux jours, elle ne participe plus à la vie politique marocaine et vit une existence paisible, loin des feux de la rampe, entre Marrakech et Tétouan. FDM

rend hommage à cette grande dame, qui a su porter fièrement l’étendard du féminisme marocain et tracer la voie aux jeunes générations. Z.I.L.

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