Mostafa Aboumalek : “La perception de l’amour est liée à la culture et à la réalité sociale”

Entre des traditions bien établies et des aspirations contemporaines, l'amour au Maroc s'entrelace au sein de valeurs culturelles profondes et des dynamiques changeantes des nouvelles générations. Mostafa Aboumalek, sociologue et professeur-chercheur, décrypte les tabous, les impacts médiatiques et les défis qui jalonnent la redéfinition de l'amour au sein du Royaume.

Quelle signification attribuez-vous à l’amour ?

Au fil de mon expérience et de mes observations, j’ai remarqué que le concept d’amour est souvent associé à des compromis parfois difficiles à accepter, surtout de la part des femmes. Ces dernières sont acculées à faire des concessions au nom de l’amour. Dans cette conception de l’amour, le respect émerge comme un élément essentiel, dépassant les limites du romantisme pour s’appliquer à toutes les relations humaines. L’amour requiert ainsi l’acceptation de la diversité chez chaque individu et la reconnaissance totale du droit à la différence. C’est dans cette acceptation de la diversité que l’amour peut véritablement s’épanouir.

Comment les attitudes envers l’amour diffèrent-elles entre les pays, notamment entre le Maroc et l’Occident ?

La perception de l’amour est étroitement liée à la culture et à la réalité sociale de chaque pays. Mes travaux à Casablanca ont montré que la vision de l’amour est fortement influencée par des éléments tels que la moralité, la famille et l’appartenance sociale. Pour beaucoup, le conjoint idéal est plus lié à ces valeurs qu’aux sentiments purs. Les contraintes légales et religieuses, comme l’interdiction de l’union libre, influent sur les choix. Les jeunes femmes célibataires au Maroc montrent une tendance à valoriser les sentiments tout en restant attachées à l’idée du mariage. L’expression de l’amour au Maroc peut prendre différentes formes, de l’indifférence aux gestes de courtoisie, mais elle reste souvent ancrée dans des valeurs culturelles et traditionnelles.

Existe-t-il des tabous liés à l’amour au Maroc, et comment cela peut-il influencer les perceptions ?

Au Maroc, l’existence de tabous liés à l’amour est une réalité complexe qui résulte souvent de la confrontation entre des valeurs traditionnelles et des aspirations plus modernes. Ces tabous revêtent diverses formes, parfois en lien avec des normes sociales strictes dictées par la tradition, notamment en ce qui concerne le choix du partenaire. L’amour en dehors des sentiers traditionnels peut être perçu comme un défi aux normes établies, suscitant des inquiétudes quant à la préservation des valeurs culturelles et familiales. Le choix du conjoint, par exemple, est souvent influencé par des considérations familiales et sociales, et s’aventurer en dehors de ces paramètres peut être considéré comme transgressif. Ces tabous peuvent exercer une pression significative sur les individus en quête d’amour, les confrontant à un dilemme entre le respect des normes culturelles et la poursuite de leurs aspirations personnelles. Cette tension peut influencer les perceptions individuelles de l’amour, créant un équilibre délicat entre les désirs personnels et les attentes sociales.

La religion a-t-elle une influence significative sur la perception de l’amour au Maroc, et en quoi cela diffère-t-il des perceptions dans d’autres régions ?

La religion exerce une influence significative sur la perception de l’amour au Maroc, mais elle est souvent entremêlée de traditions qui peuvent parfois primer sur les enseignements religieux. Cette dynamique crée parfois une tension entre les valeurs islamiques et les pratiques culturelles locales. Contrairement à certaines régions où la laïcité joue un rôle plus prépondérant dans les choix individuels, au Maroc, la coexistence de la religion et de la tradition façonne la manière dont l’amour est compris et vécu. Cette complexité influence la perception sociale de l’amour et peut parfois créer des dilemmes entre les normes religieuses et les réalités culturelles.

Comment les représentations de l’amour sur les réseaux sociaux marocains influent-elles sur la société, et existe-t-il des tendances notables ?

Les médias, en particulier les plateformes numériques, ont un impact significatif sur la perception de l’amour au Maroc. Les jeunes sont exposés à une variété de modèles relationnels à travers les séries, les films et les réseaux sociaux. Cependant, il est essentiel de noter que ces représentations peuvent parfois être idéalisées ou déconnectées de la réalité. Cela peut créer des attentes irréalistes et contribuer à des tensions entre les aspirations individuelles et les normes culturelles.

En parlant d’aspirations individuelles, comment les choix éducatifs et professionnels des individus influencent-ils la perception de l’amour et du mariage ?

Les parcours éducatifs et professionnels façonnent profondément la manière dont les individus appréhendent l’amour et le mariage. Lorsque des personnes optent pour des études supérieures et nourrissent des aspirations professionnelles indépendantes, cela génère des attentes distinctes vis-à-vis de la vie amoureuse. L’acquisition d’une autonomie financière et intellectuelle devient souvent une préoccupation majeure, impactant la manière dont ces individus envisagent leurs relations. La recherche d’égalité et de partage des responsabilités devient une priorité, contribuant ainsi à remodeler les rôles traditionnels au sein du cadre matrimonial. Ces choix éducatifs et professionnels créent une dynamique où l’individualité et l’émancipation influencent considérablement la perspective personnelle et collective sur l’amour et le mariage.

Comment les jeunes générations influencent-elles à votre avis la redéfinition des normes relationnelles, et quelles tendances ou défis envisagez-vous pour l’avenir de la perception de l’amour dans le pays ?

Selon mes observations auprès des jeunes générations, il apparaît clairement que celles-ci jouent un rôle crucial dans l’évolution des perceptions de l’amour au Maroc. Ces générations cherchent activement à concilier les influences traditionnelles avec une vision plus moderne de l’amour, cherchant un équilibre délicat entre les attentes familiales profondément enracinées et leurs aspirations individuelles. Les attitudes envers l’amour évoluent lentement, souvent en marge des normes établies, reflétant un désir de rompre avec les traditions rigides tout en respectant les valeurs fondamentales. Ceci dit, ces évolutions ne sont pas sans défis. La résistance aux changements par certaines parties de la société peut créer des tensions, mettant en lumière le délicat équilibre entre les influences culturelles locales et les tendances mondiales. Le dialogue intergénérationnel devient crucial pour surmonter ces défis, favorisant une compréhension mutuelle entre les différentes perspectives sur l’amour au Maroc.

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