Carte blanche : Le pouvoir de la lecture

“Il est de plus en plus difficile de défendre la littérature ou la poésie, ou même la philosophie, en ces temps de tout-à-l’ego numérique, mais je crois véritablement dans le pouvoir de la littérature”, écrit Stéphanie Gaou.

Je n’oublierai jamais mon premier voyage au Maroc en 1999. Atterrissage à Casablanca après un vol quelque peu mouvementé, des bousculades sur le parking avec des chauffeurs de taxi survoltés, un loueur de voitures pas du tout rassurant, une Fiat Uno en piètre état et une traversée du pays, chaotique, jusqu’au sud, en passant par Essaouira, Marrakech, Ouarzazate sur des routes nationales bordées de paysages de toute beauté. J’avais tout aimé, bien sûr, sauf le fait de n’avoir pas pu/su trouver un livre pour accompagner mes découvertes sensorielles. Mes relations sentimentales avec les pays visités ont toujours été renforcées et approfondies grâce aux livres. Je n’étais malheureusement pas restée assez longtemps pour dénicher une librairie.

Plus tard, lors d’un voyage de retour, je me suis précipitée dans un kiosque dès ma sortie d’avion, bien décidée cette fois-ci à jeter mon dévolu sur un texte publié au Maroc. Je crois que j’étais comme Diaghilev qui, lorsqu’il commanda des costumes pour son spectacle à Jean Cocteau, intima à ce dernier : “Étonne-moi”. Le Maroc était mon Jean Cocteau. J’attendais qu’il me surprenne. Que cela passe aussi par ses mots, sa poésie et les voix multiples de ses écrivains.

Mon regard fut attiré par une banale couverture, sans fioritures. Surtout son titre, énigmatique. Les Dunes Paradoxales d’Abdelhak Serhane, qu’à l’époque je ne connaissais pas. Il est devenu mon compagnon de route. Un livre de poèmes qui parle de désir et de désert, de solitude et de passion, de folie amoureuse et d’exil. 

En 2009, j’ai fini par créer ma propre librairie à Tanger. Je suis allée rencontrer Mahi Binebine à Tahanaout qui m’a instantanément ouvert son carnet d’adresses. Parmi les noms d’auteurs à inviter ou d’éditeurs à contacter a surgi celui d’Abdelhak Serhane. Joli hasard qui m’a permis de rencontrer un auteur discret, brillant, engagé (parfois enragé, à juste titre) et que j’ai invité bien sûr, plus tard. 

Depuis quatorze ans, les auteurs affluent aux insolites. Qu’ils soient Marocains ou non, pour moi, cela n’a pas de véritable importance (même si j’ai invité une multitude d’auteur(e)s marocains, issus de la diaspora ou non), ce qui compte, c’est – comme dirait Barthes – “le plaisir du texte”. Écrire est une prise de risque incommensurable pour celui qui écrit. Je me sens une véritable responsabilité à l’égard des clients de la librairie : leur présenter le plus possible des textes qui me semblent pouvoir les bousculer dans leurs certitudes, les bouleverser, les faire réfléchir, les rendre plus vivants. 

Il est de plus en plus difficile de défendre la littérature ou la poésie, ou même la philosophie, en ces temps de tout-à-l’ego numérique, mais je crois véritablement dans le pouvoir de la littérature. Les publications de ces dernières années me donnent raison. Des livres de femmes, surtout, qui prennent la plume, pour scruter leur société sans jamais sacrifier au style. Je pense notamment aux autrices Kaoutar Harchi, Hajar Azell, Lamia Berrada ou Rania Berrada, Samira El Ayachi et  Yasmine Chami, qui s’investissent dans une voie singulière : celle de décrypter le monde en gardant une unique mélodie intérieure.

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