D’où vous est venue l’idée de cette histoire ?
Je crois que ce désir de raconter cette histoire m’est venue tout simplement parce que je ne l’ai pas lue. En tant que lectrice, j’aurais aimé m’identifier à des personnages romanesques, y voir des modèles ou des anti-héros. Ces personnages, je ne les ai pas retrouvés ou si peu. L’histoire de Sylia est surtout celle d’une femme qui cherche sa place. Comment se construire lorsqu’on est façonné par des identités clivantes susceptibles de se heurter? Comment composer avec une double culture sans tomber dans la compromission et/ou se perdre de vue ? Et jusqu’à quel prix ? Aussi, multiplier des injonctions qui plus est contradictoires n’est-il pas le meilleur moyen d’asseoir un terrain fertile à d’autres formes d’emprise ? Ce sont toutes ces questions qui travaillent la narratrice Sylia et traversent mon roman.
Votre livre semble une œuvre cathartique… Aussi, son écriture a-t-elle été un processus spontané ou avez-vous réfléchi longtemps avant de commencer ? Comment avez-vous trouvé le courage de dévoiler votre histoire personnelle ?
Mon processus d’écriture s’est enclenché sous une impulsion très intuitive qui a donné lieu à trois longues années de travail et de plusieurs phases de réécriture. Par ailleurs, même si ce livre est très inspiré de certains épisodes de ma vie personnelle, ces derniers n’ont été que de la matière, cumulée à tant d’autres sources d’inspiration, et mise au service de l’écriture romanesque et de ses nécessités intrinsèques.
Même si votre roman évoque plusieurs sujets dont la pression sociétale et le poids de la famille, “La Hchouma” n’est-il pas un livre sur les relations toxiques ?
Pour moi, tout ceci est inextricablement lié. Lorsque l’on vit une relation toxique, ne reproduit-on pas des formes de violences connues à d’autres périodes de sa vie ? Je pense que “La Hchouma” relate aussi ça, la reproduction de la violence malgré soi quand elle est systémique.
Quel message espérez-vous que vos lectrices retiennent de l’histoire de Sylia ? Est-ce un appel à la libération personnelle ou à l’acceptation de soi ?
Un appel à l’acceptation de soi y compris dans ses contradictions, mille fois oui. Je voudrais que mes lectrices comprennent que nous ne sommes pas obligées de renoncer à quoi que ce soit pour être libres mais que nous nous devons de faire de notre propre personne la priorité absolue.