Betty Lachgar : “Haro sur les injonctions sexistes et patriarcales”

Pendant Ramadan, le corps de la femme est caché, et se fond dans l’espace public. Cette diabolisation est-elle du fait du religieux ou du sociétal ? Interview de la militante féministe Betty ibtissam Lachgar.

Comment lutter contre la diabolisation du corps DES femmes pendant Ramadan ?

Il ne suffit pas de lutter contre cette diabolisation uniquement pendant Ramadan mais toute l’année. La lutte contre l’hypersexualisation du corps des femmes réduites à n’être au pire que des objets sexuels, au mieux des utérus sur pattes. Cette image de la femme-objet renforcée par l’industrie de consommation en fait des produits de consommation. Prenons un exemple :Un mythe patriarcal voudrait que les femmes soient sommées à ne pas se maquiller pendant la période de jeûne, ne pas être désirables, attirantes, ne pas « provoquer l’appétit sexuel des hommes ». L’éducation sexuelle est une priorité, la sensibilisation quant au fait qu’un corps sexué, celui des femmes en l’occurrence, n’est pas sexuel. Les hommes, dès leur plus jeune âge, et ce de façons planétaire, se balade torse nu. Nous aussi nous leur disons « ster rassk ».

Les hommes sont-ils les principaux contributeurs de ces idées reçues concernant le corps des femmes ?

La diabolisation du corps féminin existe depuis des siècles et dans toutes les cultures. Elle fût même l’origine de la chasse aux Sorcières qui conduisait les femmes sur le bûcher. Selon l’Église, les femmes sont pécheresses et dangereuses. Il y a déjà là un acharnement religieux profondément misogyne. Le contrôle du corps et des sexualités des femmes est aussi ancien que l’existence de la domination masculine. S’il y a bien une chose que toutes les femmes du monde entier ont en commun c’est que des hommes les oppriment. Part des lois comme par des pratiques.

Est-ce que le poids de Haram est en partie responsable de cette diabolisation ?

Toutes les religions, du moins les trois religions monothéistes ont renforcé les processus de domination à travers lesquels s’exerce ce contrôle patriarcal. Le Haram est un consenti culturel et religieux qui a du poids. Mais plus encore, est ancrée dans l’éducation l’idée que le corps des femmes est « 3awra ». C’est un conditionnement voire un endoctrinement que certaines femmes peuvent également intérioriser.  Le voilement, le hijab partiel ou intégral en est un symbole patent. De même que la prohibition de se mettre en maillot de bain et d’aller se baigner. Souvenez-vous la campagne de 2018 #SoisUnHomme à laquelle M.A.L.I avait répondu par une contre-campagne #SoisUneFemmeLibre Le corps des femmes étant considéré un objet de désir, les hommes cherchent à tout prix à le dissimuler, en blâmant les femmes.

Comment expliquer ce paradoxe entre discrétion à outrance, piété et cette recrudescence de drague pendant le mois de Ramadan?

Il s’agit plutôt de harcèlement. Il est exacerbé durant la période de Ramadan en soirée puisqu’en journée les relations entre les femmes et les hommes sont prohibées. Le mythe de « pulsions sexuelles masculines incontrôlables » est fortement ancré, ce harcèlement nocturne ramadanesque est fondé sur ce mythe. À la nuit tombée, on mange, on fume et on pense au lien charnel avec l’autre sexe. Les femmes sont réduites à de simples produits de consommation. Ce qui par ailleurs alimente la culture du viol.

Est-ce que les femmes marocaines sont pudiques au point de disparaître complètement pendant Ramadan ?

Ce ne sont pas les femmes qui sont pudiques. Ce sont les injonctions sexistes et patriarcales qui font que les femmes et leur corps sont invisibles surtout en période de Ramadan. Cette ségrégation sociale cantonne les femmes à la cuisine.

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