Ana Habiba Dahbi : “Toute personne doit signaler tout type de violence à l’encontre des enfants”

Deux associations, l’une marocaine et l’autre espagnole, ont mené pendant près de deux ans dans le cadre du projet REDIP un vaste travail sur le terrain dans les villes de Fès et Meknès afin de lutter contre les violences à l’égard des enfants. Ana Habiba Dahbi, Experte en protection de l'enfance de l'ONG de l’ONG Aude nous en parle.
Ana Habiba Dahbi, Experte en protection enfance-AIDA

A quel genre de violence les filles sont-elles sujettes d’après l’étude que vous avez menée dans le cadre du projet REDIP ?

Les ONG AMANE et AIDA ont mené en 2021, en partenariat avec le bureau d’études CD-BE, une analyse du phénomène de la violence basée sur le genre à l’égard des filles et des garçons au Maroc. De façon générale, et malgré des données statistiques limitées, l’étude montre que les filles risquent d’être davantage des victimes de la violence. Elles subissent dans une plus large mesure des formes de violence telles que le mariage des enfants ou l’exploitation en tant que travailleuses domestiques.

Quelle a été la méthodologie suivie pour la réalisation de cette étude ?

Cette étude a suivi une méthodologie de recherche qualitative fondée principalement sur la revue bibliographique et la collecte de données qualitatives, à travers des entretiens approfondis et des groupes de discussion.
La participation des enfants a constitué un élément clé du travail de recherche sur le terrain, dans le respect des neuf principes de base pour une participation efficace et éthique des enfants, tels que décrits dans l’Observation générale sur l’article 12 du Comité des droits de l’enfant. Ainsi, 70 enfants (32 filles et 38 garçons) âgés de 3 à 18 ans ont participé aux huit groupes de discussion réalisés sur les sites ciblés. Les techniques utilisées pendant les groupes de discussion étaient basées sur des méthodes child-friendly adaptées à l’âge de l’enfant, structurées autour d’activités liées au théâtre, au sein d’espaces permettant aux enfants de jouer et de se détendre.
Les autres groupes de populations fondamentaux pour ce type d’étude ont également été rencontrés, tels que les mères et les pères, des associations membres de la plateforme Convention des Droits de l’Enfant, des associations féministes et des associations de protection des droits des femmes, des professionnels de la protection des enfants et des enseignants.

Quelles recommandations tirez-vous de ce projet REDIP pour lutter contre la violence des enfants au Maroc ?

AMANE et AIDA continueront également d’agir au sein des coalitions nationales et internationales dont elles sont membres, à travers la production d’analyses basées sur des preuves et des actions de plaidoyer, pour favoriser le respect des engagement nationaux et internationaux pris par le Maroc en faveur des droits des enfants.

Des recommandations sorties de l’étude réalisé nous donne aussi une feuille de route pour continuer à lutter contre la violence faite aux enfants.

  • Mettre en œuvre des protocoles de prise en charge qui intègrent l’approche genre et limitent la re-victimation des enfants, par exemple en évitant les dépositions répétées des enfants ou en assurant la confidentialité lors de ces déclarations (le protocole devra également définir le rôle des acteurs·trices de la protection de l’enfance et les modalités de coordination dans le circuit de prise en charge).
  • Garantir un suivi adéquat des affaires au niveau de la Justice et assurer un jugement qui sanctionne l’agression proportionnellement à ses conséquences.
  • Renforcer les capacités d’hébergement provisoire et d’urgences des enfants victimes/survivant·e·s de violences, notamment à travers la création d’alternatives à l’institutionnalisation des enfants.
  • Appuyer la réhabilitation (psychologique, sociale et juridique) des enfants victimes de violence et de leur famille tout au long du processus de prise en charge.
  • Renforcer les capacités des centres éducatifs en tant qu’espaces clé pour la détection et le signalement des violences de genre à l’encontre des enfants, avec l’approbation d’un protocole d’intervention au sein des établissements scolaires.
  • Renforcer les capacités des interventant·e·s dans la chaîne de prise en charge de l’enfant sur : les droits des enfants, le genre et les modalités d’intervention. Le traitement de la question des inégalités de genre servira notamment à éviter la re-victimation secondaire ou encore la culpabilisation de l’enfant victime/survivant.
  • Adapter les dispositifs de signalement pour qu’ils soient accessibles à tous les enfants : par exemple, unifier le numéro de l’ONDE 2511 pour tous les opérateurs téléphoniques et le diffuser à grande échelle pour qu’il soit accessible à tout le monde.

Vous proposez plusieurs solutions pour mettre fin à la violence à l’égard des enfants. Comment les mettre en application ?

 

Il est important de travailler sur la législation et punir toute violence faite aux enfants dans tous les secteurs de la société. Il est aussi nécéssaire de travailler dans la transformation des mentalités avec une approche basée sur les droits des enfants et conscientiser la société dans la prévention et le signalement. Toute personne peut et doit signaler tout type de violence à l’encontre des enfants.

 

 

 

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