Archives des Dossier Ramadan - Femmes du Maroc https://femmesdumaroc.com/dossiers-specials/dossier-ramadan Le magazine leader de la presse féminine au Maroc Inspiration, Envies, Style, Beauté, Idée Tue, 28 Mar 2023 13:58:39 +0000 fr-FR hourly 1 https://femmesdumaroc.com/wp-content/uploads/2022/12/cropped-fav-fdm3-32x32.png Archives des Dossier Ramadan - Femmes du Maroc https://femmesdumaroc.com/dossiers-specials/dossier-ramadan 32 32 Ramadan : La double journée de travail des femmes https://femmesdumaroc.com/reportage/dossier/ramadan-la-double-journee-de-travail-des-femmes Tue, 28 Mar 2023 13:58:39 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=87944 En ce mois sacré de Ramadan, c’est un nouveau rythme de vie qui s’installe. Notre schéma alimentaire change, nos heures de sommeil diminuent et notre productivité en prend un sacré coup. Ce modus operandi n’est pas l’apanage des femmes qui doivent enchaîner les heures de travail au bureau et à la maison.

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Les multiples perturbations tant physiologiques que comportementales induites par le jeûne ne sont rien en comparaison avec les souffrances des femmes, contraintes d’assumer une double, triple, voire quadruple journées de travail. Il est indéniable que les tâches ménagères s’alourdissent au cours de cette période, car les fantasmes culinaires ne connaissent aucune limite. Mais les corvées restent l’apanage des femmes, obligées d’assurer un service parfait du matin au s’hour, au moment même où le mâle, fort de son statut de “Ana rajel”, comme le relève avec justesse le sociologue Serbouti, se prélasse devant la télévision, fait la sieste et s’en va ensuite digérer son ftour au café du coin de la rue. La femme reste, pour sa part, prisonnière de ses fourneaux, soumise à un véritable travail de forçat qui ne lui laisse aucun répit pendant 29 ou 30 jours. Insomnie, stress et course contre la montre sont son lot au quotidien. Qu’elles travaillent hors du foyer ou non, ramadan est synonyme de corvée intense, surtout lorsqu’elles doivent recevoir et présenter des tables débordantes d’aliments. “L’activité féminine continue après la journée du travail professionnel. Pour l’homme marocain, le Ramadan est le mois de la paresse et du moindre effort. Cela conduit à exacerber davantage la division sexuelle du travail, mais ce qui rend les choses encore plus difficiles, c’est que les femmes trouvent normal de s’occuper seules des tâches domestiques qu’elles considèrent comme féminines et comme portant atteinte à la masculinité de l’homme qui les accomplirait ”, explique le sociologue. La faute est à imputer à la famille patriarcale qui “construit socialement les femmes de sorte qu’elles reproduisent mécaniquement la féminisation de la tâche domestique.”

Intenses corvées
La prédominance de la culture patriarcale perpétue ainsi un état de fait : les hommes considèrent que la cuisine est le royaume des femmes, et celles-ci ne font rien pour mettre un terme à la perduration d’une répartition inégalitaire des tâches ménagères. De là à imputer au Ramadan le sort injuste réservé aux femmes au cours de ce mois, il n’y a qu’un pas que nous n’oserons franchir, car la répartition des tâches au sein du foyer n’est justifiée par aucun décret divin. Nulle mention n’en est faite dans le Coran ou dans les hadiths. Ces discriminations puiseraient leur essence dans l’ignorance et dans la prédominance d’un patriarcat implacable qui relègue les femmes au second plan. Et ce sont, bien évidemment, les femmes elles-mêmes qui entérinent cet état de fait, reproduisant à l’envi les schémas arriérés et machistes. “La majorité des femmes se complaisent -dans la souffrance- à montrer leurs prouesses lors du mois de Ramadan (réceptions, invitations, etc.), à gaspiller temps et santé pour mieux plaire”, rappelle notre sociologue.
Et si la parenthèse de la Covid et des restrictions qui l’ont accompagnée a permis à certains foyers de freiner cette démesure dans les dépenses et dans l’abondance des mets, il n’en demeure pas moins que le surcroît de tâches domestiques qui incombent aux femmes ne va pas changer du jour au lendemain. Les inégalités de genre nécessitent une véritable prise de conscience et un changement absolu de paradigme. 

Témoignages

“Travailler, préparer le ftour, recevoir mes invités et être à la hauteur de tout cela ? Je m’y soumets, je n’ai pas le choix. J’ai grandi dans une famille où le Ramadan a toujours été synonyme d’accueil et de convivialité. Ces deux dernières années, nous n’avons pas eu l’occasion d’inviter ou de nous faire inviter, mais je compte bien me rattraper cette année et faire plaisir à mes invités. Mon mari ? Il travaille lui aussi, mais le soir en général il est éreinté et ne pense qu’au repos… Un vrai pacha !”
Amel, 29 ans, chargée de clientèle dans une banque

 “Je pratique le Ramadan depuis mon plus jeune âge et je n’ai rien à reprocher à son rythme. Je précise que ne suis pas mariée, je mène une vie solo pour le moment et je peux vous dire que je ne comprends pas pourquoi il existe des personnes qui se plaignent de ses horaires, la longueur de sa double journée, etc. Bref, les jeûneurs ne devraient pas oublier qu’il est possible de préparer son ftour en moins d’une heure…”

Ahlam, 32 ans, fonctionnaire

“Moi, je fais le Ramadan par habitude et un peu par conviction et je n’aime pas l’hypocrisie sociale qui veut m’obliger à faire semblant de sacraliser tout ce qui se rapporte à ce mois. En d’autres termes, je reste moi-même et par principe, je boycotte tout ce qui est invitations obligatoires (ou auto-invitations). Et lorsque je reçois des membres de ma famille, je ne fais pas dans le showing-off et le spectaculaire, parce que de toutes les manières je ne fais qu’anticiper mon petit déjeuner et retarder mon déjeuner. Mes horaires, eux, m’ont l’air d’être normaux, flexibles et vivables : je travaille de 9H30 jusqu’à 15H30. J’ai une fille, un mari et pas d’aide ménagère. En définitive, le Ramadan est une simple question d’organisation.”

Yakout, 32 ans, assistante de direction.

“Cela fait plusieurs années que je travaille en jeûnant ou que je jeûne en travaillant, les journées se passent tout à fait normalement, je n’ai jamais éprouvé une quelconque difficulté. Dans l’entreprise, le temps est aménagé : on commence plus tard et on finit plus tôt que d’habitude et je m’organise en fonction de ces nouveaux horaires et du rythme imposé par ramadan.
En vérité, au fil des ans, j’ai appris à m’auto-discipliner notamment sur le plan alimentaire : 3 repas à partir de la rupture du jeûne en faisant attention de ne pas passer la soirée à me goinfrer. Je prends le dernier repas quelques minutes avant la prière d’al fajr, un bon petit-déjeuner bien équilibré après une bonne nuit de sommeil, et le tour est joué. Je passe une journée tout à fait normale, sachant que les trois, quatre premiers jours, le changement de rythme se fait sentir, mais il ne tarde pas à s’installer et mon organisme s’adapte très vite à ce changement.”
Salma, 40 ans, cadre dans une multinationale

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Régime & Ramadan : Trouver son équilibre https://femmesdumaroc.com/reportage/dossier/regime-ramadan-trouver-son-equilibre-2 Tue, 28 Mar 2023 13:57:51 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=87934 Briouates, dattes, chebakkia, ... Le mois de Ramadan peut se révéler une épreuve difficile pour les personnes au régime qui voient ainsi leur programme alimentaire chamboulé. Les conseils d’Ilham Jaoui, diététicienne nutritionniste à Casablanca.

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En temps normal, un régime réussi passe par un bon petit déjeuner, une bonne hydratation tout au long de la journée, une activité physique régulière et surtout sur le fait de ne pas sauter de repas. Au mois de Ramadan, ce programme est complètement bouleversé. Pour éviter de perdre les acquis gagnés durant les mois précédents, “il faut faire un choix lors de chaque repas, ftour et shour”, appuie d’emblée la diététicienne experte en nutrition Ilham Jaoui, à Casablanca. Si on poursuit un régime entamé en amont du Ramadan (pour des raisons de surpoids), on ne peut pas manger tous les aliments qui ornent la table à la rupture du jeûne ou avant le lever du soleil”. Pour cette spécialiste, il est important de connaître et de respecter la pyramide alimentaire (voir photo). Lors du Ramadan, la répartition de nos besoins en macronutriments (protéines, glucides et lipides) n’est plus respectée”, pointe du doigt cette experte. Alors qu’un repas alimentaire équilibré se divise en 55% d’apport calorique en glucides, 15% en protéines et 30% en lipides, le ftour et le shour peuvent être sources, dans de nombreuses tables marocaines, d’apports caloriques… extrêmement riches ! Or, l’excès n’est jamais bon pour la santé. 

Un corps mis à rude épreuve 

Il ne faut pas que vos apports caloriques notamment en sucres augmentent de manière spectaculaire dans un laps de temps court pendant le ftour”, prévient Ilham Jaoui, conseillant, au contraire, un apport calorique proportionnellement distribué entre le ftour et le shour. Aussi, il faut privilégier les aliments à index glycémique bas comme les céréales complètes et les légumineuses. “Plus l’aliment est riche en fibre, plus son indice glycémique est bas”, nous donne comme astuce la spécialiste, prenant le cas d’un fruit, la banane qui est pauvre en fibre mais plus riche en sucres. Ces derniers en excès sont ensuite transformés dans l’organisme en glycogène (stocké dans le foie et les muscles) et éventuellement en forme de masse graisseuse. “Lorsque notre corps sollicite de l’énergie, notamment en cas de jeûne prolongé ou bien lors d’un d’effort intense, il commence par puiser dans notre stock de glycogène grâce à la néoglucogénèse (formation de glucose à partir de précurseurs non glucidiques tels que le glycerol, le lactate,… ), ensuite, à long terme, il utilise comme carburant notre stock de masse graisseuse en catabolisant les molécules adipocitaires (lipolyse)” explique-t- elle. Et d’enchaîner : “Aussi, si vous mangez trop riche durant un seul repas, comment voulez-vous perdre du poids, plus précisément votre masse graisseuse ? En plus, manger copieux épuise certainement le foie, cet organe précieux, chargé de déstocker ainsi que de détoxifier l’organisme tout au long du jeûne. Or, le soir, il se retrouve avec une surcharge énorme, notamment glucidique, à restocker. Vous imaginez le travail fourni ? Il n’a aucun répit !” Il faut plutôt le préserver et tâcher de manger sainement et équilibré, chacun respectant son apport énergétique journalier (2000kcal en moyenne). “Nous avons besoin d’apports adéquats en macronutriments (source d’énergie) ainsi qu’en micronutriments (vitamines sels minéraux oligo-éléments fibres eau…) qui sont, vides d’énergie mais indispensables au bon fonctionnement de notre organisme”, poursuit-elle, avant d’appuyer : “Le jeûne est également l’occasion de restructurer le microbiote de notre flore intestinale qui occupe un rôle essentiel pour notre santé et dans le maintien d’un poids idéal.”. 

Mettre en place “un plan de bataille” 

Il est primordial de faire un choix judicieux dans notre alimentation, insiste la diététicienne Ilham Jaoui. On ne peut pas manger des dattes, des chebakkia, des baghrir, des briouates, des viennoiseries, du tajine et autres plats, tous en même temps ! On ne peut pas TOUT ingurgiter, ni même associer un petit déjeuner, déjeuner et un dîner ensemble durant un même repas.” En matière de sucres, cette experte nous conseille de ne consommer, par exemple, qu’une à trois dattes grand maximum puisque ce fruit regorge entre 70% et 75% de sucres à assimilation rapide. “Nos besoins en sucre s’élèvent quotidiennement à 4g par kilo de poids en moyenne”, précise-t-elle. Aussi, si on opte pour la datte, on fait l’impasse sur les chebakkia et autres douceurs imbibées de miel telles que le baghir ainsi que le reste des aliments riches en sucres rapides comme les jus naturels quel qu’ils soient ! Pour cette diététicienne, le meilleur ftour se résume à trois dattes maximum, un grand verre d’eau avant de prendre un bol de harira. “Cette soupe traditionnelle est un plat complet et sain, riche en fibres et en protéines, comprenant des féculents et des légumineuses, essentielles pour notre organisme”, souligne-t-elle, avant d’enchaîner : “On peut très bien déguster un bon tajine quelques heures plus tard, qui regorge des nutriments essentiels (fibres vitamines et minéraux...). Mais attention à votre consommation de pain et de féculents qui contiennent, à eux seuls, 50% de sucre (l’amidon). Même si vous préférez un pain complet, riche en fibres, en vitamines et en minéraux, la quantité de sucre ne changera pas”. Tout est une question de modération ! 

Des aliments à consommer et d’autres à éviter 

La liste des aliments renforçant nos défenses immunitaires est longue. “Nos apports en matières grasses qui constituent 30 à 35% de notre alimentation quotidienne doivent être riches en polyphénols et en phytostérols, précurseurs principaux d’acides gras essentiels type omega 3, 6, 9”, détaille Ilham Jaoui. On les trouve par exemple dans l’huile d’olive, d’argan et de colza mais aussi dans le poisson surtout du type saumon, thon ou sardine… Ces derniers sont également très riches en antioxydants, et sont une excellente source de protéines, contenant tous les acides aminés essentiels, de nombreuses vitamines ainsi que des oligoéléments et des minéraux. Le lait et les produits laitiers sont également des indispensables à consommer pour leur richesse en calcium, contribuant à la prévention de l’ostéoporose. “Je conseille toujours aux personnes en surpoids entamant un régime, du fromage frais à 20% max de matière grasse, recommande cette nutritionniste. Concrètement, ça se traduirait par une à 2 cuillère à soupe lors du ftour.” Côté aliments protéiné s, cette experte évoque la viande ou le poulet à hauteur de 100 g. “Je préconise aux personnes au régime de la viande ou du poulet une à 2 fois par semaine et du poisson, principalement source de sélénium, trois fois par semaine.” Et pour les végétariens ? “Il existe comme alternative une combinaison de légumineuses et de produits céréaliers, répond-t-elle. Cela peut être du couscous avec des petits pois, des lentilles avec du pain, des pois chiches avec de la semoule de blé, des haricots rouges avec du riz ou du maïs ou encore des lentilles avec du riz.” S’agissant des aliments à bannir, ils se résument aux produits sucrés du commerce, trop gras ou frits. 

Hydratation et sport durant Ramadan 

Pour palier sa soif à la rupture du jeûne, le seul remède sain reste l’eau. “Il faut absolument éviter tous les sodas, bien entendu, et les jus même si c’est nous qui les préparons, interpelle Ilham Jaoui, car ils sont de charge glycémique élevé. Par ailleurs le thé et le café, doivent être consommés en quantité limitée, et bien sûr, non-sucrés.” Quant au sport, la nutritionniste plaide pour une activité physique faible comme la marche, le yoga ou la natation. “Durant cette période, notre organisme a encore plus besoin d’oxygène, d’une bonne respiration, soutient-elle. Ne le poussez pas à l’extrême, en pensant que vous allez perdre des calories car c’est le mettre en danger.” L’essentiel est bien de “se ressourcer”, non ?

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Le sens du Ramadan https://femmesdumaroc.com/reportage/dossier/le-sens-du-ramadan Tue, 28 Mar 2023 13:56:44 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=87922 Beaucoup de musulmans réduisent le mois de jeûne à une action de privation alors qu’il devrait être un mois de sociabilité, d’amour, de solidarité, de pardon et de retour vers soi, les autres et son Créateur. Explications.

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Deux sens s’associent au mot ramadan : ”ramad”, la chaleur du soleil qui réchauffe la pierre et une résonnance spirituelle, ”ramad”, l’engouement et l’énergie spirituels. C’est cette dimension qui confère toute sa particularité au mois sacré, période de concentration spirituelle et de contemplation. Car ramadan ne saurait être réduit à une succession de privations et d’interdits (ne pas manger, ne pas boire, ne pas avoir de relations intimes, de l’aube jusqu’au coucher du soleil). La symbolique de ce 4ème pilier de l’islam est beaucoup plus profonde, comme le dit explicitement ce hadith : “si le serviteur sait ce que cache le mois de ramadan, il aurait souhaité que toute l’année soit ramadan.”
Cette pratique religieuse, qui libère l’être humain des entraves de la dépendance matérielle, du carcan des mauvaises habitudes et de la consommation aveugle, est un acte dévotionnel qui conduit à la quiétude intérieure. Période de spiritualité par excellence, c’est aussi un moment intense de recueillement, de méditation, de rencontre avec soi, avec Dieu et avec les autres. Il s’agit en fait de vivifier sa spiritualité, l’initiation à une véritable libération par le jeûne de l’âme, l’invitation à appréhender la présence divine par le jeûne du cœur. Trouver la paix avec soi-même, avec autrui, et avec Dieu est un cheminement qui exige autodiscipline et maîtrise de soi. Autrement dit, le détachement à l’égard du monde et l’ouverture à Dieu. Il s’agit de faire pénitence, de pardonner mais aussi de favoriser une forme d’ascétisme et de réflexion. À cet égard, le théologien Al Ghazali estime que ramadan est le mois de la purification de soi, un mois où l’on “s’affranchit de tout ce qui détourne d’une compréhension authentique de soi-même – de s’émanciper des besoins, des désirs et même des sens, qui transportent vers l’extérieur et, par là, empêcheraient de se recueillir en soi-même. En se dépouillant de ce qui l’attache à la vie terrestre, le jeûneur découvre qu’il est peu de choses par rapport à l’infini de Dieu, dont il est la créature”, écrit-il. Le ramadan est donc, en même temps, un retour à soi et un renoncement à soi, puisqu’il débouche seulement sur Dieu. Sacrifice d’autant plus exigeant qu’il ne repose sur rien d’autre que la foi, qu’il n’est donc jamais assuré. “Le cœur de celui qui rompt le jeûne reste en suspens, entre la peur et l’espoir, car il ne sait pas si son jeûne a été accepté […] ou rejeté” par Dieu.

La symbolique du mois de jeûne

Le sens premier du ramadan est éminemment religieux et s’inscrit dans un perfectionnement de la foi, à travers la prière, la lecture du Coran, mais aussi l’apprentissage de la patience et de la modestie. Ramadan ne se limite pas à s’abstenir de manger, boire et faire l’amour lors de la journée, en occupant tout son temps à la prière, mais d’adopter des attitudes de sagesse et surtout d’entretenir des relations humaines fondées sur le respect de la dignité de l’Autre, sur le pardon, l’humanisme et l’amabilité. Mais chez beaucoup de personnes, le jeûne se limite souvent à la prière, c’est-à-dire à leur relation à Dieu, oubliant que l’islam c’est aussi et surtout une régulation des relations humaines afin de construire une communauté solide, basée sur le civisme. En fait, nul besoin d’être un pratiquant “pur et dur” tout au long de l’année pour vivre la vérité du ramadan, dont les bienfaits s’étendent à la sphère familiale et sociale.
Ton but n’est pas nous garder affamés – Mais nous transformer, de l’intérieur nous changer – Nous élever, progresser dans sa spiritualité – Se réconcilier, et en premier pardonner.” Tout est dit. Le pardon est en effet l’une des vertus les plus importantes en islam. Pour preuve, la presque totalité des Sourates du Coran (113 sur 114) invoquent Dieu miséricordieux a rappelé le philosophe Ali Benmakhlouf lors d’une conférence donnée à la Fondation Attijari au cours d’une soirée ramadanesque l’année dernière. Pour les mystiques musulmans a-t-il expliqué, si Dieu est miséricordieux, alors l’Homme, qui possède en lui tous les attributs divins, peut pardonner. “Le pardon humanise car il est en interaction dynamique avec l’amour. Plus je pardonne, et plus j’accueille l’amour.”
Le don de soi est également une valeur inhérente à l’islam. Il doit être perçu d’un point de vue cosmique. Mais cette pratique est-elle aisée en temps de crise et d’adversité ? “Oui car le don de soi est toujours possible si nous nous plaçons dans un faisceau de vies, en faisant appel à la solidarité. Plus tard, Descartes confortera cette conviction en affirmant : Ce qui nous coûte peu, profite beaucoup à l’autre”, estime le philosophe. Certes, en donnant, nous sommes en disposition de recevoir, mais il n’y a aucune obligation de retour. “Ne demande pas, donne !”. Le troisième volet de cette triptyque est la gratitude. Pour les érudits mystiques, estime le professeur Benmakhlouf, “cette valeur, cultivée en continu grâce à la récurrence de l’appel à Dieu, soulage le cosmos de ses vicissitudes et décharge l’homme de ses angoisses.” En parallèle, l’apprentissage permanent de la gratitude est possible à travers la pratique d’exercices spirituels comme l’Eveil, l’Examen de conscience et la Résipiscence.

Solidarité agissante

Élever son âme durant ce mois en ôtant les chaînes du désir corporel, en étant prêt à faire le bien tout en évitant les actes ostentatoires et tout excès sont une dimension inhérente à la pratique du jeûne. La nécessité de ressentir les affres de la faim subies par les plus démunis en est un volet. Mais cette mise à l’épreuve est censée se poursuivre, au coucher du soleil, par une rupture du jeûne frugal… Pour le coup, c’est raté ! La juste mesure est d’ailleurs une recommandation divine : “Ô enfants d’Adam, dans chaque lieu de Salat portez votre parure (vos habits). Et mangez et buvez ; et ne commettez pas d’excès, car Il n’aime pas ceux qui commettent des excès.” (Sourate 7, Al A’raf, verset 31).
Et on ne le répètera jamais assez : le mois saint est un mois dédié aux autres et aux démunis. La solidarité manifestée à cette occasion est aussi un moyen pour la communauté de se souder et de pratiquer l’aumône envers les nécessiteux à qui on donne de l’argent ou de la nourriture, et aux proches, famille et amis, avec qui on partage la joie de se retrouver, le soir, lors de la rupture du jeûne. À l’écoute des autres, mais aussi généreux, le jeûneur purifie son corps et son âme. Mais qu’en est-il dans les faits ? Notre dossier s’introduit au cœur de la pratique du jeûne et de sa réalité dans le Maroc d’aujourd’hui. 

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Le jeûne et ses excès https://femmesdumaroc.com/reportage/dossier/le-jeune-et-ses-exces Tue, 28 Mar 2023 13:55:47 +0000 https://femmesdumaroc.com/?p=87936 Les bienfaits du jeûne sur la santé physique, mentale et spirituelle sont immenses. Malheureusement, les excès commis en son nom sont aberrants, et versent dans la démesure pour combler les ”manques” de la journée.

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Les vertus du jeûne sont incontestables. Cela a été prouvé scientifiquement et nombreux sont aujourd’hui les médecins et nutritionnistes qui préconisent le jeûne, même en dehors du contexte cultuel, pour “détoxifier ” l’organisme, évacuer le stress et se purifier des pollutions de la vie quotidienne et de la surabondance de nourriture. Ramadan peut être aussi le bon moment pour prendre conscience des fortes relations entre alimentation et santé. C’est aussi le mois où l’on doit perdre du poids (surtout plus de masse grasse que de masse musculaire), où l’on peut réduire l’hypertension artérielle et les douleurs arthrosiques, les troubles cutanés du psoriasis, où le foie peut se ”dégraisser”, le diabète de type II peut s’améliorer et les problèmes digestifs ou respiratoires diminuer. Dans les faits, le jeûneur se jette sur la nourriture, et consomme, en un laps de temps relativement court une grande quantité des mets, riches en gras, en sucres raffinés et en lipides. …“Du lever au coucher du soleil, le cerveau migre pour aller s’installer dans l’estomac !  Après le coucher du soleil, heure du moghrab, le cerveau n’a plus qu’une mission : satisfaire ses fantasmes alimentaires !”, notre la sociologue Soumaya Naâmane Guessous. Des nutritionnistes ont constaté qu’en moyenne une femme consomme 3000 calories (contre 2000 en temps normal) et un homme 5000 Cal (contre 2500 en temps normal).  Résultat : le foie est soumis à rude épreuve. Il est ainsi contraint d’augmenter ses capacités métaboliques pour faire face à ce débit extrêmement élevé. Plus grave encore, ces calories transformées en gras peuvent conduire à une stéatose hépatique, autrement dit le ”foie gras” responsable de fatigue chronique avec toutes les autres conséquences des déficits immunitaires. Et l’on sait aujourd’hui que le gras en excès est cancérigène.

Mangez équilibré

Le jeûne est une thérapie de désintoxication efficace. Il est idéal pour les personnes en surcharge pondérale. Pendant le jeûne, la graisse est utilisée, ce qui facilite la perte de poids”, rappelle la nutritionniste Dr Meryem Khaled. Manger équilibré et veiller à la qualité de son alimentation au détriment de la quantité sont la clé pour une meilleure santé globale. Pour ce faire, les nutritionnistes conseillent de manger des aliments à digestion lente comme le blé, la semoule et le riz et les aliments riches en fibres, et des fruits et légumes. Les dattes et les fruits secs (amandes, figues) aux lieux et places de la chebbakia ou de sellou (à consommer avec parcimonie si on n’arrive pas à s’enpasser, et un jour sur trois). En règle générale, l’alimentation doit comprendre chacun des cinq groupes d’aliments essentiels dont le corps a besoin, à savoir les fruits, légumes, viande/ poulet/poisson, pain/céréales et produits laitiers. L’hydratation est tout aussi importante. Boire dès la rupture du jeûne et en abondance, tout au long du soir permettra d’hydrater son corps. 

Les grillades seront privilégiées. Les soupes à base de légumes sont bénéfiques pour l’organisme et la variation des menus est essentielle. Trois repas sont à respecter : ftour, dîner et shour. Les nutritionnistes conseillent de ne pas faire l’impasse sur ce dernier repas et d’y consommer des liquides comme des produits laitiers, des sucres lents, des fruits frais pour les vitamines et des dattes pour permettre au transit intestinal de fixer l’eau et éviter ainsi la constipation. “L’erreur à éviter et de mêler ftour et dîner. C’est la meilleure façon de prendre des kilos inutiles tout en maltraitant son organisme. Alors on commence léger, par un verre d’eau à température ambiante, et on attend quelques minutes avant de prendre une soupe avec quelques dattes ou noix. On fait une petite pause de dix minutes et on enchaîne avec un jus de fruits, un oeuf ou des toasts au fromage. Et on termine par une boisson chaude. Faites aussi l’impasse sur les pâtisseries et les sucreries qui coupent la faim en masquant la véritable faim”, conseille Yousra Moustafid, diététicienne. 

Au fond le jeûne du Ramadan peut être l’occasion de prendre en charge sa santé physique et mentale, mais il peut avoir à l’inverse des effets néfastes sur la santé du corps lorsqu’est associé au jeûne une suralimentation néfaste pour l’organisme. “S’il est essentiel de bien manger le soir avant de se coucher, cela ne signifie pas “trop manger” car c’est paradoxalement durant le mois de Ramadan que les mauvais comportements alimentaires sont les plus en augmentation au lieu d’être en chute libre”, constate Dr Khaled. En un mot, il faut éviter les excès et varier la nourriture pour fournir à l’organisme les apports dont il a le plus besoin.

 

Conseils

  1. Avant la rupture du jeûne, exercez une activité physique de façon modérée en évitant de s’exposer au soleil (périodes dangereuses en milieu de journée). Après la rupture du jeûne, soit 2 h après un ftour léger est la bonne période. Évitez de dépasser vos capacités physiques.  
  2. Les personnes fragiles ou atteintes d’une maladie chronique ne doivent pas se lancer dans le jeûne. Il faut absolument suspendre cette pratique si cela risque d’aggraver la maladie ou retarder la guérison.
  3. Les personnes présentant certaines affections doivent obligatoirement consulter leur médecin avant de songer à jeûner.
  4. Gardez une durée de sommeil suffisante. 
  5. Ne mangez pas trop le soir, ni trop rapidement.

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