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WIA 54, une plateforme pour la promotion de l’entrepreneuriat féminin

Écrit par Leïla Ouazry

Le programme WIA 54 de Women in Africa, initiative qui récompense chaque année le leadership féminin en Afrique, a dévoilé, lors d’une cérémonie organisée à Casablanca les 8 finalistes marocaines de l’édition 2021. Des projets innovants, des jeunes femmes enthousiastes et des mentors de haut vol, ont marqué cette édition.

Dédiée au soutien de l’entrepreunariat féminin, WIA est une plateforme qui accompagne les porteuses de projets en vue d’un maximum de visibilité. L’objectif étant de permettre aux jeunes entrepreneures d’élargir leur réseau, accéder aux financements et consolider leur projet. L’idée, selon Aude de Thuin, fondatrice de WIA,  est de pérenniser l’activité et contribuer à la dynamique économique.

Le continent africain affiche le pourcentage le plus élevé de femmes entrepreneures au monde. Le taux d’entrepreneuriat féminin en Afrique subsaharienne atteint 25,9% de la population féminine adulte, ce qui signifie qu’une femme sur quatre lance ou gère une entreprise. Toutefois, ce pourcentage tend à s’amenuiser par la suite, si on tient compte de la maturité de l’entreprise. Nombreuses sont celles qui mettent la clef sous le paillasson peu de temps après la création, faute de moyens, d’accompagnement et de visibilité. “C’est dur d’être entrepreneure en Afrique. Cela demande beaucoup de ténacité et d’audace”, dixit Kenza Lahlou, marraine de WIA Afrique du Nord.

Dur d’être femme entrepreneure en Afrique

En effet, l’accès au financement demeure la principale difficulté des femmes entrepreneures dans le continent africain. Le programme WIA 54 lancé en 2017, ambitionne de changer cette donne, à travers une démarche solidaire et fédératrice des énergies. Le but est d’accompagner les jeunes entrepreneures en vue de consolider leurs acquis, développer leurs capacités et devenir une source de richesse (création d’emploi).   

Au Maroc, WIA 54 a reçu un très grand nombre de dossiers. La sélection des dossiers s’est déroulée du 6 avril au 7 mai 2021, selon des critères très rigoureux et précis (impact social, le caractère innovant, potentiel de croissance, capacité d’exécution des équipes….) Au final, 8 startups ont été retenues pour bénéficier de l’aide de WIA et ses partenaires.

Les finalistes sont quasi-unanimes : elles ambitionnent de développer leur projet, d’abord pour une autonomie financière, mais également pour contribuer au développement socio-économique de leur région et de leur pays. “Le développement socio-économique de notre pays et de notre continent passe incontestablement par l’autonomisation des femmes. Nous sommes donc ravis de ce partenariat entre la CGEM et WIA qui vise à encourager l’entrepreneuriat féminin en tant que véritable moteur de croissance. Le programme WIA54 est aussi en parfait alignement avec les priorités de la CGEM, ainsi que les recommandations du rapport sur le nouveau modèle de développement du Maroc, qui appelle à promouvoir l’entrepreneuriat des femmes et la parité dans le monde du travail” explique Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM lors de la cérémonie organisée en l’honneur des finalistes.

Ce dernier n’a pas manqué de rappeler le taux du chômage féminin qui avoisine les 16,2% contre 10,7% pour les hommes au Maroc.

Pour sa part, Aude de Thuin, fondatrice de WIA s’est réjouie de  cette édition. “Pour cette 5ème édition, nous avons reçu énormément de candidatures marocaines avec des projets aussi intéressants les uns que les autres. C’est pour cela que nous avons tenu à être présents au Maroc, en vue de mettre en avant ces projets et ces femmes.” En effet, sur environ 4.000 candidatures en provenance de 54 pays africains, près d’un millier venait du Maroc.

“Nous avons fait appel à des mentors  de renom, qui ont accepté de nous accompagner dans cette magnifique entreprise, en vue d’envoyer un message fort dans le pays et montrer l’importance du leadership féminin dans la dynamique économique et le développement humain de manière générale”, précise Mme Thuin.

Par ailleurs, le nombre de plus en plus croissant des candidatures et la qualité des projets portés par les femmes dans le continent africain a décidé les organisateurs à sélectionner pour cette édition non pas 54 projets, mais 540. La plateforme ambitionne accompagner 10.000 femmes à l’horizon 2030. L’objectif étant de stimuler la création d’emplois dans le continent.

Dans ce même élan de développement,  de nouveaux secteurs viennent étoffer la liste des domaines d’activités retenus jusque-là par le programme WIA.  Il s’agit de l’environnement, la finatech, le digital et l’intelligence artificielle. “Des secteurs qu’on croyait réservés aux hommes”, ironise Aude de Thuin.

Liste des binômes mentor-mentee

 Mariam Minhaj, co-fondatrice de “M4Nature” accompagnée par Meryem Chami, Directrice Générale de AXA Assurance Maroc ;

 Yasmine Jtioui, fondatrice de Jobwinwin accompagnée par Imad Haddour, Managing Director Africa de Inetum ;

 Fatima-Zohra Hakam, fondatrice de ZORA accompagnée par Abdou Diop, Managing Partner, Mazars Audit & Conseil ;

 Souhair Bouallala, fondatrice de Bebdary accompagnée par Younes El Mechrafi, Directeur Général de la Marocaine des Jeux et des Sports (MDJS) ;

 Aida Kandil, fondatrice de MyTindy accompagnée par Samia Terhzaz, Directeur Général Délégué de la CGEM ;

 Hasna Afounnas, fondatrice et présidente de Iziproteine accompagnée par Mouna Daoudi, Directrice Générale de Stop Hunger ;

 Rhita Benjelloun, fondatrice de Rhita créations accompagnée par Taoufik Aboudia, Co-fondateur & directeur général de Emerging Business Factory ;

 Salma Bougarrani, cofondatrice et directrice générale de GREEN WATECH accompagnée par Aziz Nahas, CEO de Kensai Asset Management.

Le leadership féminin, un moteur de développement

Pour sa part Aziz Nahas, CEO de Kensai Asset Management, mentor de Selma Bougarrani de Green Watech estime que les femmes entrepreneures peuvent contribuer au développement économique “tout en maintenant un équilibre social et environnemental, avec plus de sérénité, plus de compassion et moins de conflits. Le potentiel est énorme, non seulement au Maroc mais sur toute l’Afrique.” Même son de cloche chez Laura Kakon, directrice de la croissance et de la stratégie de HonoHonoris United Universities qui estime que le leadership féminin est un moteur de développement. “Mais, encore faut-il créer une valeur tangible pour ces femmes ! D’où l’intérêt de ce genre d’initiative fédératrice.” Des paroles tout aussi forte sont également prononcées par Meriem Chami, DG de AXA Maroc et mentor du projet M4Nature porté par Mariam Minhaj qui insiste sur la persévérance. “Il faut croire en vous, en votre projet. L’échec n’est jamais une fin, mais un nouveau départ. (Et surtout)…Ne laissez jamais la société vous imposer ses choix”, appuie-t-elle.

En attendant, le démarrage du programme de mentorat en janvier 2022, les lauréates ont pu bénéficier d’une formation durant les mois de novembre et décembre 2021. Ce qui leur permettra sans doute un rayonnement national et à l’étranger.

interview de Souhair Bouallala : “Faisons confiance au potentiel des entrepreneures marocaines”

Souhair Bouallala, fondatrice de Bebdary est l’une des 8 jeunes entrepreneures  sélectionnées lors de la 5ème édition du programme WIA 54. Elle ambitionne, à travers sa startup de valoriser le travail des petits prestataires et des femmes créatrices. Pour ce faire, elle peut compter sur l’expérience et les conseils de son mentor Younes El Mechrafi, Directeur Général de la Marocaine des Jeux et des Sports (MDJS). Elle nous livre son témoignage.

Vous faites partie des 8 finalistes sélectionnées dans le cadre du programme WIA 54. Avant de parler de votre projet, pouvez-vous, nous dire un mot sur la jeune entrepreneure que vous êtes ?

Je m’appelle Souhair Bouallala. J’ai 32 ans. Après des études en finance à l’ISCAE Casablanca et ensuite à NEOMA Business School (anciennement ROUEN BUSINESS SCHOOL), j’ai intégré la direction financière d’un grand groupe français à Paris. Après plus de sept ans d’expérience, j’ai décidé de retourner au Maroc pour me lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Aujourd’hui je suis la cofondatrice de la startup Bebdary.

De quoi s’agit-il au juste ?

Bebdary est une application mobile dédiée à l’univers du bien-être quotidien qui met à l’honneur les petits créateurs et en particulier les femmes dans les domaines culinaire, sportif, mode/déco et les soins de beauté. Notre objectif à travers notre solution est d’avoir un impact économique et social positif permettant la valorisation du travail des petits prestataires en général et des femmes créatrices en particulier.

Pour avoir une idée concrète de ce que nous faisons, vous pouvez consulter notre site web : www.bebdary.com.

Comment avez-vous eu écho de Women In Africa ?

J’ai eu connaissance du réseau Women In Africa en faisant mes recherches sur les programmes pouvant accompagner les entrepreneurs dans la réalisation de leur projet de création de startup. Au moment où les inscriptions au programme WIA54 étaient ouvertes, j’ai saisi l’occasion pour postuler.

Comment se sont passées les sélections ?

Comme la sélection se fait à l’échelle panafricaine, nous avons postulé en ligne en répondant au questionnaire détaillé de WIA sur le projet, son stade d’avancement, notre profil, notre motivation, nos besoins, etc. Sur les 540 projets finalistes retenus sur plus de 5000 candidatures initialement reçues par WIA, je suis fière de faire partie des 8 femmes marocaines de cette promotion.

Quelles sont vos attentes par rapport à WIA et en particulier votre mentor ?

Aujourd’hui notre application est prête et on est en pleine phase de lancement. Comme on est conscients de l’importance de cette étape, l’idée est de pouvoir se faire accompagner sur tous les sujets liés au marketing, à l’aspect commercial, au recrutement et au financement. Grâce au programme mentoring de WIA, J’ai la chance d’avoir M. Younes El Mechrafi, Directeur Général de la Marocaine des Jeux et des Sports, comme mentor qui a accepté de m’accompagner et me faire profiter de son expérience sur les différents sujets.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en tant que femme entrepreneure ?

Les difficultés qu’on rencontre chez Bebdary ne sont pas forcément liées au fait que je sois une femme mais sont plus communes à l’entrepreneuriat au Maroc. Certes, on voit émerger plusieurs initiatives, mais celles où on est présents aux côtés des entrepreneurs à des stades plus en amont restent rares. Je pense qu’on gagnerait beaucoup, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays voisins comme l’Egypte, à accompagner plus de startups et à faire plus confiance au potentiel des entrepreneurs marocains. 

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