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Société civile : nouvel air pour une nouvelle ère (1/3)

Écrit par Khadija Alaoui

Civisme, citoyenneté, entraide, solidarité, empathie… Autant de valeurs fortes mises en avant par des acteurs associatifs qui ont brillé par leurs idées ingénieuses, leur sens de l’engagement et leur volonté de construire un Maroc meilleur. Focus sur quelques actions phares.

Ahmed Ghayet, président de l’Association Marocains Pluriels

“La pandémie de coronavirus a révélé beaucoup de choses dans notre société et notamment nos manques, nos retards, nos tares… elle a également bouleversé nos comportements au quotidien : nos rapports à l’Autre, notre sens des priorités… elle a impacté durablement notre perception de la vie elle-même.

Il y a une chose fondamentale qui a changé dans notre pays et dont nous ne nous rendons pas encore compte, en ce sens qu’il nous faudra du temps pour en mesurer l’impact sur notre société. Je veux parler de notre jeunesse -et de notre rapport à elle- ainsi que de ce que nous appelons la société civile et que personnellement je préfère appeler le mouvement associatif, les deux étant d’ailleurs étroitement liés.

En effet si une frange de la population a émergé et s’est révélée c’est bien notre jeunesse, je la connais bien et à titre personnel je savais pertinemment de quoi elle était capable et à quel point elle est talentueuse, mais à l’occasion de l’épidémie qui nous frappe c’est l’ensemble de la population, des décideurs, des médias qui s’est rendue compte que nous avions en atout considérable -hélas méconnu- en notre sein : notre jeunesse !

Courageuse, engagée, patriote, brave, solidaire telle est enfin apparue notre jeunesse -elle que nous avions pris l’habitude de négliger, voire de mépriser. Partout dans le Royaume toute une partie de nos jeunes est “montée au front’’ pour venir en aide aux plus précaires de nos concitoyens, aux plus fragiles, aux personnes âgées…

Dès le mois de Mars, elle s’est impliquée à travers une multitude d’actions -sur le terrain, dans la proximité- je pourrais en citer des dizaines mais je me contenterai de quelques-unes, emblématiques, de “Abouab Ramadan’’ consistant à déposer des paniers de denrées alimentaires aux portes de personnes nécessiteuses, à “Charji lih(a)’’ permettant à des donateurs de recharger à distance les smartphones de lycéens, collégiens, étudiants afin qu’ils puissent suivre leurs cours à distance, ou encore de l’opération “Lkhobz kaitsena’’ où nous étions invités à payer à l’avance, des pains chez nos boulangers et épiciers afin que des personnes dans le besoin puissent en bénéficier à l’opération “Douars solidaires’’ qui emmenait la solidarité jusque dans des villages oubliés.

Les jeunes sont ainsi depuis 8 mois aux avants postes et représentent la 3ème force, aux côtés de nos soignants et de nos forces de l’ordre : chaque semaine, ils initient de grandes distributions de masques dans les quartiers de leurs villes respectives, qu’ils accompagnent de stickers et de flyers de sensibilisation représentant de très beaux visuels aux slogans accrocheurs : “1 masque + 1 mètre = la vie”, “Ils nous ont donné la vie, protégeons la leur’’ et tout dernièrement “Derb diali, je l’aime, je le protège’’… leur mérite en plus de leur courage et d’avoir fait preuve d’inventivité, d’innovation, quelque part ils sont en train de révolutionner la communication de proximité…

Ils ont aussi su réunir leurs forces et leurs idées pour organiser de grandes actions en commun que ce soit “La Fête de la musique live”, via les réseaux sociaux ou “L’Hymne National” chanté depuis les fenêtres, les balcons à travers tout le Royaume, que SM le Roi a cité dans son discours du Trône.

Enfin ces jeunes ne se sont pas contentés d’actions sociales, culturelles ou civiques, ils se sont aussi impliqués dans des initiatives pour “sauver” leur ville lorsque comme à Essaouira, Safi ou Marrakech, il s’est agi de sortir de la torpeur ou de la sidération qui s’étaient emparées d’elles en l’absence de toute activité touristique à cause de la pandémie : les balades de calèches organisées par les jeunes de Kech’ Jeunesse à Marrakech en sont le plus bel exemple.

C’est au regard de tout cela que je sens, que je vois, que je constate que la vie associative de notre pays s’est profondément transformée, nous venons de franchir un cap : c’est toute une nouvelle génération de militants, de bénévoles qui émerge.

Ils arrivent au militantisme associatif avec une énergie nouvelle, un regard neuf, sans à priori et surtout avec une façon nouvelle de communiquer, utilisant les réseaux sociaux, maniant la vidéo, la photo, le graphisme comme vecteurs de mobilisation, de sensibilisation.

Je pense qu’à côté des grandes ONG ayant une vocation spécifique : orphelins, mères célibataires, lutte contre le cancer, contre le sida…qui font un travail irremplaçable, est en train de naître un mouvement associatif de proximité, implanté dans les quartiers, les communes, les écoles.

Ce mouvement naît sous nos yeux -et de nos mains- et inaugure une nouvelle “société civile’’, de terrain, jeune et innovante.

Un mouvement associatif qui préfigure ce que peut être notre nouveau modèle de développement, ce mouvement en est à fois précurseur, déclencheur et moteur.

Nous ne sommes encore qu’aux prémisses de cette nouvelle ère, mais nous allons très vite en voir les effets et les bienfaits et je suis persuadé qu’elle fera souffler un nouvel air jusque dans la classe politique et chez les futurs représentants de l’Autorité publique, puisque ces jeunes qui se frottent aux responsabilités associatives sont une pépinière de nouveaux talents militants.

Ils sont la relève, bien au-delà de la seule sphère associative !”.

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