Société

Les arts autochtones unis par la créatrice Aïcha Abdallahi Marmolejo


À travers sa marque Otoc’Tones, la créatrice Aïcha Abdallahi Marmolejo présente des collections de vêtements, raffinées mêlant, avec soin, tissus ethniques et savoir-faire marocain.

Aïcha Abdallahi Marmolejo a réussi à associer deux univers de la mode, devenus, grâce à son talent, complémentaires. En effet, la créatrice d’Otoc’Tones confectionne une série de vêtements et d’accessoires sur lesquels textiles ethniques et savoir-faire marocain se marient à la perfection. En d’autres termes, un mélange sophistiqué et coloré. “C’est un voyage au Sénégal en 2016 qui a été l’élément déclencheur donnant naissance quelques mois après à Otoc’Tones”, explique cette femme de 47 ans. Là-bas, les couleurs explosives des textiles sur les étals des marchés lui ont rappelé les nuances et teintes de l’art marocain. “À la maison, je me suis amusée à réaliser des combinaisons jusqu’à trouver les bonnes associations”, détaille-t-elle, avant de confier : “Otoc’Tones incarne la mixité…, et reflète aussi mon histoire personnelle : je suis Algérienne ayant vécue très longtemps en France, où j’ai rencontré mon mari franco-espagnol originaire de Tanger.” Et de préciser : “En 2000, nous nous sommes installés au Maroc, entre Tanger et Casablanca.”
Jusqu’en 2017, début de l’aventure d’Otoc’Tones, Aïcha Abdallahi Marmolejo est passée de la couture aux fleurs à la restauration et à se consacrer à ses deux enfants. Styliste modéliste de formation, elle a exercé cette profession, pendant un temps, à Perpignan dont elle ne garde pas un bon souvenir. “J’étais cantonnée dans un atelier derrière la boutique, confectionnant à la chaîne des vêtements alors que j’aurais adoré créer de nouveaux modèles”, regrette-t-elle. Il lui aura fallu attendre deux décennies pour réaliser enfin son rêve et exprimer totalement son art. 

Un mix équilibré

“Lorsque j’ai exposé mes premiers essais à des amis et à mon entourage, ils ont adoré et m’ont poussé à me lancer”, sourit Aïcha Abdallahi Marmolejo. Sa première collection est une ligne de cols bijoux, comme elle aime les présenter. “Ce sont des cols colorés larges en tissu wax ornés d’une broderie que l’on peut enfiler au-dessus d’une robe, d’une chemise ou d’un autre haut”, décrit-elle. Pour compléter sa tenue, elle imagine des petites pochettes en cuir et wax. C’est un carton ! La créatrice d’Otoc’Tones marque déjà les esprits avec son look décalé et singulier, et enchaîne les créations. Parmi ses best-sellers, les kimonos unisexes en bogolan, les robes longues en soie avec un travail sfifa, des vestes type Channel revisitées en wax et ornées elles aussi d’un travail sfifa, ou encore des vestes bombers destructurées, version longue, en wax, avec un important décolleté en V. Pour développer sa propre vision de la mode, Aïcha s’imprègne de la nature, de l’art, du mouvement de l’architecture ou encore des défilés Haute-Couture. “J’adore Yves Saint-Laurent, Imane Ayissi ou encore Rabea Telghazi Salmeron”, précise la créatrice qui travaille, en tout minutie, avec ses artisans. “Je dirais que je crée dans le présent même si je m’inspire du passé”, résume-t-elle, avant de dévoiler qu’elle envisage de s’attaquer à la tenue traditionnelle marocaine : le Caftan. “Je laisse mûrir ce projet intéressant dans ma tête”, confie-t-elle, avant de signaler sa principale difficulté : le choix des tissus. En effet, confectionner un caftan ethnique dans les règles de l’art marocain n’est pas une mince affaire. Mais à l’heure de la Covid-19, son esprit est ailleurs, à savoir résister à tout prix à la crise économique engendrée par la pandémie. “Je trouve beaucoup de solidarité au sein du collectif de la “Tribu des créateurs” auquel j’appartiens, met-elle en avant. C’est d’autant plus important en cette période inédite.”  Et d’ajouter : “La plateforme Chic Intemporel qui répertorie les créateurs du Maroc, me recense depuis peu, m’offrant ainsi une belle vitrine à l’échelle internationale.” Mais pour elle, ça ne fait pas tout. Les ventes privées sont cruciales. Son collectif en a déjà organisé une. “Le contact avec le public nous redonne vie, lâche-t-elle. On sent qu’on existe, de quoi recharger les batteries pour tenir contre vents et marées.” 

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