A la une Interview

Womenpreneur Digital Hub, la nouvelle plateforme pour les femmes entrepreneuses dans la région Mena


Pour lutter contre le patriarcat, le leadership féminin doit se développer dans le secteur du numérique. C’est la conviction de Womenpreneur Initiative, une organisation à but non lucratif créée à Bruxelles en 2016 par la Marocaine Sana Afouaiz, qui a lancé, en mars dernier en collaboration avec SANAD’s Entrepreneurship Academy, la plateforme Womenpreneur Digital Hub, un centre numérique pour les femmes entrepreneuses dans la région Mena. Explication avec la fondatrice.

Comment est née l’initiative Womenpreneur Digital Hub ?

En temps normal, sans pandémie, avec mon équipe, nous investissons le terrain que ce soit en Belgique ou dans d’autres pays,  de la région Mena jusqu’au Moyen-Orient,  pour soutenir les femmes entrepreneuses en leur offrant des espaces d’échanges et des solutions pour renforcer leurs compétences. Le Covid-19 a tout fait basculé. Comme beaucoup, nous avons dû très vite nous adapter pour rester présentes aux côtés de notre communauté féminine. Aussi, nous avons rapidement lancé des sessions de formation en ligne. L’engouement était là. Nous avons alors réalisé une enquête interne pour connaître les attentes de nos bénéficiaires. Résultats : certaines cherchaient un appui psychologique en cette période si délicate, d’autres des formations pour se développer dans le digital ou pour engranger le plus de connaissances possibles afin d’être mieux armées pour trouver un emploi à la fin de cette pandémie. Avant que la plateforme Womenpreneur Digital Hub voit le jour – un an de travail-, nous avons multiplié les sessions en ligne et créer une sorte de communauté sur WhatsApp pour que les femmes s’entraident également entre elles.

Concrètement, comment se décline Womenpreneur Digital Hub ? 

Womenpreneur Digital Hub est un centre numérique pour les femmes entrepreneuses. Aussi, sur la plateforme, on trouve des formations sur l’éducation financière, les outils technologiques et compétences entrepreneuriales. Il est possible de suivre les cours en arabe, en français et en anglais, et ce, gratuitement. Nous proposons aussi du soutien psychologique et des ateliers de bien-être. Par exemple, le 26 mai, une séance de yoga est prévue en ligne. Sur la plateforme, on trouve également un blog pratique dans lequel sont prodigués des conseils pour réussir sa communication digitale, trouver un emploi, etc.  Womenpreneur Digital Hub, c’est aussi des échanges d’expériences et un important carnet d’adresse. Nous avons répertorié tous les réseaux de la région Mena susceptibles de soutenir nos bénéficiaires ! Et ce n’est pas fini. Chaque mois, nous proposons quatre évènements dans lesquels sont invités des influenceurs, des membres du gouvernement ou encore des experts qui décryptent le marché, les tendances et donnent des conseils. 

Quelle est la force de votre plateforme ?

Pour moi, Womenpreneur Digital Hub, c’est une preuve de solidarité à l’heure où le monde est secoué par une crise inédite engendrée par le Covid-19. Il est question d’une démocratisation de l’accès aux ressources, à la formation et aux réseaux professionnels, et ce, sans contrepartie. A mon avis, c’est notre devoir d’épauler nos bénéficiaires d’autant plus dans cette période au vu du séisme économique. Dans la région Mena, la moitié des personnes qui ont perdu leurs emplois en raison de la pandémie sont des femmes !

Depuis son lancement, quel bilan faites-vous de votre initiative ? 

Aujourd’hui, nous sommes à 300 ambassadrices dans toute la région Mena, à 3 000 membres et à 48K passages sur notre site chaque jour ! Nos bénéficiaires sont des femmes de tous âges et de toutes catégories sociales. Nous avons à la fois des membres qui ont perdu leurs emplois, de jeunes entrepreneuses, des business women qui veulent se développer et des étudiantes angoissées par la situation économique instable provoquée par la pandémie. Les femmes les plus actives sur notre plateforme viennent du Maroc, suivies de la Tunisie, du Liban, Jordanie, et de l’Égypte. 

Les initiatives se multiplient pour inciter les femmes à s’investir dans le numérique. Quel constat faites-vous sur la place de la femme dans ce secteur au Maroc ?

Dans un récent article, j’ai lu que le Maroc possède le plus grand nombres d’ingénieurs embauchés dans le monde ! C’est une fierté, mais il y a encore trop peu de femmes qui travaillent dans la Tech. C’est une triste réalité alors que le pays regorge de talents ! Autre constat : Internet devient un privilège pour les femmes car son accès leur est limité. Lorsque nous avons réalisé notre enquête interne, nous avons notamment remarqué que le flux des connexions était plus important le soir que la journée. La raison ? Les époux de nos bénéficiaires rentraient à la maison. Aussi, avaient-elles accès à Internet grâce au téléphone de leur mari … Ainsi, la crise qui leur a fait perdre leur emploi, leur a également volé leur autonomie financière, les rendant dépendantes de leur entourage. 

Que craignez-vous sous cette nouvelle ère du Covid-19 ?

J’ai peur que la situation devienne de plus en plus difficile pour les femmes. Il est impératif de réagir et de mener à bien une politique d’investissement ciblée. Aujourd’hui, nous avons des hommes qui nous gouvernent présentant des plans de relance. Croyez-vous sincèrement que dans une société patriarcale, ces responsables penseraient à nous, les femmes ? L’Histoire a prouvé  le contraire. Les inégalités se sont accentuées. Comme le Maroc veut être le hub de l’innovation en Afrique, misons sur les femmes ! Favorisons leur accès aux prises de décision ainsi qu’aux formations technologiques dans ce secteur d’avenir, et investissons dans les startups féminines innovantes. 

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