A la une Interview

Samia Akariou, un parcours sans faute

Écrit par Khadija Alaoui

Actrice, scénariste et réalisatrice, Samia Akariou est l’une des valeurs sûre de la télévision et du théâtre. Après un passage remarqué dans quelques films au cinéma, c’est à la télévision qu’elle s’épanouit. Son jeu et ses scénarios signent quelques-unes des meilleures séries de ces dernières années. Elle nous en parle.

Dans “Bab el Bahr”, vous incarnez le rôle d’une femme atteinte d’un cancer. Cette thématique est rarement portée à l’écran. Pourriez-vous nous en parler ?

Je suis membre de l’association du Ruban rose, et je voulais traiter de cette thématique depuis 3 ans déjà, mais à chaque fois, j’avais du mal à convaincre. Cette année, cela a pu se faire, mais le souci a été de ne pas en faire la trame principale. “Bab el Bah”r est une série chorale qui se déroule dans une résidence fermée où plusieurs familles vivent un véritable drame après la disparition mystérieuse de leurs enfants. C’est l’occasion de découvrir les secrets des uns et des autres, car on a beau vivre dans une résidence fermée et sécurisée, de se croire au summum du bonheur et de la sérénité, mais ce n’est qu’une façade… À travers toutes ces thématiques, nous avons introduit la maladie, et la façon dont le mari et les proches se comportent avec la malade, car il existe des maris qui ont abandonné leur épouse, mais d’autres qui l’ont épaulée durant cette épreuve. 

Avez-vous eu des difficultés à incarner ce personnage ? 

J’ai assisté à la souffrance de personnes proches. Certaines sont décédées et d’autres, grâce à Dieu, ont pu guérir. Mon combat est de sensibiliser les femmes et de les inciter à se faire dépister, car celles qui le font de façon précoce guérissent. Juste avant le tournage, j’ai perdu une amie très proche, et cela a été très dur pour moi d’incarner ce personnage. J’ai vu mon amie malade, je l’ai vu souffrir, se battre et finalement être vaincue par ce terrible mal… Pendant le tournage, ces images m’ont hantées. Il m’a fallu plus d’un mois pour sortir de ce rôle….

 

À travers l’écriture scénariste, vous avez dévoilé un grand talent. Pourriez-vous parler du processus d’écriture ?

À la fin de mes études, j’ai passé de nombreuses années en tant que femme de théâtre. Je suis passée à l’écriture par obligation. Pour “Bnat Lalla Mennana”, nous pensions qu’il fallait avoir recours à des professionnels pour raconter notre histoire, sauf que le rendu n’a pas été à la hauteur de nos attentes. Nora (Skalli) et moi-même avons commencé à écrire en 2012. Le résultat a été très satisfaisant. J’ai aussi suivi une formation en Allemagne. À mon sens, la formation est très importante, mais si on n’a rien à raconter et si on n’a pas le background nécessaire, apprendre les techniques ne sert absolument à rien.

L’exercice d’écriture scénariste nous a plu, et nous avons décidé de raconter à notre manière, des histoires qui nous intéressent, nous chagrinent, nous épatent et nous habitent. L’aventure a véritablement commencé avec la série dramatique “Sir Al Morjane”, à laquelle Nora et moi-même avons collaboré avec une autre scénariste. Ensuite, nous avons continué seules, et cela a été un vrai succès. Notre sérieux et notre travail nous ont permis de nous imposer dans le milieu. Cela nous a encouragées à continuer dans cette voie….

Quels sont les ingrédients pour réussir une série, telle que “Bab el Bahr” ?
La base du succès de n’importe quelle œuvre est l’écriture. Mais si la production, le casting et l’ensemble des autres composantes ne suivent pas, le rendu sera médiocre. La pratique de l’exercice de l’écriture, la maturité de l‘âge et l’expérience de la vie nous ont permis de comprendre les thématiques qui intéressent tout un chacun. Nous avons axé notre travail sur des histoires qui concernent la femme marocaine et c’est normal, car nous sommes des femmes et nous arrivons à être émancipées grâce à notre métier… 

Et au-delà du fait de raconter une histoire, ce qui m’intéresse aussi, c’est d’être porteuse de projets. Je ne veux pas donner mon scénario et qu’il soit maltraité ou mal exécuté. Nous veillons à choisir le réalisateur avec lequel nous partageons la même vision et avons des affinités. C’est le cas par exemple de Chaouki Loufir qui est, comme nous, lauréat de l’ISADAC et qui, comme nous, a une culture populaire marocaine ancrée. Nous avons collaboré avec un producteur qui veut donner un nouveau souffle aux séries marocaines, à l’instar d’Amine Benjelloun et de Nabil Ayouch. Et pour le scénario, nous avons travaillé avec Jawad Lahlou. C’est un binôme que j’adore, puisque la vision masculine y est représentée, tout en étant sensible aux causes féminines.

Vous travaillez beaucoup sur les personnages féminins. Quels traits de caractères aimez-vous mettre en avant ?

Ce qui revient souvent dans mes personnages, c’est l’ambition, le combat. C’est le cas du personnage de Leila dans “Bab el Bahr”. Son ambition a écrasé les autres, que ce soit ses collègues au travail ou son entourage familial. Je pense que ce trait de caractère est le propre de la femme qui doit batailler pour exister, et travailler doublement pour trouver sa place… 

Vous avez choisi de vous consacrer à la télévision. Le cinéma ne vous manque-t-il pas ?

La télévision, dénigrée dans le passé par les gens du cinéma, est devenue un genre qui intéresse aujourd’hui les plus grands réalisateurs qui s’attaquent à présent aux séries télévisées. Personnellement, j’ai fait un court métrage en tant que réalisatrice, mais il n’a pas encore vu le jour à cause de la pandémie et de la fermeture des salles de cinéma. 

Pour répondre à votre question, le cinéma ne m’a pas donné ma chance, contrairement à la télévision.

Et qu’en-est-il du théâtre ? 

Actuellement, tout est en stand bye. J’aimerai revenir en tant que comédienne, et ne m’occuper que du bonheur d’être sur scène. Cela était prévu pour ramadan 2020… Le théâtre est un pilier dans ma carrière, je ne veux pas le quitter, et j’y reviendrais dès que la vie reprendra son cours normal.

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