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Rachid Benzine : “La co-construction impliquant les citoyens marquera le monde d’après” (2/5)

Écrit par FDM

Quelles leçons tirer de la crise sanitaire subie ces derniers mois ? Quelles conséquences pour les secteurs vitaux tels que l’économie et la santé ? Quelles solidarités et quels liens pour demain ? Comment réapprendre à vivre, à voyager, à consommer, à communiquer dans un monde où tout est à (ré)apprendre ? La réponse est donnée par 5 personnalités de différents horizons.

« Cette pandémie de Covid-19 s’est imposée comme une contrainte qui nous a obligé à ralentir et à entrer dans une période d’incertitudes où seule l’imprévisible arrive. Pendant un sacré bout de temps, beaucoup de gens dont moi-même avons résisté au changement parce que nous avions des habitudes, des projets… Et d’un seul coup, l’horizon se rétrécit, et on se rend compte de la vulnérabilité des hommes et de la fragilité de nos sociétés. De ces deux éléments, Il s’agit d’en faire un atout pour penser ce monde qui vient en tenant compte de la fragilité de nos institutions et en même temps de nos États qui ont montré qu’ils étaient capables de protéger leurs populations au détriment de l’intérêt économique. C’est un fait complètement nouveau, et nous avons vu des solidarités se développer dans ces cas d’urgence. Maintenant, il s’agit aussi de prendre le temps de voir ce qui peut émerger de tout cela.

Dans l’émergence de ce post-Covid, il ne faut pas, me semble-t-il, se précipiter pour calquer nos anciennes grilles de lecture sur ce monde qui vient. À un moment, il faut accepter de sortir de sa propre grammaire, de ses propres présupposés ou préjugés pour laisser émerger des choses qui vont advenir…

Je pense qu’il faut changer de paradigme en partant du principe que le monde de demain doit relever d’une co-construction qui implique les citoyens, car ces derniers ont des solutions, des expériences et beaucoup de choses à nous apprendre… Le rôle de l’État doit être à nouveau défini. Je pense que l’État doit surtout développer les capacités des individus à atteindre par eux-mêmes leurs objectifs dans un intérêt général.

Trois choses se profilent à l’horizon. La première consiste à augmenter la capacitation des individus en libérant les énergies, c’est-à -dire développer davantage de liberté. Des libertés qui sont au service de la capacitation, de la responsabilité, de l’autonomie mais toujours dans un intérêt commun.

En deuxième  lieu, le monde de demain doit gérer davantage l’incertitude. Il s’agit d’augmenter la tolérance à l’incertitude qui, à son tour développe l’anxiété. Celle-ci peut déboucher sur l’extrémisme religieux qui prétend apporter des réponses simples à des problèmes complexes ou vers le populisme auquel nous assistons en Europe.

Le troisième élément révèle que nous sommes entrés dans un monde de plus en plus complexe. C’est un monde où le résultat d’une entreprise dépendra quotidiennement d’une co-construction. Ce qui nécessite de développer une démocratie participative, et surtout de faire confiance au citoyen dans sa capacité à trouver des solutions.

Les êtres humains, dans un contexte de survie, sont capables d’être solidaires. Il ne faudrait donc pas perdre les acquis de cette période de Covid, et ne pas rompre cette solidarité. Comment continuer à inventer cette solidarité, comment peut-on mener des expérimentations sur le terrain ? Il faudrait ne plus penser les choses de manière globale, mais tester et expérimenter des choses dans telle ou telle région, créer une sorte de safe space pour que les gens puissent réaliser ce qu’ils savent faire. Si l’évaluation est concluante, on essaiera ensuite de le reproduire ailleurs, en mettant toujours en avant cette idée de co-construire. »

Rachid Benzine, écrivain, politologue, membre de la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement

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