A la une Interview

Dr Nabila Rmili : “Notre mot d’ordre est désormais La Santé pour tous” (1/5)

Écrit par FDM

Quelles leçons tirer de la crise sanitaire subie ces derniers mois ? Quelles conséquences pour les secteurs vitaux tels que l’économie et la santé ? Quelles solidarités et quels liens pour demain ? Comment réapprendre à vivre, à voyager, à consommer, à communiquer dans un monde où tout est à (ré)apprendre ? La réponse est donnée par 5 personnalités de différents horizons.

« La région de Casablanca-Settat a connu le plus grand nombre de cas positifs au nouveau Coronavirus, et paradoxalement, le taux de létalité le plus bas du royaume. Cela s’explique par la qualité de la prise en charge et les mesures mises en place dès le départ afin de renforcer l’arsenal sanitaire de la région, que ce soit en termes d’équipements pour les hôpitaux ou en personnel médical et paramédical. Ainsi, nous avons élargi la capacité d’accueil de la plupart des centres hospitaliers tout en procédant à la reconversion de certains locaux en espaces de confinement adaptés, et à leur restauration afin d’accueillir dans les meilleures conditions les patients.

Plus de 7000 cadres de la région (médecins, infirmiers, aides-soignants) se sont mobilisés jour et nuit pour fournir les soins médicaux nécessaires aux malades Covid-19, mais également à l’ensemble des patients demandeurs d’actes médicaux ou chirurgicaux dans les différents services des centres d’hospitalisation de la direction régionale de la Santé de Casablanca. Je salue l’engagement sans faille de ces “soldats” qui ont répondu présents à chaque fois, sans jamais invoquer la fatigue ou l’épuisement. La mobilisation du personnel soignant a permis de relever les défis liés à la crise sanitaire du Covid-19.

Des soins d’une grande qualité ont été prodigués aux malades, et la stratégie que nous avons déployée au niveau de la région s’inscrit en droite ligne des directives du ministère de la Santé et des protocoles thérapeutiques préconisés. Le Maroc a fait les bons choix grâce aux efforts fournis par toutes les parties prenantes.

Notre gestion de la pandémie au niveau régional a été exemplaire, et je m’en réjouis, car nous avons démontré qu’il est possible de déployer une réponse d’urgence face à une crise sanitaire urgente. Il est donc important, voire primordial de capitaliser sur tous ces acquis pour booster le système de santé dans notre pays. Le mot d’ordre est désormais La Santé pour tous, tout en bannissant les clivages qui peuvent exister entre les secteurs public et privé. Tout au long de cette pandémie, les deux secteurs ont travaillé côte à côte pour vaincre le virus…

Le Maroc s’est montré particulièrement résilient pendant cette crise sanitaire en mettant au point une série de protocoles thérapeutiques pour les malades Covid-19, en équipant des hôpitaux à travers le pays en matériel médical et de protection, et en augmentant rapidement la capacité en lits et les services de soins intensifs. Cela prouve que nous sommes à même de créer les conditions idéales pour le travail du personnel soignant, et que nous pouvons améliorer les prestations de l’ensemble des services, que ce soit l’accueil ou l’hébergement.

Il est également important de revoir la situation des professionnels de la santé qui ne doivent pas être assujettis au statut de la fonction publique, du fait de la nature même de leur travail, de la masse horaire à laquelle ils sont astreints, de leur mobilisation jour et nuit, des risques et dangers encourus pendant l’exercice de leur fonction… Toutes ces raisons et bien d’autres doivent inciter à revoir leurs salaires et conditions de travail.

Les plus faibles et les plus vulnérables d’entre nous sont, et nous le constatons au quotidien, les plus exposés aux maladies. Il convient alors de prendre ce paramètre en ligne de compte, de renforcer un système de santé préventif et d’améliorer les structures hospitalières.

Les multiples défis que nous avons gérés pendant cette pandémie, la rapide augmentation de la capacité en lits et des services de soins intensifs témoignent de notre aptitude à tirer vers le haut le secteur de la santé. Pour ce faire, nous devrons nous conformer aux normes recommandées par l’OMS en matière de financement du secteur de la santé, et en augmentant drastiquement le PIB dédié au secteur. Investir dans la santé et dans la formation des personnels doit être l’une de nos priorités.

Mais je reste optimiste, car l’épreuve que nous avons traversée a démontré sur le terrain notre force à faire face aux crises sanitaires. »

Dr Nabila Rmili, directrice régionale de la Santé de la région Casablanca-Settat

Commentaires

Commentaire