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Sonia Terrab : “Abroger l’article 490 ne signifie pas que nous poussons à la débauche” (5/9)


Modifier des lois “caduques” pénalisant l’intimité individuelle et qui sont en déphasage avec l’évolution de la société marocaine semble à l’heure actuelle aussi nécessaire qu’indispensable. Le point de vue de Sonia Terrab, romancière, réalisatrice et cofondatrice du mouvement “Hors-la-loi”.

“Depuis sa création, le mouvement “Hors-la-loi” dit les 490 a pris une ampleur considérable notamment à travers #STOP490 réclamant l’abrogation de l’article 490 du Code pénal criminalisant les relations sexuelles hors mariage. Cet hashtag a eu un retentissement national et international incroyable. Sur les réseaux sociaux, notre terrain, la mobilisation a été tel que #STOP490 a été partagé des milliers de fois sur Instagram, l’application des jeunes, traduisant leur soutien, leur engagement et leur soif de changement. Des célébrités à l’instar de Fatima Zahra El Jaouhari ont aussi eu le courage de se mobiliser, une prise de position qui a été suivie, pour certaines, de lynchage sur la toile. Les médias ont, eux aussi, relayé nos actions, abordant de façon décomplexé le thème sensible des relations sexuelles hors mariage. Le sujet n’est plus tabou. Le débat est lancé et il le sera d’autant plus à l’approche des élections législatives prévues cette année, nous y comptons bien. Car derrière l’article 490, il y a notamment des jeunes femmes violées, harcelées sexuellement ou victimes de Revenge Porn qui n’osent pas porter plainte. Dans le monde entier, cet acte n’est pas simple. Au Maroc, c’est pire, ces victimes peuvent se retrouver inculpées et passibles de prison en raison dudit article. C’est révoltant, injustice et inadmissible. Ce texte ne doit plus faire barrage et briser des milliers vies. L’abroger ne signifie pas pour autant que nous poussons à la débauche. L’intimité doit rester dans le domaine du privé. Elle doit être protégée et nous ne pouvons plus la vivre sous le regard omniprésent de l’État. Aujourd’hui, le Maroc souhaite, et est en voie de, rentrer dans la modernité. C’est notamment une vitrine d’avancées dans différents domaines, alors pourquoi ne pas être cette locomotive de changements sur cette question et un exemple pour la région et d’autres pays ? Aujourd’hui, un bon nombre de jeunes, nos cerveaux, quittent le pays car ils ne supportent plus vivre dans cette ambiance pesante où l’État surveille leur vie intime. N’est-il pas possible d’être amoureux, de marcher, de respirer sereinement ? C’est un drame auquel nous nous opposons ! La jeunesse vibrante qui se mobilise à nos côtés, se bat pour un autre Maroc. Un Maroc meilleur. Leur Maroc. Ne les ignorons pas !”

Prochain article :
Bouchra Abdou, militante féministe et directrice de l’Association Tahadi pour l’Égalité et la Citoyenneté (ATEC)

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