A la une Dossiers du mois

Ibtissame Betty Lachgar : “Le débat doit être recentré sur ces violences misogynes”(3/4)

Écrit par Khadija Alaoui

Modifier des lois “caduques” pénalisant l’intimité individuelle et qui sont en déphasage avec l’évolution de la société marocaine semble à l’heure actuelle aussi nécessaire qu’indispensable. Le point de vue de Ibtissame Betty Lachgar, psychologue clinicienne, porte-parole du mouvement M.A.L.I.

“Le 4 janvier dernier, Hanaa, 24 ans, a été condamnée à un mois de prison pour “outrage public à la pudeur” (article 483 du code pénal) et pour “rapports sexuels hors mariage”(article 490). Une vidéo de pornodivulgation a été partagée sur les réseaux sociaux. L’affaire de Hanaa ne relève pas véritablement de l’article 490 puisque Hanaa est victime de cyberviolences sexistes et sexuelles, encore peu reconnues et comprises au sein de la société civile et de l’opinion publique au Maroc. Que nous révèle alors cette affaire ? Que le traitement médiatique et juridique n’aide pas non plus à faire prendre conscience de leur ampleur et de leurs conséquences physiques et psychotraumatiques. Il convient d’éviter leur banalisation alors qu’il s’ agit là d’exploitation sexuelle, de traite des êtres humains. Dans le monde, 95% des victimes de la traite des êtres humains sont des filles et des femmes, majoritairement à des fins d’exploitation sexuelle. Il s’agit donc d’une problématique qui va au-delà de la simple question des libertés individuelles et de la liberté sexuelle. Ce qu’on nomme maladroitement “revenge porn”, n’est pas une relation sexuelle mais une violence sexuelle, un viol sur la place publique.

En étant condamnée en vertu de l’article 490, le système judiciaire se focalise sur une supposée action de la victime plutôt que sur la responsabilité de l’agresseur. Et Hanaa est doublement blâmée par une justice patriarcale avec l’accusation “outrage public à la pudeur” (deux ans de prison, contre un pour relations sexuelles hors mariage).

Au vu du contexte, il est nécessaire de comprendre la dynamique des cyberviolences sexistes, d’en faire ressortir les enjeux et de repositionner les agresseurs comme seuls coupables de leurs actes. Il est indispensable de recentrer le débat sur ces violences misogynes, la culture du viol et l’instrumentalisation de lois liberticides qui en découlent dont sont généralement victimes les femmes.

Certes, l’article 490 doit être abrogée, car c’est une violation des droits sexuels et reproductifs, mais il ne s’agit pas ici d’une condamnation pour relations sexuelles hors mariage “avérées”. Cette accusation contribue par ailleurs au sexisme de la machine judiciaire. Nous appelons la société civile à se mobiliser afin d’en appeler à la requalification des faits et de rendre leur place et leur dignité aux survivantes de toute forme de violences machistes.”

Prochain article :

Le point de vue de Soumaya Naamane Guessous, sociologue, professeur universitaire et écrivain

Commentaires

Commentaire