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La reine Victoria : l’âge d’or de l’Empire britannique

Écrit par Fatéma Chahid

Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, Impératrice des Indes, Victoria a fait de son pays la première puissance mondiale et a constitué un vaste empire “sur lequel le soleil ne se couchait jamais”. Son long règne de 63 ans a marqué l’histoire du 19ème siècle sous le nom de “L’ère victorienne”.

Dans la nuit du 20 juin 1837, au palais de Kensington, la jeune princesse Victoria est tirée de son sommeil par sa mère à 6h du matin. Elle lui dit que l’archevêque de Canterbury et Lord Cunningham l’attendent au salon pour une affaire des plus urgentes. En robe de chambre, Victoria se présente devant les deux dignitaires. Ils lui annoncent que le roi Guillaume IV, son oncle, est mort cette nuit à 2h12 et s’inclinent devant elle, l’appelant Majesté. Unique héritière du trône, la jeune princesse deviendra à cet instant précis Victoria, reine du Royaume-Uni, de Grande -Bretagne et d’Irlande. Elle a 18 ans.

Sa première décision sera d’exiger une chambre pour elle seule, sans sa mère, la très autoritaire et possessive duchesse de Kent. Quelques heures plus tard, la nouvelle souveraine entre dans la Chambre du Conseil du palais de Kensington et lit sa déclaration officielle en tant que reine face aux lords du royaume réunis. Ce sera le début d’un long règne qui va durer près de soixante-quatre ans. Alexandrina Victoria de Hanovre est née le 24 mai 1819 au palais de Kensington à Londres. Son père est le prince Edward duc de Kent, sa mère, allemande, est la princesse Viktoria de Saxe-Cobourg.

Elle reçoit une éducation raffinée mais très stricte, sans loisirs ni distractions, ni liberté ou amis. On prépare Victoria à devenir plus tard une reine d’exception. Elle parle plusieurs langues, l’allemand, l’anglais, le français, l’italien et le latin, se passionne pour l’histoire, la musique, le dessin et suit des cours d’élocution. Victoria travaille aussi son apparence et son maintien. Pas vraiment belle, petite et menue, à peine 1,50 m, de grands yeux bleus et un teint pâle, mais avec une prestance naturelle et un charisme déjà royal.

Une reine d’exception

Le premier acte politique de la jeune souveraine sera de maintenir à son poste de Premier ministre, Lord Melbourne qui défend comme elle les valeurs d’un libéralisme mesuré. Ce gentleman de 58 ans est très influent et se révèlera vite précieux et indispensable. Pour bénéficier à tout moment de ses conseils avisés, la jeune reine l’installe près d’elle au château de Windsor. Cette promiscuité fera jaser dans les gazettes populaires qui surnomment Victoria “Mrs Melbourne”.

Le 28 juin 1838, jour de son couronnement, Victoria quitte Buckingham Palace où elle s’est installée et entre dans l’abbaye de Westminster. Son couronnement sera une grandiose cérémonie. Depuis deux jours, Londres est en liesse. Le peuple anglais est ému, heureux de voir une souveraine juvénile, pleine d’énergie et de bonne volonté.

Reine populaire et aimée d’emblée, il manque à présent à Victoria de se marier. Grâce à son oncle maternel Léopold roi des Belges, elle croise, en 1839, le chemin d’Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, son cousin germain, de belle noblesse allemande. Entre eux, c’est le coup de foudre. Très amoureuse, la jeune reine demande Albert en mariage, et, le 10 février 1840, le couple se marie dans la chapelle royale du palais de St James. Leur entente sera parfaite. Un an après, naît une petite fille. Entre 1840 et 1857, suivront huit autres enfants.

Comblée de bonheur, Victoria délègue de plus en plus de charges à son mari. Albert, devenu prince consort, se révèle efficace et impose une rigueur et une austérité jamais vues dans le royaume. La reine voyage beaucoup pour aller à la rencontre de ses sujets en Angleterre, Ecosse et Irlande.

Une reine aimée puis détestée

Victoria lance les premières Garden parties de l’histoire du pays, organise des bals de valse anglaise et de brillantes réceptions où se retrouve l’aristocratie de toute l’Europe. Elle et Albert sont des mécènes, passionnés d’art et d’architecture. Ils collectionnent des tableaux de maître et des objets rares qui vont enrichir la célèbre collection d’art des Windsor, The Royal Collection. Ils réalisent de grands travaux d’agrandissement et d’embellissement des châteaux de Balmoral et du palais de Buckingham. Une architecture nouvelle, élégante et cossue transforme le visage de Londres et crée un style de vie inédit.

Cette ère prospère, nommée “victorienne” rayonnera alors à travers l’Europe entière et atteint un sommet éclatant durant l’Exposition universelle de 1851 à Londres, qui attire plus de six millions de visiteurs. Le prince Albert y gagne en notoriété, Victoria devient une reine aimée et estimée.

Leur bonheur prend fin brutalement le 14 décembre 1861 quand Albert meurt d’une fièvre typhoïde. Dévastée par le chagrin, Victoria entame un deuil interminable, s’éloigne du pouvoir et ne s’habillera plus que de noir jusqu’à la fin de sa vie. Elle disparaît dans ses palais et s’enfonce dans la dépression. Elle songe même à abdiquer. Le peuple, se sentant négligé, se met à détester sa reine.

C’est à cette époque que Victoria rencontre à Balmoral John Brown, un grand et bel Ecossais d’une trentaine d’années, ex-premier valet de feu son mari. En sa compagnie, la jeune femme retrouve le sourire. Il devient son confident et son bras droit, Victoria se sent femme à nouveau. La rumeur enfle et se répand à Londres. On les dit secrètement mariés. Après dix ans d’absence, elle décide de réapparaître en public lors d’une messe à la cathédrale St Paul mais, preuve du rejet de son peuple, un homme tente de l’assassiner. Elle devra la vie sauve à John Brown. On la force à se séparer de son ami et confident, et cette perte affective sera pour elle un déclic pour sa reprise des affaires du royaume.

Epaulée par le brillant Premier ministre Benjamin Disraeli, Victoria va renouer avec son peuple et reprendre les rênes pour sauver la monarchie. Grâce à une marine de guerre brillante, elle entame une politique d’expansion territoriale. Seront colonisés les Indes, le Canada, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Indonésie et plusieurs îles. Le royaume devient un puissant et vaste empire sur lequel “le soleil ne se couche jamais” car il couvre tous les continents. Victoria prend le titre d’Impératrice des Indes. Elle règne alors sur 350 millions de sujets, un quart de la population mondiale.

L’ère victorienne

Un autre homme va entrer dans sa vie : Abdul Karim, un domestique indien de 24 ans. La reine en a 68. Elle l’appelle “Mon tendre enfant”. Par lui, elle tombe amoureuse de l’Inde. Malgré la vive réprobation de la famille royale, Victoria impose Abdul et le garde auprès d’elle jusqu’à la fin de sa vie.

En 1897, Victoria, acclamé par son peuple, fête ses 60 ans de règne avec un faste inégalé. Ce sera sa dernière apparition publique. Après plus de 63 ans de règne, fatiguée, usée, elle s’éteint le 22 janvier 1901, à l’âge de 81 ans. L’aîné de ses petits-fils lui succède sous le nom d’Edouard VII.

À sa demande, seront posées auprès d’elle dans son cercueil, la robe de chambre d’Albert ainsi qu’une mèche de cheveux de John Brown, mort avant elle. Ses obsèques nationales auront lieu le 2 février 1901 dans la chapelle de Windsor devant une foule immense et un grand nombre de souverains.

L’ère victorienne a marqué l’apogée de la révolution industrielle, des sciences  et de l’architecture avec des réalisations comme la machine à vapeur, le tunnel sous la Tamise, le premier métro, la gare Waterloo, le célèbre pont Tower Bridge, la fameuse cloche Big Ben, le Royal Albert Hall, sans oublier Charles Darwin et sa théorie sur l’origine des espèces.

C’est aussi l’âge d’or de la culture avec une littérature dite “victorienne” où le roman s’impose avec Charles Dickens, Sir Arthur Conan Doyle, les sœurs Brontë, Bernard Shaw ou Oscar Wilde.

La reine Victoria est appelée “la grand-mère de l’Europe” car ses descendants se retrouvent dans toutes les cours européennes.

Souveraine d’exception, elle a exigé qu’après elle, aucune autre reine ne porte le nom de Victoria. 

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