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Une rétrospective dédiée à Farid Belkahia au Centre Pompidou à Paris

Écrit par Khadija Alaoui

140 œuvres retraçant le parcours de Farid Belkahia, et rendant hommage à son génie créateur occupent actuellement une bonne partie des galeries du Centre Pompidou à Paris. L’exposition devrait durer jusqu’au 19 juillet prochain.

Les premières photos de la rétrospective consacrée par le Centre Pompidou aux œuvres de feu Farid Belkahia promettent une magnifique immersion dans l’univers de l’artiste. Le voyage pictural, riche en escales fortes sur une période de plus de 60 ans de création, revient sur la période expressionniste de l’artiste à Prague, ses œuvres sur peau, L’École de Casablanca, le choix du cuivre, ses dessins et autres sculptures. Fruit d’un partenariat avec l’Arab Museum of Modern Art de Doha et d’une étroite collaboration avec la fondation Farid Belkahia de Marrakech, cette rétrospective recèle de nombreux trésors, dont une œuvre importante, à savoir “Hommage à Gaston Bachelard” peinte en 1984 par l’artiste et qui a rejoint la collection du Centre Pompidou en 2013.

Feu Farid Belkahia, disparu en 2014. La première rétrospective jamais dédiée dans ce lieu à un artiste arabe.


Cette première artistique s’est imposée avec force tant l’empreinte de cet artiste iconoclaste a été déterminante dans l’émergence du courant de la modernité artistique marocaine postcolonial.

Un pionnier de la peinture contemporaine 

Disparu en 2014, Farid Belkahia a laissé à la postérité une œuvre monumentale, nourrie, comme il se plaisait à le répéter par sa “terre, ses couleurs, ses odeurs et sa sensualité inouïe”. La ville ocre, ses parfums et ses ambiances avaient été intrinsèquement liés à l’acte de créer de l’artiste. La réflexion esthétique et ses exigences avaient dès lors constitué le socle d’une œuvre sans concession. Et c’est dans les matériaux immémoriaux que l’artiste avait puisé l’essence même d’une quête identitaire, en questionnant de façon originale et brillante l’objet et la matière pour des réinterprétations réussies du patrimoine et de l’art. Aussi, que ce soit par le biais du cuivre ou de la peau, l’artiste trouvait toujours matière à enchanter un monde imaginaire, nourri de symboles, de traces et de signes.

Ses séjours en Europe, en Chine, en Afrique ou encore aux USA ont forgé cette personnalité singulière qui se nourrissait de la terre marocaine et de l’humain, dans son acceptation générale, pour donner naissance à une œuvre unique. Viscéralement ancré dans la modernité, sans tourner pour autant le dos aux valeurs anciennes, Farid Belkahia avait exprimé à travers ses créations, de façon égale, son attachement à l’universalité, aux signes culturels traditionnels et à la réconciliation avec les origines. L’œuvre de l’artiste, repère incontournable de la conscience plastique marocaine contemporaine, est un chant incandescent à la mémoire, à l’identité, au patrimoine et aux traditions.

Le destin d’un peintre

Né à Marrakech en 1934, Farid Belkahia a baigné, tout jeune, dans un univers artistique, grâce à son père qui fréquentait alors des cercles d’artistes étrangers et qui reçut Nicolas de Staël et rencontra Matisse. Plus tard, c’est dans l’atelier de Olek Teslar que Farid Belkahia fait son apprentissage de la peinture et réalise sa première toile. En 1955, Farid Belkahia intégre l’Ecole des Beaux-arts de Paris. Sitôt sa formation terminée, le voilà à Prague pour y suivre des cours de scénographie. Observateur averti des régimes politiques, ayant vécu de près la déposition du Roi Mohammed V, les dernières heures du protectorat, sa peinture va refléter fidèlement ses états d’esprit. La violence humaine et la préoccupation pour la douleur sont alors omniprésentes dans sa peinture. Mais, déjà, les critiques d’art évoquent “l’obsession du cercle et de la flèche”. Ces deux symboles seront “une sorte d’alphabet personnel qui fonctionnera comme un repère nécessaire à l’expression d’une conception particulière de l’être”.

Revenu au Maroc en 1962, Belkahia accepte le poste de directeur de l’Ecole des Beaux-arts de Casablanca. L’artiste va s’entourer d’une équipe d’enseignants et d’artistes de qualité, dont notamment Mohamed Chabâa et Mohamed Melehi, qui l’aidera à rénover le concept de l’enseignement de l’art au Maroc.  Pendant 12 ans, Belkahia se dévoue à la mission qu’il s’était assigné. C’est à cette époque aussi qu’il abandonne la peinture à l’huile pour entamer un long voyage à travers la matière. Le cuivre l’interpelle. Il s’y frotte pendant de longues années, y sublime des formes, avec énergie et passion avant d’opter, définitivement, pour la peau. Ce matériau va le mener au bout d’une quête insatiable. Les signes qui ont enchanté depuis ses œuvres les ont illuminés de cette lumière rare et précieuse qui en fait des créations uniques, originales et si singulières. 

Paris, Centre Pompidou, Galerie du Musée et Galerie d’art graphique, niveau 4, jusqu’au 19 juillet 2021.

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