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Savoir-faire traditionnels pour une création franco-marocaine


Dans le cadre du programme de résidence “Voyager pour apprendre les Métiers d’Art” porté par la Fondation Culture et Diversité en partenariat avec l’UNESCO, Maëlie Lacour, artisane et designeuse textile française, et Fatiha Amraoui, tisserande de la coopérative Bouharch de Aïn Leuh partagent leur savoir-faire pour donner naissance à une collection unique dont les échantillons seront présentés à l’étranger.

“C’est un dialogue technico-créatif favorisant les échanges culturels et les transferts de compétences”, explique Julie Defudes, cofondatrice de l’entreprise sociale marocaine Dar islie, une plateforme qui se veut un lieu d’échanges, de partage et d’innovations autour des savoir-faire traditionnels dont regorge le Maroc. Après le projet “Pensées nomades” lancé en 2017, Dar islie poursuit son travail d’accompagnement et de valorisation des savoir-faire détenus par les tisserandes de la coopérative féminine Bouharch de Aïn Leuh, en prenant part, cette fois-ci, au programme de résidence “Voyager pour apprendre les Métiers d’Art” porté par la Fondation Culture et Diversité. Créée en partenariat avec l’UNESCO et sous le patronage de la Commission nationale française pour l’UNESCO, cette résidence permet à des étudiants français ou internationaux en métiers d’art d’acquérir de nouvelles compétences auprès d’artisans et maîtres d’art. Depuis mars dernier, Maëlie Lacour, artisane et designeuse textile française, s’est ainsi établie au sein de la coopérative Bouharch de Aïn  Leuh pour cocréer avec Fatiha Amraoui, membre de cette coopérative depuis 11 ans, une collection de tissus d’ameublement. “Dar islie propose ici une nouvelle lecture des textiles du Moyen Atlas en alliant préservation de savoir-faire d’exception séculaires et création contemporaine”, développe Julie Defudes qui, à travers ce projet, porte une nouvelle fois, une initiative valorisante, novatrice et éco-responsable.

Transmission des gestes et soutien aux tisserandes

“Avant de venir, j’attendais avant tout de sortir de ma zone de confort d’un point de vue humain et artistique, confie Maëlie Lacour qui reste jusqu’à fin juin, au sein de la coopérative. J’avais envie de me confronter à de nouvelles manières de faire et de concevoir un projet textile afin de requestionner mes propres pratiques.” Malgré la barrière de la langue, les deux artisanes partagent en toute complicité leur savoir-faire que ce soit les techniques du tissage natté, du tissage de boucle ou encore ceux propres aux nœuds berbères, à la création de motifs Hanbel et aux boucherouite. “Étant artisanes, nous nous comprenons grâce aux gestes, lâche-t-elle. Pour moi, il était primordial de m’asseoir derrière le métier pour comprendre et effectuer les techniques.” Et d’enchaîner : “Ce positionnement me permet également de ressentir les douleurs physiques qui accompagnent le tissage, mais aussi de sentir les moments de méditation lorsque l’on répète le même geste un grand nombre de fois. Le tissage est à la fois un savoir-faire et un état d’esprit où la lenteur est primordiale.” Pour Maëlie Lacour, les motifs et le savoir-faire marocain, qui est unique en son genre, sont riches d’une histoire métissée et de significations ancestrales. “C’est un patrimoine essentiel à préserver tout en le faisant évoluer avec son temps”, appuie-t-elle. De son côté, Fatiha Amraoui attend beaucoup de cette aventure créatrice. “Avant la pandémie, j’avais un revenu qui me permettait d’aider mon mari tout en étant autonome, raconte Fatiha. Mais le confinement a paralysé le secteur et ainsi nos vies.” La coopérative Bouharch de Aïn Leuh compte 20 tisserandes, toutes  mariées et ayant des enfants. “Aujourd’hui, nous avons encore trop peu de commandes, ce qui ne permet pas aux femmes de la coopérative de vivre de leur métier…”, déplore Itto Zaka, la présidente de la coopérative, espérant, elle aussi, que le programme de résidence “Voyager pour apprendre les Métiers d’Art” redonne enfin du souffle à sa coopérative.

Une collection prometteuse

“Ce projet met également en lumière la dextérité et le potentiel des tisserandes tout en leur permettant une montée en gamme de leur travail”, indique Julie Defudes. Car la collection signée par Maëlie Lacour et Fatiha Amraoui, sous la direction artistique et les conseils de Julie Defudes, a permis la réalisation d’échantillons montrant le savoir-faire des femmes de la coopérative d’une manière innovante. “L’ensemble des techniques marocaines seront à l’honneur, elle seront seulement traitées dans des thématiques esthétiques moins traditionnelles, assure la designeuse française. La difficulté première que nous rencontrons est celle des finitions, car proposer une montée en gamme nécessite de s’adapter à une clientèle exigeante avec des critères de qualité très élevés tout en trouvant des solutions techniques adaptées au travail des femmes de la coopérative.” Présentés dans quelques mois à l’étranger, les échantillons conçus sont déjà synonyme d’espoir pour ces tisserandes, puisque, comme l’appuie Julie Defudes, “les commandes engendrées par ce projet leur amèneront des revenus qui seront enfin à la juste valeur de leur savoir-faire qui est de plus en plus rare et précieux !”.

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