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La censure, un mal qui ne dit pas son nom

Écrit par admin

Non ! Ça tient en trois lettres, pas plus… Mais le pouvoir de ce petit mot qui ne paye pas de mine est immense. Politiquement incorrect, il en effraie plus d’un et fait trembler les plus puissants. Non ! Trois lettres pour exprimer son désaccord, son envie de changement… Nous, et bien d’autres, disons « non » à la censure, ce mal sournois qui ronge les arcanes de notre société et balaie d’un revers de la main notre rêve de voir, un jour, le Maroc devenir le plus beau pays du monde…

Hassan Aharrat, secrétaire général de l’Association Marocaine des Droits Humain

FDM : La censure est-elle pratiquée de la même manière qu’il y a quelques années ?

Hassan Aharrat : Tout le monde connaît l’impact de la censure sur la vie publique au Maroc, en particulier pendant les années de plomb, période pendant laquelle la censure a fait son oeuvre dans les journaux, les magazines, les livres et dans bien d’autres formes d’expression (cinéma, théâtre, festivals, séminaires politiques ou culturels …). La fréquence d’utilisation de la censure peut différer d’un cas politique à un autre, et souvent, le recours à celle-ci augmente quand des tensions politiques se font sentir, comme dans l’exemple de soulèvements et de contestations politiques, économiques et sociales. Aujourd’hui, il semble qu’avec l’émergence de récents changements (médias électroniques, printemps arabe…), la censure ne s’opère plus de la même manière. Elle n’intervient plus seulement comme un mécanisme pour protéger des intérêts et maintenir un équilibre, mais elle poursuit son oeuvre par le biais de nouvelles méthodes, en poussant les gens à l’autocensure, en faisant couler des supports informatifs sous le poids d’énormes amendes, en enfermant des journalistes en prison (comme dans le cas de Rachid Nini), et en ayant recours à des poursuites judicaires contre eux en se basant sur le droit pénal.

Sa pratique a-t-elle diminué ? Y a-t-il des avancées en la matière ?

Des évolutions ont eu lieu au Maroc et à l’étranger, notamment s’agissant de l’émergence de revendications démocratiques et en matière de droits de l’homme. Exemples de ces mesures majeures : la redéfinition des pouvoirs du chef du gouvernement, la dénonciation des crimes d’ordre politique, financier et administratif, et de tous ceux qui sont impliqués dans ces scandales. Parmi ces derniers, figurent d’ailleurs de grands noms qui continuent d’endosser des responsabilités dans la vie politique. Dans l’ensemble, l’absence de volonté politique pour rompre avec la censure laisse entendre une volonté de contrôle, récemment prouvée par l’interdiction de certaines publications étrangères (par exemple, l’hebdomadaire français “Le nouvel Observateur” et le journal espagnol “El Pais”), habituellement distribuées au Maroc, sous prétexte que celles-ci ont porté atteinte à la personne du roi et ont violé des principes sacrés de l’islam.

Censure et liberté d’expression sont-elles compatibles ?

Il n’y a pas de coexistence possible entre la censure et la liberté d’expression. Lorsque le contrôle l’emporte, qu’il soit pratiqué fréquemment ou pas, on ne peut pas parler de liberté d’expression. La pratique de la censure est le dernier des indicateurs de respect de la démocratie et des droits de l’homme dans un pays, et celle-ci s’oppose fondamentalement à la critique, à l’autocritique, au droit d’être en désaccord et de défendre son opinion. Le besoin de contrôler l’information est révélateur d’un retour en arrière, d’une faiblesse et d’une tentative de brouiller les faits…

Pourquoi pratique-t-on la censure ? Peutelle se justifier ?

Qui a recours à la censure craint la vérité. Comme on le sait, c’est l’Autorité qui pratique la censure, afin de mieux profiter de sa position, de défendre ses intérêts, de faire silence sur certains scandales tout en l’exercice de la violence…

A force d’être censuré, finit-on par s’autocensurer ? Et si c’est le cas, est-ce une bonne chose ?

Parmi les fonctions de la censure, il y a la volonté de semer la terreur au sein de la communauté afin que celle-ci accepte un statu quo et garde le silence sur certains aspects négatifs. Ceci implique notamment la fin de la créativité dans laquelle la liberté d’expression puise ses racines. Ce qui est dangereux, c’est précisément la soumission et le fait de tomber dans le piège de ce statu quo en l’acceptant, et de ce fait, en pratiquant l’autocensure, qui est bien la pire censure qui soit. â– 

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