A la une Working girl

Ces clichés qui nous collent au tailleur

Écrit par Sabel Da Costa

L´égalité au travail et dans l´entrepreneurship, on aimerait bien. Mais c´est sans compter sur le vieux stock de stéréotypes et les esprits mal dégrossis. Les idées préconçues ont la peau dure et sont blindées d´antioxydants

En 2000 comme en 60, les remarques absurdes et les conclusions hâtives sur les femmes au travail sont pratiquement demeurées inchangées. L´image d´une employée fragile, peu ambitieuse et décorative a la vie dure, quand bien même les contre-exemples n´ont eu cesse de se multiplier. Entre expressions machistes et raccourcis erronés, il faut avoir beaucoup d´humour pour continuer à progresser et une bonne de dose de second degré pour lire ce qui va suivre sans hurler.

Les femmes sont meilleures en back-office
Procédurières, méticuleuses, soucieuses des détails, on nous préfère souvent derrière le rideau, à « peaufiner » plutôt qu’au devant de la scène. Décryptage : nous sommes d’excellentes exécutantes. Ce n’est pas en notre faveur parce que nous sommes aussi (la plupart du temps même !) des preneuses de décision.

Trop belle donc pas très sérieuse
Femme ou cadre, il faut choisir. Féminine ou brillante, il faut choisir aussi. Partir du principe qu’une femme qui soigne son apparence n’a pas forcément la tête à son job est un raisonnement qui n’a pas fini de nous plomber. Un visage harmonieux, des efforts vestimentaires, un sourire trop bright et nous voilà reléguées au rang « d’aguicheuses », « de mauvaises élèves », de « distraction pour nos collègues mâles ». Insidieux, profondément ancré dans les esprits et dangereusement expéditif…

Physique ingrat = taillée pour le dur labeur
Corollaire illogique du cliché précédent. Qu’est-ce qu’un physique ingrat d’abord ? Vaste débat. Ensuite, une fois qu´on est rangées dans cette boîte-là (pas de décolleté qui vaille le détour, pas de longs cils, pas de jambes fuselées), on est automatiquement cataloguées de « bêtes de somme ». Parce qu´on le vaut bien.

Pas besoin d´un salaire égal à celui d´un homme, nous sommes soutenues financièrement par quelqu´un
On le sait, le revenu d’une femme ne lui sert pas à grand-chose car d’autres prennent déjà tout en charge pour elle. Nous avons forcément un père, un frère, un époux ou un pourvoyeur bien intentionné pour subvenir à nos besoins. C’est avec la conscience lavée de tout remord que ce système perdure depuis que nous avons investi le marché du travail. Un peu comme pour les parts d’héritage. Mais bien sûr…

La venue d’un bébé entraîne une baisse de productivité
Une mère a des obligations de mère et son travail perd de son intérêt quand elle le devient. Là où l’entreprise pense croissance, elle pense biberon, crèche, rougeole et vaccin. C’est généralement dans cette période que sont décidées les mises au placard non avouées. Les choses se feront proprement pour ne pas encourir une poursuite judiciaire mais bizarrement les trucs importants commenceront à nous passer sous le nez.

Les femmes sont meilleures en marketing et en com’
Parce qu’elles sont souriantes, communicatives, qu’elles aiment la parlote, la papote, l’agitation. C’est peut-être vrai mais nous aimons le reste aussi. La politique, les maths, le droit pénal, l’ingénierie, la mécanique. Bref tout le reste !

La finance, c´est pour les hommes
Ça rappelle un peu le film Wall Street, dans lequel ces dames ne sont là que pour profiter des retombées juteuses de la bourse pendant que ces messieurs s’évertuent à placer, vendre, acheter et bâtir des empires. Si Forbes arrive à répertorier une centaine de financières chaque année parmi les plus grosses fortunes mondiales, c’est qu’il doit y en avoir beaucoup plus sous la roche qu´on ne le pense…

Nous savons faire plusieurs choses à la fois
Un atout/cliché qui se retourne souvent contre nous. Plusieurs choses à la fois équivaut à tirer sur la corde et à presser à froid les détentrices de ce super pouvoir. D´accord, fardeau accepté ! Maintenant, on peut revoir les salaires à la hausse ? Et la promotion, on peut en parler?

Nous nous chamaillons beaucoup au travail
Bien sûr, les hommes ne se disputent jamais, ne sortent jamais de leurs gonds, ne ressentent aucune jalousie et restent toujours maîtres d’eux-mêmes. Quoi qu’il arrive, ils gèrent. D´ailleurs, le mot harpie n´a pas de masculin et hystérique vient d’utérus. Ben voyons…

Nous ne savons pas gérer le pouvoir
Trop laxistes ou trop tyranniques, jamais de juste milieu. Les femmes aiment le pouvoir mais ne le maîtrisent pas vraiment, à moins de consentir à de gros sacrifices et de renoncer à leur identité. Toutes celles qui savent s’ y prendre sont en fait des clones créés en laboratoire sur la base d’un ADN masculin.

Trop émotives au boulot
Menstrues, détresse nerveuse, pics hormonaux, enthousiasme à la vue d’une paire de chaussures en solde, peine de cœur, ovulation, nous sommes des composants chimiques très volatiles, d´où la difficulté de nous prendre au sérieux.

Nous n´avons pas toujours le sens des priorités
Là encore, c’est plus une aptitude d’hommes. En deux temps et trois mouvements, Super Mâle a tout solutionné pendant que chromosome XX en est encore à s´interroger sur ses menus light en cette veille de Sainte-Bikini ou à booker des rendez-vous chez son coiffeur.

Les tâches de longue haleine ne nous conviennent pas
Alors autant briefer un homme ou nous mettre en binôme au cas où l´on claquerait sous l´effet d’un SOGS (syndrome obscur de dérèglement général). Pathologie féminine non répertoriée par l´OMS, on tient à le préciser.

Tout ça, c´est dans notre tête !
Nous sommes paranoïaques, point barre. Tout va très bien, tout est mis en place pour notre épanouissement professionnel, seulement voilà, nous sommes d´éternelles insatisfaites, toujours prêtes à crier au loup et à nous victimiser. Et dépourvues d´humour avec ça.

Trois questions à
Siham Alaoui, DGA du cabinet SACCOM RH et coach certifiée en accompagnement interculturel
Les femmes doivent assumer leur force

Pourquoi ces clichés sont-ils si tenaces ?
Plusieurs raisons expliquent la persistance de ces clichés. Nous héritons d´un patrimoine socio-culturel imprégné de culture arabo-musulmane qui veut que la femme ait d’abord un rôle au sein du foyer. Cela ne fait qu’une dizaine d’années que le nouveau Code de la famille a libéré la femme de la tutelle masculine. En dernier lieu, la femme représente légalement la moitié d’un homme en témoignage et en héritage. Dans un tel contexte, comment voulez-vous éradiquer complément ce genre de clichés ?

Les femmes managers ont-elles également des a priori ? 
Elles sont imprégnées par le milieu dans lequel elles baignent. Peut être moins parmi celles qui se sont battues pour atteindre des postes de direction, car elles ont certainement fait face à des difficultés en cours de route. Ceci étant, elles doivent effectuer un travail considérable sur elles-mêmes pour pouvoir en faire abstraction. Personnellement, j’ai eu des femmes managers comme clientes qui exigeaient de travailler avec des hommes plutôt que des femmes ou le contraire. Il est vraiment compliqué, pour ne pas dire impossible, de se débarrasser complètement de toutes nos idées préconçues. Nous sommes en partie responsables de ce qui perdure dans une société. Quel a priori avons nous, en tant que femmes, face à une femme jolie, à une intellectuelle carriériste ou une haut gradée dans la gendarmerie ?

Comment lutter efficacement contre ces préjugés ?
Je parlerais plutôt de prise de conscience. Nous pouvons apporter des changements à un certain état d’esprit. Commençons déjà par porter un regard bienveillant sur les autres femmes. Soyons fières et reconnaissantes lorsque l’une d’entre nous décroche un job, se forme, obtient un diplôme, un certificat. Si les femmes assumaient et assimilaient leurs avancées, elles s’émanciperaient peut-être du regard de l’autre qui comprendrait alors qu’il n’a plus d’autre choix que celui de l’acceptation.

 

 

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