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Le Caftan, toute une histoire (2/3)


C’est un vent de modernité qui a subtilement soufflé sur les Caftans. Au fil du temps, la tenue traditionnelle, chère à nos cœurs et portée par la mariée, a suivi le pas de l’émancipation de la femme. Une remontée dans le temps avec la célèbre créatrice Aicha Skalli, fondatrice de Caftan Skalli.

Crédit photo : Brahim Taougar

 … Une audace, une époque

Lorsque j’ai démarré en 1985, la mode était au satin de soie naturelle sur lequel nous pouvions ajouter nos propres broderies et couleurs”, se rappelle Aicha Skalli qui a également travaillé avec du brocard, car “la mode revient toujours”, comme elle le dit si justement. À cette époque, le perlage avait fait son entrée, mais la variété ne se limitait qu’aux cristaux, paillettes et autres matériaux de qualité moindre que de nos jours. Puis, est (re)venu le temps du velours dans les années 90. En 2000, les pierres Swarovski commençaient à scintiller de mille feux sur les Caftans, la tendance penchait plutôt vers la mousseline et la ceinture portée avait déjà commencé à perdre en épaisseur. Ainsi, sa taille était passée de 20 cm à 6 voire 7 cm. “Je pense que, par moments, les créatrices ont été inconsciemment influencées par la mode occidentale, la preuve notamment avec la ceinture corset en cuir qui faisait fureur fin 90-début 2000”, lâche Salima El Boussouni.

Et Aïcha Skalli de justifier qu’elle encourageait cette ceinture (6 cm) pour camoufler la découpe à la taille notamment pour le Caftan coupe cloche. Autre évolution de taille : les manches. “Alors qu’à la fin du siècle dernier, elles étaient amples, à savoir de 35 à 40 cm, elles ont ensuite mesuré 27 cm dans les années 2000”, poursuit la fondatrice de Caftan Skalli qui est allée encore plus loin dans ses créations. En effet, les Caftans sans manche dans les années 90, c’est elle.

De l’audace, elle en a eu aussi en dessinant des tenues décolletées. “Je les avais tout d’abord proposées aux Algériennes qui adoraient les tenues “ouvertes” notamment avec des fentes remontant jusqu’en haut des cuisses, conte-t-elle. Mes Caftans leur avaient alors tapé dans l’œil, avant de séduire à leur tour les Tunisiennes du Maroc, les Egyptiennes et enfin les Marocaines qui étaient plus conservatrices qu’aujourd’hui.” Et de clamer haut et fort : “La raison de mon audace est venue de Salima.”

En 2000 également, le Chanton de soie et l’Organza de soie transparent ont fait leur apparition tout comme la Dentelle de Calais, tissu haut de gamme, délicat et relativement cher pour l’époque, comme le soulignent les deux créatrices. « Contrairement aux années 80 où le tissu était simple et le travail chargé, la mode était d’opter, en ce temps-là, pour des tissus travaillés, comme un brocard avec perlage, et d’en proposer une façon simple, telle qu’une finition Sfifa ton sur ton », développe Salima El Boussouni, avant que sa mère déplore que le Zwak mâalem ait été “abandonné” au profit de la broderie machine, mais cela ne fut qu’un temps. Il était impensable de délaisser le travail Zwak mâalem, d’autant qu’il embellissait à la perfection la tenue devenue un peu plus fluide…. A suivre…

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