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L’émancipation passe par l’alphabétisation

Écrit par Khadija Alaoui

Au Maroc, 44% de la population est analphabète ou illettrée. Les femmes sont les principales victimes de cette situation d’exclusion et de dépendance, car n’en doutons pas, l’émancipation passe par l’alphabétisation.

Les chiffres de l’illettrisme et de l’analphabétisme sont effarants, et plus grave encore, ce fléau cible en priorité les femmes. Selon l’UNESCO, 493 millions de femmes dans le monde ne maîtrisent pas les bases de la lecture ou de l’écriture. Au Maroc, elles sont près de 53% à ne savoir ni lire ni écrire, et la majorité d’entre elles est concentrée dans le monde rural. Et bien que d’immenses progrès ont été enregistrés au cours de ces 20 dernières années, les défis à surmonter n’en demeurent pas moins importants, car pour une majorité de nos concitoyennes, lire, écrire, compter est un monde sibyllin et opaque. Bien évidemment, ce handicap place les femmes dans une situation d’exclusion et de dépendance lourdes pour elles, et aux conséquences nocives pour l’avenir de leurs enfants. Car comment peuvent-elles contribuer au développement du pays si elles n’ont aucun accès au savoir ? Comment peuvent-elles espérer une ascension sociale si elles sont incapables de mettre en mots le monde ?

Des vœux et un constat

Une journée nationale de lutte contre l’analphabétisme, de multiples initiatives d’alphabétisation menées dans les différentes régions, plus de 8 millions de personnes alphabétisées au cours de la dernière décennie… Les stratégies déployées n’ont pas été payantes à 100% car l’apprentissage prodigué s’appuie principalement sur une approche scolaire alors que l’alphabétisation des adultes se doit d’être fonctionnelle, inscrite dans une logique qui respecte l’apprenant, ses expériences de vie, ses connaissances, sa réalité et ses rythmes d’apprentissage. C’est cette approche qui permettra à l’apprenant d’interagir avec son quotidien, en sachant lire une facture d’électricité ou compter la monnaie par exemple… Il est peu probable que ce soit cette approche-là qui est favorisée, et l’apprentissage focalise plus sur la lecture et l’écriture que les compétences nécessaires à la vie quotidienne, personnelle, sociale ou professionnelle.

Le vœu d’éradiquer l’analphabétisme à l’horizon de l’an 2030 se heurte toujours aux faits : 44% de la population n’a jamais fréquenté un établissement scolaire ou est illettrée, la scolarité, même si elle est obligatoire, l’est surtout au niveau des textes, car aucun contrôle systématique n’est instauré pour obliger les parents à envoyer leurs enfants à l’école. Et quand ces derniers sont scolarisés, le décrochage scolaire et le redoublement contribuent à les jeter dans la horde des illettrés. Les filles et les plus démunis, dans les campagnes et les zones reculées, sont davantage touchés par cette non scolarisation. De plus, en l’absence d’un enseignement gratuit et de qualité et d’une volonté ferme d’éliminer toutes les disparités liées au genre, la situation ne pourra pas s’améliorer à court terme. Ce qui fait dire à certains experts que l’éradication de l’analphabétisme et de l’illettrisme ne sera effective qu’en 2040 pour les femmes.

Un handicap lourd de conséquences

Synonyme de développement durable, de lutte contre la précarité et d’autonomisation des femmes et d’intégration sociale, l’alphabétisation est la clé pour un avenir meilleur, un mieux vivre et un mieux être pour toutes et tous. Malheureusement, l’analphabétisme et l’illettrisme sont une réalité quotidienne pour les femmes, un véritable handicap qui se perpétue de génération en génération. Les filles abandonnent très tôt les bancs de l’école (ou ne les fréquentent jamais) pour aider leur famille. Une fois mariées, elles perpétuent ce même schéma avec leurs propres enfants, obligés à leur tour d’abandonner l’école pour les mêmes causes.

Ce sont autant de raisons qui ont incité des ONG à s’impliquer sur le terrain pour apporter une aide efficace aux jeunes femmes en butte à l’illettrisme. L’objectif est de les outiller pour qu’elles puissent en tirer profit dans leurs activités quotidiennes.

“Write Her Future”

C’est également dans ce cadre que la marque de luxe Lancôme a choisi de s’engager pour une cause en phase avec ses valeurs et sa dimension internationale, à savoir l’illettrisme des jeunes femmes à travers le monde. En partenariat avec l’association Care qui accompagne près de 60 millions de personnes dans 90 pays, la marque a concentré ses efforts dans trois pays (Maroc, Thaïlande et Guatemala) avec des approches différentes prenant en ligne de compte les spécificités locales. Ainsi, au Maroc, le programme mis en place a pour objectif de réduire l’échec scolaire des enfants tout en facilitant la participation des jeunes mères à l’éducation. En Thaïlande, le programme a choisi de faire reconnaître les femmes en tant qu’actrices du monde économique, tandis qu’au Guatemala, le programme se concentre sur l’intégration des femmes mayas pour les aider à faire respecter leurs droits.

Lancé au Maroc début 2018 et s’échelonnant sur  quatre ans, le programme “Write Her Future” cible la région de Casablanca-Settat (province de Sidi El Bernoussi, Sidi Moumen) et la région de Marrakech-Safi (province d’El Haouz). Ses objectifs, comme le relève Care International Maroc, sont de “favoriser une plus grande implication des parents et les femmes faisant partie de la communauté, dans l’éducation et le développement des enfants à travers le renforcement de leurs capacités.” Pour ce faire, plusieurs outils sont mis en œuvre, tels que la mobilisation des parents pour l’inscription dans des établissements préscolaires de tous leurs enfants (garçons et filles) en âge d’y assister ; formation des parents sur le genre et la masculinité positive ; formation et accompagnement des parents sur un programme de parentalité positive ; alphabétisation et post-alphabétisation des mères des élèves. Le programme cible 780 parents ou tuteurs d’élèves et 1100 femmes impliquées dans l’éducation des élèves des unités préscolaires ciblées. Par ricochet, le programme aidera 3250 enfants âgés de 3 à 6 ans et 13 000 personnes, soit 3250 ménages. “Les recherches montrent que l’implication des parents est corrélée avec un plus faible taux d’échec scolaire, un faible taux dans le secondaire et un fort taux de réussite scolaire sans redoublement”, précise encore Care International Maroc.

Et dans le sillage de ces actions, Lancôme avait également lancé une vaste campagne de sensibilisation sur les médias sociaux : “Write your name so she can write her future”, en référence à ces jeunes femmes qui ne savent pas écrire leur nom. Effectivement, c’est grâce au savoir, à la maîtrise de l’écriture et de la lecture que les femmes pourront s’approprier leur avenir et écrire leur devenir. Savoir lire et écrire permettra aux femmes de faire des choix pour améliorer leur vie. Lutter contre l’illettrisme n’est-il pas un pas en avant pour renforcer les libertés des femmes ? 

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