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Harcèlement de rue : 10 stratégies imparables

Écrit par Nouhad Fathi

Après des années d’attente, les femmes ont enfin une loi protégeant leurs droits dans l’espace public. Mais ne nous leurrons pas, les mentalités mettent énormément de temps à obéir aux législations. En attendant, voici dix stratégies pour sortir avec le moins de dégâts possible.

L’habit fait la nonne

Il est 7 h du matin, on a juste une heure pour se préparer. Vient alors la plus importante des questions : que porter ? Et non, on ne parle pas seulement de l’accord des couleurs et du nombre de couches de vêtements nécessaires pour faire face aux aléas météorologiques. S’habiller en accordance avec un espace public qui ne nous appartient pas exige que l’on prenne un certain nombre de précautions. Pantalon ou jupe ? Baskets ou stilettos ? Le but c’est d’être à l’aise si jamais un danger se profile à l’horizon. Le combo jupe courte et talons hauts est joli certes, mais attire les regards, aiguise les langues et restreint les mouvements si un harceleur menaçant nous oblige à courir.

Se maquiller en milieu hostile

Parce que certains voient des signaux partout, il faut aussi choisir son rouge à lèvres en fonction de la réaction que cela puisse induire chez de parfaits inconnus. “Elle a les lèvres trop rouges, elle veut sûrement que je lui dise à quel point elle a réussi son déguisement de prostituée”, se dit le harceleur de base dans son monologue intérieur. Et si vous croyez qu’un visage au naturel vous garantira la paix mentale, détrompez-vous. Par fausse politesse, on vous demandera si vous êtes malade. Bref, vous ne gagnerez jamais.

Plus concentrée qu’un rapace

Au Maroc, on ne se balade pas seule, mais on se déplace d’un point A à un point B. Avant de sortir, on visualise son trajet et on le dessine sur une carte mentale en prenant en compte certains paramètres comme les degrés de sécurité et de luminosité. Les plus sages marchent toujours à côté des voitures stationnées, de sorte qu’elles puissent voir, dans les vitres, le reflet de cette personne qui s’approche un peu trop. Et votre playlist préférée, écoutez-la chez vous, car les écouteurs risquent de vous isoler de votre environnement et vous rendre plus vulnérable aux prédateurs qui attaquent par surprise.

Quid de la locomotion ?

Les femmes actives le savent : il faut avoir les moyens de sa sécurité. C’est pour cela que l’on a tendance à acheter une voiture avant d’investir dans un appartement. La voiture est cette bulle en acier qui nous autorise l’impensable : porter ce qu’on veut, faire ce qu’on veut et aller où l’on veut sans être exposées aux frotteurs. Les moins friquées ont l’illusion du choix entre des options hiérarchisées par leur degré de dangerosité : petit taxi, tramway, grand taxi et bus, autrement dit l’enfer sur terre.

Le jogging, une autre affaire de sexe

D’abord, il est tacitement proscrit de courir n’importe où, il faut le faire à la corniche. C’est-à-dire que si, à Casablanca, vous habitez à Sidi Othman, tant pis pour vous, vous serez obligée de vivre avec les conséquences de votre sédentarité (ou le sport en salle fermée et humide avec des personnes que vous n’appréciez pas forcément). Ensuite vient la question vestimentaire, comme toujours : tente caïdale ou legging ? C’est important, car quand le sage montre la femme qui court pour améliorer sa santé cardio-vasculaire, l’idiot regarde ses fesses.

Louer à la bonne adresse

Contrairement aux Occidentales, nous n’avons pas le privilège d’habiter seules dans un quartier financièrement accessible et romancer notre choix ou le rationaliser par une prétendue volonté de vivre avec le peuple. La tranquillité et la discrétion s’achètent au prix fort, sinon les voisins se substitueront aux parents pour contrôler vos faits et gestes et vous sermonner sur vos fréquentations. “Mais des gens pieux habitent ici !” vous dira-t-on, comme si votre simple existence est un affront aux valeurs familiales.

La tactique du samedi soir

Rien ne se fait dans la spontanéité. Avant de sortir le soir, il faut d’abord décider avec qui, où et comment. Si ce n’est pas avec un mâle, ça sera avec un groupe de copines, jamais seule. Dans un endroit où l’on est familiarisé avec l’idée que des femmes sortent le soir pour se détendre, et non pour se pavaner en attendant de négocier avec le plus offrant. Et toujours en voiture ou un taxi que l’on appellera en avance, car même ces quelques pas qui séparent votre palier de l’artère la plus proche risquent de vous coûter au moins votre téléphone portable.

Horloge biologique et patriarcale

Nous sommes contraintes d’être des animaux diurnes. La journée commence au lever du soleil et se termine à son coucher. C’est comme si vous viviez sur une exploitation agricole, sauf qu’elle se situe au Maârif et que vous ne gagnez pas votre vie en récoltant des betteraves. Tout doit être fait pendant qu’il est encore jour, sinon c’est suspicieux, car si un malheur vous arrive, la première question que l’on vous posera c’est qu’est ce que vous faisiez à tel endroit à telle heure.

Apprendre à gérer les prédateurs

Si seulement le plus grand danger de l’espace public étaient les dragueurs insistants ou les voleurs – qui, de toute manière, ne versent pas dans la discrimination basée sur le genre. Ce qui nous fait peur c’est qu’on ne sait pas si cet homme un peu bizarre nous suit parce qu’il s’ennuie ou parce qu’il veut réellement nous faire du mal. Est-ce une bonne idée de se retourner et lui demander ce qu’il veut ? Et s’il sort un couteau ? Et qu’est-ce qu’on a fait pour mériter autant de stress alors qu’on veut juste acheter une baguette de pain et rentrer chez soi ? Le mieux et de toujours la jouer “safe”. Faites toujours confiance à votre instinct, si vos poils s’hérissent, prenez le premier taxi qui s’arrête ou réfugiez-vous chez un épicier et expliquez-lui la situation. Beaucoup d’hommes nous mènent la vie dures, mais n’oublions pas que d’autres seront toujours prêts à nous aider en cas de danger.

Sourire ou montrer ses dents ?

“Pourquoi tu ne souris pas a zzine ?” Parce que depuis toutes petites, nous rêvons de creuser la ride du lion le plus tôt possible. Nous avons érigé les visages féminins sévères et peu accueillants en canon de beauté. Plus sérieusement, nous tirons la tronche parce que la moindre démonstration d’amabilité est prise pour une invitation à l’accouplement. Du coup, tant que la gentillesse est mal interprétée, on froncera les sourcils. La ride du lion, on la botoxera plus tard.

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