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Quand le porno devient une addiction

Écrit par Nouhad Fathi

Avec l’accès ultra facile à internet, il est difficile d’échapper au porno même avec toute la bonne volonté du monde. Si un peu de curiosité reste sain, l’addiction au porno peut nuire au couple.

Dans le couple, lorsqu’un conjoint est accro à la pornographie, les deux personnes font face à des conséquences susceptibles de détruire rapidement leur relation. Après le mariage, le sexe est l’un des moyens les plus efficaces pour accroître l’intimité, construire la confiance et favoriser l’amour entre deux personnes. Quand un partenaire trouve l’épanouissement sexuel en dehors de cette relation à travers la pornographie, l’amour et la proximité qui devraient être maintenus à travers la vie sexuelle du couple, sont remplacés par des images ou des vidéos d’une autre personne.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, ce contenu est consommé en secret à l’insu de son conjoint, et l’ont sait que toute forme de malhonnêteté ou de tromperie dans un mariage empêche l’ouverture et la communication nécessaires à un partenariat sain. En outre, la dépendance crée un scénario dans lequel celui qui est accro met ses propres besoins et désirs avant ceux de sa partenaire.

Les signes qui ne trompent pas

“Quand on est ensemble, seuls à la maison, je ne soupçonne rien d’anormal dans son comportement. En revanche, à chaque fois que l’on se rend chez des membres de la famille, pour un déjeuner par exemple, il commence à enchaîner les absences courtes mais inexpliquées et devient asocial. Au début, je n’ai pas compris ce qu’il se tramait, puis un jour ma mère m’a appelée pour me dire qu’ils ont découvert des visites de sites pornographiques dans l’historique de l’ordinateur familial, et que ça coïncidait avec notre passage chez eux”, raconte Salma, 35 ans, à propos de son ex-mari. Amina, pour sa part, a eu des indices beaucoup plus évidents. “J’ai remarqué qu’il était de moins en moins tendre. Par exemple, il s’est mis à partir au boulot le matin sans me faire un bisou. En revanche, ce qui m’a vraiment mis la puce à l’oreille c’est la transformation de nos rapports sexuels. Il en voulait toujours plus, les positions étaient de plus en plus bizarres, le rapport brutal et la tendresse absolument absente. C’est comme si j’étais devenue un vulgaire instrument masturbatoire. Quand je lui demandais ce qui se passait, il me donnait des réponses vagues, à la limite de l’absurde. À un moment, je m’étais dit que ma seule porte de sortie était le chantage émotionnel. Alors, je lui ai dit que je ne l’autoriserai plus à me toucher tant qu’il ne m’accompagne pas chez un sexologue. Il a fini par céder et c’est chez le docteur que j’ai découvert qu’il regardait du porno plusieurs fois par jour, même dans son lieu de travail”, raconte-t-elle.

Quand l’addiction devient blessante

Chez certains hommes, l’addiction est telle qu’ils se mettent à vouloir calquer leur réalité sur la fantaisie. Ils ne voient plus leur partenaire comme l’être humain des premiers jours qu’ils ont choisi pour ses qualités humaines et sa beauté accessible naturelle. D’ailleurs, le naturel ne leur suffit plus, c’est le plastique qui les excite. C’est ce qu’a vécu Asmae, 32 ans, avec son mari. “Je suis brune et plutôt mince. Je me suis toujours aimée comme je suis, d’autant plus qu’il répétait souvent aimer mon corps et me trouver à son goût. Un jour, après 5 ans de mariage, il m’a dit qu’il me verrait bien en blonde. Je me suis pliée à sa demande. S’il s’est engagé, devant la loi et devant Dieu, à n’avoir des rapports sexuels qu’avec moi, autant correspondre à ce qu’il aime. Quelques mois plus tard, il m’a parlé de mes ongles, il les voulait outrageusement longs et peints en rose bonbon. Pour m’expliquer ce qu’il voulait exactement, il m’a montré la photo d’une bimbo. Quand j’ai montré la photo à une copine, elle a reconnu une célèbre actrice porno et c’est là que j’ai compris”, affirme-t-elle. Si cela ne tenait qu’aux ongles et aux cheveux, cela reste compréhensible, les goûts et les couleurs comme on dit… Certains ont des demandes plus extrêmes. “Mon ex-mari m’avait demandé de perdre du poids autour de la taille et garder, voire développer davantage, mes fessiers et mes cuisses. Au début, j’ai cru qu’il plaisantait et je lui ai dit que perdre du poids de la sorte était impossible, à moins que j’aie le super pouvoir de contrôler mes gènes ou de recourir à la chirurgie esthétique. Quelques semaines plus tard, il m’a surpris avec un devis d’un chirurgien connu de la place. En plus de la liposuccion, le document comprenait le prix d’une augmentation mammaire. Il était même prêt à tout prendre en charge avec un crédit à son nom. C’est là que j’ai demandé le divorce, car bien que je fermais l’œil sur son addiction au porno, je refuse catégoriquement d’être la poupée gonflable de quelqu’un”, nous raconte Fadwa, 28 ans.

Sauver son couple à l’ère d’internet

Pour la plupart des femmes, il est difficile d’accepter le fait que leurs conjoints préfèrent passer des nuits blanches devant YouPorn plutôt que les rejoindre au lit. Mais comme dans tous les problèmes au sein d’un couple, la première solution qui se présente c’est la communication. Une discussion honnête et apaisée permet en effet de situer la source du problème : est-ce une vieille habitude d’un ex-adolescent dont la masturbation était le principal hobbie, ou bien a-t-il découvert les plaisirs addictifs et fugaces du porno avec le mariage ? Le premier cas le concerne lui en tant que personne dont le cerveau a été sérieusement affecté par la gratification instantanée et nécessite une thérapie l’aidant à retrouver la joie dans des plaisirs plus sains. Le second cas nécessite l’intervention d’un thérapeute de couple. Dans tous les cas, il ne faut pas se taire en pensant que des vidéos sont plus innocentes qu’une aventure extraconjugale avec une vraie personne. Et il ne faut pas non plus accepter des pratiques sexuelles qui vous mettent mal à l’aise. Car le sexe sert à consolider la tendresse et l’intimité au sein du couple et le faire durer, pas à dégoûter sa partenaire ou la rendre malheureuse.  

Trois questions à Ichrak Ennouri, psycho-thérapeute à Casablanca

Existe-t-il un profil de personne prédisposée à l’addiction au porno ?

Aujourd’hui, grâce à internet, tout le monde a accès à la pornographie, mais tout le monde n’en devient pas accro. Cependant, cette addiction se développe quand la personne utilise, même inconsciemment, les circuits de récompense du cerveau pour recourir au porno dans certaines situations précises. Par exemple, quand la personne s’ennuie seule ou comme un moyen d’oublier des émotions compliquées.

Comment devient-on accro au porno ?

Avec l’habitude. Comme un athlète qui habitue son muscle à l’effort, l’accro au porno habitue ses circuits neuronaux à penser de plus en plus rapidement au porno dans certaines situations. Par exemple, une personne qui utilise le porno pour se distraire seule dans sa chambre avant de dormir, force son cerveau à vouloir regarder du porno à chaque fois qu’elle se retrouve seule dans un lit le soir. 

Peut-on guérir d’une addiction au porno ?

Absolument, par le même processus qui fait sombrer dans l’addiction à la base. Il faut “reformater” son cerveau en l’obligeant à adopter des habitudes saines. Par exemple, à la tombée de la nuit, s’habituer à mettre ses baskets et courir quelques kilomètres remplacera petit à petit l’envie de regarder un porno.

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