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Dr Meryem Khaled, nutritionniste : voici sa liste des aliments bonheur (Interview)

Écrit par Khadija Alaoui

L’alimentation “bonheur” est une alimentation qui doit être saine, intuitive, ressourçante, non transformée et doit nous ressembler, nous explique Dr Meryem Khaled, nutritionniste. Voici ses conseils pour être en paix avec son corps, garder le plaisir de la nourriture et l’équilibre dans son alimentation. Entretien.

Dr Meryem Khaled
nutritionniste

Peut-on résoudre la baisse de moral en changeant le contenu de notre assiette ?
D’après les scientifiques, quand le moral n’est pas au beau fixe et que vous ruminez les pensées négatives, votre vitalité diminue, votre système immunitaire s’affaiblit et votre risque d’avoir des maladies cardiaques augmente. D’autant plus qu’avec l’âge, le taux de sérotonine diminue entraînant une baisse de moral et des troubles de sommeil. Aujourd’hui il est reconnu que plusieurs aliments peuvent agir positivement sur notre moral et même sur le long terme à condition de les consommer régulièrement. Riches en anti-oxydants, en minéraux et vitamines (B, D), en tryptophane, en tyrosine ou en omégas 3, ces aliments réconfortants influencent directement la production des neurotransmetteurs impliqués dans notre bonne humeur.

Quels sont alors les aliments bonheur ?

Voici quelques aliments qui peuvent influencer notre bonheur, mais cette liste est non exhaustive :
 Le chocolat : la consommation de 2 carrés de chocolat par jour favorise le bien-être psychologique en augmentant la libération d’endorphines, hormones responsables du plaisir.
 Le parmesan, fromage du bonheur : riche en tryptophane et phénylanaline, il aide à produire la dopamine et favorise la motivation et l’estime de soi.
 Les poissons gras (saumon, hareng, maquereau..) riche en vitamine D et en oméga 3 essentiels à la plasticité cérébrale et à la conduction nerveuse. Ils favorisent la bonne diffusion de la sérotonine et des endorphines (hormones de la bonne humeur)
 La vanille : son odeur caractéristique procure un sentiment de bonheur. Cela est liée à l’un de ses composants, la vanilline, dont la structure rappelle celle d’un constituant du lait maternel et apporte du réconfort.
 Les noix de cajou, riches en tryptophane, un acide aminé indispensable pour la fabrication de la sérotonine, hormone de la bonne humeur, ils renferment aussi du magnésium un minéral antistress dont le déficit entraîne l’anxiété et les sauts d’humeur.
 Les huîtres sont riches en vitamine B12 et en zinc dont le déficit peut causer un syndrome dépressif.
 Les épinards riches en vitamine B9 ou acide folique, dont le déficit est responsable de dépression, d’anxiété et d’irritabilité sans oublier la tyrosine, un acide aminé précurseur de la dopamine neurostrasmetteur clé du système de récompense et de plaisir.
 La curcumine, actif du curcuma, puissant anti-inflammatoire et anti- oxydants qui protège notre cerveau contre le stress oxydatif et l’inflammation à l’origine de l’état dépressif.
 Le pain aux graines, riche en sucres complexes, en minéraux, en omégas 3 et en vitamines du groupe B qui nourrit le cerveau et favorise la joie et la bonne humeur…

Quel est selon vous le menu idéal du bonheur ?

L’alimentation “bonheur” est avant tout une alimentation qui doit être saine, intuitive, ressourçante, non transformée et doit nous ressembler. Elle doit être basée sur des aliments bio, frais, de saison pas très caloriques et surtout nourrissants : légumes et fruits de saison;  viandes de qualité, poissons sauvages; œufs biologiques ; bonnes graisses (huile d’olive, de coco, avocat…); oléagineux et graines avec modération (amandes, noix de pécan..). Il faudra également boire de l’eau, des infusions, des jus de légumes ; éviter les aliments inflammatoires comme le sucre raffiné, le gluten contenu dans les farines modernes, les produits laitiers “pasteurisés” et boire en dehors des repas. Pensez aussi à adopter l’équilibre dans l’assiette: 1/2 légumes et l’autre moitié partagé entre viandes et féculents ou légumineuses en privilégiant les aliments bonheur.
Il faut rester à l’écoute du corps et des messages qu’il envoie. Pour cela, il faut manger en conscience dans un endroit calme loin de la télé, du portable, etc. Plus on est conscient de ce que l’on mange, plus on prend du plaisir.

Bien dans son assiette, bien dans son corps ? Est- ce une équation possible ?
Oui, c’est une équation possible à mille pour cent. On entend souvent dire que notre ventre est notre 2ème cerveau, je dirai pour ma part que c’est notre 1er cerveau. S’il fonctionne bien on a plus de chance d’être en bonne santé. L’un des exemples les plus parlants, est notre microbiote intestinal, qui compte 100.000 milliards de bactéries responsables de notre équilibre digestif mais aussi de notre équilibre immunitaire et émotionnel !
L’alimentation déséquilibrée affecte notre microbiote et le rend vulnérable faisant perdre à l’intestin l’une des barrières de défense les plus importante ; une dysbiose intestinale s’installe engendrant les pénétrations des bactéries pathogènes et des toxines alimentaires à l’intérieur de l’intestin. Ceci engendre une inflammation et des signes tels que les douleurs ou crampes, le ballonnement etc., mais la problématique ne s’arrête pas là. Les toxines et agents microbiens peuvent diffuser à travers la microcirculation et se propager dans tout l’organisme le rendant malade et vulnérable.
C’est pour cela qu’il faut consommer les yaourts fermentés, les laits fermentés (comme le kéfir), les artichauts, les légumineuses riches en fibres sans oublier de prendre régulièrement des compléments alimentaires riches en symbiotiques.

Quels sont vos conseils pour manger sain tout en ressentant du plaisir ?
Manger sain et prendre du plaisir sont deux notions indissociables dont il faut tenir compte chaque jour dans notre alimentation. Manger équilibré, aujourd’hui tout le monde sait le faire. Le souci c’est que la plupart d’entre nous culpabilise en adoptant la notion de plaisir ! C’est comme si “plaisir et équilibre” ne pouvaient pas cohabiter ensemble. Or, c’est plutôt ce qu’il faut rechercher. Cet ancrage a été favorisé par les vieux dogmes de la nutrition que les professionnels de la santé ont malheureusement véhiculé avec la fameuse liste des aliments interdits. L’interdiction est bien entendue justifiée en cas de pathologies sérieuses mais pour le reste, cela ne sert absolument à rien de se priver car cela génère un effet inverse : frustration, culpabilité, rechute, dévalorisation, mal-être… Il faut plutôt trouver une solution alternative et une façon de restaurer l’harmonie entre le corps, l’esprit et l’assiette, et la solution que je propose c’est la nutrition “intuitive” qui vise à développer une relation plus sereine avec son corps et avec la nourriture en arrêtant de s’imposer des règles et des restrictions et vouloir à tout prix ressembler à un idéal qui n’existe que dans les films et les magazines, en nous éloignant de notre intuition et de notre individualité. Ces injonctions vont surtout rendre notre relation avec la nourriture plus complexe. Il faut arrêter de trop “intellectualiser” l’alimentation et écouter son corps et tout ira mieux.

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