A la une Reportage

Réfugiés syriens au cœur de l’exil marocain


Chaque jour, des milliers de Syriens fuient la guerre. Ils sont 5,5 millions à travers le monde. L’immense majorité s’est exilée en Turquie, au Liban ou en Jordanie. D’autres se sont réfugiés au Maroc, qui passe de pays de transit à destination d’accueil. Reportage.

À la recherche d’un refuge sûr, loin des tourments et des atrocités de la guerre, les réfugiés syriens vont de pays en pays en quête d’un avenir meilleur, avec l’espoir de reconstruire un nouveau projet de vie en toute dignité. Au Maroc, ils seraient plus de 5.000 selon les chiffres officiels, même s’il est difficile d’évaluer leur nombre, puisque seuls les Syriens ayant demandé à être régularisés ou à bénéficier du statut de réfugié sont comptabilisés. La plupart se font discrets mais bon nombre d’entre eux survivent grâce à la solidarité et à l’aide du programme d’assistance et de protection mis en place par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés au Maroc (HCR) et les associations partenaires.

C’est en 2015 que le nombre de réfugiés syriens a augmenté au Maroc de manière substantielle. “Nous sommes passés de 1 300 à 3 900 réfugiés, une progression de 206 %. En 2016, elle a été de 22%. Ces indicateurs montrent qu’il y a une augmentation modeste, mais régulière, de la durée du séjour au Maroc, mais aussi du nombre de villes qui accueillent les réfugiés. Le Maroc passe d’une position qui était quasi exclusivement de transit, à une position qui est de plus en plus de destination d’accueil et d’intégration pour des raisons culturelles, religieuses et linguistiques”, précise Jean-Paul Cavalièri, représentant du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés au Maroc.

Les routes de l’exil

Pour atteindre le Maroc, les réfugiés syriens empruntent différents itinéraires. Avec l’instauration du visa d’entrée par l’Algérie en 2015, ils se sont tournés vers la Mauritanie. Une fois sur place, ils remontaient à pied ou en voiture le désert algérien jusqu’à Maghnia, où, grâce à des passeurs, ils franchissaient la frontière maroco-algérienne. Le prix du passage est compris entre 800 et 1.000 dollars par personne. Mais en 2016, c’est au tour de la Mauritanie d’imposer un visa. Les réfugiés se sont alors rabattus sur le Soudan et sont passés par la Lybie et l’Algérie. Un périple incertain, semé d’embûches et éreintant pour les réfugiés.

À Oujda, principale porte d’entrée des Syriens, la plupart sont attendus par des proches ou des membres de leur communauté. Des associations locales leur apportent également soutien et assistance, notamment l’Organisation marocaine des droits humains, qui travaille en étroite collaboration avec le HCR. En 2016, 1.400 personnes ont été référées de Oujda au HCR de Rabat.

Cependant, face au renforcement des contrôles dans cette zone, les réfugiés ont dû à nouveau changer de cap. Nombreux sont ceux qui franchissent la frontière au niveau de Bouarfa ou de Figuig. C’est le cas de Najib, son épouse Fatema et leur fille Aya, âgée de 12 ans, rencontrés au siège du HCR à Rabat. Arrivés au Maroc il y a à peine trois mois, ils sont passés par Bouarfa. En Syrie, Fatema, 50 ans, était institutrice et son mari peintre. Ils ont transité par la Libye où ils ont passé quatre ans, jusqu’à ce que la crise éclate. “La traversée du désert algérien est longue et difficile. Les passeurs empruntent des pistes pour éviter les postes frontaliers et les routes principales. J’avais très peur”, confie-t-elle. Une fois en Algérie, ils s’établissent à Tlemcen et trouvent des passeurs qui les mèneront jusqu’à Bouarfa. Najib, la cinquantaine passée, raconte : “Nous avons payé 2.000 dollars aux passeurs pour qu’ils acceptent de nous emmener. Ils exploitent notre malheur et sont capables de vous laisser en plein désert si vous refusez de payer.” Actuellement, la petite famille habite chez des amis à Meknès. “Je me sens en sécurité pour la première fois depuis longtemps. J’espère qu’on pourra nous installer ici et tout recommencer à zéro”, explique Fatema. Ils souhaitent cependant pouvoir retourner dans leur pays dés que la situation s‘arrangera, car ils ont été contraints de laisser leurs deux fils en Syrie. “Je leur parle régulièrement et heureusement, ils vont bien. Mais c’est difficile en tant que parents de savoir que nos enfants peuvent être tués à n’importe quel moment. J’espère qu’ils pourront nous rejoindre un jour”, exprime-t-elle le cœur serré.

Parmi les réfugiés, on trouve également des Syriens qui résidaient légalement au Maroc avant 2011 et qui, avec la crise dans leur pays, ne peuvent plus rentrer chez eux. La plupart sont bien intégrés sur le marché du travail ou ont créé leur propre entreprise. Toutefois, si certains arrivent à s’en sortir sans aides, pour d’autres, ce n’est pas le cas. Abdelkrim, un jeune étudiant syrien, s’est ainsi retrouvé coincé au Maroc : “Je finissais mon doctorat à Casablanca quand la guerre a éclaté en Syrie. J’ai donc décidé de m’installer ici. Les Marocains sont très hospitaliers et nous considèrent comme des frères. Mais ma famille me manque. Et j’espère pouvoir rentrer, quand les choses s’amélioreront. On n’est jamais aussi bien que chez soi”, nous confie-t-il.

Le HCR aux côtés des réfugiés

Actuellement, dans l’attente de l’adoption du projet de loi 26-14 relatif au droit d’asile et aux conditions d’octroi, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés est le seul à enregistrer les demandeurs d’asile et à intervenir en cas de problème de protection. Il collabore étroitement avec les autorités marocaines afin de garantir aux réfugiés une protection optimale. Le HCR soutient ainsi le Bureau des Réfugiés et Apatrides (BRA) et la commission interministérielle en charge du processus de régularisation, qui, après avoir auditionné les réfugiés reconnus par le HCR, leur remet une carte de réfugié ou un récépissé.

Un programme humanitaire d’assistante pour les réfugiés a également été mis en place à travers plusieurs ONG marocaines dont Action Urgence, la Fondation Orient Occident et l’Association marocaine d’appui et de promotion de la petite entreprise (AMAPPE).

Quant aux personnes en situation de vulnérabilité, le HCR les soutient également à travers une assistance financière sur la base d’évaluations conduites avec la Fondation. “Un programme d’hébergement d’urgence et de protection existe également pour les personnes en situation d’extrême vulnérabilité”, explique Nadia Tari, responsable programmes à la Fondation Orient Occident.

Hay Farah Essalam, chef lieu des réfugiés syriens

Ali Kheder, agent communautaire auprès de la communauté syrienne, nous donne rendez-vous à Hay Farah Essalam. Nous sommes à une heure du centre-ville de Casablanca, dans l’un des nouveaux quartiers de la ville où les logements sociaux s’étalent à perte de vue. C’est dans cette périphérie que des migrants et des réfugiés ont trouvé refuge. Plus de cent familles syriennes y résident. La plupart viennent de Homs et de Hama.

Ali est originaire de Zabadani, une ville située à proximité de la frontière libanaise. Il travaillait en tant qu’entrepreneur dans le secteur de l’immobilier. Père de quatre enfants et marié à deux femmes, il se réfugie au Liban avec sa famille fin 2013 quand sa maison est bombardée. Sa seconde épouse, une Marocaine, sera rapatriée au Maroc ainsi que ses deux filles en février 2014. Ali patientera un mois avant d’avoir son visa. Il obtiendra sa carte de séjour par la suite dans le cadre de la campagne de régularisation de 2014. Cependant, le départ a été vécu comme un déchirement pour ce père de famille qui laisse derrière lui ses deux fils, Ahmed et Mohamed, et sa première femme. “J’ai tout essayé. J’ai fait appel au HCR, aux autorités marocaines, aux organisations des droits de l’homme, l’affaire est apparemment toujours en cours d’examen. Mais je ne compte pas baisser les bras”, dit Ali. Ahmed, Mohamed et leur mère vivent actuellement à Baalbek, au centre-est du Liban. Ali parle avec eux via Skype et Whatsapp aussi souvent que possible, mais l’attente est longue et de plus en plus difficile à supporter. “La situation au Liban est devenue très difficile pour les réfugiés syriens. Mes enfants ont besoin d’aller à l’école, d’être en sécurité, d’être avec leur père. J’ai toujours peur qu’il leur arrive quelque chose”, poursuit-il.

Souad, âgée de 43 ans, est maman de huit enfants et vit elle aussi à Hay Farah. Elle vient de Hama et a quitté la Syrie pour fuir la guerre et ses atrocités. Son périple jusqu’au Maroc a aussi été semé d’embûches. Elle est d’abord passée par le Liban, puis la Lybie et l’Algérie avant d’arriver au Maroc. Cela fait un an et demi qu’elle habite à Casablanca avec ses enfants et son mari, malade, dans un tout petit appartement dont le loyer s’élève à 2.000 DH. “Je gagne ma vie en faisant la manche avec mes enfants au niveau des feux rouges du côté du rond point Azbane, à l’Oasis et à Sidi Maarouf. Mais depuis quelque temps, c’est dur. Les gens pensent qu’on ment sur nos origines, qu’on est des Marocains qui se font passer pour des Syriens”, confie-t-elle. Quatre de ses enfants sont en âge d’être scolarisés. Cependant, Souad refuse de les envoyer à l’école : “J’ai peur qu’on kidnappe mes filles ou qu’on les agresse. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Je préfère garder un œil sur elles tout le temps”, affirme-t-elle. L’école est pourtant située à une ruelle de la maison. C’est à ce moment-là qu’Ali décide d’intervenir. En tant qu’agent communautaire auprès du HCR, il est tenu d’informer et de sensibiliser Souad sur la nécessité de s’enregistrer auprès de l’institution et de scolariser ses enfants: “Vous bénéficierez de la carte de demandeur d’asile et ne risquerez plus d’être refoulés. Par ailleurs, cela vous donnera accès aux soins de santé, à des bourses pour la scolarité des enfants et à des aides au logement”, lui explique-t-il. Souad semble peu convaincue. L’idée d’aller jusqu’à Rabat ne l’enchante guère. Khaled, 23 ans, originaire d’Idlib, paraît intéressé, surtout quand Ali évoque la possibilité de bénéficier d’aide pour monter une AGR. Depuis son arrivée au Maroc il y a presque deux ans, Khaled, accompagné de sa femme et de son fils âgé d’à peine un an et demi, vit grâce à la générosité des Marocains. Après avoir passé plus de deux ans sur les routes, en passant par le Liban, la Mauritanie et l’Algérie où ils sont restés deux ans et demi, ils ont atterri au Maroc. “Ici, on se sent à l’abri, mais c’est dur de trouver un travail. Là-bas, j’avais une petite épicerie. Ici je n’ai rien”, raconte-t-il.

Chiffres clés

3.478 ressortissants syriens sont sous mandat du HCR au Maroc, répartis dans 48 localités. La grande majorité étant basée à Rabat, Casablanca, Temara, Tanger et Oujda. 70% d’entre eux ne travaillent pas et 48% n’ont aucun niveau scolaire. Parmi eux, 51,2% sont des mineurs et 47,8% des femmes. Ils proviennent principalement de Homs (28%), Hama (21%), Alep (11%),  Idlib (11%), Damas (10%) et Latakia (2%). Par ailleurs, entre janvier et avril 2017, le HCR a enregistré 1.150 nouvelles personnes, dont 437 Syriens.

Les Doms, les gitans de Syrie

Mahmoud, natif de Homs, habite dans le voisinage et accepte de nous parler. Il est arrivé au Maroc en octobre 2015 en compagnie de sa femme et de ses sept enfants. Ils ont pu bénéficier de la campagne de régularisation pour obtenir leur carte de séjour. Pour passer la frontière à Oujda, Mahmoud a dû débourser aux passeurs 500 dollars par personne, soit près de 4.500 dollars au total. Une fois à Oujda, la famille a poursuivi sa route jusqu’à Casablanca, pour atterrir à Hay Farah Essalam, où les loyers restent accessibles et où, selon Mahmoud, il est “plus facile de se fondre dans la masse”. En Syrie, il travaillait en tant que prothésiste dentaire. Mais “au Maroc, il est difficile de travailler. C’est à peine si on vous paie 70 DH par jour. C’est trop peu. Donc ma femme et mes enfants font l’aumône, ce qui nous permet de vivre et de subvenir à nos besoins. Pourquoi irais-je me tuer à la tâche en travaillant sur des chantiers ?”, affirme-t-il.

En sortant de chez Souad, Ali nous explique que ces personnes appartiennent à une minorité ethnique vivant en Syrie qu’on appelle les Doms, ou encore les Nawars, naturalisés pour la plupart au moment de la prise de pouvoir par Bachar El Assad. “Ce sont des gens qui s’adonnaient déjà à la mendicité en Syrie. Certains vivent réellement dans la précarité et n’ont pas le choix, mais d’autres possèdent souvent des fortunes, non déclarées bien sûr. Et la plupart des membres de cette communauté à Casablanca vit ici à Farah Essalam. Les “vrais” Syriens, vous ne les voyez pas. Ils travaillent discrètement dans leur coin et gagnent leur vie dignement, sans être un poids pour la société marocaine. Ils sont productifs et contribuent activement au développement du pays hôte”, assure-t-il. Il n’existe aucune donnée sur le nombre de réfugiés issus de cette communauté au Maroc. “Cette communauté vit entre plusieurs pays du Moyen-Orient, la Syrie étant le pays qui en compte le plus. Ils sont victimes de nombreux préjugés et considérés comme un groupe social inférieur. Ici, beaucoup refusent de s’identifier comme Doms pour ne pas souffrir des mêmes discriminations qu’en Syrie”, précise Ali Kheder.

J., un jeune Syrien installé au Maroc depuis plus de dix ans, redoute l’amalgame : “Ce sont des gitans qui abusent de la générosité marocaine. Ceux parmi nous qui résident ici depuis longtemps ont essayé de leur trouver des emplois bien payés. Mais ils refusent car ils gagnent beaucoup grâce aux dons récoltés dans les mosquées, lesquels peuvent atteindre 8.000 DH par mois. D’ailleurs, ils se déplacent souvent de ville en ville pour éviter d’être repérés. Nous n’acceptons pas cette situation. Nous sommes des invités au Maroc, nous n’avons donc aucun droit de créer des problèmes”, s’indigne-t-il. Selon Abdellatif Belhadad, responsable du pôle social à la Fondation Orient Occident, de nombreux Syriens ne s’enregistrent pas au niveau du HCR. “Ils estiment que les aides ne sont pas suffisantes. Du coup, très peu veulent vraiment trouver un vrai métier”, explique Abdellatif Belhadad.

L’eldorado marocain

Longtemps considéré comme un pays de transit, le Maroc se mue désormais en terre d’accueil. La proximité culturelle, linguistique et religieuse entre les cultures marocaine et syrienne l’explique. Les mesures prises par le Maroc, qui ont bénéficié à 5.000 Syriens, représentant 23% de l’effectif global, expliquent également ce phénomène. “À la différence d’autres pays de la région, le Maroc a une longueur d’avance. Cette stratégie est certes encore “jeune” mais elle a le mérite d’exister. Les réfugiés peuvent souffler ici, poser leurs valises et penser à un éventuel futur en attendant la fin de la guerre”, précise Jean-Paul Cavalièri.

Pourtant en 2015, en total contraste avec ces mesures humanitaires, le gouvernement marocain a imposé le visa obligatoire aux réfugiés syriens voulant entrer sur le territoire, justifiant cette décision par l’obligation de prendre une série de mesures préventives pour préserver la sécurité et la stabilité du Maroc. “Le Maroc a une loi stricte en matière d’immigration. Il ne peut pas prendre en charge des dizaines de migrants illégaux syriens aux frontières car cela générerait des flux incontrôlables de migrants, ce qui poserait problème pour la sécurité du pays”, a déclaré Abdelkrim Benatiq, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Marocains résidents à l’étranger et des affaires de la migration, lors d’une conférence de presse tenue en avril au sujet de Syriens bloqués à la frontière maroco-algérienne. Entretemps, des milliers d’autres Syriens continuent de fuir en espérant trouver un pays qui voudra bien les accueillir.

Éclairage avec Malgorzata Bratkrajc, chargée des relations extérieures au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. 

Qu’en est-il du cadre législatif au Maroc concernant les réfugiés ?   

La Convention de Genève de 1951, ratifiée par le Maroc, garantit une protection aux réfugiés et les protège du refoulement. Un projet de loi sur l’asile est en attente d’adoption. Les personnes qui souhaitent déposer une demande de statut de réfugié au Maroc doivent s’adresser au bureau du HCR à Rabat. Après l’enregistrement et l’audition au HCR, les demandeurs d’asile sont auditionnés par une Commission interministérielle au sein du Bureau des Réfugiés et des Apatrides (BRA). Suite à  cet entretien, les Syriens reçoivent un récépissé de demandeur d’asile (par opposition aux certificats de réfugiés). Toutefois, ils sont considérés comme des réfugiés prima facie par le HCR. Grâce au récépissé de demandeur d’asile, les Syriens ont le droit de résider au Maroc légalement, de scolariser leurs enfants gratuitement, de bénéficier d’aides au niveau de la santé primaire, d’avoir accès au marché du travail… Si la loi sur l’asile est adoptée, le Maroc sera le premier pays de l’Afrique du nord et du Moyen-Orient à avoir une législation en vigueur concernant les réfugiés.

D’après vos dernières statistiques, les réfugiés syriens sont répartis sur l’ensemble du territoire, à savoir 48 localités, comment faites-vous pour leur apporter votre aide ? 

Nous avons mis en place un système de remboursement des soins de santé par le biais de l’Action Urgence. Un réseau de pharmacies et de laboratoires partenaires délivrent aussi des médicaments ou procèdent à des examens médicaux gratuitement sur présentation de la carte de réfugié ou du récépissé délivré par le BRA. Malheureusement, les personnes les plus vulnérables n’ont pas toujours les moyens de se déplacer jusqu’à Rabat. C’est pour cette raison que nous comptons sur la participation de la communauté des réfugiés elle-même pour identifier les personnes vulnérables et les orienter vers nos services. Dans ce cadre, nous travaillons avec 18 agents communautaires qui sont sélectionnés parmi les réfugiés à Rabat, Casablanca, Oujda, Tanger, Fès, Meknès et Marrakech. 

Commentaires

Commentaire

loading...