fil info Reportage

Place aux détectives privés

Écrit par Sabel Da Costa

On s’aime fort , très fort puis un jour le doute s’immisce. Après la peur, la jalousie et la rage. Le recours à des spécialistes histoire d’en avoir le cœur net. Rencontre avec ces auxiliaires de l’amour bafoué.

De l’avis des professionnels, les soupçons infondés n’existent pas. Lorsque l’on s’interroge sur son partenaire, c’est qu’il y a anguille sous roche. Des plages horaires où l’on n’arrive plus à se contacter, des attitudes sibyllines, des codes qui changent, un language corporel fuyant sont autant de signes qui ne présagent rien de bon.  Là où la femme fera les poches ou essaiera de détecter un nouveau parfum, une trace de rouge à lèvres, l’homme, lui, prendra le taureau par les cornes de manière assez agressive. Puis il y a ceux qui feront appel à un détective privé. Disponible chez nous depuis quelques années, cette prestation  est très demandée au sein d’une frange aisée de la population. Désormais, on se prend en filature et on enquête même avant de s’engager. À Casablanca, quatre agences se partagent le marché et n’hésitent pas à déployer leurs agents d’une ville à l’autre pour satisfaire la demande.

Un procédé en vogue

Formé aux États-Unis, Mehdi Kadiri est à la tête de Maroc Investigation, l’agence la plus référencée sur Google. Il travaille avec pas moins de 50 détectives opérant à travers tout le pays. Ses spécialités ? Les enquêtes de moralité, les enquêtes avant-mariage, les enquêtes pour infidélité, l’infiltration en cas de problèmes conjugaux…

Dans ses locaux situés boulevard Zerktouni à Casablanca, il reçoit autant d’hommes que de femmes (dissipons les clichés). “Les cas d’espèce sont identiques, c’est dans l’attitude que les deux sexes diffèrent. Les femmes arrivent en colère, elles se sentent déjà trahies et attendent la confirmation de leurs doutes. Les hommes veulent être sûrs que leurs femmes ne les trompent pas. C’est quand ils découvrent qu’ils sont cocus que la colère explose.” Soucieux d’éviter l’irréparable, entendez par là des actes de vengeance ou de violentes représailles, Mehdi Kadiri s’accorde le droit de refuser certains dossiers. “Il y a des profils psychologiques qui sont assez problématiques et avec lesquels je préfère éviter toute collaboration.”

Avant de prendre une affaire, il pose des questions clés pour tâter le terrain. “Je demande aux clients s’ils disposent des codes et des mots de passe de leurs conjoints,  s’ils arrivent à les contacter à n’importe quelle heure de la journée. Une réponse négative est un warning pour moi. Pourquoi un couple qui partage des choses aussi intimes qu’un compte en banque se ferait des cachoteries ?” Généralement, il s’en suit une enquête d’une semaine à dix jours où l’on finit par tomber sur des preuves irréfutables.

La personne est prise en filature, parfois dans des endroits insoupçonnés. Son compte Facebook est infiltré. Rien n’est laissé au hasard. “Une fois, j’ai découvert que le mari était aussi trafiquant de drogue. Lors d’une autre enquête, j’ai dû annoncer à une cliente que son époux la trompait avec des hommes. Je l’ai rencontrée quelques années plus tard et à ma grande stupéfaction, elle n’avait pas divorcé. Elle m’a expliqué être restée pour le bien des enfants et que son mari s’était assagi.”

Women mic-mac

Patronne de l’Agence des Dames détectives privées au Maroc, Malak Bennani s’est orientée vers les affaires de femmes. Consciente que le prix de ses services peut être assez élevé pour certaines, elle n’hésite pas à donner un petit coup de pouce. Ils sont quinze à travailler à ses côtés. “Douze détectives femmes et trois hommes. Ces derniers sont utiles dans les filatures car le fait de conduire vite ne les dérange pas. Mes collaboratrices, elles, peuvent aller partout et ont surtout des idées inimaginables pour percer les mystères les plus opaques”, explique-t-elle.

Là où Malak refuse de marcher, c’est lorsque les clientes tiennent des propos décousus ou semblent vouloir la tête de quelqu’un. “Ce métier nécessite une éthique en acier trempé. On ne fait pas ça pour piéger les gens. Souvent, je me retrouve face à des situations délicates. Vous imaginez ce que l’on peut ressentir face à la trahison de la personne aimée, parfois après 40 ans de mariage ? Personnellement, j’ai encore plus de mal avec les femmes infidèles. Une épouse qui ne manque de rien, que l’on voit déposer ses enfants le matin à l’école, les embrasser et qui bazarde sa vie de famille pour une histoire sans lendemain, ça me contrarie.”  Malgré l’agacement devant de tels gâchis, cette drôle de dame sait prendre du recul. Interrogée sur ses préférences en termes d’investigation, elle ne marque aucune hésitation : “Les enquêtes pré-nuptiales car mieux vaut prévenir que guérir”

Avant de se dire oui

Les sollicitantes sont des femmes d’un niveau social élevé qui veulent en savoir plus sur ceux qu’elles s’apprêtent à épouser. S’agit-il d’un coureur de dot ? Entretient-il des relations “annexes” sans en avoir l’air ? Ses finances sont-elles au beau fixe comme il le prétend ? A-t-il un enfant caché quelque part ? Autant de questions auxquelles il est préférable de pouvoir répondre avant de sauter le pas. Dans 90% des cas, Malak et son équipe déterrent ce qu’il y a à déterrer. “Quand il y a de l’esbrouffe, je le devine”, précise la directrice d’agence avant d’aborder l’exemple d’une femme connue qui était à l’époque sur le point d’épouser un homme également célèbre. “Elle est arrivée pour une enquête type et au beau milieu de la conversation, elle m’a expliqué qu’elle se fichait qu’il ait des à-côtés. Elle voulait juste un compte rendu détaillé de ses rencontres et déplacements. Son attitude m’a un peu déconcertée. En grattant un peu, je me suis aperçue que c’était un jeu psychologique entre eux. Elle voulait l’impressionner et prendre de l’ascendant sur les autres, du genre : “Je sais tout de toi, n’essaie pas de me fourvoyer. Cela dit, je tiens plus à toi que ces jeunettes avec qui tu traînes.” L’esprit humain est tellement tortueux…”.

Côté prix, on est clairement dans la prestation de luxe à destination des catégories A, B+. Selon le patron de Maroc investigation, il faut compter entre 10.000 et 25.000 DH pour une enquête d’une semaine. Des sommes rondelettes qui s’expliquent par les frais engagés (gadgets, poursuites, déplacements) et les risques encourus. Mais avec quatre agences ouvertes en moins de trois ans dans la même ville et des effectifs assez larges pour chacune d’elles, il doit nécessairement  y avoir retour sur investissement. υ

Pour plus d’informations

www. Marocinvestigation.com

www.agencededetectivepriveaumaroc.com

Commentaires

Commentaire