A la une Reportage

Les petites bonnes, ces esclaves invisibles


Victimes d’un système judiciaire défaillant et injuste, de nombreuses petites filles de moins de 15 ans à travers tout le Maroc sont projetées dans un monde d’adultes sans aucune forme de protection. Fatima, Nadia et Naïma font partie de ces filles à qui on a refusé le droit à une enfance heureuse. Tranches de vie.

Le 27 juillet dernier, douze jeunes filles originaires d’El Kelâa et de Chichaoua sont venues à Casablanca au siège de l’association Insaf (Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse) situé à Hay Adil pour fêter l’obtention de leur baccalauréat avec les personnes qui ont rendu leur rêve possible. Si l’obtention du bac est un moment important dans la vie de tout un chacun car il représente une clé pour l’avenir, pour ces filles c’est le résultat d’un combat acharné et d’un long parcours semé d’embûches. En effet, il y a juste quelques années de cela, alors qu’elles n’avaient que 7 ans pour la plupart, elles ont été arrachées de l’enfance, privées de l’affection, de l’éducation et de la sécurité familiale et projetées dans le monde adulte pour subvenir aux besoins de la famille. Des comme elles, elles se comptent par dizaines de milliers au Maroc. Provenant de milieux démunis en zones rurales et périurbaines, ces filles mineures sont condamnées à subir les pires formes d’exploitation et de violences, forcées à subvenir aux besoins de leurs familles, avec la complicité d’intermédiaires indignes et de familles exploiteuses de main-d’œuvre corvéable à souhait.

Les chiffres de la honte

Cachées à l’intérieur des maisons, condamnées à être invisibles, il est aujourd’hui difficile, voire quasi impossible, d’évaluer de manière exhaustive et précise le travail des petites bonnes au Maroc. Les seuls chiffres disponibles sont ceux révélés par la première étude nationale réalisée en 2009 par le Collectif pour l’éradication du travail des petites bonnes. D’après cette enquête, on estime qu’il y aurait entre 60 000 et 80 000 filles âgées de moins de 15 ans qui sont exploitées comme travailleuses domestiques supportant des conditions de travail et de vie dégradantes, ne correspondant ni à leur âge ni à leurs capacités physiques et psychiques et souvent victimes d’exploitation sexuelle et de violences physiques et psychologiques. Toujours selon le rapport du Collectif, 30% des filles n’ont jamais été scolarisées ; 49% sont en abandon scolaire ; 38% sont âgées de 8 à 12 ans ; 62% sont âgées de 13 à 15 ans ; et 21% sont encore scolarisées et travaillent par intermittence, principalement pendant les vacances scolaires. Quant aux familles émettrices, l’enquête confirme la corrélation entre leur situation socioéconomique et cette pratique sociale très répandue. Ainsi 47% sont pauvres, 28% sont très pauvres, 16% sont sans revenus réguliers, 9% ont des revenus réguliers, et 94% des mères et 72% des pères sont analphabètes. Du côté des familles réceptrices, 54% appartiennent à la classe moyenne, 20% font partie de la classe aisée, 53% des mères et 68% des pères ont suivi des études supérieures. “Les villes qui concentrent le plus de demandes sont Casablanca, Rabat, Tanger et Tétouan”, précise Omar Saadoun, responsable du pôle Lutte contre le travail des enfants à Insaf.   

Le diplôme du Baccalauréat est le résultat d’un combat acharné et d’un long parcours semé d’embûches pour ces jeunes filles.

Les raisons qui poussent les parents à envoyer leurs filles sont diverses et s’expliquent notamment par la relation quasi-directe qui existe entre la pauvreté, l’exclusion et le phénomène de travail des enfants, mais pas seulement. L’inexistence et/ou l’éloignement de l’école et des structures d’accueil, la permissivité sociale qui fait de l’exploitation des filles mineures dans le travail domestique une pratique tolérée et banalisée par la société marocaine, l’analphabétisme et l’ignorance des familles qui leur font considérer le travail de la fille mineure comme une situation normale et  une source légitime de revenu complémentaire pour les parents et la prolifération des intermédiaires qui profitent de l’existence d’un réel marché d’employeurs citadins sont autant de raisons qui expliquent pourquoi ce fléau séculaire sournois et sordide continue d’exister dans le Maroc d’aujourd’hui. Ajouter à cela, la défaillance législative, et plus précisément la non-application de la loi sur la scolarisation fondamentale obligatoire et l’inexistence de loi spécifique sur la protection des enfants contre le travail domestique encourage leur travail précoce et illégal. “Aujourd’hui, les parents n’avouent plus aussi facilement que leur fille travaille. Ils ont honte et savent que c’est condamnable de par la loi. Mais cela ne veut pas dire que le travail des enfants est en train de disparaître. Du fait de la loi, les trafiquants travaillent maintenant de façon plus organisée et les réseaux se sont étoffés, mais ils se font plus discrets lors des recrutements. En réalité même si le sujet des petites bonnes n’est plus un tabou, les mentalités tardent à changer”, se lamente Omar Saadoun.

Une récompense bien méritée pour cette jeune bachelière.

Plus de 400 filles sauvées

Présente sur le terrain depuis 2002, Insaf, à travers son programme pour l’éradication du travail de petites bonnes, a contribué à briser de nombreux tabous. Aujourd’hui elles sont plus de 400 filles de la région de Chichaoua, El Kelâa et Taza à avoir réintégré l’école et retrouvé leur famille grâce au programme de parrainage d’Insaf qui consiste à octroyer une bourse scolaire mensuelle de 250 DH, à acheter des fournitures scolaires, et à assurer l’hébergement pendant la période du collège et du lycée, jusqu’au bac. “Quand nous avons commencé à travailler avec les mères célibataires nous avons constaté que 45% des mamans prises en charge par l’association étaient d’anciennes petites bonnes. Et c’est ce qui nous a poussé à lancer ce programme. Nous avons démarré à Chichaoua et aujourd’hui nous travaillons dans la région de Al Haouz, plus précisément, El Kelâa et très récemment dans la région de Taza- Tétouan. Nous prévoyons également d’étendre notre programme à la région d’El Hajeb”, explique Meriem Othmani, présidente d’Insaf. Actuellement 16 filles au total ont eu leur baccalauréat dans la région d’Imintanout et 31 filles viennent d’être sauvées et sont en cours de réintégration sociale dans la région d’Al Haouz. “Nous travaillons avec les petites bonnes mais également avec les filles qui sont en abandon scolaire afin de prévenir le travail précoce. Et depuis l’année dernière, nous aidons celles qui poursuivent leurs études universitaires. Quatre filles en bénéficient aujourd’hui”, dit Amal Mouhcine, coordinatrice régional du programme Lutte contre le travail des enfants à Chichaoua.

Meriem Othmani, présidente d’INSAF, prodiguant ses conseils à une jeune bachelière.

Le travail des enfants en chiffres

Selon le dernier rapport du HCP, sur les 7.049.000 enfants âgés de 7 à 17 ans, 247.000 travaillaient en 2017. Parmi ces derniers, 162 000 exercent un travail revêtant un caractère dangereux, soit un taux d’incidence de 2,3%. Le phénomène touche davantage le milieu rural. En effet 76,3% des enfants astreints à travailler vivent en milieu rural, 81% sont de sexe masculin et 73% sont âgés de 15 à 17 ans.  Ils sont au nombre de 38.000 en milieu urbain, constituant 85,6% des enfants au travail dans les villes (45.000 enfants) et 1% de l’ensemble des enfants citadins (4.026.000 enfants). Quatre régions abritent 70% des enfants au travail : la région de Casablanca-Settat arrive en tête avec 25,3%, suivie de Marrakech-Safi (20,3%), Rabat-Salé-Kénitra (12,7%) et la région de Fès-Meknès avec 11,7%. En tenant compte du niveau d’instruction, on s’aperçoit que la plupart des enfants n’ont pas de diplôme et un niveau scolaire très faible. Le HCP relève également que 81,4% des enfants qui travaillent ont quitté l’école et 8% ne l’ont jamais fréquentée. Ils ne sont que 10,6% en cours de scolarisation.   

Dar Insaf, le foyer de l’espoir

Actuellement, l’association, grâce à l’implication des autorités locales, des enseignants, des parents et des acteurs associatifs, a pu rallier de nombreuses personnes à sa cause suite notamment aux campagnes de sensibilisation portant sur l’importance de l’école et les risques encourus par ces petites bonnes. Cependant malgré leur travail et des résultats encourageants, Insaf sait qu’elle a encore beaucoup de pain sur la planche. “Aujourd’hui ce sujet n’est plus tabou et c’est déjà ça de gagné. Nous ne sommes plus seuls. De plus en plus de gens dénoncent ces pratiques : les enseignants nous avertissent dés qu’une fille arrête d’aller à l’école, des voisins nous préviennent que telle ou telle famille a envoyé sa fille… Mais pour récupérer la fille, nous devons d’abord sensibiliser les parents car ils sont les seuls à avoir le droit de réclamer leur enfant. Bien évidemment, nous les accompagnons en faisant attention de ne pas entrer en confrontation avec les employeurs de peur que ces derniers ne fassent disparaître l’enfant”, précise Amal Mouhcine.

Tranches de vie

Fatima, 22 ans, Naïma, 21 ans, et Nadia, 19 ans, font partie des filles qui ont été secourues par Insaf. Même si elles ont tourné la page sur leur passé et ont réintégré l’école et leur famille, les souvenirs de ces années passées sous le joug d’employeurs sans cœur et sans scrupules, sont encore très douloureux. Elles ont commencé à travailler à l’âge de 7 ans. Leurs journées se succédaient les unes après les autres avec leur lot de malheur. Soumises au bon vouloir de leurs employeurs, elles étaient les premières à se lever et les dernières à se coucher. Durant 14 heures voire 18 heures d’affilée, elles travaillaient sans répit. En plus des travaux ménagers, elles faisaient les courses, gardaient les bébés, préparaient à manger… Privées d’éducation, elles manquaient également de nourriture et de soins médicaux appropriés, en plus des punitions et autres violences physiques et verbales qui étaient monnaie courante. Tiraillées entre le devoir d’aider leur famille, la tentation de la fugue et la peur de la rue, elles ont vécu dans des conditions proches de l’esclavage. En silence. Sans d’autres choix que de se résigner et accepter leur sort tout en se faisant toute petite pour éviter de “fâcher les patrons”.

L’année dernière, cinq jeunes filles dans la région de Al Haouz n’ont pas pu poursuivre leurs études au collège car Dar Taliba dépassait de loin sa capacité d’accueil et ne pouvait assurer l’hébergement de ces jeunes filles. “Ces filles ont perdu une année entière. C’est un grand échec pour nous. Pour ne plus se retrouver dans  cette situation, nous avons décidé de créer notre premier foyer Dar Insaf à Ouirgane qui sera opérationnel en septembre 2018”, souligne Meriem Othmani, présidente de l’association. Un appartement a, à cet effet, été loué dans un gîte de la région. D’une capacité de 12 personnes, il sera géré par une surveillante installée in situ, qui s’occupera de gérer l’intendance ainsi que le soutien scolaire aux pensionnaires. Et afin de pouvoir dupliquer ce projet et sauver encore plus de vies, un comité de soutien a été créé dernièrement par Insaf ciblant prés de 50 entreprises marocaines RSE et 100 donateurs particuliers. “Si les entreprises acceptent de verser 50 000 DH par an et ce pendant trois ans, et que les particuliers acceptent de parrainer chacun une fille à raison de 3000 DH par an, nous allons pouvoir construire plus de Dar Insaf et sortir de l’esclavagisme des dizaines de milliers de jeunes filles”, précise Meriem Othmani. Et à Omar Saadoun d’ajouter : “Les jeunes filles qui ont eu leur bac aujourd’hui sont la preuve que ce programme fonctionne et qu’il est possible de lutter contre le travail des enfants. Fatima, Nadia, Naïma et toutes les autres qui malgré leur vécu ont pu s’en sortir et réussir avec brio leurs études sont les vraies ambassadrices de l’association. Grâce à elles, nous allons créer un noyau qui va porter cette dynamique et la défendre. Mais il faut qu’il y ait une réelle prise de conscience nationale si l’on veut vraiment éradiquer le travail des enfants.” En attendant des millions de petites filles dans plusieurs régions du Maroc continuent à être arrachées à leur environnement et mises sur le marché du travail au détriment de leurs droits et obligées à vivre en état de servitude et d’esclavage. 

Témoignages

Fatima, après la pluie, le beau temps

Fatima est originaire de Douirane, un douar situé à une dizaine de kilomètres d’Imintanout dans la province de Chichaoua. Elle a obtenu son bac l’année dernière et entame en septembre sa deuxième année en Littérature française à l’Université Cadi Ayad de Marrakech avec l’espoir de devenir journaliste à la fin de ses études. Mais avant d’en arriver là, elle est passée par des moments très durs. “J’ai commencé à travailler à l’âge de 9 ans. Mon père était très malade à l’époque et ma mère n’arrivait pas à joindre les deux bouts. Un jour, une voisine nous a parlé de gens qui cherchaient à prendre en charge des petites filles. Ma mère a refusé, mais la dame a su nous convaincre ma sœur et moi en nous promettant qu’on s’occuperait de nous, qu’on irait à l’école… Nous n’avions, ma sœur et moi que 8 et 9 ans. Nous étions crédules. Du coup, nous l’avons cru et avons convaincu ma mère de nous laisser partir”, raconte Fatima. La première à partir a été sa sœur qui a été placée chez une famille à Marrakech. Peu de temps après, ce sera au tour de Fatima d’aller à Casablanca chez un couple sans enfants. Pendant les six premiers mois, Fatima dit avoir été relativement bien traitée. La maîtresse de maison, gentille au départ, lui a appris à faire le ménage, la cuisine… Mais au bout de quelques mois, elle est devenue plus exigeante. Elle réprimandait Fatima pour un oui ou pour un non et la frappait si elle cassait des choses ou ne faisait pas bien les tâches qui lui incombaient. Son calvaire a duré deux ans et son salut, ainsi que celui de sa sœur, elle le doit à des enseignants de son école primaire qui ont alerté l’association Insaf. Mais son retour n’a pas été évident. Les autres enfants ne cessaient de lui rappeler son statut d’ex-petite bonne, “une esclave car c’est ce que j’étais et ils se faisaient un malin plaisir de me charrier sur ça comme si j’étais une moins que rien”, dit-elle. Grâce au soutien de l’association et de ses enseignants, elle parvient à se ressaisir et se donne alors corps et âme à ses études. “Le jour où j’ai réussi mon bac, je n’y ai pas cru. C’est le plus beau jour de ma vie. Avec ma sœur, nous sommes les premières de la famille à étudier”, dit-elle fièrement. Aujourd’hui, Fatima vit à Marrakech où elle a loué un petit appartement qu’elle partage avec des filles d’Imintanout, étudiantes également à l’Université Caddi Ayad et qui ignorent tout du passé de Fatima. “Je préfère ne pas en parler. Ça ne les regarde pas et je n’ai pas envie de m’expliquer ou de me remémorer ces moments. Maintenant le plus important est mon avenir. Il est temps que je devienne maîtresse de ma vie”, affirme-t-elle avec détermination.

Naïma, l’espoir chevillé au corps

Naïma vient elle aussi de Douirane. Elle a perdu son père très jeune et elle est l’aînée de ses trois sœurs. Pour pouvoir s’en sortir, sa mère s’est remariée, pensant offrir à ses filles une vie meilleure. Mais à l’âge de 7 ans, le beau-père de Naïma, à travers un ami à lui, l’envoie travailler à Casablanca chez une famille qui comptait quatre enfants dont un nourrisson. “Je dormais au départ sur le sol de la cuisine où j’étalais une natte et une couverture, que je cachais derrière le réfrigérateur à mon réveil. Ma patronne passait son temps à me sermonner et à me frapper. Du coup j’essayais tout le temps de me faire discrète. J’avais toujours peur, surtout de leur fils aîné de 20 ans. Il passait son temps à me taquiner et à essayer de me toucher… J’évitais toujours de me retrouver toute seule à la maison quand il y était. Plus d’une fois je suis partie me réfugier chez la voisine”, raconte-t-elle. Pendant prés de deux ans, Naïma travaillera pour cette famille sans jamais revoir la sienne. Seul son beau-père venait tous les trois mois récupérer les 250 DH de salaire mensuel que lui versait les employeurs. Au bout de deux ans et demi, Naïma arrive enfin à convaincre ses patrons de l’emmener voir ses parents. Sauf qu’en arrivant, elle avoue à avoir eu du mal à reconnaître sa mère et ses sœurs. “Il m’a fallu plusieurs jours avant que je ne me réhabitue à eux, et c’est là que mes patrons sont revenus me reprendre. J’ai supplié mes parents de me garder avec eux. Heureusement, mon beau-père a accepté. Mais quelques temps après, il n’a pas hésité à m’envoyer encore une fois travailler à Casablanca où j’ai passé à nouveau deux ans. Et comme mon salaire ne lui suffisait pas, il a également placé ma sœur cadette âgée de 9 ans”, poursuit Naïma. C’est en revenant chez elle dans l’attente de trouver un autre emploi, qu’elle entend parler pour la première fois d’Insaf, de son programme de lutte contre le travail des petites bonnes, de la possibilité de réintégrer l’école et d’avoir enfin le droit de vivre son enfance. Elle avait 12 ans. “Quand je suis retournée à l’école j’ai repris goût à la vie, j’étais heureuse d’aller en cours et de me sentir comme tous les autres enfants. Et c’est là où j’ai réalisé que ce que j’avais vécu n’était pas normal. Dans mon village, la plupart des parents envoient leurs enfants travailler. Ils pensent que l’école ne sera jamais un tremplin pour un avenir meilleur et que la seule façon de s’en sortir est de travailler. Ils se trompent lourdement. Pendant ces 5 années, j’ai été une esclave qu’on a battue et maltraitée. On m’a volé mon enfance et mes rêves et on m’a propulsé dans un monde d’adultes pour lequel je n’étais pas prête. Et pour lequel aucune petite fille n’est prête”, exprime-t-elle. C’est à ce moment qu’elle décide de se battre pour que sa sœur puisse également arrêter de travailler et avoir la chance de retourner sur les bancs de l’école. Aujourd’hui c’est chose faite. Et en ce 27 juillet 2018, elle est là avec ses autres camarades à fêter son baccalauréat. Son rêve : être acceptée à l’école des Beaux arts de Casablanca. “J’ai déposé mon dossier et il me reste à passer un examen. J’espère que je serais acceptée car tout ce que je veux c’est pouvoir dessiner, peindre, avoir une vie normale et oublier une bonne fois pour toute cet épisode sombre de ma vie”, dit-elle.

Nadia, Bachelière, elle se rêve prof de sport

Nadia, originaire d’un autre douar à proximité d’Imintanout, contrairement à Naïma, à Fatima, n’a travaillé que deux mois en tant que petite bonne. Elle avait 7 ans quand son père l’a placée chez une dame à Marrakech, où sa sœur, âgée de neuf ans, travaillait déjà. “J’ai un frère et six sœurs. Mon père nous a tous mis sur le marché du travail à l’âge de 5 ans. Mes 3 grandes sœurs ont quitté la maison très jeunes pour aller travailler comme petites bonnes. Mon frère lui a commencé dans les champs avant de partir en ville à l’âge de 10 ans. Quant à moi, à 5 ans il m’envoyait déjà paître le bétail des voisins”, précise-t-elle. Dés le départ, sa patronne la bat dès que Nadia s’oublie un peu et commence à jouer. Un jour, leur mère est venue leur rendre visite mais la maîtresse de maison lui claque la porte au nez, Nadia décide alors de saisir l’occasion pour s’enfuir et rejoindre sa mère à la gare. Elle enjambe alors la fenêtre située à l’étage de la maison et saute de toit en toit jusqu’à ce qu’elle soit hors d’atteinte. “J’ai couru de toutes mes forces. Heureusement j’ai pu retrouver ma mère juste avant qu’elle ne prenne le car. Ma sœur par contre n’a pas pu me suivre. Elle était tétanisée par la peur. Elle est restée là-bas pendant trois ans jusqu’à ce qu’un ami de la famille nous aide à la récupérer. Mais très vite elle a été renvoyée dans une autre maison. Aujourd’hui elle a 22 ans et elle continue encore à travailler comme femme de ménage”, souligne Nadia.

Quelques temps après son retour à la maison, une équipe d’Insaf prend contact avec ses parents et les convainc de la laisser retourner à l’école, moyennant la subvention de 250 DH par mois. Aujourd’hui, Nadia a obtenu son diplôme de baccalauréat et s’est inscrite à la faculté de droit de Marrakech, en espérant pouvoir par la suite étudier le sport et devenir professeur de sport. “S’il n’y avait pas eu Insaf, je n’aurais jamais pu m’en sortir, je leur dois énormément. Mes parents sont dénués de responsabilité parentale. Certes la situation économique était difficile mais en même temps aucun des deux ne travaillait. S’ils avaient laissé mes sœurs aînées étudier, elles auraient pu aujourd’hui les aider vraiment, or là, elles sont tellement dégoutées, qu’elles refusent de donner un centime à mon père. Seul mon frère continue d’envoyer un peu d’argent. Heureusement que j’ai passé ces dernières années dans un internat et que je ne les voyais que le week-end. Je n’arrive pas à leur pardonner”, dit Nadia.

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