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Zineb BenBen, la créatrice qui redonne art au zellige


Zineb BenBen, de son vrai nom Zineb Bennani Benmoussa, est une créatrice inspirante, aux riches parcours qui revisite, avec finesse, le zellige marocain, à travers sa marque ZelArt.

Spontanée et pétillante, Zineb Bennani Benmoussa, connue sous le nom Zineb BenBen, est une artiste aux multiples talents qui porte aujourd’hui ZelArt, une marque tangéroise qui transforme le zellige marocain en tableau artistique. À 38 ans, cette passionnée très bavarde apprend sans relâche, réussissant au fil de ses expériences à s’affranchir des codes et à construire son propre univers, élégant et atypique. En effet, cette femme à la personnalité rayonnante a enchaîné les challenges. Après des études de marketing et de sciences en gestion, elle s’est engagée tout naturellement dans la filière commerciale. “J’ai ça dans le sang, sourit-elle. Je suis issue d’une famille de commerçants. Mon grand-père a notamment une usine de textile et mon arrière grand-père commerçait entre le Sénégal et le Maroc.” Lorsque son mari part finir ses études en Belgique, elle lâche tout pour le suivre. Une décision synonyme de déclic dans sa carrière. “Là-bas, j’ai eu la chance de me poser et de me questionner sur ce que j’aimerai vraiment entreprendre”, résume-t-elle. Après une introspection, elle envisage le théâtre, le cake design avant de s’orienter vers le design floral. En 2014, de retour à Casablanca d’où elle est originaire, cette mère de deux enfants suit avec assiduité la formation de l’expert américain spécialiste des fleurs Preston Bailey et intègre une entreprise florale dans laquelle on lui donne carte blanche pour ses créations. Attiré par le Nord du pays, la famille déménage deux ans plus tard. Direction Tanger pour fuir le stress casaoui.

Une artiste en puissance

À Tanger, elle hésite à monter sa propre boutique de fleurs. “Je devais repartir à zéro, explique-t-elle. Par conséquent, mes obligations, commerciales et de comptabilité, allaient prendre le pas sur le volet créatif.” C’était inconcevable pour elle. Très vite, en plus d’avoir lancé le groupe Facebook Tanger girls, une communauté féminine francophone bienveillante visant l’entraide et l’intégration, elle s’investit dans un nouveau défi : le lancement, avec une associée, de la marque de vêtement pour enfants Wak wak studio. Avec son style bohème chic orné d’une touche marocaine, la marque fait sensation. Mais au bout de deux ans, les deux amies arrêtent l’aventure, le secteur nécessitant un travail sans relâche à un rythme soutenu, ce qui n’était pas compatible avec leur philosophie de la vie. “Je n’ai aucun regret, précise-t-elle. J’ai toujours monté des projets avec conviction. Vous savez, nous sommes éphémères sur terre, alors, prenons avant tout du plaisir en faisant ce que nous avons envie et ce qui nous fait rêver.” Aussi, après une longue pause, Zineb BenBen décide de reprendre la peinture. Curieuse de voir le portfolio de la jeune artiste, la fondatrice de la galerie Kent de Tanger s’invite chez elle et découvre des toiles abstraites et intimes, puissantes et profondes. Un travail qui l’emballe et sera exposé par la suite aux côtés d’œuvres de peintres confirmés comme Khadija Tnana et Abdellah El Haitout. Zineb BenBen se consacre alors entièrement à l’art qui la berce depuis sa plus tendre enfance.

La naissance de ZelArt

La rencontre, en 2018, avec un maître artisan spécialiste du zellige sera la genèse de ZelArt. En effet, Zineb BenBen découvre le milieu et les difficultés des mâalems qui détiennent un savoir-faire séculaire. Aussi, elle se creuse la tête pour soutenir l’artisanat et redonner vie à ses mosaïques faites à la main. “C’est assise près d’un four à pain traditionnel que ZelArt a pris forme, raconte-t-elle. Je me suis dit qu’il était possible de miniaturiser le plateau à pain et d’y sceller un zellige revisité.” Et poursuit : “Tous mes zelliges son façonnés un à un à la main. Ils viennent de Fès et sont travaillés à Tanger.” Audacieuse, la créatrice imagine ces tuiles de terre cuite comme de petits tableaux modernes et originaux représentant une scène emblématique du Maroc. Ses best-sellers sont Yallah Habibi, Hob/Love, Lalla Zouina qui représente le portrait d’une femme africaine, belle et forte, dans toute sa splendeur, comme le décrit l’artiste. La marque prend de l’ampleur mais elle est ralentie, comme tant d’autres projets, par la crise engendrée par la pandémie de Covid-19. “Le principal impact reste financier, soupire Zineb BenBen. Nous devons à la fois faire face à la baisse de la demande mais aussi, soutenir notre équipe d’artisans même si notre carnet de commandes n’est pas rempli.” “C’est le moment d’acheter local, enchaîne-t-elle. Une grande entreprise dans le secteur de l’énergie au Maroc vient notamment de me confier la création de ses cadeaux de fin d’année. Je pense que beaucoup d’autres sociétés devraient prendre exemple par devoir patriotique.” Un engagement fort attendu par la créatrice qui essaie quotidiennement de mettre en pratique sa philosophie : “dans ce contexte morose, mieux vaut glisser sur le toboggan que s’accrocher.” Dans tous les cas, elle ne compte pas s’arrêter là. “J’ai envie d’explorer d’autres univers notamment celui de la céramique et de la sculpture. Dans ma tête, une idée commence aussi à germer : celle de croiser et mixer tous les savoir-faire accumulés dans ma carrière pour réaliser un unique projet.” 

www.zelart-creation.com

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