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Salma Chafii, la combattante de l’ombre


Passionnée, ambitieuse, intransigeante. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier Salma Chafii, aujourd’hui à la tête de deux agences d’audiovisuel et d’événementiel qui ont pignon sur rue : Public Prod et Public Event. Elle compte également à son actif plusieurs productions notamment des émissions TV grand public, telles que “Coke Studio” et “Lalla Laroussa”. Portrait.

C’est à l’âge de 22 ans, après des études en communication, que Salma Chafii a intégré le milieu du cinéma en tant que chargée de communication à Ali’n Productions. Travailler dans le monde des caméras, de la télévision et du cinéma était son rêve depuis toute petite déjà. Un rêve auquel elle s’est accrochée et qui a fini par se réaliser. Aussi, quand Salma obtient, au bout de quelques mois, le poste de Responsable Distribution, puis au bout d’un an la direction de la filiale de distribution d’Ali n’ Productions, Zaza Films, Salma se donne tous les moyens pour assumer avec brio ses nouvelles responsabilités et prouver à Nabil Ayouch qu’il a raison de croire en elle. “J’ai travaillé à cette époque sur deux grands projets, “Film Industry Made in Morocco” et la distribution de “Whatever Lola Wants”. Je me suis occupée de toutes les actions de communication, de vente pour les cinémas, les chaînes TV, la promotion RP du film au Maroc, en France ainsi qu’au Moyen Orient. C’était magique”, précise Salma. Mais au lieu de s’arrêter là, Salma, qui est toujours à l’affût de nouvelles expériences, commence à manifester son intérêt pour la production. Encore une fois, son souhait se réalise puisque juste quelques temps après, deux gros projets de production de séries tombent et Nabil Ayouch lui confie la coordination de la production et de la post production.

À LA TÊTE DE TOUTE L’ACTIVITÉ PRODUCTION

C’est à ce moment là qu’elle croise Othman Benabdjelil, président de Parthenon Holding, qui lui propose d’emblée d’intégrer Public Prod, une agence spécialisée en développement et production de programmes de divertissement.

Pendant un an, Salma, pour qui le modèle divertissement était nouveau, s’est attelée à la tâche sans relâche. L’émission phare de Public Prod “Lalla laroussa” en était déjà à sa 6ème édition, mais n’était plus au goût du public marocain qui commençait à manifester un certain rejet pour l’émission. Le format même de l’émission était remis en question. Aussi Salma a su profiter de ce moment pour s’impliquer corps et âme et sa persévérance a payé à nouveau puisqu’au bout d’un an, elle s’est retrouvée à la tête de toute l’activité Production de la Holding.  Si j’ai pu obtenir ce poste c’est aussi grâce au soutien de Othmane Benabdjelil, un homme qui croit en les femmes. Nous avons un effectif femme très important dans l’entreprise. Je tourne avec une équipe à 90% composée de femmes. Les métiers techniques sont, certes, principalement détenus par des hommes mais toutes les têtes pensantes sont des femmes… J’ai donc trouvé un terrain fertile pour pouvoir, en tant que jeune femme productrice exécutive, tester et exercer de nombreuses choses”, souligne Salma.

À Public Prod, Salma Chafii a, en effet, pu intervenir dans des milieux qui la passionnent. En plus de ses deux casquettes de productrice exécutive d’un côté et directrice artistique de l’autre, elle a également co-écrit des émissions de jeu comme “Aaila dida Aaila” qui en est à sa 3ème année sur 2M et produit des émissions culinaires, notamment “Mama Chef” en 2014, une émission concours sponsorisée par Coca Cola, et qui a réalisé de grands records d’audience.

Salma a aussi produit quelques téléfilms, notamment avec Hicham Lasri, Chaouki el Oufir et Rabii Chajid… “J’ai toujours eu ce petit penchant pour la fiction. Mais je veux proposer au public un produit de qualité. Le public marocain, quoiqu’on en dise, est un public exigeant qui est sensible à la qualité. Si aujourd’hui les Marocains s’intéressent de plus en plus au format turc, c’est que, quelque part, il y a quelque chose qui fonctionne. Il faut donc se poser la question et chercher à comprendre ce que ces productions ont de différent et quel est ce plus qui attire tant le public marocain. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui je veux me diversifier mais en me focalisant plus sur la production d’un nouveau genre de fiction”, affirme-t-elle.

Combiner entre son métier de directrice de deux agences et sa vie de tous les jours n’est pas toujours chose aisée pour Salma. Pour y arriver, un seul mot d’ordre: la Passion. “Je suis une vraie passionnée de ce métier. Je l’ai choisi. Donc partir au bureau le matin n’est pas une corvée, mais un véritable plaisir. Comme le dit le proverbe chinois : Quand on fait ce qu’on aime, on est tous les jours en vacances. Et c’est exactement ce que je ressens. L’organisation, l’ambition et ma passion, c’est ce qui me permet de dépasser toutes les difficultés du quotidien”, dit-elle. 

ORGANISATION, AMBITION ET PASSION

Elle avoue cependant que son choix de vie n’a pas été facilement accepté par son entourage. Issue d’un milieu modeste, la mère de Salma a pendant longtemps rejeté le choix de sa fille. “Elle avait surtout peur du qu’on dira-t-on et du fait que ce métier ne me permettrait pas de fonder une famille. C’est mon frère qui m’a aidé à la convaincre et puis un jour je l’ai emmenée sur le tournage de Lalla Laroussa. Elle a été très surprise de me voir bouger partout, parler à tout le monde, hommes et femmes. Elle a été rassurée aussi de voir d’autres femmes, mariées avec des enfants, travailler avec moi… Ce jour-là, elle a compris ce que représentait pour moi ce métier”, dit-elle. Quand Salma parle de sa maman c’est avec de l’émotion mais aussi avec beaucoup de fierté. Sa mère, raconte-t-elle, s’est retrouvée très jeune à devoir s’occuper seule de deux enfants en bas âge, et n’a pas hésité à abandonner son poste d’aide-soignante pour se convertir dans le commerce de tissu à Derb Ghellaf, un milieu d’hommes par excellence, afin que ses enfants ne manquent de rien. “C’est à elle que je dois tout ce que je suis aujourd’hui. C’est d’elle que j’ai hérité cette combativité. Je n’ai fait au final que suivre son exemple et je lui le rappelle d’ailleurs à chaque fois qu’elle critique mon métier et se plaint que je ne trouverais jamais de mari”, affirme Salma avec un grand sourire.

S’imposer aussi en tant que femme dans un métier traditionnellement occupé par des hommes, n’a pas été chose aisée pour Salma. Dans un secteur où le sexisme est de mise, elle a dû redoubler d’efforts pour se faire une place et surtout se blinder en faisant preuve de beaucoup de tact, d’intelligence, de savoir-faire pour arriver à se faire respecter. “Les hommes attendaient toujours que je fasse un mauvais pas pour me tomber dessus. J’ai commencé très jeune dans ce métier et j’ai dû apprendre très vite car pour s’imposer, il faut clouer le bec aux hommes et leur montrer qu’on est toute aussi capable qu’eux de maitriser ce métier”, souligne Salma.   

Actuellement, elle a réussi à instaurer un climat favorable à la collaboration et à l’échange au sein de son équipe. Elle n’hésite pas à déléguer et à motiver ses collaborateurs et collaboratrices, exactement comme d’autres l’ont fait avec elle à ses débuts. “Dans ma vie, j’ai su profiter des occasions qui m’ont été offertes et des rencontres qui m’ont permis d’avancer. J’ai aussi eu la chance de travailler avec des hommes qui n’ont pas peur de laisser une femme briller autour d’eux. Ils ont cru en moi, c’est à mon tour de croire en les autres et de les aider à aller de l’avant”, conclut-elle. 

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