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Portrait : la cuisine du cœur d’Amal El Madade

Écrit par Khadija Alaoui

Son énergie débordante, son sourire communicatif et son enthousiasme sont contagieux. Que ce soit dans la vraie vie ou sur la Toile, Amal El Madade se révèle attachante et passionnée. Son dada est la cuisine, mais pas n’importe laquelle.

La passion d’Amal El Madade pour la cuisine remonte à l’enfance. Dans la maison familiale, la cuisine était la pièce centrale. Ici, parents et enfants passaient la majorité de leur temps à discuter, à mijoter de bons petits plats et à les déguster. Une routine presque quotidienne qui a donné à Amal le goût des bonnes choses et des produits frais. “Je suis née dans un petit patelin, précisément à Douar Sidi Allal, et nous avons passé de nombreuses années dans le monde rural. Et là, il n’y avait pas grand-chose à faire. Mon père nous a initié très tôt à la bonne nourriture. Il nous emmenait au souk faire le marché, et au retour, nous préparions ensemble le repas. C’était une activité ludique très intéressante…”, se souvient Amal. Les effluves des repas familiaux, des recettes asiatiques élaborées par le père et des plats traditionnels mijotés par la mère sont toujours vivaces dans la mémoire de la jeune femme qui en garde un souvenir ému.

La bonne cuisine est une histoire de famille. Chez nous, on aime manger et bien manger”, résume Amal avec un grand sourire. Mais être passionnée par la cuisine et en faire son métier était un grand pas qu’Amal El Madade n’a pas osé franchir une fois son Bac décroché. Et après un bachelor en business, elle intègre rapidement le monde du travail. Un travail plaisant, mais sans plus. Elle y reste pendant 2 ans. “Un jour, pendant la pause déjeuner, je décide de changer de vie. C’est venu comme ça. C’est vrai que je n’ai jamais eu le courage de faire une école de cuisine, de suivre une formation académique, mais je savais que je ne voulais plus continuer à travailler dans le domaine du marketing”, avoue-t-elle dans un grand sourire.
Sa démission entérinée, elle frappe alors aux portes des grands restaurants de la capitale, et commence par la plus petite des marches, la planche, avant d’accéder aux postes de commis, de sous-chef et enfin de chef. Ayant fait ses preuves, Amal décide de se lancer en tant que traiteur. Le succès est au rendez-vous. La jeune femme n’est pourtant pas satisfaite à 100% du déroulement de sa vie. Elle sent que sa passion n’est pas pleinement et entièrement assouvie.

LE RÊVE CASABLANCAIS

Amal décide alors de “monter” à Casablanca, une ville qui l’a toujours fascinée. Elle atterrit à JawJab, un espace de co-working et incubateur de contenu digital et de talents créatifs sur le web. Le talent et la créativité d’Amal accrochent. Là, elle bénéficie de l’accompagnement de professionnels qui l’aident à peaufiner son projet. “Je dois tout à JawJab. Nous avions à notre disposition pratiquement tout, un studio équipé, des équipes de montage, de cadrage, un directeur artistique, des graphistes, etc. C’est une équipe formidable, un team soudé dont le but est de créer une véritable culture du web, innovante...”, explique Amal, enthousiaste.
Mais devant la caméra, la jeune femme est trop timide. C’est Nabil Ayouch (NDLR : JawJab est initié par la société de production Ali’N de Nabil Ayouch en collaboration avec Younès Lazrak) qui la coache. Amal, telle qu’on la connaît aujourd’hui, ne demandait qu’à éclore. Devant la caméra, elle se métamorphose, et de chenille timorée devient un magnifique papillon.

TYAB EL QALB

Loin des concepts culinaires ringards et classiques, Amal El Madade a mis au point un concept rafraîchissant, à son image : une émission qui s’adresse aux jeunes et aux novices, et à tous ceux qui “se nourrissent mal, les adeptes de la malbouffe, des tacos et autres fastfoods.Le titre de l’émission est aussi tout trouvé. Ce sera La cuisine du cœur, autrement dit Tyab el Qalb, un terme qui revêt également une connotation d’exigence poussée jusqu’à l’exaspération. “Au moment où nous cherchions un nom pour notre émission, ce nom s’est imposé de lui-même, car on me dit colérique, exigeante, et quand je travaille, je ne rigole plus...”, explique Amal.
La première émission est diffusée sur la plateforme de JawJab. Succès immédiat. “En 2 jours, nous avons recueilli 900.000 vues organiques. C’était inattendu et grisant.” D’autres émissions s’en suivent et rencontrent le même accueil enthousiaste. Le concept séduit 2M qui l’achète, et le diffuse désormais sur son site 2M.ma et son application My2M.
L’engouement pour l’émission La cuisine du cœur d’Amal s’explique par plusieurs raisons. D’abord, des recettes simplifiées à l’extrême, des ingrédients à la portée de tous, le punch et dynamisme de l’animatrice, et surtout une préparation rapide qui ne dépasse jamais les 30 minutes. “Nous avons une culture culinaire extraordinaire, sauf que les mamans ne transmettent qu’aux filles leurs savoirs et non aux garçons. Parfois même, la cuisine est fermée aux deux sexes, et les jeunes ne connaissent que le produit final. À travers Tyab el Qalb, j’ai voulu démystifier les plats marocains sans toucher à leur qualité, mais en les simplifiant”, précise Amal. En amont, un minutieux travail de recherche qui permet de saisir toutes les étapes de préparation pour véhiculer les bonnes techniques. Le mot est lâché. Une fois les techniques maîtrisées, la cuisine devient un jeu d’enfant, assure la jeune cuisinière : “faire un fondant au chocolat n’est pas sorcier. Il suffit d’un œuf, d’une tablette de chocolat, de la farine, on mélange et on met au four. Et c’est tout.” Amal balaie d’une pichenette les remarques de ces irréductibles qui lui reprochent cette préparation express de plats qui exigent parfois deux à trois heures de travail : “les jeunes à qui s’adresse principalement Tyab el Qalb ne disposent parfois que d’une demie heure pour préparer un repas et le manger. Et puis, toutes les cuisines ont été modifiées, simplifiées pour être en phase avec leur temps”, rappelle Amal.

L’ÉDUCATION AU GOÛT

En guerre contre la malbouffe, Amal prépare actuellement de nouveaux concepts culinaires en direction des enfants. “Je m’inspire de ma propre expérience familiale pour inciter les petits à privilégier les produits locaux, de saison et à se détourner des surgelés…C’est bien dommage de manger des conserves avec toutes les richesses agricoles et les produits du terroir dont nous disposons ”, s’insurge la jeune femme. L’éducation au goût tient à cœur à Amal qui intervient dans les écoles pour inciter les enfants à manger de façon saine.
Chaque matin, je me réveille à 4 heures du matin avec un punch extraordinaire pour partir à radio 2M y animer une chronique. J’enchaîne parfois avec des tournages très longs, et j’aime ça. C’est la vie que je veux”, assure Amal. Et ce n’est pas tout. Un projet de livre est dans l’air. “Ce sera pour la fin de l’année, en collaboration avec un artiste. Ce sera un personnage qui me res- semble, dessiné, avec les mêmes expressions de visage, les mêmes mimiques...”, assure Amal, déjà prête à rejoindre son équipe pour tourner un nouvel épisode de Tyab el Qalb.

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