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Nadia Stoti, une love-trotteuse marocaine autour du globe


Nadia Stoti est une nomade 2.0. Avec son mari, elle est partie faire le tour du monde en 2014. Depuis, elle est l’une des rares blogueuses professionnelles du voyage du Maroc. En avril dernier, son travail a été récompensé par ses confrères francophones.

Son voyage l’a métamorphosée. Nouveau quotidien, nouveau travail et surtout nouvelle conception de la vie, Nadia Stoti ne regrette rien. Cette jeune femme est devenue l’une des rares professionnelles blogueuses voyage dans son pays, et grâce à son blog Lovetrotters, elle a remporté, en avril dernier, le deuxième prix des blogs experts au salon des blogueurs de voyage francophones qui réunit les professionnels du tourisme et la blogosphère voyage. Une fierté pour cette Marocaine de 35 ans, originaire de Rabat, qui n’aurait jamais imaginé cela en 2013. Cette année-là, une idée folle fait son chemin : celle de faire le tour du monde. « A cette époque, j’habitais au Canada. J’y ai vécu dix ans, raconte-t-elle. C’est là-bas que j’ai rencontré mon mari, Mike. Nous avions tous les deux une bonne situation et de très bons salaires. Il était développeur web, et moi, je travaillais dans des agences de communication, d’abord chez Cossette puis chez Publicis. Nous avions une maison et sortions avec des amis quand nous voulions. » Nadia avait tout, ou presque. Car ce « monde de requins » dans lequel elle évoluait ne lui correspondait plus. « Nos clients étaient des géants des boissons gazeuses et des produits cosmétiques, énumère-t-elle brièvement. Et j’avais de plus en plus de mal à vendre un produit dont les gens n’avaient, en fin de compte, pas besoin. Je leur proposais du bonheur via des biens matériels ». Alors, elle qui rêvait de faire le tour du monde, s’est dit que le moment était peut-être venu. Elle en parle alors à Mike. Il hésite mais elle ne le lâche pas. Il accepte au bout de trois mois. Le couple concocte petit à petit le voyage de leur vie : le parcours, les pays ciblés et le budget. Et c’est là que ça coince. Ils se sont donné comme objectif d’atteindre en une année la coquette somme de 40 000 dollars afin de sillonner le globe pendant un an. Au final, ils ne parviennent qu’à rassembler la moitié. « Nous faisions pourtant attention à tout. Si nos amis voulaient nous voir, c’était chez nous. Les sorties à l’extérieur se faisaient rares et nous avions vendu notre voiture et plusieurs de nos biens. Nous cherchions à faire la moindre économie », détaille-t-elle. Ils ne font pas marche arrière, leur projet a pris forme. « Nous nous sommes dit que si nous n’avions plus d’argent, nous ferions un prêt. C’est vrai que nous aurions des dettes, mais au final, c’est comme si nous devions rembourser le crédit de la voiture », indique-t-elle. Pour arpenter le plus de pays possibles, ils misent sur la débrouille : auberge de jeunesse, couchsurfing ou couchage chez l’habitant, mais aussi transport en bus ou train de nuit.

Le jour J ou le début d’une nouvelle vie
En avril 2014, Nadia et Mike s’envolent depuis Montréal vers Ushuaia. « C’était la première fois que nous prenions un billet en aller simple », sourit-elle. Ensuite, ils partent en Amérique du Sud où ils vont faire différentes haltes en Argentine, au Brésil, en Équateur, au Pérou, en Bolivie et au Chili. Puis, direction l’Océanie : la Polynésie française, les îles Fidji, l’Île de Pâques, Tonga, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Vanuatu. Ce petit Etat insulaire qui a perturbé Nadia. En effet, l’état d’esprit des habitants y est pour le moins inhabituel. « Nous avons séjourné dans une tribu dont les gens n’emploient jamais le futur, explique Nadia, Seulement le passé car il faut apprendre de ses ancêtres et le présent parce que la vie ne se conjugue que dans l’instant immédiat ». Et souligne : « Les habitants du Vanuatu sont l’un des peuples les plus heureux au monde ». Une façon de voir la vie qu’apprécie Nadia. Elle souhaite, elle aussi, vivre à 100 % le moment présent. Mais problème, qu’elle le veuille ou non, l’argent risque de manquer. La jeune femme réfléchit. Hors de question de rentrer au bercail. Dès son premier vol, Nadia a créé son blog Lovetrotters, pour, à la fois, avoir un souvenir de leur aventure, mais aussi tenir au courant leurs familles respectives de leurs péripéties. « Je me suis dit que je pouvais l’utiliser et mettre à profit mon expérience en marketing pour promouvoir certaines destinations, agences de voyage et établissements hôteliers en échange de bon plans sur notre trajet, explique-t-elle. Et Mike est développeur web, il peut travailler sur la route sans problème, il a juste besoin comme moi d’un ordinateur et d’une connection wifi. » Le couple se lance alors dans le slow travel. « Nous restions plus longtemps à certaines endroits, particulièrement en Asie, pour travailler à distance et, en même temps, profiter du séjour, décrit-elle. Au final, nous avons voyagé durant deux ans et nous avons fait deux fois le tour du monde sans nous endetter. »

Les premiers pas des blogueurs professionnels au Maroc
En avril 2016, Nadia et Mike décident de poser leurs sacs à dos. « Nous ne pouvions pas revenir à Montréal et reprendre notre vie d’avant, assure-t-elle. C’était impossible après ce que nous avions vécu. Nous avons décidé de poursuivre notre aventure, mais en ayant un point d’attache fixe au Maroc. Concrètement, nous travaillons et économisons pour repartir quelques semaines voire plusieurs mois dans un pays. » Leur passion est devenue leur métier. Nadia continue à alimenter son blog avec des récits et des photos qui font rêver. Elle est lue et très suivie par la blogosphère. « Beaucoup de femmes me contactent par messages car elles souhaiteraient partir mais n’osent pas, lâche-t-elle. Comme je leur dis toujours, il faut réussir à franchir le pas. Le voyage est une thérapie qui permet de lâcher prise, elle nous change forcément, mais attention, être globe-trotter n’est pas fait pour tout le monde. Il faut vraiment réfléchir et ne surtout pas penser qu’en partant, les problèmes disparaissent. Au contraire, nous les emportons avec nous dans nos bagages. » En janvier 2017, elle décide de créer avec six autres globe-trotters marocains, le collectif des blogueurs voyage marocains (BVM). Une première au Maroc pour promouvoir la culture du voyage qui sort des sentiers battus, en solo, en couple et en groupe, et pour sensibiliser également les acteurs du tourisme à ce nouveau métier : les blogueurs voyage, encore trop peu répandus au Maroc. Le chemin est encore long pour ces passionnés, mais ce n’est pas grave, car en fin de compte, ils ont connu pire durant leur vie d’aventurier.

 

 

 

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