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Hasna Afouar, une créatrice féministe en plein essor


Elle veut faire entendre sa voix. À travers sa marque Dar Fatyme déclinée sous forme de collages engagés, Hasna Afouar mène un véritable combat féministe.

Dar Fatyme est une ode à la femme. Lancée en 2016, la marque a vu le jour pour panser des blessures causées par un drame personnel. “Cette année-là, j’ai perdu ma mère”, confie sa fondatrice, Hasna Afouar. Pour tenter de se relever, elle utilise inconsciemment l’art comme exutoire, en s’attelant à réaliser une série de coussins et de tableaux composés de collages sur lesquels apparaissent le visage d’une femme amazighe. “Je voulais lui rendre hommage ainsi qu’à mes origines berbères”, enchaîne la jeune femme de 32 ans qui a toujours eu une âme d’artiste même si elle a effectué des études de management de marque à Paris avant de venir s’installer avec son mari à Agadir. Hasna n’imaginait tout simplement pas en faire son métier. Le décès de sa mère a été le déclic. Au départ, l’aventure démarre timidement. Car même si elle propose un tas d’objets à la touche berbéro-marocaine, l’artiste ne se révèle pas encore. “Je crois que j’avais peur que le public n’arrive pas à accepter mon côté féministe, soutient-elle. Il s’est finalement imposé de lui-même”. Hasna qui a grandi dans une famille conservatrice, avait besoin de “dénoncer l’oppression que subissent beaucoup d’autres femmes”, comme elle l’exprime. Elle a ainsi investi le terrain du féminisme sans le vouloir. Elle s’est tout simplement libérée.

Des “essais” féministes

“Aujourd’hui, je me suis engagée dans une sorte de lutte à travers mes collages beldi”, clame fièrement Hasna Afouar. En effet, ses œuvres ont évolué. Sur ses collages, des images de femmes amazighes accompagnées de messages fédérateurs du type “what is comming is better than what is gone”, “Girl gang”, “You can change the word, girl”. Derrière ces écrits, son histoire personnelle refait surface. “Ma mère était trop douce. J’aurais aimé qu’elle soit une femme forte, insiste-t-elle. C’est ce que je cherche à traduire dans mes créations, à savoir que les femmes doivent assumer leur choix malgré le système patriarcal.” Hasna Afouar espère aussi bousculer la société marocaine en abordant, de manière artistique et frontale, ses travers comme l’interdiction d’avoir des relations sexuelles hors-mariage d’après l’article 490 du Code pénal.  “Dernièrement, j’ai tenu à réaliser un collage sur l’amour afin que ma voix soit également entendue, explique-t-elle, faisant référence à l’affaire Hajar Raissouni, condamnée pour “avortement illégal” et “relations sexuelles hors mariage” avant d’être graciée par le roi Mohammed VI. “Le message que j’y ai inscrit est clair : “L’amour est halal” et non pas le contraire, comme on veut nous le faire croire.” Dar Fatyme est ainsi son champ d’expression qui laisse, malheureusement, indifférent une partie de son entourage. “Je préfère partager mes créations avec des inconnus sur Instagram puisque certains proches ne comprennent pas mes intentions”, se désole-t-elle. Peu importe, Hasna ne compte rien lâcher. “Je me donne à fond pour ma marque, je crois en elle ! Et même si, à un moment donné, ça ne fonctionnait plus, je me dirais qu’au moins, j’aurais le mérite d’avoir essayé”. Essayer d’avoir combattu, à son niveau, le système patriarcal. 

Du tac au tac

Quelle entrepreneure vous a influencée ?

La styliste Sofia El Arabi et tout le travail qu’elle a accompli pour sa marque Bakchic.

Quelle lecture recommandez-vous pour se lancer dans l’entreprenariat ?

“#GirlBoss” de Sophia Amoruso qui raconte l’incroyable success-story d’une jeune femme paumée.

Quelles sont vos inspirations ?

La culture amazighe mais aussi les différents courants artistiques venus du Moyen-Orient qui sont, pour moi, une révolution par l’art fascinante.

Quel est votre leitmotiv ? 

Libérer la parole des femmes.

Quel est votre secret pour s’imposer en tant que femme ?

À mon avis, il n’y a pas de secret pour s’imposer. Mais il faut du courage, beaucoup de courage, et surtout du soutien entre femmes. N’oublions pas que la femme doit être l’amie de la femme.

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