A la une Portrait

Frida Kahlo Icône de la peinture mexicaine

Écrit par Fatéma Chahid

Peu de femmes ont autant souffert dans leur chair que dans leur cœur. Un corps crucifié par la maladie et les handicaps, un amour passionné et douloureux pour l’homme de sa vie, Frida Kahlo a tout transcendé jusqu’à devenir une artiste peintre mondialement connue et une véritable icône dans son pays, le Mexique.

Frida Kahlo a une beauté particulière : une chevelure sombre qu’elle porte souvent en diadème orné de fleurs, de grands yeux noirs barrés de sourcils très fournis qui lui dévorent le visage, une intelligence vive et un charisme exceptionnel. Très jeune, elle décide qu’elle ne suivra pas le même parcours que les autres femmes mexicaines. Elle veut étudier, voyager, découvrir. Elle veut la liberté et le plaisir. Artiste née, douée pour la peinture, elle semble, avec ces nombreux atouts, promise à une vie des plus heureuses. Mais son destin s’écrira tout autrement en une succession de drames et de souffrances. En contrepartie, la célébrité et la consécration comme la plus grande artiste peintre mexicaine.

Frida Kahlo voit le jour en 1907, à Cayoacan, au sud de Mexico, dans “La Casa azul” ( La maison bleue), actuel Musée Frida Kahlo. Sa mère, Matilde Calderon, est d’origine hispano-indienne ; son père, Carl Wilhem Kahlo, photographe et peintre, vient d’une bourgeoisie allemande immigrée au Mexique.

Un destin entre art et tragédie

À l’âge de huit ans, Frida est atteinte par la poliomyélite qui lui déforme le pied droit et lui vaut le surnom de “Frida la coja” (Frida l’estropiée) par ses camarades de classe. Elle fait de brillantes études dans les meilleurs établissements du Mexique. Elle est l’une des premières trente-cinq filles admises sur un total de deux mille élèves. Malgré son intérêt pour les beaux-arts, elle est davantage attirée par les sciences naturelles et désire devenir médecin. Comme beaucoup d’étudiants de l’époque qui cherchent à réveiller la “mexicanité”  de leur pays, elle se passionne pour la politique. Le 17 septembre 1925, lors qu’elle rentre de ses cours, son bus percute violemment un tramway. Frida est grièvement atteinte : une barre de fer a transpercé son abdomen et sa cavité pelvienne, traumatisme qui sera responsable plus tard de ses nombreuses fausses couches et de son incapacité à enfanter. Ses jambes et surtout ses vertèbres sont sérieusement touchées et garderont des séquelles irréversibles. Sans compter de multiples fractures qui lui vaudront une longue série d’opérations et de séjours à l’hôpital. Elle a tout juste dix-huit ans. Ce dramatique accident va marquer un tournant déterminant dans la vie de Frida. Obligée de rester couchée près d’un an, enfermée dans un corset en plâtre pendant des mois, encouragée par son père, elle décide de reprendre la peinture comme art à part entière. Le seul exutoire possible à ses souffrances. Elle fait installer un baldaquin au-dessus de son lit avec un grand miroir pour ciel. Elle peut ainsi s’inspirer de son reflet comme modèle et réaliser une longue série d’autoportraits, près de soixante-dix. Frida s’y met en scène, avec une recherche exubérante dans les vêtements, les couleurs vives, les bijoux ethniques et différentes coiffures de ses longs cheveux noirs, qu’elle orne souvent de fleurs. Elle travaille ardemment pour supporter la vie et produit des œuvres étonnantes entre réalisme et onirisme. Militante politique engagée, elle s’inscrit un an plus tard au Parti communiste mexicain. Artiste libre et moderne, elle défend l’émancipation des femmes mexicaines, “cette masse silencieuse et soumise”, dans une société encore très machiste.

L’amour de sa vie

C’est pendant un débat politique qu’elle va rencontrer celui qui sera l’amour de sa vie : Diego Rivera, de vingt ans plus âgé qu’elle et artiste peintre déjà reconnu. Le coup de foudre est immédiat. Ils s’étaient brièvement croisés quand elle avait quinze ans, à l’auditorium de l’École des Beaux Arts, où Diego exécutait une fresque murale. Malgré ses souffrances, Frida se laisse aller à l’amour et à la passion. Le couple se marie un an plus tard, en août 1929, et s’installe d’abord à San Francisco, où Diego travaille sur plusieurs commandes, puis rentre à Mexico. Après avoir occupé l’atelier de Diego, devenu “Museo Estudio Diego Rivera”, ils s’installent définitivement dans la maison natale de Frida, La Casa azul. Elle subit deux fausses couches successives et un avortement et réalise des tableaux très durs de ces douloureuses épreuves, comme “La cama volando” (Le lit volant). Elle ne pourra jamais avoir d’enfant. Déjà marquée dans sa chair, elle le sera aussi dans son cœur. Elle va découvrir les multiples infidélités de Diego, la plus grave étant sa liaison avec Cristina, sa propre sœur. Elle peint “Unos cuantos piquetitos” (Quelques petites piqûres), qui évoque un meurtre par jalousie sur une femme, réponse amère à cette sordide affaire. Profondément blessée, Frida quitte le foyer pour un appartement au centre de Mexico. Pendant deux ans, elle peint beaucoup et passe quelques mois à New York avec deux amies. Elle ne revient à Mexico qu’après la fin de la liaison entre son mari et sa sœur Cristina. Même meurtrie et désenchantée, elle revient vers Diego. Le cours de la vie reprend, les infidélités de Diego aussi. Délaissée, Frida va se permettre quelques aventures, comme avec le célèbre révolutionnaire russe Léon Trotski, réfugié politique au Mexique et que le couple va héberger chez eux à la Casa azul, le photographe américain Nicolas Muray ou le grand poète français André Breton, qui, subjugué par Frida, écrit : “L’art de Frida est un ruban autour d’une bombe”. En octobre 1938, Frida expose ses œuvres dans la galerie Julien Levy à New York. La majorité des toiles est vendue. Ce succès n’atténue pas ses problèmes de couple. En 1938, Frida et Diego divorcent mais se remarient deux ans plus tard, période pendant laquelle Frida subit plusieurs opérations de la colonne vertébrale. Elle est amputée de la jambe droite et voit sa santé se dégrader davantage. Elle enseigne la peinture chez elle, couchée ou assise dans un fauteuil, la poitrine prise dans un corset de fer. Elle milite pour la diffusion de l’art et de la culture mexicaine et pour l’émancipation de la femme. En 1953 a lieu la grande “Exposition Frida Kahlo” à Mexico. Incapable de se lever, c’est sur son lit d’hôpital qu’elle est transportée jusqu’à la galerie pour le vernissage. Affaiblie par une grave pneumonie, Frida meurt la nuit du 13 juillet 1954, à l’âge de quarante-sept ans. Sur son journal, elle avait noté ces derniers mots : “J’espère que la sortie sera joyeuse… et j’espère bien ne jamais revenir.” En travers de son dernier tableau, peint juste avant de mourir, elle avait écrit “Viva la Vida !” Elle est incinérée le 14 juillet, selon son vœu : “Je refuse d’être enterrée couchée, j’ai trop souffert de cette position toute ma vie.” Ses cendres reposent dans sa maison/musée. Au Mexique, le billet de 500 pesos est à son effigie. Un de ses autoportraits s’est vendu en 2010 à six millions de dollars dans une vente aux enchères à la Galerie Sotheby’s de New York. Au cinéma, elle est magnifiquement incarnée par la grande actrice mexicaine Selma Hayek, dans le très beau film “Frida Kahlo” de Julie Taymor. Hommage bouleversant à cette icône de l’art mexicain qui est parvenue à transformer ses souffrances et ses douleurs en une œuvre artistique riche, singulière et flamboyante.

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