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Valoriser l’erreur

Écrit par Latifa Abousaïd

Que ce soit la première mauvaise note de l’année ou la dernière d’une longue série, il est grand temps de marquer une pause et de vaquer à un devoir crucial qu’il incombe à tout parent de mener à bien : prendre le temps de se poser la question : pourquoi, toujours, valoriser la bonne note, la réussite sans faille ?

La mauvaise note qui couronne un devoir ou un contrôle recelant des erreurs est généralement perçue négativement dans le mode pédagogique qui sévit chez nous, mode fortement influencé  par “l’école française”. La mauvaise note dans notre perception est associée au “non acquis” et l’erreur est perçue négativement. Elle est fortement corrélée à l’inattention, au manque ou absence d’effort. Professeurs et parents sont enclins à sanctionner l’apprenant qui a récolté la mauvaise note le rendant seul responsable de cet “incident”, de cet échec. Il a failli  là où d’autres, ceux qui ont récolté de bonnes notes, auraient réussi.

L’erreur, mon amie !

L’école de pédagogie anglo-saxonne a une autre lecture de “l’erreur”. Une lecture positive que tout parent devrait expérimenter pour ramener la paix dans les chaumières !
L’erreur dans la perception anglo-saxonne est un tremplin pour effectuer des relances et non un frein sur le chemin long et parfois fastidieux de l’école, rappelle Bahia Belcadi, chercheuse en sciences de l’éducation qui explique : “il est souhaitable que les parents remédient aux insuffisances pédagogiques de l’école quand cette dernière oublie d’encourager ce qui est abouti, réussi  et focalise trop sur l’erreur. Il serait opportun de trouver les mots afin d’expliquer aux enfants que si on connaît  la réponse, il n’y a pas apprentissage, approfondissement mais simplement l’opportunité, l’occasion de souligner ce que l’on savait déjà ! L’acquisition de savoir véritable nécessite d’innover en matière de stratégie et ne dénigre pas l’erreur !”

En effet, en confrontant sans cesse l’enfant à ses incapacités, on lui enlève toute envie de tenter  un nouvel effort puisqu’il se sent perdant d’avance ! Mieux vaut mettre l’accent sur ses essais – même quand ils sont infructueux – afin de lui permettre de persévérer. “L’erreur n’est pas seulement un défaut mais aussi un outil pour mesurer ce qui n’a pas fonctionné dans la démarche d’acquisition du savoir”, rappelle madame Belcadi. Et il ne faut pas oublier que l’enfant qui commet une erreur n’est pas le seul “fautif” puisque dans la chaine de l’acquisition du savoir, d’autres acteurs interviennent, notamment le professeur.

Quand l’enfant ramène une mauvaise note, madame Belcadi invite les parents à décortiquer avec le concerné ce qui a induit l’erreur ou les erreurs ayant conduit à la mauvaise note.

Parfois, c’est dès le départ que l’enfant s’écarte de la solution attendue. Il ne saisit pas la question posée par le professeur, il n’en comprend pas le sens. Parce que la situation, les mots, les schémas proposés n’ont pas  pour cet apprenant la même signification que pour le professeur. Le parent peut aider en cherchant à savoir ce que cette situation, ce schéma évoque chez l’enfant afin de cerner où les représentations divergent avec celles préconisées par le professeur. Inviter l’enfant à dire, dans ses propres termes, ce que la situation représente pour lui est un premier pas vers la compréhension du couac ayant conduit à l’erreur. Il sera alors aisé de jeter les ponts entre les conceptions de l’enfant et les questions du professeur.

Dans d’autres cas, la question est bien assimilée au départ par l’enfant, mais c’est ensuite que l’erreur se produit. Il s’agit alors de déterminer s’il s’agit d’une étourderie ou d’un déficit d’acquisitions de connaissances ou un manque de compétence chez l’enfant. Si c’est l’étourderie qui a impacté l’erreur  – et par conséquent la mauvaise note – il faudra expliquer à l’enfant qu’il aurait suffi d’une simple vérification pour transformer l’échec en réussite. Si c’est plutôt un manque de connaissances qui a conduit à la mauvaise note, il faudra s’employer à vérifier avec l’enfant quels supports concrets l’auraient aidé à transformer l’échec en réussite ?

Il s’agit  d’assister l’enfant dans ce travail nécessaire de l’exploitation de l’erreur afin d’opérer cette régulation pédagogique qui fait défaut à l’école. Cette démarche est indispensable pour  identifier les besoins de chacun car chaque enfant est unique.

Dans tous les cas, il s’agit de convaincre l’enfant “coupable” de la mauvaise note qu’une erreur est toujours source d’apprentissage. Il faut toujours traduire correctement l’erreur : nécessité de consulter davantage de ressources externes ;  nécessité de se relire ;  de revérifier ses calculs ;  de mettre en doute ses certitudes. On peut faire de l’erreur une porte ouverte vers la réussite au lieu de la réduire à une sanction par une mauvaise note.

Rien qu’un détail

Parfois, l’erreur tient à un petit détail omis ou négligé. La compréhension de l’énoncé est correcte, la stratégie de réponse est bonne mais l’effort consenti pour résoudre le problème selon les attentes du professeur n’est pas suffisant. Manque d’intérêt pour la matière ? Déficit de motivation ? Fatigue ? Il faudra débusquer ce qui se cache derrière l’insuffisance ayant abouti à la mauvaise note, prendre son mal – de parent- en patience et expliquer encore et encore à l’enfant que, malgré les faux pas, les embûches, il faut persévérer, qu’il est judicieux d’envisager la mauvaise note comme un coup d’essai nécessaire pour franchir le pas et réussir au prochain contrôle. Bref, envisager la mauvaise note comme une poussée vers l’avant et non comme un blocage car les erreurs ayant occasionné la mauvaise note sont riches en enseignements, en possibilités de découvertes bien plus que la bonne note obtenue en restant sur les sentiers balisés et en se contentant de réviser -à minima- le programme proposé par le professeur.

Madame Belcadi suggère aux parents manquant de patience et/ou de recul face aux mauvaises notes de ne jamais oublier que dans la vraie vie, on passe d’abord l’examen, on traverse les épreuves  et ce sont les épreuves qui nous font apprendre les leçons ! Contrairement à l’école où l’on apprend la leçon avant de passer l’examen !  Il est bon de se rappeler -et de rappeler à ses enfants- que la vie, la vraie, ressemble souvent à une suite de défis à relever. Rares sont ceux qui se relèvent du premier coup ! Voir l’échec comme une opportunité,  c’est se donner la force nécessaire pour continuer jusqu’à ce que chaque défi rencontré devienne une victoire remportée. Apprendre de ses erreurs, c’est valable au sein de l’école aussi ! 

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