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Premières règles : en parler avec elle…


Les premières menstrues représentent un chamboulement de taille dans le corps et la tête d’une jeune adolescente. Et dans ces affaires hautement féminines, c’est à la maman que revient la tâche d’aborder le sujet délicat, tout en ménageant pudeur et jardin intime de son enfant…

Côté mère : réticences et embarras :

“Nous sommes à l’ère de la communication tous azimuts ; et pourtant, dès qu’il s’agit de choses intimes comme les règles, je n’arrive pas à en discuter de manière décomplexée avec ma fille”, avoue Souad. Admettre que son enfant est devenue graine de femme, découvrir une féminité en miroir de la sienne, effleurer avec elle les contours de sa nouvelle identité sexuée, l’équation peut poser problème à nombre de mamans. Et cela déclenche souvent chez la génitrice un flot d’émotions contradictoires ! Car iI s’agit à la fois de faire le deuil de la petite fille innocente qu’on couvait comme une mère poule, donner de la place à celle qui devient à son tour sujet de désir ; le tout, en nourrissant quelque appréhension par rapport aux grands méchants loups masculins qui lui rôdent autour… Résultat : soit, on reporte indéfiniment le sujet à plus tard, soit on rechigne à devoir mêler dans le discours, menstruations, sexualité et fécondité : des rubriques un tantinet subversives dans notre société de non dits… Bahaa, dont la fille a entamé le versant pubertaire entend que son propre traumatisme ne se reproduise pas : “j’ai mal vécu cette période de l’âge ingrat sans pouvoir en parler librement. Ma mère pas très causante, et sentant la chose venir m’avait juste mis sous le nez un beau jour un paquet de serviettes hygiéniques, en me disant de garder une protection dans mon cartable au cas où… Au cas où, quoi ? C’est ma nounou de l’époque qui a sommairement complété l’information, en parlant de pertes de sang pendant quelques jours chaque mois.”

Or, avant même l’ultime écoulement sanguin, la mue de la petite fille a déjà commencé près de deux ans auparavant avec un corps qui prend des formes et d’autres signes sexuels secondaires qui font leur apparition. Des transformations physiques qui sont de nature à intriguer et même angoisser une jeune fille en fleur… Mieux vaut alors baliser le terrain en amont.

Heu… Elles savent déjà (presque) tout :

Cet argument brandi par certaines mamans qui n’ont pas envie de se mettre martel en tête n’est certes pas inexact. En effet, en compagnie des copines qui papotent et se comparent, la plus empotée des ados se retrouve déniaisée en un tour de main. Sans compter que nos donzelles par la magie d’internet ont accès aujourd’hui à toute l’information sur leur smartphone : blogs divers consacrés à la puberté, expériences échangées via Youtube, etc. Mais si ce fouillis virtuel où on va à la pêche aux renseignements a le mérite d’exister, il ne remplace pas le “face to face” avec la maman. Cette dernière va rassurer, expliquer et surtout démystifier ce moment éprouvant de la vie de l’ado. Car certaines pourront ressentir de la honte, n’assumant pas ce phénomène naturel qui se produit par un orifice sexuel, ou encore se remplir la tête de fausses vérités ayant trait à l’aspect sale et impur des règles. Chez un être en pleine construction de son identité, l’arrivée des premières menstrues, sans mode d’emploi ni verbalisation effective, peut prendre au dépourvu et accentuer un mal être présent ou une image de soi déjà fragile.

Des mots simples et adaptés :

À cinq, dix, douze ou treize ans, peu importe le moment où vous allez mettre le sujet sur la table pour la première fois, l’essentiel est d’utiliser un langage adapté au niveau de maturité de l’enfant. Lorsqu’elle est encore très jeune, on l’informe sur les futures modifications de son corps : “tu vas continuer à grandir et peut-être me dépasser en taille, avoir des poils qui poussent à certains endroits, et aussi des hanches et des seins. Et après comme maman tu vas avoir du sang pendant quelques jours qui descend comme le pipi, mais tu ne peux pas le retenir !”. Ainsi, en nommant les choses tôt, sans forcément expliquer le pourquoi du comment, la fillette imprime l’information dans sa mémoire comme un fait banal. Ni un évènement dégoutant ni une blessure accidentelle. Puis, au fur et à mesure que l’enfant grandit, on peut introduire sur le mode direct, que l’arrivée des règles signifie qu’une jeune fille est en âge d’avoir des enfants. Un petit détour par la biologie permet de résumer à quoi les règles correspondent. Il y a le cycle menstruel au cours duquel le corps fabrique le nid (épaississement de la muqueuse utérine) pour accueillir un futur bébé ; lequel nid se détruit, sous la forme de pertes sanguines tous les vingt huit jours lorsque l’ovule n’est pas fécondé. Si vous risquez de vous empêtrer dans des explications trop compliquées, une petite visite ensemble chez le gynécologue permettra de rentrer dans les détails plus scientifiques…

L’inciter à poser n’importe quelle question :

“Kenza, ma fille de douze ans avait entendu des choses délirantes à propos des règles qui circulaient entre filles dans la cour de récréation. Elle m’a demandé si c’est vrai qu’on se tordait de douleur… Ou qu’on ne pouvait plus faire de sport ni prendre un vrai bain ?”, indique Nawal qui, effarée, a du rectifier illico le tir. Objectif dédramatisation et correction des idées reçues. Non, on n’est pas malade même si on peut avoir un inconfort/ douleurs le premier  jour, douleurs qui répondent du reste très bien aux médicaments antalgiques. Non, on n’est pas empêchée de vivre sa vie, comme d’habitude ; et il suffit juste de préserver une bonne hygiène et de changer fréquemment de protection périodique (au moins toutes les quatre heures). Rajouter que chaque fille a un cycle menstruel qui lui est propre, avec un flux plus ou moins abondant et que quelquefois les règles sont irrégulières ou absentes, au cours des premiers mois, le temps que l’équilibre hormonal du corps se stabilise. Par ailleurs, le message très important qui doit arriver à destination, soit par votre entremise, soit par une personne qui a sa confiance (grande sœur, tante ou autre) est qu’une fois réglée on peut tomber enceinte à la suite d’un rapport sexuel.

Pour conclure, il ne faut pas chercher non plus à connaître à tout prix le fameux jour J, si elle-même ne désire pas communiquer dessus. Par contre, si la miss en fait spontanément l’annonce, rien n’interdit de marquer le coup en l’invitant en tête à tête au resto ou en lui offrant un petit cadeau pour l’occasion. 

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